Elle rembourse d’un coup le crédit de la voiture familiale à Brest : sur le relevé de la banque, une ligne de frais qu’elle n’attendait pas

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La pluie fine de Brest tapait contre la fenêtre de la cuisine, un mardi de novembre vers dix-neuf heures. Sylvie avait posé le relevé bancaire à côté de la soupière, encore pliée en trois. Elle a passé le doigt sur une ligne, s'est arrêtée, a relevé la tête vers Gérard qui coupait le pain. Il y avait un montant qu'elle ne connaissait pas.

Une maison à Saint-Marc et une voiture payée chaque mois

Sylvie a cinquante-huit ans et travaille depuis vingt ans à l'accueil d'une clinique du centre de Brest. Gérard, son mari, en a soixante et un et vient de quitter l'atelier de maintenance où il réparait des machines depuis trente-quatre ans. Ils vivent dans une petite maison en granit du quartier de Saint-Marc, avec un jardin étroit et un cerisier qui penche vers la rue. Leurs deux enfants sont partis, l'un à Rennes, l'autre à Nantes, et reviennent surtout pour les fêtes.

Dans l'allée dort une Peugeot grise achetée trois ans plus tôt, quand la vieille Clio avait rendu l'âme sur la route de Morlaix. Pour la payer, ils avaient pris un crédit auprès de leur banque habituelle, celle où ils ont leur compte depuis leur mariage. Chaque mois, le cinq, une somme partait sans qu'ils y pensent vraiment. C'était devenu une habitude, comme la facture d'électricité ou l'abonnement du journal local qu'ils lisaient au petit-déjeuner.

Sylvie tient les comptes de la maison depuis toujours, sur un cahier à spirale rangé dans le tiroir du buffet. Elle note chaque dépense, entoure les grosses en rouge, et fait les additions au crayon le dimanche soir. Gérard la taquine souvent sur cette manie, mais il reconnaît qu'ils n'ont jamais eu de découvert en trente ans. Dans ce cahier, la ligne du crédit auto revenait chaque mois, toujours la même, rassurante dans sa régularité. Ils pensaient connaître leur banque par cœur, et leur budget aussi.

La prime de départ arrive, et l'idée paraît évidente

Au départ de Gérard, l'entreprise lui a versé une prime de fin de carrière, plus généreuse que ce qu'ils avaient imaginé. Le virement est arrivé un vendredi, et Sylvie a regardé le solde du compte plusieurs fois dans la journée, presque incrédule. Le soir même, autour d'une galette, ils ont discuté de ce qu'ils allaient en faire. Gérard parlait d'un voyage en Écosse, elle pensait plutôt à refaire la salle de bains, qui fuyait un peu sous la baignoire.

Puis Sylvie a ouvert son cahier et montré la ligne du crédit auto du doigt. Il restait un peu plus de onze mille euros à rembourser, étalés sur encore deux ans. Pour elle, c'était une évidence : avec la retraite qui allait réduire les rentrées, autant se débarrasser de cette mensualité tout de suite. Elle a dit à Gérard, en souriant : On sera tranquilles, plus rien à devoir à personne, la voiture sera vraiment à nous. Il a haussé les épaules, d'accord.

Soyons honnêtes, c'est un raisonnement que beaucoup de familles tiennent au moment de la retraite. Ne plus rien devoir, c'est une forme de liberté qui compte autant que l'argent lui-même. Le lundi suivant, Sylvie a appelé l'agence et demandé à rembourser tout le capital restant d'un coup. La conseillère, aimable, a pris note de la demande et lui a envoyé un formulaire à signer. Sylvie l'a rempli à la table de la cuisine, en une dizaine de minutes, sans vraiment lire les petites lignes du bas.

« On sera tranquilles, plus rien à devoir à personne, la voiture sera vraiment à nous. »

Une ligne de plus sur le relevé du mois

Trois semaines plus tard, le relevé mensuel est arrivé dans la boîte aux lettres, glissé entre une publicité de supermarché et une carte postale de leur fille. Sylvie l'a ouvert machinalement, comme chaque mois, en préparant le dîner. Elle a d'abord vu la grosse somme du remboursement, ce qui l'a fait sourire. C'était la fin d'une histoire, la preuve noir sur blanc que la voiture était payée. Gérard, qui passait derrière elle, lui a posé la main sur l'épaule en disant que c'était une bonne chose de faite.

Juste en dessous, pourtant, une autre ligne apparaissait, plus courte, avec un libellé qu'elle ne comprenait pas bien. Il y était question d'indemnité, suivie d'un montant d'un peu plus de cent euros. Sur le moment, elle a pensé à une erreur de saisie, ou à des frais de dossier qu'elle aurait oubliés. Elle a reposé le papier sur la table, s'est dit qu'elle verrait ça plus tard, et a remué la soupe qui commençait à attacher.

On connaît tous ça : un détail qui gêne, qu'on range dans un coin de la tête en se promettant d'y revenir. Le lendemain, en faisant ses comptes, Sylvie est retombée sur la ligne et l'a recopiée dans le cahier. Le chiffre ne collait avec rien de ce qu'elle avait prévu, ni avec ce que la conseillère lui avait dit au téléphone. Elle a entouré le montant en rouge, comme elle le fait pour tout ce qui l'intrigue, et a décidé d'appeler l'agence.

Des coups de téléphone qui ne donnent rien

Le premier appel s'est perdu dans un serveur vocal qui proposait six options, dont aucune ne parlait de crédit soldé. Sylvie a fini par tomber sur un plateau téléphonique, où un jeune homme poli lui a expliqué qu'il ne voyait pas le détail de son prêt. Il lui a conseillé de prendre rendez-vous avec sa conseillère, qui était en congé jusqu'à la semaine suivante. Elle a raccroché agacée, avec l'impression désagréable de parler à un mur très bien élevé.

Le soir, elle en a parlé à Gérard, qui a d'abord proposé de laisser tomber. Pour cent euros, a-t-il dit, ce n'est pas la peine de se rendre malade, on a eu la prime. Mais Sylvie n'aime pas payer ce qu'elle ne comprend pas, et le cahier rouge ne la laissait pas dormir. Elle a appelé sa sœur Martine, à Quimper, qui avait remboursé un prêt immobilier l'année précédente et se souvenait vaguement de pénalités.

Martine lui a dit que pour sa maison, elle avait payé quelque chose, mais qu'elle ne savait pas si c'était pareil pour une voiture. Sylvie a cherché sur internet, tard dans la nuit, devant l'écran de l'ordinateur familial. Elle a trouvé des forums où certains juraient qu'on ne payait jamais rien, d'autres qu'on payait toujours. Rien ne collait avec sa situation précise. Elle s'est couchée avec plus de questions qu'au départ et un début de migraine derrière les yeux.

« Pour cent euros, ce n'est pas la peine de se rendre malade, on a eu la prime. »

Dans le bureau de la conseillère, le contrat ressorti

Le jeudi suivant, Sylvie s'est assise dans le petit bureau vitré de l'agence, rue de Siam, son cahier sur les genoux. La conseillère, revenue de congé, a sorti le contrat de crédit et l'a tourné vers elle. Elle a pointé un article, page quatre, que Sylvie n'avait jamais lu. Ce n'était ni une erreur ni des frais cachés inventés pour l'occasion, a-t-elle expliqué calmement. C'était une indemnité de remboursement anticipé, prévue par le contrat et encadrée par la loi.

La conseillère a détaillé le mécanisme. Pour un crédit à la consommation comme un prêt auto, la banque peut demander une indemnité quand on rembourse avant terme. Mais cette indemnité est plafonnée : un pour cent du capital remboursé s'il reste plus d'un an avant la fin du contrat, un demi pour cent s'il reste moins d'un an. Sylvie a fait le calcul de tête. Sur ses onze mille euros, avec presque deux ans restants, le compte tombait juste.

Puis la conseillère a ajouté une précision qui a fait relever la tête de Sylvie. Si le montant remboursé par anticipation sur douze mois avait été inférieur à dix mille euros, aucune indemnité n'aurait pu être réclamée. Sylvie a soupiré : Donc si j'avais remboursé en deux fois, sur deux années différentes, je ne payais rien. La conseillère a hoché la tête sans répondre directement, en disant que chaque contrat méritait d'être regardé avant de signer quoi que ce soit.

Ce que Sylvie regarde désormais avant de signer

En rentrant, Sylvie a raconté la scène à Gérard, qui a ri un peu, puis s'est tu. Cent douze euros, ce n'est pas une catastrophe pour eux, surtout avec la prime. Mais c'est le prix d'un plein et demi, ou d'un bon repas au restaurant pour leur anniversaire de mariage. Ce qui l'agaçait, ce n'était pas tant la somme que l'impression d'avoir signé sans regarder. Elle a recopié la règle dans son cahier, en haut d'une page vierge, soulignée deux fois.

Depuis, elle en parle à ses collègues de la clinique, dont plusieurs ont des crédits auto en cours. Elle leur explique que tout dépend du montant, du temps restant et de ce qui est écrit dans le contrat. Certaines n'avaient jamais entendu parler de ce seuil des dix mille euros. Elle leur dit : Ressortez votre contrat, lisez la page des remboursements, et faites le calcul avant d'appeler la banque. Plusieurs ont promis de le faire, au moins par curiosité.

Gérard, lui, a gardé sa part de prime pour l'Écosse, et ils partiront au printemps avec la Peugeot grise, enfin payée. Sylvie dit qu'elle referait le même choix, rembourser reste pour elle une tranquillité. Elle aurait seulement découpé le remboursement autrement, en deux versements étalés sur deux années. Pour ceux qui envisagent la même chose, quelques vérifications simples peuvent éviter la mauvaise surprise du relevé, et quelques questions à poser au bon moment, avant de remplir le formulaire.

« Donc si j'avais remboursé en deux fois, sur deux années différentes, je ne payais rien. »

  • Relire l'article du contrat consacré au remboursement anticipé avant toute démarche.
  • Vérifier le capital restant dû et la durée restante avant la fin du crédit.
  • Retenir le plafond : 1 % du capital si plus d'un an reste, 0,5 % sinon.
  • Aucune indemnité si le remboursement anticipé sur douze mois reste sous 10 000 euros.
  • Envisager d'étaler le remboursement sur deux années pour rester sous ce seuil.
  • Demander par écrit à la banque le montant exact de l'indemnité avant de signer.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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