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Il était un peu plus de dix heures, et le soleil tapait déjà sur la terrasse carrelée. Gérard rinçait sa tasse dans l'évier quand le téléphone fixe a sonné dans le couloir, deux fois, puis une troisième. Monique arrosait les tomates au fond du jardin. Il s'est essuyé les mains sur son pantalon, a décroché, et une voix jeune et souriante a prononcé son nom.
Une maison des années soixante-dix et des hivers de plus en plus chers
Gérard a 67 ans et il a passé quarante ans à conduire des camions entre Perpignan et Barcelone. Avec Monique, ancienne secrétaire de mairie, il habite depuis 1988 une maison de plain-pied à Saint-Estève, à quelques kilomètres de la ville. Les murs sont épais, le crépi un peu fatigué, et la tramontane siffle sous les tuiles quand elle se lève. Ils aiment cette maison, la treille, le figuier planté à la naissance de leur fils.
Le seul vrai souci, c'est l'hiver. Les radiateurs électriques tournent sans arrêt de novembre à mars, et la facture a grimpé chaque année. L'an dernier, Monique a sorti la calculatrice sur la table de la cuisine et a soupiré longtemps. On connaît tous ça, ces factures qu'on ouvre en retenant son souffle. Ils avaient parlé d'isoler un jour, sans savoir par où commencer, ni combien cela coûterait vraiment.
Gérard n'est pas naïf, il le dit lui-même. Il raccroche aux vendeurs de fenêtres, il ne répond jamais aux numéros qui commencent bizarrement. Il a même installé un petit carnet près du téléphone pour noter les appels suspects. Mais ce matin-là, la voix au bout du fil ne vendait rien, disait-elle. Elle parlait d'un programme d'aide, de la région, de l'État, et de maisons comme la sienne, justement.
Un conseiller aimable, des aides qui semblent faites pour eux
Le jeune homme s'est présenté comme conseiller en rénovation énergétique. Il a expliqué que le secteur de Saint-Estève faisait l'objet d'une campagne, que les maisons anciennes étaient prioritaires et que l'isolation des combles pouvait être presque entièrement financée. Gérard a posé deux ou trois questions, sur le prix surtout. La réponse est venue sans hésiter : avec les primes, il resterait très peu à payer, peut-être rien du tout.
Il a proposé qu'un technicien passe le jour même, en fin d'après-midi, pour évaluer les combles. Gérard a regardé l'horloge, puis le jardin où Monique s'activait. Il s'est dit qu'une visite n'engageait à rien. Après tout, c'était exactement ce qu'ils voulaient faire depuis des années, et voilà que l'occasion frappait à la porte. Il a donné son accord et noté l'heure sur le carnet, juste sous un vieux numéro barré.
Le soir, à table, il a raconté l'appel à Monique avec une certaine fierté. Elle a froncé les sourcils, puis haussé les épaules. Écoute, si c'est l'État qui paie, on serait bêtes de ne pas en profiter, a-t-elle fini par dire. Ils ont même plaisanté sur ce qu'ils feraient des économies de chauffage. Un voyage à Collioure, peut-être, ou de nouvelles chaises pour la terrasse qui en avait bien besoin.
« Je me croyais malin, et je me suis fait avoir sur ma propre chaise, dans ma propre cuisine. »
Dans la cuisine, un contrat signé avant la fin du café
Le technicien est arrivé à dix-huit heures pile, dans une camionnette blanche sans inscription. Polo bleu marine, tablette sous le bras, il a grimpé par la trappe du couloir avec une lampe frontale. Il est redescendu au bout de cinq minutes, l'air grave. Il y avait de l'humidité, de la laine de verre tassée, des pertes énormes selon lui. Monique a apporté du café, et tout le monde s'est assis autour de la toile cirée.
Les chiffres ont défilé sur la tablette. Le devis affichait 7 800 euros, mais une colonne verte faisait apparaître des primes qui ramenaient la somme à un montant presque symbolique. Il fallait seulement signer ce soir, a expliqué le technicien, parce que l'enveloppe de la campagne était limitée. Il a tendu un stylet. Gérard a hésité, la main au-dessus de l'écran, puis il a signé. Monique a signé à côté.
Avant de partir, l'homme a demandé un chèque d'acompte de 1 500 euros, pour bloquer la date du chantier. Il serait remboursé par les aides, a-t-il assuré, une simple formalité. Gérard a sorti le chéquier du buffet. La camionnette a disparu au bout de la rue, et le silence est retombé sur la maison. Il était dix-neuf heures quinze, et ils avaient l'impression étrange d'avoir réglé une affaire importante trop vite.
Un document qui manque et une nuit à tourner dans le lit
C'est Monique qui a remarqué le premier détail. Ils n'avaient reçu aucun papier, juste un courriel arrivé dans la soirée avec un lien. Le document, quand elle a fini par l'ouvrir, ne mentionnait aucune prime chiffrée. Il parlait d'un prix total de 7 800 euros et d'aides éventuelles, sous réserve d'éligibilité. Les mots sous réserve étaient écrits en tout petit, tout en bas de la troisième page.
Gérard a d'abord balayé l'inquiétude. Le technicien avait été clair, il avait tout vu sur la tablette. Mais la nuit, il ne dormait pas. Il repensait à la camionnette sans nom, au chèque, à l'urgence de signer le soir même. Au petit matin, il a appelé le numéro du conseiller. Une messagerie, puis une autre. Le troisième appel est tombé sur une plateforme qui lui a promis un rappel sous quarante-huit heures.
Le rappel n'est jamais venu. Deux jours plus tard, Monique a téléphoné à leur fils, Julien, qui vit à Montpellier. Il a écouté sans l'interrompre, puis il a demandé une seule chose : qui avait appelé le premier. Papa, ce sont eux qui t'ont contacté, tu n'as rien demandé, c'est bien ça, a-t-il insisté. Gérard a répondu oui, un peu vexé, sans comprendre pourquoi ce détail semblait autant compter pour son fils.
« Écoute, si c'est l'État qui paie, on serait bêtes de ne pas en profiter, non ? »
Ce que l'appel du matin révélait déjà, sans qu'ils le sachent
Julien les a mis en relation avec une association de consommateurs de Perpignan. Le jeudi suivant, Gérard et Monique se sont retrouvés dans un petit bureau près du Castillet, face à une bénévole nommée Françoise, ancienne juriste. Elle a lu le courriel, regardé la date de signature, et posé ses lunettes sur la table. La première chose qu'elle leur a dite les a laissés muets un long moment.
Depuis une loi de juillet 2020, a expliqué Françoise, le démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est tout simplement interdit, sauf si le client a déjà un contrat en cours avec l'entreprise. Ce coup de fil n'aurait jamais dû exister. Ce n'était ni un vrai programme public ni forcément une escroquerie totale, a-t-elle ajouté. C'était une entreprise qui utilisait une méthode illégale pour vendre des travaux au prix fort.
Elle a aussi relevé le chèque. Pour un contrat signé à domicile, a-t-elle précisé, l'entreprise ne peut demander aucun paiement pendant les sept jours qui suivent la signature. Et surtout, il leur restait du temps. Vous avez signé chez vous, donc vous avez quatorze jours pour changer d'avis, sans vous justifier, a-t-elle dit en souriant. Gérard a compté sur ses doigts. On en était au neuvième jour. Il restait cinq jours.
Une lettre recommandée, un chèque récupéré et une leçon gardée
Le soir même, Monique a rédigé la lettre de rétractation sur la table de la cuisine, en suivant le modèle donné par Françoise. Gérard l'a postée en recommandé avec accusé de réception le lendemain matin, à la première heure. Ils ont aussi fait opposition au chèque, puisqu'il avait été demandé dans le délai interdit. Trois semaines plus tard, il n'avait toujours pas été encaissé, et l'entreprise ne s'est plus jamais manifestée.
Soyons honnêtes, ils ont eu de la chance. S'ils avaient attendu une semaine de plus, le délai était passé et les recours devenaient beaucoup plus compliqués. Gérard en parle maintenant au café du village, presque comme d'une histoire de pêche. Je me croyais malin, et je me suis fait avoir sur ma propre chaise, raconte-t-il. Les voisins rient, puis plusieurs avouent avoir reçu le même genre d'appel ces derniers mois.
Les combles, eux, ont fini par être isolés. Au printemps, le couple a pris rendez-vous avec un conseiller France Rénov' gratuit, puis fait établir trois devis par des artisans du département, tous certifiés. La facture finale, aides déduites, était bien plus raisonnable. Près du téléphone, le carnet est toujours là. Sur la première page, Monique a écrit en grosses lettres une phrase simple : on ne signe rien le jour même.
« Vous avez signé chez vous, donc vous avez quatorze jours pour changer d'avis, sans vous justifier. »
- Un appel non sollicité pour des travaux de rénovation énergétique est interdit depuis la loi de juillet 2020.
- Un contrat signé à domicile ouvre un délai de rétractation de 14 jours, sans justification.
- Aucun paiement ni acompte ne peut être exigé dans les 7 jours suivant une signature à domicile.
- La rétractation s'envoie de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Les conseillers France Rénov' informent gratuitement sur les aides réelles et les artisans certifiés RGE.
- En cas de doute, une association de consommateurs ou SignalConso peut aider à réagir.
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