Elle ferme sa maison du Cantal pour l’hiver chez sa fille : en février, l’assureur lui lit une clause qu’elle n’avait jamais ouverte

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Le volet de la cuisine a grincé une dernière fois, puis la clé a tourné deux fois dans la serrure. Il était sept heures, ce matin de novembre, et le brouillard couvrait encore les prés autour de la maison. Josiane a posé sa valise dans le coffre de la Clio, a regardé la façade de pierre grise, et elle est partie rejoindre sa fille à Lyon pour l'hiver.

Une maison de pierre où rien ne bouge depuis quarante ans

Josiane a soixante et onze ans et elle habite cette maison depuis son mariage, au bout d'un chemin près de Murat. Les murs font soixante centimètres d'épaisseur, le poêle à bois chauffe la pièce principale, et le reste de la maison vit au rythme des saisons. Son mari Bernard est mort il y a six ans. Depuis, elle tient tout seule, avec ses poules, son potager et ses habitudes bien rangées dans un carnet à spirale.

Les hivers du Cantal, elle les connaît par cœur. La neige qui bloque le chemin pendant trois jours, le thermomètre qui descend à moins quinze, les canalisations qui chantent quand le froid s'installe. Bernard s'occupait de tout cela, sans jamais en parler. Il fermait une vanne, ouvrait un robinet, descendait à la cave avec sa lampe frontale. Elle le regardait faire sans vraiment retenir les gestes, persuadée qu'ils resteraient toujours deux pour s'en souvenir.

Sa fille Claire, quarante-quatre ans, infirmière à Lyon, insistait depuis deux ans pour qu'elle passe l'hiver chez elle. Les routes glissantes, la solitude, une chute dans l'escalier que personne ne verrait. Josiane résistait par principe, puis elle a fini par céder à l'automne dernier. Les petits-enfants avaient fait des dessins, la chambre d'amis était prête. Elle a dit oui en se disant que la maison avait déjà traversé tant d'hivers qu'elle en supporterait bien un sans elle.

Couper le chauffage pour ne pas payer une maison vide

La décision s'est jouée sur une question d'argent, comme souvent. Josiane chauffe la maison avec le poêle et deux vieux radiateurs électriques dans les chambres. Les laisser allumés trois mois pour personne lui paraissait absurde, presque indécent avec la facture d'électricité qui avait grimpé l'année précédente. Elle a fait ses comptes sur un coin de table, un soir d'octobre, avec ses lunettes au bout du nez et la calculatrice de Bernard.

Elle a donc tout coupé au disjoncteur, sauf le réfrigérateur qu'elle avait de toute façon vidé et laissé ouvert. Elle a fermé les volets, posé des boudins de tissu sous les portes, et rangé les géraniums dans la grange. Pour l'eau, elle a fermé le robinet principal sous l'évier de la cuisine. Elle pensait sincèrement avoir fait le nécessaire. Dans sa tête, une eau qui ne circule plus ne peut pas causer de dégâts.

Un voisin, Henri, quatre-vingts ans passés, avait promis de jeter un œil de temps en temps en promenant son chien. Josiane lui avait laissé un double des clés et le numéro de Claire. Elle se souvient lui avoir dit, en riant un peu : Tu verras, elle ne bougera pas, cette maison, elle est plus solide que nous deux. Henri avait hoché la tête, rassuré lui aussi. Personne n'a pensé à l'eau restée dans les tuyaux.

« Tu verras, elle ne bougera pas, cette maison, elle est plus solide que nous deux. »

Un appel d'Henri qui parle d'une tache sur le perron

Décembre et janvier se sont passés sans histoire. Josiane découvrait la vie d'un appartement chauffé, les sorties d'école, les dimanches au parc de la Tête d'Or. Henri appelait parfois pour dire que tout allait bien, que la neige était tombée, que le chemin était dégagé. Elle raccrochait tranquille. Soyons honnêtes, elle pensait de moins en moins à sa maison, et c'était justement ce que Claire avait espéré pour elle.

Début février, une vague de froid a traversé le Massif central. Les nuits sont descendues sous moins dix-huit pendant presque une semaine. Le douze, Henri a téléphoné en fin d'après-midi, la voix hésitante. Il avait remarqué une plaque de glace sur le perron, sous la porte de la buanderie, comme si de l'eau avait coulé de l'intérieur. Il n'était pas entré, parce que le sol était trop glissant et qu'il avait eu peur de tomber.

Josiane a d'abord pensé à de la neige fondue tombée du toit, poussée par le vent. Elle l'a dit à Henri, qui ne demandait qu'à la croire. Ce soir-là, pourtant, elle a mal dormi. Elle revoyait Bernard descendre à la cave en novembre, toujours le même soir, et elle ne savait plus pourquoi il le faisait. Le lendemain matin, elle a demandé à Claire si elle pouvait prendre deux jours pour monter avec elle.

Le plombier introuvable et l'odeur de plâtre mouillé

Elles sont arrivées le quatorze en début d'après-midi, après quatre heures de route et une montée prudente sous la neige. Dès la porte ouverte, l'odeur les a saisies, un mélange de plâtre mouillé et de cave. Dans la buanderie, un tuyau de cuivre avait éclaté sur toute une longueur. L'eau avait coulé, puis gelé, puis coulé encore pendant les heures de redoux. Le carrelage était couvert d'une pellicule de glace grise.

Le pire était dans la pièce voisine. Le plafond de la salle de bains du bas avait gonflé, une partie s'était effondrée sur la baignoire. Le parquet du couloir avait bombé en vagues. Josiane est restée immobile dans l'entrée, son manteau encore boutonné. Claire a appelé trois plombiers de la vallée. Deux ne répondaient pas, le troisième était débordé par la vague de froid et ne pouvait pas venir avant cinq jours.

Elles ont épongé ce qu'elles pouvaient, ouvert les fenêtres, branché un chauffage d'appoint emprunté à Henri. Le soir, Claire a déclaré le sinistre en ligne, en photographiant chaque pièce avec son téléphone. Josiane était persuadée que l'assurance couvrirait tout, puisqu'elle payait depuis trente ans sans jamais rien demander. Elle a dit à sa fille : C'est pour ça qu'on paie, non, pour le jour où ça arrive. Claire n'a pas répondu, elle relisait déjà le contrat.

« C'est pour ça qu'on paie, non, pour le jour où ça arrive. »

L'expert ouvre le contrat à la page des absences

L'expert est passé dix jours plus tard, un homme calme d'une cinquantaine d'années, carnet à la main. Il a tout regardé, mesuré, photographié. Puis il a posé des questions simples. Depuis quand la maison était-elle inoccupée. Le chauffage était-il maintenu. Les canalisations avaient-elles été vidées. Josiane a répondu franchement à chaque fois. Novembre. Non. Elle avait fermé le robinet sous l'évier, a-t-elle précisé, comme si cela réglait la question.

Il a alors sorti les conditions générales et lui a montré une clause qu'elle n'avait jamais lue. En cas d'absence prolongée pendant la période de gel, l'assurée devait soit vidanger les canalisations, soit maintenir un chauffage suffisant pour éviter le gel. Fermer l'arrivée d'eau ne suffisait pas : l'eau restait dans les tuyaux, prête à geler et à les faire éclater. C'était exactement ce que Bernard faisait chaque année en descendant à la cave.

Quelques semaines plus tard, la lettre est arrivée. Faute d'avoir respecté ces précautions, l'assureur appliquait une réduction importante de l'indemnisation, plus de la moitié des dommages restant à la charge de Josiane. Elle a relu la lettre trois fois, assise dans la cuisine de Claire. Ce qui l'a le plus blessée, ce n'était pas le montant, mais l'idée d'avoir oublié un geste si simple. Elle répétait : Il le faisait chaque année, et moi je n'ai jamais demandé pourquoi.

Ce qu'elle vérifie désormais avant de partir

Les travaux ont duré jusqu'en mai et lui ont coûté près de neuf mille euros, une bonne part de ses économies. Elle a refait le plafond, changé le parquet du couloir, remplacé le tuyau de la buanderie. Elle a aussi fait poser un robinet de purge en bas du réseau, sur le conseil du plombier. Ce printemps-là, elle a passé plus de temps sur les devis que dans son potager.

Josiane a compris une chose qu'on oublie tous, on connaît tous ça : un contrat d'assurance ne se lit vraiment que le jour où on en a besoin. Elle a repris le sien ligne par ligne avec Claire. Beaucoup de contrats prévoient ce type d'obligation en cas d'absence l'hiver, avec des durées et des conditions qui varient. Certains parlent de vidange, d'autres d'un chauffage hors-gel, d'autres encore exigent les deux selon la durée.

L'hiver suivant, elle est repartie à Lyon, mais pas de la même façon. Elle a appelé son assureur avant de partir pour faire préciser par écrit ce qu'on attendait d'elle. Elle a vidé les canalisations avec le plombier, laissé un chauffage en position hors-gel et demandé à Henri de lui envoyer une photo du thermomètre chaque semaine. Elle dit que la maison lui paraît plus fragile qu'avant, et elle-même un peu plus prudente.

« Il le faisait chaque année, et moi je n'ai jamais demandé pourquoi. »

  • Relire la clause sur l'absence prolongée et le gel dans les conditions générales du contrat.
  • Couper l'arrivée d'eau puis vidanger les canalisations en ouvrant tous les robinets et la purge.
  • Ou maintenir un chauffage en position hors-gel dans toute la maison pendant l'absence.
  • Demander à l'assureur une confirmation écrite des précautions exigées avant de partir.
  • Confier une clé à un voisin et lui demander des passages réguliers, avec photos.
  • Faire installer un robinet de purge au point bas du réseau si la maison n'en a pas.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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