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Le café refroidissait dans les tasses à fleurs, sur la toile cirée jaune de la cuisine. Dehors, rue de la République, un tramway grinçait en prenant le virage. Monique avait posé ses lunettes sur le relevé de janvier, celui qu'elle range chaque année dans la même chemise cartonnée. Sa sœur Josiane, assise en face, a tendu le sien et posé un doigt dessus.
Une cuisine stéphanoise, deux sœurs et un rituel de janvier
Monique a soixante et onze ans et vit depuis quarante ans dans le même appartement, au troisième étage sans ascenseur. Elle a été secrétaire dans une entreprise de cycles, puis à la mairie, avant de prendre sa retraite. Sa pension tombe le neuf de chaque mois, toujours à peu près la même somme. Elle connaît son budget par cœur, ligne par ligne, depuis le loyer jusqu'au pain du dimanche.
Josiane, sa cadette de deux ans, habite à quelques rues, du côté de Jacquard. Elle a travaillé dans le textile, puis comme aide-comptable, et sa retraite ressemble presque exactement à celle de sa sœur. Elles se voient tous les mardis, parfois plus souvent quand il pleut. Elles parlent des petits-enfants, du marché, des voisins, et une fois par an, de leurs relevés bancaires.
Ce rituel de janvier, elles le tiennent depuis la mort de leur mère, qui leur avait appris à compter chaque centime. On sort les papiers, on compare, on se rassure. Monique a toujours été la plus prudente des deux. Ses économies, environ sept mille euros, dorment sur un livret A ouvert il y a très longtemps, à la Poste, quand elle était encore jeune mariée.
Le livret A, choisi par prudence et jamais remis en question
Pour Monique, le livret A n'était pas un placement, c'était une évidence. Pas de frais, pas de risque, de l'argent disponible du jour au lendemain si la chaudière lâchait. Son mari, mort il y a huit ans, disait que c'était le seul endroit où personne ne pouvait vous voler. Elle n'avait jamais eu de raison de penser autrement, et elle n'avait jamais cherché plus loin.
Les années passaient et la somme restait à peu près la même. Elle prélevait un peu pour les cadeaux de Noël, remettait un peu au printemps, quand les dépenses se calmaient. Les intérêts tombaient en janvier, quelques dizaines d'euros, puis un peu plus quand les taux sont remontés. Elle les regardait à peine. Soyons honnêtes, on connaît tous ce geste qui consiste à ranger un relevé sans vraiment le lire.
À la banque, personne ne lui avait proposé autre chose. Le conseiller changeait souvent, et les rendez-vous parlaient surtout d'assurance ou de carte bancaire. Monique se méfiait des produits compliqués, des placements dont on ne comprend pas le nom. Je ne veux pas jouer avec ce que j'ai mis de côté, répétait-elle à Josiane. Sa sœur hochait la tête sans rien dire, jusqu'à ce mardi de janvier.
« Je ne veux pas jouer avec ce que j'ai mis de côté, je veux juste qu'il soit là quand j'en ai besoin. »
Le chiffre en bas du relevé de Josiane ne collait pas
Josiane avait à peu près la même somme de côté, un peu plus de sept mille euros. Pourtant, en bas de sa feuille, les intérêts de l'année étaient nettement plus élevés que ceux de Monique. Celle-ci a d'abord cru à une erreur de lecture, puis à une différence de montant. Elle a repris ses lunettes, rapproché la feuille de la lampe, et refait le calcul sur un coin de serviette.
Tu as mis plus que moi, a-t-elle dit. Josiane a secoué la tête. Elle avait même retiré quelques centaines d'euros en septembre pour réparer sa machine à laver. Monique a pensé à une autre banque, à un taux promotionnel, à une de ces offres qui durent trois mois et disparaissent. Elle a haussé les épaules et changé de sujet, un peu vexée sans trop savoir pourquoi.
Le soir, pourtant, le chiffre lui revenait. Elle a ressorti ses anciens relevés, ceux des deux années précédentes, rangés dans la chemise cartonnée. L'écart existait déjà, moins visible, mais bien là. Elle n'avait jamais pensé à comparer les intérêts, seulement les soldes. Le lendemain matin, en buvant son café debout près de la fenêtre, elle a décidé d'en avoir le cœur net.
Un appel à la banque, une réponse floue et une semaine d'attente
Monique a d'abord appelé sa banque, en composant le numéro inscrit au dos de sa carte. Après dix minutes de musique d'attente, une voix lui a expliqué que le taux du livret A était fixé par l'État. Il était le même partout, pour tout le monde. Elle n'avait donc rien perdu, lui a-t-on assuré. Elle a raccroché encore moins rassurée qu'avant.
Elle a ensuite demandé à son petit-fils, Théo, étudiant à Lyon, qui passe le dimanche midi. Il a cherché sur son téléphone, a parlé d'assurance-vie, de fonds en euros, de choses qu'elle ne voulait pas entendre. Mamie, il y a plein de placements qui rapportent plus, a-t-il dit. Ce n'était pas la question. Josiane, elle, ne prenait pas de risques non plus. Alors d'où venait la différence.
Le mardi suivant, Monique est arrivée chez sa sœur avec ses relevés sous le bras. Elle avait mal dormi, s'en voulait d'être aussi agacée pour quelques dizaines d'euros. Mais ce n'était pas l'argent seulement, c'était l'impression d'être passée à côté de quelque chose. Josiane a sorti son relevé, l'a retourné, et a montré le nom du compte, écrit en petits caractères.
« J'ai juste apporté mon avis d'imposition au guichet, et en vingt minutes c'était fait, rien de plus. »
Trois lettres en petits caractères : LEP, le livret oublié
Sur le relevé de Josiane, il n'était pas écrit livret A, mais LEP, pour livret d'épargne populaire. Elle l'avait ouvert quatre ans plus tôt, sur le conseil d'une voisine, ancienne employée de banque. Ce livret est réservé aux personnes dont les revenus restent modestes. Son taux est fixé par l'État lui aussi, et il est supérieur à celui du livret A. Les intérêts ne sont pas imposés.
J'ai juste apporté mon avis d'imposition au guichet, et c'était fait, a raconté Josiane. Tout se joue sur une ligne, le revenu fiscal de référence, inscrit sur la première page de l'avis. S'il reste sous un plafond fixé chaque année, on peut ouvrir ce livret. Le plafond de dépôt est plus bas que celui du livret A, autour de dix mille euros, ce qui couvrait largement leurs économies.
Monique est restée un moment silencieuse, la tasse entre les mains. Elle avait exactement la même pension que sa sœur, donc très probablement le même droit. Personne ne le lui avait dit, ni la banque, ni les impôts, ni même Josiane, qui pensait que tout le monde savait. Je croyais que c'était pour les jeunes ou les chômeurs, a-t-elle fini par murmurer. Ce n'était ni l'un ni l'autre.
Ce que Monique a fait ensuite, et ce qu'il faut vérifier chez soi
Le jeudi, Monique est allée à son agence avec son dernier avis d'impôt. Son revenu fiscal de référence se situait bien en dessous du plafond. L'ouverture a pris vingt minutes, un formulaire, une signature, un virement depuis son livret A. Elle a laissé un petit matelas sur l'ancien compte, pour les urgences, et placé le reste sur le nouveau. La banque vérifie ensuite chaque année que les conditions sont toujours remplies.
Sur une somme comme la sienne, la différence se compte en dizaines d'euros par an, parfois davantage selon les années. Ce n'est pas une fortune, mais pour Monique, c'est un plein de courses, ou les cadeaux des petits-enfants. Ce qui la travaille surtout, ce sont les années perdues. J'aurais pu le faire depuis la retraite, si quelqu'un m'avait montré cette ligne, dit-elle aujourd'hui en souriant à moitié.
Depuis, elle en parle à toutes ses amies du club de belote, et plusieurs ont découvert qu'elles y avaient droit aussi. Le revenu fiscal de référence est souvent bas à la retraite, mais peu de gens le regardent vraiment. Les plafonds et les taux changent chaque année, il vaut mieux vérifier sur le site officiel ou au guichet. En janvier prochain, les deux sœurs compareront de nouveau leurs relevés, et cette fois, les chiffres devraient se ressembler.
« Je croyais que ce livret-là, c'était pour les jeunes ou les chômeurs, pas pour une retraitée comme moi. »
- Repérer le revenu fiscal de référence sur la première page de son dernier avis d'imposition.
- Comparer ce montant au plafond du LEP de l'année, publié sur le site officiel de l'administration.
- Se rendre à sa banque avec l'avis d'imposition pour demander l'ouverture d'un livret d'épargne populaire.
- Garder en tête que le dépôt maximal du LEP est d'environ 10 000 euros, plus bas que celui du livret A.
- Conserver une petite réserve sur le livret A pour les dépenses imprévues.
- Vérifier chaque année que ses revenus restent sous le plafond, car la banque le contrôle.
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