Il remonte vers Gérardmer avec ses pneus M+S en novembre : au contrôle, le gendarme lui explique que ces pneus ne suffisent plus

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Il était six heures quarante, un samedi de novembre, et le moteur du Scénic ronronnait déjà dans la cour gelée. Didier grattait le pare-brise avec une vieille carte de fidélité, le souffle blanc devant la bouche. Sur la banquette arrière, deux sacs de courses, une couverture et le thermos de café. Direction Gérardmer, le chalet familial, comme chaque automne depuis vingt ans.

Vingt ans de trajets vers le chalet familial sans le moindre souci

Didier a cinquante-huit ans, il est électricien à Nancy et il connaît la route des Vosges par cœur. Chaque virage avant Remiremont, chaque boulangerie ouverte tôt, chaque endroit où la brume reste accrochée aux sapins. Le chalet appartenait à ses parents, et depuis leur départ, c'est lui qui s'en occupe. Il monte purger les radiateurs, vérifier la toiture, couper le bois. Sa femme, Martine, l'accompagne parfois, mais ce samedi-là, elle était restée en ville pour garder leur petite-fille.

La voiture, un Scénic de 2016, affiche cent soixante mille kilomètres au compteur. Didier l'entretient avec soin, à la manière des gens qui ont appris à réparer eux-mêmes. Vidange tous les ans, plaquettes changées dès le premier grincement, niveaux contrôlés le dimanche soir. Il n'a jamais eu d'accident en montagne, jamais glissé dans un fossé. Il en tire une fierté discrète, celle des conducteurs prudents qui savent lever le pied quand la chaussée brille un peu trop sous les phares.

Ce matin-là, la radio annonçait quelques flocons au-dessus de huit cents mètres. Rien d'alarmant pour lui, qui a déjà franchi le col de la Schlucht sous des tempêtes bien pires. Il avait chargé une pelle pliante dans le coffre, par habitude plus que par crainte. En traversant Épinal, il a même pensé que la saison commençait doucement cette année. Le ciel était gris clair, la route sèche, et le café encore tiède dans le gobelet calé entre les sièges.

Des pneus achetés pour l'hiver, avec le sigle qu'il fallait

Trois ans plus tôt, Didier avait fait monter un jeu de pneus marqués M+S, pour boue et neige. Le vendeur d'un centre auto de la périphérie les lui avait présentés comme un bon compromis. Ils roulaient correctement toute l'année, et ils portaient ce sigle que tout le monde associait à l'hiver. Didier se souvient d'avoir trouvé l'argument raisonnable : pas besoin de changer de pneus deux fois par an, pas de stockage dans le garage déjà encombré, pas de rendez-vous à prendre.

À l'époque, il avait entendu parler de la loi Montagne, ce texte qui oblige les automobilistes à s'équiper l'hiver dans certaines zones. Il avait vérifié, par acquit de conscience, et ses pneus M+S figuraient bien parmi les équipements admis. Il avait rangé la question dans un coin de sa tête, comme on range une facture payée. Soyons honnêtes, peu de gens relisent un règlement une fois qu'ils pensent être en règle, surtout quand la voiture se comporte bien.

Martine lui avait d'ailleurs fait remarquer, un soir, que les pneus commençaient à dater. Il avait mesuré la profondeur des sculptures avec une pièce de monnaie, comme son père lui avait appris. C'est encore bon pour deux hivers, avait-il répondu en reposant la pièce sur le comptoir. Il n'avait aucune raison de douter. Les pneus accrochaient, la voiture freinait droit, et le sigle M+S restait bien visible sur le flanc, moulé dans la gomme noire.

« J'ai acheté des pneus pour l'hiver, j'avais vérifié à l'époque, et on m'apprend au bord de la route que ça ne compte plus. »

Un panneau rond au bord de la route, à peine regardé

Après Le Tholy, la route a commencé à monter, et les premiers flocons se sont mis à tourbillonner. Didier a ralenti, allumé ses feux de croisement, baissé un peu le chauffage. Sur le bas-côté, un panneau rond, bleu, représentant un pneu et une chaîne, est passé devant le pare-brise. Il l'avait vu des dizaines de fois. Il savait vaguement qu'il signalait l'obligation d'équipement hivernal. Il n'y a pas prêté plus d'attention qu'à un panneau de limitation de vitesse.

Quelques kilomètres plus loin, il a remarqué une voiture arrêtée sur une aire, un couple occupé à fouiller son coffre. Une femme en doudoune rouge tenait un sac de chaussettes à neige en tissu, l'air perplexe. Didier a pensé à des touristes mal préparés, peut-être venus de la région parisienne pour un week-end au lac. Il a même eu un petit sourire, celui du connaisseur qui voit les autres patauger. On connaît tous ça, ce réflexe de croire que ça arrive aux autres.

Puis, à l'entrée d'un virage, il a aperçu les gilets jaunes fluorescents et le gyrophare bleu d'une voiture de gendarmerie. Deux gendarmes faisaient signe aux véhicules de se ranger sur le côté. Didier a mis son clignotant sans inquiétude particulière. Papiers à jour, contrôle technique passé en juin, ceinture bouclée. Il a sorti son portefeuille de la boîte à gants en pensant à un simple contrôle d'alcoolémie, ce qui, à sept heures et demie du matin, l'aurait presque amusé.

Le gendarme s'accroupit près de la roue avant gauche

Le gendarme, un homme jeune au bonnet enfoncé jusqu'aux sourcils, a salué poliment avant de demander les papiers. Ensuite, il a fait le tour du Scénic et s'est accroupi près de la roue avant gauche. Il a passé le doigt sur le flanc du pneu, lentement, comme on cherche une inscription sur une pierre tombale. Didier l'observait par la vitre baissée, le froid lui piquant les oreilles. Vous avez des chaînes ou des chaussettes dans le coffre, monsieur, a demandé le gendarme en se relevant.

Didier a répondu que non, qu'il n'en avait pas besoin, puisque ses pneus étaient des M+S. Il l'a dit avec assurance, presque avec soulagement, comme on tend la bonne réponse à un examen. Le gendarme a hoché la tête, sans hostilité. Je comprends, beaucoup de gens sont dans votre cas ce matin, a-t-il dit. Mais le M+S seul ne suffit plus. Didier a cru avoir mal entendu. Il a demandé depuis quand, en sentant une chaleur désagréable lui monter au visage.

Il a voulu appeler Martine, puis le centre auto, mais il n'y avait qu'une barre de réseau dans ce virage. Il a tenté de chercher sur son téléphone, les doigts engourdis, sans parvenir à charger la page. Derrière lui, une autre voiture se rangeait, puis une troisième. Un homme d'une quarantaine d'années, descendu d'un break immatriculé dans la Marne, protestait déjà à voix haute. J'ai acheté des pneus hiver, moi, répétait-il, comme si l'insistance pouvait changer le marquage sur la gomme.

« Le gendarme a passé le doigt sur le pneu, et moi je cherchais déjà ce que j'avais pu oublier. »

Ce que dit vraiment le petit flocon sur le flanc

Le gendarme a pris le temps d'expliquer, et c'est peut-être ce qui a le plus marqué Didier. La loi Montagne impose un équipement hivernal du 1er novembre au 31 mars, dans trente-quatre départements de montagne, dont les Vosges. Pendant une période de transition, les pneus marqués M+S étaient tolérés. Mais depuis le 1er novembre 2024, cette tolérance a pris fin. Seuls les pneus portant le symbole 3PMSF, une montagne à trois sommets avec un flocon de neige au centre, sont désormais reconnus.

L'autre solution, a-t-il précisé, c'est d'avoir à bord des chaînes métalliques ou des chaussettes à neige, adaptées à la taille des roues. Le sigle M+S, lui, est une déclaration du fabricant, sans test obligatoire sur neige. Le flocon, au contraire, correspond à des performances mesurées selon un protocole. Didier a regardé ses pneus avec d'autres yeux. Sur le flanc, il y avait bien le M+S, en lettres capitales. Mais nulle part la petite montagne aux trois pointes qu'on lui décrivait.

Ce matin-là, le gendarme a fait de la pédagogie plutôt que de la verbalisation, et il l'a dit franchement. Il a conseillé à Didier de faire demi-tour jusqu'au supermarché du Tholy, où l'on vendait des chaussettes à neige. On vous laisse repartir, mais ne montez pas au-delà, a-t-il ajouté en lui rendant ses papiers. Didier a remercié, encore sonné. Il avait l'impression étrange d'avoir roulé pendant un an dans l'illégalité, sans le savoir, avec la conscience parfaitement tranquille.

Le retour au chalet, avec des chaussettes à neige dans le coffre

Au supermarché, Didier n'était pas seul devant le rayon auto. Le couple à la doudoune rouge était là, ainsi que l'homme de la Marne, qui s'était calmé. Ils ont échangé quelques mots, un peu gênés, comme des élèves punis ensemble. Didier a acheté une paire de chaussettes à neige pour un peu moins de quatre-vingts euros, en vérifiant trois fois la dimension inscrite sur ses pneus. Il est arrivé au chalet vers dix heures, avec deux heures de retard et beaucoup de questions.

Le lundi suivant, il est retourné au centre auto. Le vendeur a reconnu que beaucoup de clients découvraient la règle au bord de la route. Didier a fini par commander quatre pneus toutes saisons marqués du flocon, pour environ cinq cents euros posés. C'est une dépense que je n'avais pas prévue cette année, mais je ne veux plus revivre ce virage, a-t-il confié à Martine. Elle a souri en rappelant qu'elle l'avait prévenu, ce qui ne l'a pas spécialement consolé.

Aujourd'hui, Didier raconte l'histoire à ses collègues, à ses voisins, à son beau-frère qui part skier en Savoie. Il leur demande à tous d'aller regarder le flanc de leurs pneus, pas seulement le sigle, mais le dessin. Ce qui compte, ce n'est pas l'impression d'être équipé, c'est le symbole moulé dans la gomme. Avant chaque départ en montagne entre novembre et mars, il vérifie désormais la liste qu'il a collée à l'intérieur de sa boîte à gants, juste au-dessus du thermos.

« Ce n'était pas l'usure, ce n'était pas la pression, c'était juste un petit dessin qui manquait sur le caoutchouc. »

  • Regardez le flanc de vos pneus : seul le symbole 3PMSF, montagne à trois sommets avec un flocon, est reconnu.
  • Le marquage M+S seul ne suffit plus depuis le 1er novembre 2024 dans les zones concernées.
  • L'obligation court du 1er novembre au 31 mars dans 34 départements de montagne, sur les communes signalées par panneau.
  • À défaut de pneus 3PMSF, gardez dans le coffre des chaînes ou des chaussettes à neige à la taille de vos roues.
  • Vérifiez la dimension inscrite sur le pneu avant d'acheter chaînes ou chaussettes, pour éviter un modèle inadapté.
  • Repérez les panneaux ronds bleus montrant un pneu et une chaîne : ils marquent l'entrée de la zone d'obligation.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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