Il ouvre grand le soupirail de sa cave pendant tout l’été : en août, les murs ruissellent et les cartons d’archives sont couverts de moisi

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Le soupirail grince quand Gérard le pousse avec le manche du balai, un matin de juillet, vers sept heures. L'air tiède du jardin descend aussitôt dans la cave, chargé d'odeur d'herbe coupée. En bas, sur les étagères en métal, les cartons d'archives de toute une vie attendent sagement. Gérard sourit : cette fois, il en est sûr, l'été va enfin assécher ces vieux murs.

Une maison de pierre, une cave et quarante ans de papiers

Gérard a soixante-quatre ans et habite depuis trente ans une maison de pierre à la sortie d'un village bourguignon. Ancien comptable dans une coopérative agricole, il a gardé de son métier un goût certain pour l'ordre et les classeurs bien rangés. Sa femme, Monique, se moque gentiment de lui quand il descend vérifier ses boîtes. La cave est voûtée, fraîche, à moitié enterrée sous la cuisine, avec un seul soupirail donnant sur la pelouse.

Dans cette cave, il y a tout ce que la famille n'a jamais osé jeter. Les déclarations d'impôts depuis les années quatre-vingt, les factures de la toiture, les bulletins scolaires des deux enfants. Il y a aussi les lettres du père de Gérard, envoyées d'Algérie, rangées dans une boîte à chaussures. Tout est posé dans des cartons de déménagement, étiquetés au feutre noir, alignés sur trois rangées d'étagères métalliques achetées en grande surface.

Chaque hiver, les murs suintent un peu, surtout dans l'angle nord, derrière la chaudière éteinte depuis longtemps. Gérard a l'habitude de cette petite humidité qui fait partie de la maison, comme le parquet qui craque. On connaît tous ça, ces caves anciennes qui sentent un peu la terre mouillée. Il passe parfois un coup d'éponge sur les traces blanches de salpêtre et n'y pense plus. Jusqu'ici, les cartons ont toujours tenu bon.

L'idée qui semblait évidente pendant la canicule de juillet

Au printemps, un voisin lui a parlé d'une astuce de grand-mère pour assainir les caves. Il suffirait d'ouvrir largement pendant les beaux jours, pour laisser entrer la chaleur et faire sécher les pierres. L'idée paraît pleine de bon sens à Gérard, qui n'aime pas dépenser de l'argent pour un appareil électrique. Dehors il fait trente degrés, le linge sèche en une heure sur le fil, alors pourquoi pas les murs ?

Le premier juillet, il ouvre donc le soupirail en grand et le cale avec une brique. Il décide aussi de laisser la porte du haut entrebâillée, pour créer un courant d'air dans l'escalier. Monique trouve que ça fait entrer les guêpes, mais elle laisse faire son mari. Il a même acheté un petit thermomètre avec hygromètre, qu'il a vissé au pilier central de la cave, pour suivre ses progrès.

Les premiers jours, Gérard descend matin et soir, une tasse de café à la main. Il trouve que l'odeur de renfermé s'atténue, que l'air paraît plus léger. Il en parle au téléphone à sa fille Claire, qui vit à Lyon. Je laisse l'été faire le travail, gratuitement, lui dit-il, plutôt fier de lui. Claire ne répond rien, elle n'y connaît pas grand-chose et pense surtout aux vacances des petits.

« Je laisse l'été faire le travail, gratuitement, c'est quand même mieux que d'acheter une machine. »

Des gouttes sur la voûte que Gérard préfère ne pas voir

Vers la mi-juillet, un matin d'orage lourd, Gérard remarque de fines gouttes accrochées à la voûte, au-dessus des étagères. Il passe le doigt dessus, c'est froid et un peu gras. Il se dit que c'est l'orage de la nuit, que la pluie a dû entrer par le soupirail ouvert. Il essuie avec un vieux torchon et remonte prendre son petit déjeuner sans s'inquiéter davantage.

L'hygromètre, lui, affiche quatre-vingt-cinq pour cent d'humidité. Gérard tapote le cadran, persuadé que l'appareil premier prix est déréglé. En juin, avant d'ouvrir, il indiquait soixante-dix, il s'en souvient parfaitement parce qu'il l'avait noté. Mais il a une explication pour tout : la chaleur fait sortir l'eau des murs, pense-t-il, c'est le signe que ça sèche. Il trouve même ça logique, presque rassurant.

Les jours suivants, le sol en terre battue devient sombre par endroits, comme après un lavage. Une odeur nouvelle apparaît, pas tout à fait celle de la terre, plus aigre. Monique la sent dès l'escalier et fronce le nez en descendant chercher une bouteille de vin. Gérard lui répond que c'est normal, que l'humidité s'évacue, qu'il faut juste patienter jusqu'à la fin du mois. Il ne ferme toujours pas le soupirail.

Août, les murs qui pleurent et les appels sans réponse

Le cinq août, en descendant, Gérard entend un bruit qu'il ne connaît pas, un petit clapotis régulier. L'eau ruisselle littéralement le long du mur nord, en traînées brillantes, et forme une flaque au pied des étagères. Il n'a jamais vu ça, même au plus froid de l'hiver. Il pense immédiatement à une canalisation percée, ou pire, à la nappe phréatique qui remonterait sous la maison.

Il appelle d'abord un plombier du canton, qui ne peut pas venir avant septembre. Puis il téléphone à la mairie, pour savoir si d'autres habitants ont des caves inondées, mais la secrétaire n'a rien entendu de tel. Il coupe l'arrivée d'eau générale pendant une journée entière, pour vérifier. Les murs continuent de ruisseler exactement pareil. Il n'y a pas de fuite, aucune trace sur le compteur, rien.

C'est en déplaçant les cartons pour les mettre à l'abri qu'il découvre le pire. Le fond de ceux de la rangée basse est mou, gondolé, constellé de taches vertes et noires. La boîte des lettres de son père sent le champignon. J'ai cru que j'allais me mettre à pleurer, là, dans la cave, avec le carton qui se déchirait dans mes mains, racontera-t-il plus tard. Monique descend et reste longtemps silencieuse à côté de lui.

« J'ai cru que j'allais me mettre à pleurer, avec le carton qui se déchirait dans mes mains. »

Ce n'était pas l'eau du sol, mais celle de l'air d'été

C'est un neveu de Monique, Julien, technicien dans une entreprise de ventilation, qui passe déjeuner un dimanche. Il descend, regarde le soupirail grand ouvert, l'hygromètre, les murs trempés, et comprend en quelques secondes. Tu fabriques toi-même ton eau, tonton, dit-il en riant à moitié. Gérard ne saisit pas. Julien sort alors son téléphone et lui montre un tableau de température et d'humidité.

Il explique simplement. L'air chaud de l'été contient beaucoup de vapeur d'eau, bien plus que l'air frais. Quand cet air à trente degrés descend dans une cave dont les murs restent à quatorze ou quinze, il se refroidit brutalement au contact de la pierre. Il ne peut plus garder toute son humidité, et elle se dépose en gouttes, exactement comme sur une bouteille sortie du réfrigérateur un jour de canicule.

Plus Gérard ouvrait, plus il faisait entrer d'eau, chaque jour, par litres entiers. Soyons honnêtes, l'intuition disait le contraire, et c'est bien là le piège. La bonne méthode, selon Julien, c'est l'inverse : aérer une cave quand l'air extérieur est plus froid et plus sec, en hiver, au petit matin ou par temps de bise. En été, mieux vaut garder le soupirail fermé dans la journée.

Ce que Gérard a changé, ce qu'il a perdu, ce qu'il surveille

Gérard a refermé le soupirail le soir même, avec un drôle de sentiment de défaite. Il a loué un déshumidificateur pendant trois semaines, une quarantaine d'euros, et vidé le bac deux fois par jour. Les murs ont cessé de couler en quatre jours. Sur les quarante cartons, onze étaient perdus, dont une partie des factures de travaux et, surtout, une dizaine de lettres paternelles devenues illisibles.

Il a racheté des boîtes en plastique fermées, qu'il pose désormais sur des palettes, à vingt centimètres du sol et loin des murs. Il a scanné ce qui restait des lettres, en passant ses soirées de septembre devant l'ordinateur avec Claire au téléphone. Je croyais rendre service à ma cave, et je lui ai servi l'été sur un plateau, dit-il aujourd'hui avec un sourire un peu triste.

Désormais, avant d'ouvrir, il compare la température dehors et celle de la cave, et regarde l'hygromètre. Il aère en janvier, par les matins de gel, une heure ou deux, puis referme. Monique a collé une étiquette sur le soupirail : pas en été. Et quand le voisin lui reparle de l'astuce de grand-mère, Gérard prend le temps de lui raconter l'histoire de ses cartons, en détail.

« Tu fabriques toi-même ton eau, tonton, chaque fois que tu ouvres ce soupirail en plein après-midi. »

  • Aérer la cave par temps froid et sec, en hiver ou tôt le matin, jamais aux heures chaudes de l'été.
  • Garder le soupirail fermé pendant les journées chaudes et humides, surtout les jours d'orage.
  • Installer un hygromètre et comparer la température extérieure avec celle des murs avant d'ouvrir.
  • Ranger les papiers dans des boîtes plastique fermées, sur palettes, loin du sol et des murs.
  • En cas d'humidité forte en été, utiliser un déshumidificateur plutôt que d'ouvrir.
  • Numériser les documents précieux, lettres et photos, avant qu'un incident ne les abîme.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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