Elle vide chaque automne ses gouttières des feuilles du chêne voisin : quand elle exige l’abattage, le voisin sort une photo de 1987

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Il était un peu plus de dix heures, ce samedi de novembre, et l'échelle d'aluminium grinçait contre la façade. Sylvie, 64 ans, avait les bras plongés jusqu'aux coudes dans une gouttière gorgée de feuilles brunes. Une odeur de terre mouillée montait du tuyau. Au-dessus d'elle, le grand chêne du voisin perdait encore ses feuilles, une à une, sans se presser.

Une maison de village et un chêne qui était déjà là

Sylvie habite depuis douze ans une petite maison en pierre calcaire, dans un hameau à quinze minutes de Poitiers. Ancienne secrétaire de mairie, elle l'a achetée avec son mari Gérard, aujourd'hui décédé, pour le jardin et le calme. Le portail donne sur une route où passent trois voitures par heure. Derrière la maison, une haie de lauriers marque la limite avec le terrain voisin, où trône un chêne immense.

Ce chêne, elle l'a toujours connu, puisqu'il dépassait déjà la toiture le jour de la première visite. À l'époque, l'agent immobilier l'avait même présenté comme un atout, une ombre bienvenue pour les étés poitevins. Sylvie se souvient avoir trouvé cela charmant, ces branches qui débordaient un peu au-dessus de la terrasse. Gérard, lui, avait simplement haussé les épaules en disant qu'un arbre, ça ne dérange personne.

Le voisin s'appelle Bernard, il a 71 ans et il vit là depuis toujours, dans la maison de ses parents. Les deux foyers s'entendaient bien, sans excès, avec des courgettes échangées en août et des vœux en janvier. Chaque automne pourtant, la même corvée revenait chez Sylvie, avec l'échelle, les gants et les sacs de jardin. Elle n'en parlait pas, elle considérait cela comme le prix d'un joli coin de campagne.

Le jour où l'échelle est devenue de trop

Tout a changé l'automne dernier, quand Sylvie s'est fait une entorse en descendant de l'échelle humide. Rien de grave, une cheville bandée pendant trois semaines, mais la peur est restée. Ses enfants, qui vivent à Bordeaux et à Nantes, lui ont répété au téléphone qu'elle n'avait plus l'âge de grimper sur les toits. Elle a fini par leur donner raison, à contrecœur, en regardant les feuilles s'entasser.

Elle a d'abord fait venir un couvreur, qui lui a demandé cent quatre-vingts euros pour un nettoyage complet des gouttières. Il lui a aussi montré une tuile fendue et un début de mousse sur le versant nord, du côté du chêne. Selon lui, l'humidité et l'ombre permanente abîmaient lentement la toiture. Sylvie a fait ses calculs sur un coin de nappe, en additionnant ce que cet arbre allait lui coûter chaque année.

C'est là que l'idée a germé, avec une logique qui lui semblait imparable. L'arbre était trop près de la limite, cela se voyait à l'œil nu, à peine un mètre derrière la haie. Elle avait entendu parler d'une règle sur les distances de plantation, deux mètres pour les grands arbres. Elle s'est dit que la loi était forcément de son côté, et qu'il suffirait de le rappeler poliment à Bernard.

« Je me disais que la loi était forcément de mon côté, l'arbre était à un mètre de la haie, ça se voyait. »

Une lettre polie et une réponse inattendue

Sylvie a rédigé une lettre soignée, relue deux fois, qu'elle a déposée elle-même dans la boîte de Bernard. Elle y rappelait la distance légale, mentionnait sa cheville et la tuile fendue, et demandait l'abattage du chêne avant l'hiver. Elle proposait même de partager les frais de l'élagueur, pour montrer sa bonne volonté. Elle était sûre d'avoir trouvé le ton juste, ferme mais aimable, comme on le lui avait appris à la mairie.

Bernard est venu sonner deux jours plus tard, la lettre pliée dans la poche de sa veste en velours. Il n'était pas en colère, plutôt triste, ce qui a désarçonné Sylvie davantage qu'une dispute. Il lui a expliqué que son père avait planté ce chêne à sa naissance, en 1953. Puis il a prononcé une phrase qu'elle n'a pas comprise sur le moment : cet arbre, il a plus de trente ans, alors c'est fini.

Sylvie a cru à une formule toute faite, une façon élégante de refuser sans argumenter. Elle a souri, elle a dit qu'elle allait se renseigner, et Bernard est reparti vers son portail. Ce soir-là, elle a tourné longtemps dans sa cuisine, la bouilloire sifflant sans qu'elle y prête attention. Soyons honnêtes, elle était vexée, persuadée que son voisin bluffait pour garder son arbre et sa tranquillité.

Des appels, des conseils contradictoires et un dossier qui gonfle

Le lundi matin, Sylvie a appelé la mairie, où une ancienne collègue lui a répondu avec gentillesse. On lui a expliqué que la commune ne s'occupait pas des litiges entre voisins sur des terrains privés. La seule piste proposée était le conciliateur de justice, qui tient une permanence un jeudi par mois. Elle a noté le numéro sur un post-it jaune, collé au réfrigérateur à côté des photos des petits-enfants.

Entre-temps, elle a appelé son assurance habitation, persuadée que les dégâts sur la toiture changeraient la donne. La conseillère a écouté, puis a expliqué que des feuilles qui tombent ne constituaient pas un sinistre en soi. Une amie du club de randonnée lui a affirmé au contraire qu'il suffisait de menacer d'un procès. Une autre lui a conseillé de couper elle-même les branches qui dépassaient chez elle, ce qui l'a laissée perplexe.

Sylvie a passé plusieurs soirées sur internet, à lire des forums où chacun semblait détenir la vérité. Plus elle lisait, plus elle doutait, et le dossier rangé dans une chemise verte devenait épais. Elle y avait glissé des photos des gouttières, la facture du couvreur, une copie de sa lettre. Elle a fini par prendre rendez-vous avec le conciliateur, en se disant qu'au moins quelqu'un trancherait pour de bon.

« Mon père l'a planté l'année de ma naissance, cet arbre a plus de trente ans, alors c'est fini. »

Ce que le conciliateur lui a expliqué en vingt minutes

Le conciliateur, un ancien notaire à la retraite, l'a reçue dans une petite salle de la mairie voisine. Il a regardé les photos, écouté son récit, puis posé une seule question : depuis quand l'arbre dépasse-t-il deux mètres de hauteur. Sylvie a répondu qu'il avait au moins soixante-dix ans. Il a hoché la tête et lui a expliqué ce que Bernard avait tenté de dire sur le pas de sa porte.

Selon lui, un arbre de plus de deux mètres planté à moins de deux mètres de la limite peut être contesté. Mais cette action disparaît lorsque l'arbre dépasse cette hauteur depuis plus de trente ans, c'est la prescription trentenaire. Passé ce délai, le voisin n'a plus à l'abattre ni à le réduire. Le chêne de Bernard avait franchi ce cap bien avant l'arrivée de Sylvie dans le hameau, probablement dans les années soixante.

Restait la question des feuilles, et là encore, la réponse l'a surprise par sa simplicité. Le conciliateur a expliqué que les juges considèrent rarement la chute des feuilles comme un trouble anormal de voisinage, surtout à la campagne. Il faudrait des dégâts graves et prouvés, pas de simples gouttières à vider. Il a ajouté qu'elle pouvait en revanche demander que les branches avançant au-dessus de chez elle soient coupées, ce droit-là ne se prescrivant pas.

Un arbre qui reste, et une haie qui se rouvre

Sylvie est rentrée chez elle avec un sentiment étrange, entre la déception et un certain soulagement. Le chêne resterait, c'était acquis, mais elle savait désormais ce qu'elle pouvait demander. Le dimanche suivant, elle a traversé la haie avec une tarte aux pommes, ce qu'elle n'avait pas fait depuis des mois. Bernard a ouvert, surpris, et ils ont parlé longtemps dans sa cuisine sentant le café et le feu de bois.

Ils ont trouvé un arrangement sans juge ni avocat, autour de la table en formica. Bernard a accepté de faire élaguer les branches qui surplombaient la toiture, à ses frais, au printemps. Sylvie a fait installer des grilles pare-feuilles sur ses gouttières, pour un peu plus de trois cents euros. On connaît tous ces conflits qui pourrissent une rue pendant dix ans, celui-ci s'est éteint en un après-midi.

Aujourd'hui, Sylvie regarde le chêne autrement, et elle conseille à ses amies de commencer par vérifier quelques points simples. Les feuilles continuent de tomber, bien sûr, mais elles glissent sur les grilles et finissent au compost. Bernard passe parfois les ramasser avec sa brouette, sans qu'elle ait rien demandé. Elle dit que cet arbre lui a appris une chose : avant de réclamer, mieux vaut savoir depuis combien de temps le problème existe.

« Le conciliateur m'a posé une seule question, depuis quand il dépasse deux mètres, et j'ai compris. »

  • Mesurer la distance entre le tronc et la limite : deux mètres minimum pour un arbre de plus de deux mètres.
  • Estimer depuis quand l'arbre dépasse deux mètres, grâce à de vieilles photos ou au cadastre.
  • Retenir qu'au-delà de trente ans, l'abattage ne peut généralement plus être exigé.
  • Demander la coupe des branches qui avancent au-dessus de chez soi, ce droit restant valable.
  • Ne pas compter sur la chute des feuilles seule pour obtenir gain de cause.
  • Passer par le conciliateur de justice, gratuit, avant toute procédure.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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