Elle savoure son heure de sommeil gagnée le dimanche matin : toute la semaine suivante, elle s’endort à 21 heures devant la télévision

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Le radio-réveil affichait 8 h 12, et pourtant la chambre baignait déjà dans une lumière grise et franche. Claire a tiré la couette jusqu'au menton, a entendu la pluie tapoter contre le velux, puis a souri. Dimanche 25 octobre, changement d'heure : une heure offerte, rien à rattraper, personne à réveiller. Dans la cuisine, la bouilloire attendait, éteinte, comme le reste de la maison.

Un dimanche matin offert, comme chaque fin octobre depuis des années

Claire a quarante-sept ans, elle est assistante comptable dans une coopérative agricole près d'Angers. Elle vit avec Thomas, son compagnon, dans une longère qu'ils retapent pièce par pièce depuis six ans. Leurs deux enfants sont partis étudier à Nantes, et la maison a retrouvé ce calme un peu étrange des couples qui se redécouvrent. Le dimanche, ils ne mettent jamais de réveil, c'est une règle qu'ils tiennent avec une sorte de fierté tranquille. Ce matin-là, Thomas dormait encore, un bras replié sous l'oreiller, la respiration lente.

Le passage à l'heure d'hiver, Claire l'a toujours aimé. Elle y voit un cadeau, une heure qui tombe du ciel sans qu'on ait rien demandé. Pendant des années, avec les enfants petits, cette heure avait disparu dans les biberons et les dessins animés. Maintenant, elle lui appartenait de nouveau, entière, et elle comptait bien en profiter jusqu'à la dernière minute. Elle s'est retournée, a fermé les yeux, et s'est rendormie sans effort, presque jusqu'à dix heures.

Au petit déjeuner, Thomas a plaisanté sur sa mine reposée. Elle a répondu qu'elle se sentait neuve, qu'elle allait attaquer la semaine comme une jeune femme. Dehors, le ciel restait bas, la pluie avait laissé des flaques dans la cour gravillonnée. Ils ont passé l'après-midi à poncer les volets de la chambre d'amis, une radio posée sur un tréteau. Le soir, ils ont dîné tard, parce que personne n'avait vraiment faim à l'heure habituelle. Rien, absolument rien, ne laissait deviner la semaine qui allait suivre.

Elle décide de garder ce rythme paresseux pour mieux récupérer

Le lundi, Claire a pris une décision qui lui semblait pleine de bon sens. Puisque les jours raccourcissaient, elle allait dormir davantage, comme un animal qui se prépare à l'hiver. Elle a repoussé son réveil de vingt minutes, en se disant qu'elle prendrait sa douche plus vite. Elle a aussi décidé de ne plus faire à pied le trajet jusqu'à l'arrêt de car, sous prétexte qu'il faisait encore gris. Thomas la déposerait en voiture, ce qui lui ferait gagner un peu de sommeil chaque matin.

Elle a expliqué son plan à sa collègue Nadia, devant la machine à café du bureau. Il faut écouter son corps, a-t-elle dit, s'il réclame du repos, je lui en donne. Nadia a hoché la tête, elle-même avouait traîner au lit depuis la veille. Les deux femmes ont ri de cette paresse partagée, avant de retourner à leurs écrans. Le bureau de Claire donne sur un mur aveugle, une fenêtre étroite où la lumière n'entre presque jamais, même en plein midi.

Soyons honnêtes, cette logique, on l'a tous tenue un jour ou l'autre. Quand on est fatigué, on dort, et quand on dort plus, on récupère. C'est simple, c'est intuitif, et c'est exactement ce que nos grands-mères conseillaient. Claire a donc fermé les volets plus tôt le soir, gardé les rideaux tirés le matin, et savouré la pénombre comme un luxe. Elle n'imaginait pas que ces petits arrangements, pris pour de très bonnes raisons, allaient se retourner contre elle.

« Il faut écouter son corps, s'il réclame du repos, je lui en donne, voilà tout. »

Mardi soir, le film n'a pas dépassé le générique de début

Le mardi, vers 20 h 45, Thomas a lancé un film policier qu'ils attendaient depuis longtemps. Claire s'est installée dans le canapé, un plaid sur les genoux, une tisane encore fumante posée sur l'accoudoir. Elle se souvient du générique, d'une voiture qui roulait de nuit sur une route mouillée. Ensuite, plus rien, jusqu'à ce que Thomas lui touche l'épaule pour lui dire que c'était fini. Il était 22 h 30, la tisane avait refroidi, et elle n'avait vu aucun des personnages.

Elle a mis ça sur le compte d'une journée chargée, la clôture mensuelle approchait au bureau. Le mercredi, pourtant, la scène s'est répétée presque à la minute près. Cette fois, elle regardait un documentaire sur les volcans, sujet qui la passionne d'habitude. Ses paupières ont commencé à peser avant même la première coulée de lave. Thomas a remarqué qu'elle s'endormait la bouche entrouverte, la tête basculée contre le coussin, et il a préféré ne pas la réveiller.

Le plus étrange, c'est que ses nuits ne s'amélioraient pas pour autant. Elle se couchait tôt, assommée, puis se réveillait vers cinq heures, les yeux grands ouverts dans le noir. Elle restait là, à écouter le chauffage cliqueter, sans parvenir à retrouver le sommeil. Le matin, elle se levait lourde, avec une impression de coton dans la tête. Elle a pensé à un rhume qui couvait, à une carence peut-être, mais elle a laissé filer sans s'en occuper vraiment.

Des vitamines, un café de plus, et une semaine qui s'enlise

Le jeudi, Claire a acheté une boîte de vitamines à la pharmacie du bourg. La pharmacienne lui a demandé si elle dormait bien, et Claire a répondu qu'elle dormait trop, justement. Elle a aussi doublé son café du matin, puis ajouté une tasse vers seize heures. Résultat, elle tenait l'après-midi, mais l'effondrement du soir arrivait toujours, aussi ponctuel qu'un train. Thomas commençait à s'inquiéter, sans oser le dire franchement.

Elle a appelé sa sœur, Isabelle, infirmière de nuit à Tours depuis quinze ans. Je ne comprends pas, je dors plus que jamais et je suis lessivée, lui a-t-elle confié au téléphone. Isabelle a posé des questions précises, sur l'heure du lever, sur les volets, sur le trajet du matin. Claire répondait avec une sorte d'agacement, persuadée que sa sœur passait à côté du problème. Elle voulait entendre parler de fer, de thyroïde, de quelque chose de concret qui se soigne avec un comprimé.

Le vendredi, la fatigue a pris une couleur plus sombre. Elle s'est surprise à pleurer devant une publicité pour une assurance, ce qui l'a fait rire et l'a inquiétée en même temps. Au bureau, elle a oublié une réunion, chose qui ne lui arrive jamais. Nadia, de son côté, semblait aller mieux, ce qui ajoutait encore à l'incompréhension. Claire a fini par prendre rendez-vous chez son médecin traitant, persuadée qu'une prise de sang allait enfin tout expliquer.

« Je ne comprends pas, je dors plus que jamais et je suis complètement lessivée le soir. »

Ce n'était pas son corps qui flanchait, mais son horloge

Avant même le rendez-vous, c'est Isabelle qui a rappelé, le samedi matin. Elle avait réfléchi, et elle avait posé la question qui changeait tout : est-ce que tu vois la lumière du jour le matin. Claire a compté. Volets fermés, voiture, bureau aveugle, retour à la nuit tombée. En une semaine, elle n'avait presque pas pris le jour dehors avant midi. Isabelle lui a expliqué ce qu'elle-même vit à chaque changement de planning, dans son service de nuit.

Notre corps possède une horloge interne, qui ne lit pas le radio-réveil, mais la lumière. C'est surtout la lumière du matin qui lui sert de repère pour se recaler chaque jour. Quand on avance ou recule l'heure officielle, cette horloge ne suit pas d'un coup, elle met plusieurs jours à rattraper le nouvel horaire. Et si on la prive de lumière matinale, elle flotte, elle traîne, elle se dérègle davantage. C'est ce qui arrivait à Claire, coincée entre deux fuseaux sans quitter sa maison.

Nadia, elle, avait un chien. Chaque matin, malgré sa paresse avouée, elle sortait le promener une demi-heure dans les vignes derrière chez elle. Claire a compris en raccrochant pourquoi sa collègue avait retrouvé des couleurs en quelques jours. En voulant dormir plus, elle s'était enfermée dans une pénombre qui empêchait son corps de savoir quelle heure il était. Toi, tu as cru te reposer, mais tu as surtout éteint le signal, lui avait dit Isabelle, sans méchanceté.

Le lundi suivant, elle marche jusqu'à l'arrêt de car

Claire a gardé son rendez-vous chez le médecin, par prudence, et la prise de sang n'a rien montré de particulier. Le médecin lui a conseillé de surveiller la situation et de revenir si la fatigue persistait. Elle a surtout changé ses matins. Le réveil est revenu à son heure habituelle, les volets s'ouvrent dès le lever, et elle marche jusqu'à l'arrêt de car. Le trajet dure douze minutes, sous un ciel souvent gris, mais assez clair pour compter.

Trois jours plus tard, elle a regardé un film en entier, jusqu'au générique de fin. Thomas a fait semblant d'applaudir, elle lui a jeté un coussin. Le café de seize heures a disparu, les réveils à cinq heures aussi. À midi, elle sort désormais manger dehors quand il ne pleut pas, ou au moins faire le tour du pâté de maisons. Elle dit qu'elle a l'impression d'avoir remis les pendules à l'heure, au sens propre, et la formule la fait sourire.

Ce que cette semaine lui a coûté, au fond, c'est surtout de la patience et quelques euros de vitamines inutiles. Mais elle en parle maintenant autour d'elle, au bureau, à la boulangerie, à ses enfants au téléphone. On connaît tous ça, ce coup de fatigue de novembre qu'on met sur le compte de la saison. Pour Claire, la leçon tient en peu de choses : dans sa situation, ce n'était pas plus de sommeil qu'il lui fallait, mais plus de lumière, et le plus tôt possible.

« Toi, tu as cru te reposer, mais tu as surtout éteint le signal qui te réveille. »

  • Garder son heure de lever habituelle dans les jours qui suivent le changement d'heure.
  • Ouvrir les volets et les rideaux dès le réveil pour laisser entrer le jour.
  • Passer au moins quinze à trente minutes dehors le matin, même par temps gris.
  • Éviter de compenser la fatigue par de longues grasses matinées dans le noir.
  • Limiter le café de l'après-midi qui masque la fatigue sans la régler.
  • Consulter son médecin si l'épuisement dure au-delà de quelques semaines.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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