Il taille lui-même la haie de thuyas qui déborde chez lui : le lendemain matin, son voisin lui parle de porter plainte

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Samedi, huit heures du matin, l'herbe encore mouillée sous les sabots en plastique. Gérard, 64 ans, pose l'escabeau contre le grillage et regarde la haie de thuyas qui avale la moitié de ses tomates. Le taille-haie électrique ronronne dans sa main. Les premières branches tombent sur la pelouse avec un bruit sec, une odeur de résine monte, et il se dit qu'il aurait dû le faire depuis longtemps.

Un pavillon tranquille au bout d'une impasse de lotissement

Gérard et Monique habitent ce pavillon de briques depuis vingt-deux ans, au fond d'une impasse calme près de Montargis. Lui a été conducteur de travaux, elle secrétaire de mairie, et tous deux sont à la retraite depuis peu. Le jardin est leur fierté : un carré de potager, deux pommiers, une pelouse que Gérard tond chaque mercredi. Ils connaissent tout le monde dans la rue, saluent les facteurs par leur prénom. On connaît tous ça, ces quartiers où la vie se règle sur le bruit des tondeuses.

De l'autre côté du grillage vit Patrick, la cinquantaine, commercial souvent sur les routes. Il a racheté la maison voisine il y a six ans et planté, dès la première année, une longue haie de thuyas pour se protéger des regards. Au début, les relations étaient cordiales, presque chaleureuses. On s'échangeait des courgettes en août, on se prêtait une échelle, on discutait des impôts locaux par-dessus la clôture. Rien ne laissait deviner qu'une histoire de branches finirait par les opposer aussi durement.

Les thuyas, eux, ont poussé vite, très vite. En trois ans, ils dépassaient le grillage, en cinq ans ils formaient un mur sombre de plus de deux mètres. Monique trouvait ça plutôt joli, une sorte de rideau vert qui coupait le vent du nord. Gérard, lui, surveillait surtout le côté qui donnait sur son potager. Chaque printemps, il constatait que les branches avançaient un peu plus, grignotant la lumière de ses salades. Il notait, il soupirait, mais il ne disait rien, par habitude de ne pas faire d'histoires.

Trois étés de patience avant de prendre le taille-haie

L'été dernier, Gérard a fini par en parler à Patrick, un soir où celui-ci rentrait sa voiture. La conversation est restée aimable, presque légère. Patrick a reconnu que la haie avait pris de l'ampleur et promis de passer un jardinier à l'automne. Gérard est rentré satisfait, persuadé que l'affaire était réglée. Monique, plus prudente, lui a fait remarquer que Patrick promettait beaucoup de choses et qu'il était rarement chez lui le week-end pour les tenir.

L'automne est passé, puis l'hiver, et aucun jardinier n'est venu. Au printemps, les branches ont repris leur avancée, plus touffues que jamais. Les plants de tomates, placés trop près, poussaient de travers pour chercher le soleil. Gérard a relancé deux fois, une fois par la boîte aux lettres, une fois de vive voix. Patrick s'excusait, invoquait son travail, ses déplacements, un devis trop cher. Soyons honnêtes, à ce stade, Gérard ne croyait plus vraiment à ses promesses répétées.

Alors il a pris sa décision, pour de bonnes raisons selon lui. Les branches étaient chez lui, au-dessus de son terrain, et elles abîmaient ses cultures. Il possédait le matériel, il avait l'expérience des chantiers, et il comptait couper proprement, uniquement de son côté. Je ne touche pas à sa haie, je nettoie simplement mon jardin, a-t-il expliqué à Monique la veille. Elle a haussé les épaules sans vraiment protester. Le samedi matin, l'escabeau était déjà installé contre le grillage avant huit heures.

« Je ne touche pas à sa haie, je nettoie simplement mon jardin, c'est tout ce que je fais. »

Un tas de branches et un silence un peu trop long

Le travail a pris presque toute la matinée. Gérard a coupé les branches jusqu'à l'aplomb du grillage, avec soin, en évitant de déborder chez le voisin. Le résultat était net, presque élégant, une face verticale bien droite. Il a rassemblé les déchets en plusieurs sacs et les a chargés dans sa remorque pour la déchetterie. À midi, son potager retrouvait enfin le soleil, et il s'est assis sur le banc avec le sentiment du devoir accompli.

C'est en fin d'après-midi qu'un premier détail l'a gêné. Depuis son jardin, on voyait désormais, à travers la haie amincie, des taches brunes sur certains thuyas. La coupe avait mis à nu le bois intérieur, sec et roussi, qui ne repousserait sans doute jamais. Gérard a froncé les sourcils, puis s'est rassuré en se disant que la verdure reviendrait. Monique, elle, a trouvé que ça faisait un peu pelé, comme une tête mal coiffée.

Patrick est rentré le soir, tard, sa voiture a remonté l'impasse vers vingt-deux heures. Gérard a entendu la portière claquer, puis plus rien, aucune remarque par-dessus la clôture. Ce silence lui a paru normal sur le moment, puisque le voisin était fatigué. Il s'est couché sans y repenser, convaincu d'avoir rendu service à tout le monde. Il ignorait encore que son voisin avait déjà fait le tour de la haie avec une lampe torche, téléphone à la main.

Le lendemain, le mot plainte tombe dans l'impasse

Dimanche matin, Patrick a sonné chez eux, le visage fermé, sans dire bonjour. Il tenait son téléphone avec des photos de la haie prises sous plusieurs angles. Vous avez massacré mes arbres sans mon accord, je vais porter plainte, a-t-il lâché devant la porte. Gérard est resté interdit, puis s'est défendu en rappelant les promesses non tenues et les trois relances. Le ton est monté rapidement, et Monique a dû s'interposer pour éviter que la dispute ne dégénère.

Après son départ, Gérard a tourné en rond dans la cuisine, persuadé d'être dans son droit. Les branches étaient chez lui, répétait-il, et chacun est maître de son terrain. Il a appelé son beau-frère, ancien gendarme, qui lui a répondu prudemment qu'il valait mieux se renseigner avant d'affirmer quoi que ce soit. Puis il a cherché sur internet, tombant sur des forums contradictoires, certains lui donnant raison, d'autres parlant de dégradation et de dommages et intérêts.

Le lundi, l'inquiétude avait remplacé la colère. Monique dormait mal, Gérard ne parlait plus que de ça au petit déjeuner. Ils ont pensé à aller s'excuser, puis y ont renoncé par fierté. Un courrier de Patrick est arrivé le mercredi, réclamant le remplacement de plusieurs thuyas et évoquant un avocat. Gérard a compris que la situation lui échappait. Il a pris rendez-vous à la permanence juridique gratuite de la mairie, un jeudi après-midi, avec une pochette remplie de photos.

« Vous avez massacré mes arbres sans mon accord, je vais porter plainte, je vous préviens. »

À la permanence juridique, la distinction qu'il n'avait jamais faite

La juriste qui l'a reçu a écouté toute l'histoire sans l'interrompre, en prenant quelques notes. Puis elle a sorti un vieux Code civil annoté et lui a lu l'article 673. Gérard s'attendait à une confirmation de son bon droit, il a découvert une nuance qu'il n'imaginait pas. Le texte distingue deux choses très différentes : les racines et les branches. Pour les racines, ronces et brindilles qui avancent chez soi, on peut les couper soi-même, à la limite de sa propriété.

Pour les branches, en revanche, la règle est autre. Celui sur la propriété duquel elles avancent peut contraindre le propriétaire à les couper, mais il ne peut pas le faire lui-même. Autrement dit, Gérard avait le droit d'exiger la taille, et même de la faire ordonner par un juge, pas de prendre le taille-haie. Je croyais que ce qui pendait chez moi était à moi, a-t-il murmuré. La juriste a souri, en expliquant qu'il n'était pas le premier à se tromper.

Elle a ajouté que ce droit d'exiger la coupe ne se perdait pas avec le temps, même pour une haie ancienne. Gérard avait donc entre les mains un moyen solide, qu'il n'avait pas utilisé. Ses relances orales et son mot dans la boîte aux lettres n'avaient pas de vraie valeur de mise en demeure. Il aurait suffi, selon elle, d'un courrier recommandé, puis d'une conciliation. Ce n'était ni la hauteur de la haie ni sa colère qui posaient problème, mais le geste lui-même.

Un courrier, un conciliateur et une leçon pour la rue

Sur les conseils de la juriste, Gérard a écrit à Patrick, sobrement, pour reconnaître son erreur et proposer de rencontrer un conciliateur de justice. La démarche était gratuite, et le rendez-vous a été fixé trois semaines plus tard. Autour de la table, les deux hommes ont fini par se parler sans crier. Patrick a admis qu'il avait laissé traîner les choses, Gérard qu'il avait coupé trop vite. On aurait gagné un an avec une simple lettre, a reconnu Patrick en sortant.

L'accord tient en une page. Gérard paie la moitié du remplacement de quatre thuyas abîmés, environ trois cents euros, et Patrick s'engage à faire tailler sa haie chaque année avant juin. Les deux voisins ne se prêtent plus d'échelle, mais ils se saluent de nouveau. Monique dit que ça lui coûte moins que des nuits blanches. Gérard, lui, a rangé le taille-haie au fond du garage et regarde désormais la haie d'un œil beaucoup plus prudent.

Depuis, il raconte son histoire à qui veut l'entendre dans l'impasse, presque comme un avertissement. Deux autres voisins lui ont avoué qu'ils avaient déjà coupé des branches chez eux, sans savoir. Il leur répète la même distinction, les racines d'un côté, les branches de l'autre. Et il leur donne quelques conseils simples, tirés de ce qu'il a appris à ses dépens. Il garde aussi précieusement le courrier de la juriste, au cas où, rangé avec les papiers de la maison.

« Je croyais que ce qui pendait chez moi était à moi, voilà, c'est aussi bête que ça. »

  • Les racines, ronces et brindilles qui avancent chez vous peuvent être coupées par vous, à la limite du terrain.
  • Les branches qui débordent doivent être coupées par le propriétaire de l'arbre, à votre demande.
  • Commencez par une demande écrite, puis une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception.
  • En cas de blocage, sollicitez un conciliateur de justice, démarche gratuite, avant toute action devant le juge.
  • Photographiez et datez les débordements pour garder une trace en cas de litige.
  • Renseignez-vous à la permanence juridique de votre mairie avant de toucher à la végétation du voisin.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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