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Sept heures dix, un mardi d'octobre, dans la petite salle de bains d'un appartement de Clermont-Ferrand. Claire retire son pull, et un crépitement sec lui court sur la nuque. Dans le miroir, ses cheveux châtains se soulèvent comme attirés par le plafond. Elle les plaque avec les paumes, ils repartent aussitôt. Sur le rebord de la baignoire, trois flacons de shampooing presque pleins attendent.
Claire, ses cheveux sages et un appartement bien chauffé
Claire a quarante et un ans et travaille comme assistante dans un cabinet d'architectes du centre-ville. Elle vit avec sa fille Inès, douze ans, dans un troisième étage aux grandes fenêtres, au-dessus d'une boulangerie. Ses cheveux mi-longs ne lui ont jamais posé de vrai problème. Un shampooing doux du supermarché, un après-shampooing le dimanche, et l'affaire était réglée depuis des années. Elle se considère comme quelqu'un de simple sur ce sujet, presque indifférente aux rayons beauté. Le matin, elle se coiffe en deux minutes, attrape son café et descend prendre le tram.
Chaque année, l'automne arrive dans cet appartement de la même façon, par une odeur de poussière brûlée. C'est l'odeur des radiateurs en fonte qui se remettent en route après l'été, quand le syndic relance la chaudière collective. Cette année, la chaleur est revenue tôt, dès la fin septembre, après une semaine de pluie froide. Claire s'en est réjouie, comme tout le monde dans l'immeuble. Les soirées sur le canapé sont redevenues agréables, avec un plaid et une série. Personne, chez elle, ne fait attention à ce genre de détail technique.
Dans la chambre, Claire a même ajouté un petit radiateur électrique soufflant, acheté l'hiver précédent. Elle aime s'habiller au chaud, surtout le matin quand il fait encore nuit dehors. Inès, elle, ferme sa porte et pousse son propre radiateur au maximum pour faire ses devoirs. L'appartement devient un cocon tiède et sec, où l'on circule en chaussettes. Rien ne semble anormal, au contraire. Pour Claire, c'est simplement le confort d'un logement bien entretenu, celui pour lequel elle paie ses charges sans discuter.
Un premier flacon acheté pour de très bonnes raisons
Les premiers jours d'octobre, Claire remarque que ses cheveux volent davantage quand elle enlève son écharpe. Ils collent à ses joues, se dressent en mèches fines autour du visage. Elle se dit que son shampooing habituel ne convient plus, peut-être parce que la formule a changé. Elle a lu quelque part que les cheveux se fatiguent des mêmes produits. Un samedi matin, au rayon hygiène, elle choisit un flacon promettant une action anti-frisottis et une brillance nourrie. Le prix est deux fois plus élevé que d'habitude, mais l'argument lui paraît sérieux.
Pendant quatre jours, elle croit à une amélioration. Ses cheveux sont plus lourds, un peu gras à la racine, mais ils restent en place au sortir de la douche. Puis, dès qu'elle passe sa journée au bureau et rentre le soir, tout recommence. Elle retire son bonnet en acrylique, celui qu'Inès lui a offert, et ses cheveux se hérissent. Elle sent même une petite décharge en touchant la poignée de la porte d'entrée. Elle en rit, au début, comme d'une bizarrerie de saison sans importance.
À la mi-octobre, elle change encore, cette fois pour un shampooing vendu en pharmacie, sans sulfates. Sa collègue Nadia lui a juré que les sulfates assèchent et que tout vient de là. Claire veut bien la croire, Nadia a des cheveux magnifiques. Elle ajoute un masque hydratant, à laisser poser dix minutes le dimanche soir. Elle a désormais trois flacons ouverts dans la salle de bains et une routine qui lui prend un quart d'heure. Soyons honnêtes, elle commence à trouver ça un peu absurde pour quelques mèches rebelles.
« Je changeais de shampooing toutes les deux semaines, et personne ne m'avait jamais parlé de l'air de mon appartement. »
Le détail du pull qui crépite dans le noir
Un soir, en se déshabillant sans allumer la lumière, Claire voit de minuscules étincelles bleues. Elles jaillissent de son pull en laine mélangée quand elle le fait passer par-dessus sa tête. Inès, depuis le couloir, trouve ça génial et réclame de recommencer. Claire, elle, reste perplexe devant ce petit feu d'artifice silencieux. Elle se souvient vaguement d'avoir vu ça enfant, chez sa grand-mère, en plein mois de janvier. Mais elle range le souvenir dans un coin, sans faire le lien avec ses cheveux.
Il y a d'autres signes, qu'elle note sans les rassembler. Ses lèvres gercent plus vite que d'habitude, et elle se réveille la gorge sèche. Les plantes du salon jaunissent au bout des feuilles malgré l'arrosage. Le linge sèche en quelques heures sur l'étendoir, ce qui l'arrange plutôt. Même le chat semble se charger quand elle le caresse, avec un léger picotement sous la main. Chacun de ces détails a son explication ordinaire, et aucun ne l'inquiète vraiment.
Elle en parle quand même à sa mère au téléphone, un dimanche midi. C'est fou, maman, j'ai l'impression de vivre dans un ballon de baudruche, lui dit-elle en riant. Sa mère lui conseille de changer de brosse et d'en prendre une en poils de sanglier. Claire n'a pas envie d'acheter encore quelque chose. Elle repose le téléphone, regarde ses trois flacons alignés et se promet de prendre rendez-vous chez la coiffeuse. Elle se dit qu'une professionnelle verra tout de suite ce qui cloche dans ses cheveux.
Trois shampooings plus tard, la frustration s'installe
Le dernier week-end d'octobre, Claire tente une ultime solution : un troisième shampooing, à l'huile d'argan. La vendeuse de la parfumerie lui a parlé de cheveux déshydratés en profondeur. Claire repart avec le flacon, un spray démêlant et la sensation d'avoir dépensé plus de cinquante euros en un mois. Le lundi, ses cheveux brillent un peu, mais à midi ils flottent de nouveau. Au bureau, dans l'open space surchauffé, elle passe sa main sur sa tête toutes les dix minutes.
Elle commence à douter de tout, y compris d'elle-même. Elle se demande si ce n'est pas l'âge, ou la fatigue, ou l'eau calcaire de la ville. Elle cherche sur son téléphone dans le tram et tombe sur des avis contradictoires. Certains parlent de carences, d'autres de lisseurs trop chauds, d'autres encore de taies d'oreiller. On connaît tous ça, cette spirale où chaque solution ouvre trois nouvelles questions. Le soir, elle s'énerve devant le miroir et attache tout en chignon serré pour ne plus y penser.
Nadia, la collègue aux beaux cheveux, finit par lui donner l'adresse de sa coiffeuse, Sandrine. Elle tient un petit salon près de la place de Jaude depuis vingt ans. Claire obtient un rendez-vous pour le jeudi suivant, à dix-huit heures. Elle prépare presque un dossier dans sa tête, avec le nom de chaque produit essayé. Elle est sûre que Sandrine va lui recommander une gamme professionnelle, encore plus chère. Elle s'y est résignée, tant qu'on lui rend enfin des cheveux normaux.
« Vous avez rallumé le chauffage quand, chez vous, c'est la première chose que je demande en octobre. »
La première question de Sandrine ne concerne pas les produits
Jeudi soir, le salon sent la laque et le café. Sandrine, la cinquantaine, des lunettes sur le front, fait asseoir Claire et passe ses doigts dans ses longueurs. Claire commence à énumérer ses trois shampooings, mais la coiffeuse l'arrête doucement. Vous avez rallumé le chauffage quand, chez vous, demande-t-elle simplement. Claire la regarde, surprise, puis répond fin septembre. Sandrine hoche la tête comme quelqu'un qui entend la même histoire chaque automne. Elle montre un petit cadran posé près de la caisse : un hygromètre.
Ici, je garde l'air autour de cinquante pour cent d'humidité, sinon tout le monde repart avec des cheveux électriques, explique Sandrine. Elle raconte que dès que le chauffage tourne, l'air intérieur peut descendre sous les quarante pour cent. Un air aussi sec ne permet plus aux charges électriques de s'évacuer. Le frottement d'un bonnet, d'un pull ou d'une brosse dépose alors de l'électricité statique sur la fibre. Les cheveux, chargés de la même façon, se repoussent entre eux et se dressent.
Claire reste silencieuse un moment, le peigne de Sandrine suspendu au-dessus de sa tête. Elle pense aux étincelles bleues, au chat qui picote, aux lèvres gercées et au linge sec en trois heures. Tout se rassemble d'un coup. Ce n'était pas le shampooing, ni l'eau, ni son âge. C'était l'air de son appartement, asséché par les radiateurs en fonte et le petit soufflant de la chambre. Et son bonnet en acrylique, dit Sandrine, n'arrange rien : les fibres synthétiques sont parmi celles qui chargent le plus.
Ce qui a vraiment changé chez Claire depuis novembre
Claire achète un hygromètre à huit euros le lendemain et le pose sur l'étagère du salon. Le premier soir, l'aiguille indique trente-quatre pour cent, puis trente et un dans la chambre d'Inès. J'ai cru qu'il était cassé, raconte-t-elle à Nadia le lundi suivant. Elle baisse le soufflant, puis le range au placard. Elle installe un humidificateur simple dans le salon, et des bols d'eau sur les radiateurs de la chambre. En une semaine, l'aiguille remonte autour de quarante-cinq pour cent.
Elle abandonne aussi le bonnet en acrylique, remplacé par un bonnet doublé de satin, conseillé par Sandrine. Elle garde un seul shampooing, le plus doux, et donne les deux autres à sa sœur. Elle prend l'habitude d'aérer dix minutes chaque matin, même quand il fait froid. Le résultat n'a rien de spectaculaire, mais il est net : ses cheveux restent en place après le trajet. Les étincelles ont disparu du pull, au grand regret d'Inès. Et les plantes du salon ont cessé de jaunir.
Claire fait ses comptes avec un peu d'amertume. Plus de cinquante euros de produits pour un problème qui se réglait avec un hygromètre et un bonnet différent. Elle en parle désormais à toutes ses amies qui se plaignent de cheveux volants en hiver. Ce qui compte, pour elle, c'est d'avoir regardé autour de sa tête avant de regarder dans sa tête. Sandrine, elle, sourit quand Claire revient pour sa coupe de décembre. Elle répète que chaque automne, la moitié de ses clientes arrivent avec un sac de flacons.
« Quand j'ai vu l'aiguille à trente-quatre pour cent, j'ai cru que l'appareil était cassé, franchement. »
- Posez un hygromètre dans les pièces chauffées : sous 40 % d'humidité, les cheveux se chargent facilement.
- Visez une humidité de 40 à 60 % avec un humidificateur ou des récipients d'eau près des radiateurs.
- Évitez les bonnets et écharpes en acrylique ou polyester, préférez coton, laine doublée ou satin.
- Limitez les radiateurs soufflants dans les chambres, qui assèchent l'air très vite.
- Aérez dix minutes par jour pour renouveler l'air sans refroidir durablement la pièce.
- Avant de changer de shampooing, vérifiez d'abord l'air de votre logement.
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