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Le moteur venait de se taire, et le cliquetis du métal qui refroidit remplissait l'allée gravillonnée. Il était un peu plus de cinq heures, ce dernier samedi d'octobre, à Romagnat, sur les hauteurs de Clermont-Ferrand. Gérard tenait déjà la bâche pliée sous le bras, bleue, épaisse, encore raide de son emballage. Martine, elle, refermait les placards de la cellule un par un, comme on borde un lit.
Douze ans de routes, et un rituel d'automne bien rodé
Gérard a 64 ans, il a passé sa carrière dans la maintenance chez un équipementier de la région. Martine, sa femme, était secrétaire dans un cabinet de kinésithérapie à Chamalières. Depuis leur retraite, ils partent chaque printemps avec leur camping-car profilé de sept mètres, acheté d'occasion il y a douze ans. L'Espagne, la Bretagne, les Dolomites une fois, et toujours un détour par le Cantal en septembre. Ce véhicule, ils le connaissent par cœur, ses grincements, ses odeurs de café et de gasoil mêlées.
Chaque fin d'octobre, le même rituel recommence dans l'allée qui longe la maison. Gérard recule le camping-car au fond du jardin, entre le cerisier et le mur du voisin, là où il ne gêne personne. Martine vide le réfrigérateur, retire les draps, emporte les conserves à la cave. On coupe le gaz, on débranche la batterie cellule, on vérifie que rien ne traîne. Puis le véhicule attend sagement le printemps, roues calées sur des planches pour épargner les pneus pendant l'hiver.
Pendant des années, le camping-car a passé l'hiver tel quel, à l'air libre, sans le moindre souci. Les pluies d'Auvergne glissaient sur la carrosserie, les feuilles du cerisier s'accumulaient sur le toit. Au printemps, un bon lavage suffisait, et l'on reprenait la route en avril. Gérard aimait dire que son camping-car était plus solide que bien des maisons. Martine souriait, elle n'avait jamais vraiment pensé à ce qui se passait à l'intérieur pendant ces longs mois de froid et de silence.
Une bâche neuve pour protéger ce qui comptait le plus
L'idée de la bâche est venue d'une conversation au marché de Beaumont, un dimanche de septembre. Un ancien collègue de Gérard se plaignait de la mousse verte qui avait envahi les joints de son toit. Lui avait fini par tout couvrir, et depuis, plus rien ne bougeait. Gérard est rentré pensif, il a regardé les traînées noires sous les gouttières de son propre véhicule. Il a mesuré le toit, comparé les prix sur internet, puis il a commandé une bâche lourde, imperméable, renforcée aux angles.
Elle était belle, cette bâche, épaisse comme une toile de piscine, avec des œillets métalliques tous les cinquante centimètres. Il l'a tendue un samedi après-midi avec son petit-fils Théo, quinze ans, juché sur l'échelle. Ils ont serré les sangles sous le châssis, rabattu les pans jusqu'aux roues, fermé chaque ouverture avec soin. Plus une goutte de pluie ne passerait, plus une feuille ne tomberait sur le lanterneau. Gérard a fait le tour trois fois, satisfait, en tapotant la toile tendue comme un tambour.
Il y avait aussi l'eau, bien sûr, il le savait. Gérard a ouvert la vanne de vidange du réservoir propre et laissé couler l'eau dans le gravier. Il a vidé les eaux grises, rincé la cassette des toilettes. Le chauffe-eau, il y a pensé un instant, puis il s'est dit qu'il était à l'intérieur, au chaud, protégé par la bâche. Soyons honnêtes, après une journée entière à quatre pattes sous le véhicule, on finit toujours par se dire que ça ira bien comme ça.
« Ça sent le renfermé là-dedans, mais bon, c'est fermé depuis quatre mois, c'est normal. »
Une odeur légère que personne n'a voulu remarquer
En janvier, la neige est tombée sur le plateau, plus fort que les années précédentes. Pendant près de dix jours, le thermomètre du jardin n'est pas remonté au-dessus de moins six la nuit. Gérard regardait la bâche blanchie depuis la fenêtre de la cuisine, rassuré de la voir tenir. Un matin de février, en allant chercher une glacière rangée dans la soute, il a soulevé un coin de toile. Une bouffée tiède et lourde lui est arrivée au visage, comme l'air d'une cave fermée.
Il a refermé sans trop y penser, la glacière à la main. En rentrant, il en a parlé à Martine, presque en riant. Ça sent le renfermé là-dedans, mais bon, c'est fermé depuis quatre mois, c'est normal. Martine a hoché la tête en épluchant ses légumes, elle a proposé d'aérer quand il ferait plus doux. Personne n'a ouvert la porte de la cellule ce jour-là. Il faisait froid, le jardin était boueux, et la bâche était si bien sanglée qu'il fallait tout défaire.
Il y avait pourtant d'autres signes, minuscules. Sur la face intérieure de la bâche, près du pare-brise, Gérard avait vu perler des gouttes, alors qu'il ne pleuvait pas. Il avait cru à de la rosée qui s'infiltrait par le bas. Sous le véhicule, une petite tache sombre marquait le gravier, à peu près sous l'emplacement de la salle d'eau. On connaît tous ça, ces détails qu'on range dans un coin de la tête pour plus tard. Plus tard, en l'occurrence, ce serait le 12 avril.
Le jour du départ, une flaque et des taches noires
Ce matin-là, le soleil chauffait déjà le jardin, et le voyage vers les Pyrénées était prévu pour la semaine suivante. Gérard et Théo ont détaché les sangles, replié la bâche humide qui pesait deux fois plus lourd qu'à l'automne. Martine a ouvert la porte de la cellule la première. Elle a reculé d'un pas, la main devant la bouche. L'odeur était partout, piquante, une odeur de linge oublié dans la machine pendant une semaine entière.
À l'intérieur, les coussins de la dînette étaient tachés de points gris. Le plafond, au-dessus de la capucine, portait une auréole sombre, et les rideaux occultants collaient aux vitres. Dans la salle d'eau, le sol en lino était gondolé, et sous l'évier dormait une flaque figée. Gérard s'est accroupi, a ouvert le placard du bas avec sa lampe frontale. Un raccord en plastique, juste à la sortie du chauffe-eau, était fendu net sur toute sa longueur, comme une coquille de noix.
Il a appelé le concessionnaire d'Aubière où il faisait réviser son véhicule depuis des années. On lui a proposé un rendez-vous dans trois semaines, la saison des remises en route battait son plein. Il a tenté de réparer lui-même avec un raccord acheté en grande surface, mais le diamètre ne correspondait pas. Martine, elle, frottait les moisissures avec du vinaigre blanc, les fenêtres grandes ouvertes. Je croyais qu'on avait tout fait correctement, répétait Gérard, assis sur la marche, en regardant ses mains noircies.
« Je croyais qu'on avait tout fait correctement, on a même acheté la bâche la plus épaisse du catalogue. »
Ce n'était ni le toit ni la neige, c'était l'eau oubliée
Le technicien s'appelait Karim, une quarantaine d'années, des avant-bras couverts de petites cicatrices. Il a fait le tour du camping-car sans rien dire, a tâté le plancher, collé un humidimètre contre les parois. Puis il s'est assis sur la dînette et a demandé à Gérard de raconter son automne, étape par étape. Quand Gérard a parlé de la bâche, Karim a souri doucement. Quand il a dit qu'il n'avait pas vidé le chauffe-eau, Karim a simplement hoché la tête, sans surprise.
Le chauffe-eau contenait encore une dizaine de litres, a expliqué Karim, et les canalisations aussi gardaient de l'eau dans leurs points bas. En janvier, sans chauffage, l'intérieur d'une cellule descend presque au niveau du dehors. L'eau a gelé, a gonflé, et le raccord le plus fragile a cédé. Au dégel, tout s'est vidé lentement sous l'évier. Vous savez, ici, on en voit des dizaines chaque printemps, et c'est presque toujours le chauffe-eau, a-t-il dit en rangeant sa lampe.
Restait l'odeur, et c'est là que Gérard a vraiment compris. La bâche était imperméable dans les deux sens, a dit Karim : elle empêchait la pluie d'entrer, mais aussi l'humidité de sortir. L'eau de la fuite, la condensation des nuits froides, tout restait prisonnier sous la toile, sans un souffle d'air. Les aérations du toit étaient bouchées, les grilles du réfrigérateur aussi. C'est une serre, votre bâche, mais une serre sans soleil. Gérard a regardé la toile bleue roulée dans un coin du garage, longtemps.
Ce que l'hiver leur a coûté, et ce qu'ils feront désormais
Le devis est arrivé une semaine plus tard. Remplacement des raccords et d'une portion de tuyau, nouveau revêtement de sol dans la salle d'eau, traitement de la cellule, coussins à refaire chez une tapissière de Riom. Au total, un peu plus de deux mille cent euros, sans compter les rideaux que Martine a fini par jeter. Le voyage dans les Pyrénées a été repoussé à juin. Gérard dit qu'il a surtout perdu la fierté de son véhicule, plus encore que l'argent.
Cet automne, ils ont tout changé dans leur rituel. Gérard a acheté une housse respirante, conçue pour laisser sortir la vapeur, et laisse les aérations du toit dégagées. Il ouvre aussi le véhicule une fois par mois, par temps sec, pour une heure de courant d'air. Martine a posé deux absorbeurs d'humidité dans la cellule et sur la dînette. Moi, maintenant, je vide tout, même ce que je ne vois pas, dit Gérard. Je laisse les robinets ouverts, et je dors mieux.
Ce qu'ils ont appris, beaucoup de propriétaires l'apprennent de la même façon, à leurs dépens. Avant de ranger un camping-car pour l'hiver, voici ce qu'ils vérifient désormais, en suivant la notice de leur modèle. Le circuit entier se vide, réservoir, chauffe-eau et canalisations, robinets laissés ouverts en position intermédiaire. La cellule doit pouvoir respirer, sans bâche étanche plaquée sur la carrosserie. Le reste tient en quelques gestes simples, qu'ils ont écrits sur une fiche plastifiée accrochée dans la soute, juste à côté de la vanne.
« C'est une serre, votre bâche, mais une serre sans soleil, rien ne peut sécher là-dessous. »
- Vidanger le réservoir d'eau propre et les eaux grises, puis rincer la cassette des toilettes.
- Vider entièrement le chauffe-eau par sa vanne de vidange, selon la notice du fabricant.
- Laisser les robinets ouverts en position intermédiaire pour purger les canalisations.
- Préférer une housse respirante à une bâche étanche, et garder les aérations dégagées.
- Placer des absorbeurs d'humidité dans la cellule et aérer une fois par mois par temps sec.
- Couper le gaz, débrancher la batterie cellule et retirer textiles et denrées.
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