Elle paie 140 euros de mutuelle chaque mois depuis sa retraite : à la pharmacie, son amie aux revenus proches tend une carte et ne règle rien

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Il était un peu plus de dix heures, ce mardi de mars, dans la petite pharmacie de la place du marché, à Brignoles. La porte automatique soufflait à chaque client, un ventilateur tournait au-dessus du comptoir. Monique serrait son sac contre elle en attendant son tour. Devant elle, son amie Josiane tendait une carte verte, prenait ses boîtes, et repartait sans sortir un centime.

Deux amies, un marché du mardi et des habitudes bien rodées

Monique a soixante-dix-huit ans et vit seule depuis la mort de son mari, dans une maison de village aux volets bleus. Elle a été couturière pendant trente ans, puis employée dans une blanchisserie de Saint-Maximin jusqu'à sa retraite. Sa pension tourne autour de mille cent euros par mois, réversion comprise. Elle tient ses comptes dans un cahier à spirale, au crayon, avec une rigueur que ses enfants trouvent un peu excessive. Chaque dépense y est notée, du pain au gasoil de sa vieille Clio grise, sans rien oublier.

Josiane, elle, a soixante-seize ans et habite trois rues plus loin, au-dessus de l'ancienne quincaillerie. Les deux femmes se connaissent depuis l'école primaire et ne se sont jamais vraiment perdues de vue. Le mardi, elles font le marché ensemble, achètent des tomates chez le même maraîcher et finissent toujours par la pharmacie. Elles ont des traitements comparables, la tension, le cholestérol, un peu d'arthrose aux mains. Elles parlent de tout, des petits-enfants, des voisins, de la météo, mais presque jamais d'argent, par une pudeur qui ne s'est jamais démentie.

Ce mardi-là ressemblait à tous les autres, avec la même odeur de lavande séchée devant les étals. Les deux amies avaient pris un café en terrasse, au soleil, en regardant passer les camionnettes de livraison. Monique racontait la fuite sous son évier, Josiane hochait la tête en remuant son sucre. Rien ne laissait prévoir que la matinée allait remettre en question vingt ans d'habitudes. On connaît tous ces journées tranquilles où l'on ne fait attention à rien, parce qu'on croit savoir comment les choses fonctionnent depuis longtemps.

Une mutuelle gardée par fidélité, payée sans jamais discuter

La mutuelle de Monique, c'était une affaire de famille, au sens propre du terme. Son mari l'avait souscrite au début des années deux mille, auprès d'un conseiller qui passait encore à domicile. À sa mort, elle avait simplement gardé le contrat à son nom, sans rien changer. Au fil des années, la cotisation avait grimpé, un peu chaque janvier, jusqu'à atteindre cent quarante euros par mois. Elle le notait dans son cahier, ligne par ligne, avec une petite grimace mais sans jamais remettre la dépense en cause.

Pour elle, la mutuelle était une sécurité qu'on ne discute pas, au même titre que l'assurance de la maison. Elle avait vu sa sœur se battre avec des factures d'hôpital et ne voulait surtout pas vivre la même chose. Alors elle payait, en se privant parfois d'un restaurant ou d'un cadeau pour ses petits-enfants. Cent quarante euros, sur une pension de mille cent, cela représentait presque treize pour cent de ce qu'elle touchait. Elle le savait, elle faisait le calcul de temps en temps, puis elle refermait le cahier.

Changer de contrat ne lui était jamais venu à l'esprit, car elle se méfiait des démarchages au téléphone. Elle avait entendu trop d'histoires de voisines piégées par des vendeurs pressés et des contrats incompréhensibles. Mieux valait garder ce qu'on connaît, se disait-elle, même si c'était un peu cher. Elle avait ses habitudes au guichet, une interlocutrice qui l'appelait par son prénom, et cela comptait. Soyons honnêtes, beaucoup de retraités raisonnent de la même manière, par prudence plus que par négligence, et souvent pour de très bonnes raisons.

« Je me suis dit qu'il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, on avait la même retraite, à peu près. »

La carte verte posée sur le comptoir sans un seul ticket

Ce matin-là, à la pharmacie, Monique a d'abord cru à une erreur de caisse. Josiane avait trois boîtes de médicaments et une crème pour les mains, la même que la sienne. Le pharmacien a passé la carte Vitale, puis une seconde carte, et a simplement dit bonne journée. Monique, juste derrière, a payé quatre euros cinquante pour la crème non remboursée et attendu ses médicaments. Elle a regardé son amie ranger ses boîtes dans son cabas à fleurs, sans avoir ouvert son porte-monnaie une seule fois.

Sur le trottoir, elle n'a rien dit tout de suite, par gêne autant que par surprise. Elle s'est demandé si Josiane avait une maladie grave qu'elle lui aurait cachée, une prise en charge particulière. Ou peut-être que ses enfants lui payaient une mutuelle haut de gamme, après tout ils gagnaient bien leur vie. Elle a préféré ne pas poser la question, pour ne pas paraître indiscrète devant les autres clients. Elles ont marché jusqu'au banc de la fontaine en parlant d'autre chose, comme si de rien n'était.

Mais le détail ne la lâchait pas, et elle y a repensé toute la journée en reprisant un rideau. Le soir, elle a ouvert son cahier et regardé la colonne des cotisations de l'année précédente. Mille six cent quatre-vingts euros pour la seule mutuelle, sans compter les dépassements chez le dentiste. Elle savait que la pension de Josiane était à peu près la même que la sienne, elles en avaient parlé une fois. Je me suis dit qu'il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, raconte-t-elle aujourd'hui.

Des coups de fil, un conseiller embarrassé et une nuit agitée

Le lendemain, Monique a appelé sa mutuelle, décidée à comprendre pourquoi elle payait autant. La conseillère, aimable, lui a expliqué que son contrat était déjà l'un des plus adaptés à son âge. Elle lui a proposé une formule moins chère, avec des remboursements réduits sur l'optique et le dentaire. Monique a raccroché sans rien signer, avec l'impression désagréable d'avoir posé la mauvaise question. On lui parlait de garanties et de niveaux, alors qu'elle voulait savoir comment son amie faisait pour ne rien payer.

Elle a ensuite téléphoné à sa fille Sandrine, qui travaille dans une agence immobilière à Toulon. Sandrine a pensé à une aide du département, peut-être réservée aux personnes très âgées ou dépendantes. Elle a promis de chercher, puis l'affaire est retombée dans le tourbillon des semaines chargées. Monique a tenté un site internet, mais elle s'est perdue entre les pages et les publicités. Franchement, je ne savais même pas quoi taper dans la barre de recherche, avoue-t-elle en riant un peu d'elle-même.

Cette nuit-là, elle a mal dormi, en refaisant ses comptes dans sa tête sous la couette. Elle imaginait les sommes versées depuis la mort de son mari, presque dix ans de cotisations élevées. Elle se demandait aussi si elle n'avait pas mal compris, si son amie ne profitait pas d'une faille. L'idée même la mettait mal à l'aise, parce qu'elle connaissait l'honnêteté de Josiane depuis soixante-dix ans. Au petit matin, elle a pris une décision simple : elle poserait la question franchement, autour d'un café, sans détour.

« Franchement, je ne savais même pas quoi taper dans la barre de recherche, j'ai tourné en rond toute la soirée. »

Ce n'était ni un privilège ni une combine, juste un droit

Le mardi suivant, Monique a posé sa tasse et demandé à Josiane comment elle faisait à la pharmacie. Josiane a éclaté de rire, puis elle a sorti sa carte de mutuelle de son portefeuille. C'est la Complémentaire santé solidaire, a-t-elle dit, c'est mon assistante sociale qui m'en a parlé. Elle avait fait la démarche deux ans plus tôt, presque par hasard, après une hospitalisation pour la hanche. Depuis, elle ne paie plus que quelques euros par mois pour sa complémentaire, et rien au comptoir de la pharmacie.

Josiane lui a expliqué ce qu'elle avait compris de son dossier, avec ses mots à elle. Sous un certain plafond de ressources, la complémentaire est gratuite, sans aucune cotisation à verser. Un peu au-dessus de ce plafond, elle devient payante, mais à un tarif qui dépend de l'âge. Pour des personnes de leur âge, le montant reste inférieur à un euro par jour, bien loin des cent quarante euros. Moi, je paie à peu près trente euros par mois et je n'avance plus rien, a-t-elle résumé.

Monique est restée silencieuse un long moment, les mains autour de sa tasse refroidie. Elle n'en avait jamais entendu parler, ni par sa mutuelle, ni par son médecin, ni par la télévision. Elle pensait que ce genre d'aide était réservé aux gens sans retraite, ou aux plus jeunes sans emploi. Josiane lui a montré sur son téléphone le simulateur officiel, accessible depuis le site de l'Assurance maladie. En cinq minutes, avec ses revenus et sa situation, Monique a vu s'afficher une réponse qu'elle n'osait pas espérer.

Quelques papiers, une demande en ligne et un cahier enfin soulagé

Le simulateur indiquait que Monique pouvait y prétendre, avec une participation financière liée à son âge. Sa fille Sandrine est venue le week-end suivant, avec son ordinateur et une grande patience. Elles ont rassemblé l'avis d'imposition, les relevés de pension et le relevé d'identité bancaire sur la table. La demande a été déposée en ligne depuis le compte de l'Assurance maladie, en moins d'une heure au total. Il faut ensuite attendre la réponse de la caisse, qui étudie les ressources des douze mois précédents.

Quelques semaines plus tard, la lettre est arrivée dans la boîte aux lettres aux volets bleus. Monique a résilié son ancien contrat, non sans un petit pincement au cœur pour son mari. Sa nouvelle cotisation représente moins du quart de ce qu'elle payait auparavant, selon ses propres calculs. Elle ne fait plus l'avance des frais chez le médecin ni à la pharmacie, comme Josiane. Dans son cahier à spirale, la ligne mutuelle a rétréci, et elle a pu remplacer enfin le vieux mitigeur de l'évier.

Depuis, Monique en parle autour d'elle, au marché, au club de belote, aux voisines du lotissement. Elle a déjà convaincu deux amies de faire le test, et l'une d'elles y avait droit sans le savoir. Elle reste prudente et répète qu'il faut vérifier sa propre situation, car chaque dossier est différent. Les plafonds évoluent chaque année et tiennent compte de la composition du foyer. Mais elle sait aujourd'hui qu'un simple test de quelques minutes aurait pu lui éviter des années de cotisations trop lourdes.

« Moi, je paie à peu près trente euros par mois et je n'avance plus rien chez le pharmacien. »

  • Faire le test sur le simulateur officiel de l'Assurance maladie, en cinq minutes environ.
  • Préparer son avis d'imposition et ses relevés de pension des douze derniers mois.
  • Vérifier sa cotisation actuelle et la comparer au coût annoncé par le simulateur.
  • Déposer la demande en ligne depuis son compte Ameli, ou au guichet de sa caisse.
  • Attendre la réponse avant de résilier son ancien contrat de mutuelle.
  • Refaire le test chaque année, car les plafonds de ressources sont réévalués.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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