Elle se remarie à 67 ans dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une ligne disparaît de son relevé bancaire

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Ce samedi de juin, à onze heures, le soleil tapait déjà sur les marches de l'hôtel de ville de Perpignan. Monique, 67 ans, serrait un petit bouquet de pivoines dans sa main gauche. Derrière elle, ses petits-enfants faisaient crisser le gravier. Gérard, à son bras, ajustait sa cravate pour la troisième fois en riant doucement.

Huit ans de veuvage dans une maison trop grande du Moulin-à-Vent

Monique a perdu Alain un matin de février, il y a huit ans, après quarante ans de mariage. Il avait été chef d'atelier dans une entreprise de menuiserie industrielle, du côté de Rivesaltes, pendant presque toute sa carrière. Elle, de son côté, avait travaillé à mi-temps comme secrétaire médicale, puis s'était arrêtée pour élever leurs deux filles. Sa propre retraite était modeste, à peine plus de sept cents euros par mois. La maison du quartier du Moulin-à-Vent, payée depuis longtemps, était devenue soudain bien trop grande pour elle seule.

Après le décès, une conseillère l'avait aidée à remplir les dossiers de pension de réversion. Il y en avait deux, elle s'en souvient très bien, avec deux formulaires et deux courriers de réponse. Le premier concernait le régime de base, la Sécurité sociale, et le second la retraite complémentaire d'Alain, versée par l'Agirc-Arrco. Ensemble, ces deux versements lui permettaient de vivre correctement, de payer la taxe foncière, et même d'offrir quelques sorties à ses petits-enfants. Chaque début de mois, elle vérifiait son relevé sur la tablette offerte par sa fille cadette.

Les années ont passé, avec leur routine paisible et leurs petites habitudes réconfortantes. Le mardi, le marché de la place Cassanyes, le jeudi, la chorale paroissiale, le dimanche, le déjeuner chez sa fille aînée à Canet. C'est justement à la chorale qu'elle a rencontré Gérard, un ancien cheminot veuf lui aussi, à la voix grave et aux blagues un peu répétitives. Ils ont commencé par prendre un café après les répétitions, puis par partager des promenades sur la plage. Au bout de deux ans, Gérard a posé la question, assis sur un banc face à la mer.

Le mariage plutôt que le simple concubinage, pour faire les choses bien

Monique a longtemps hésité, non pas sur Gérard, mais sur la forme à donner à leur histoire. Ses filles lui avaient conseillé de vivre ensemble sans formalités, comme beaucoup de couples de leur âge. Mais elle avait été élevée dans une famille où l'on se mariait, et l'idée d'un concubinage lui semblait un peu bancale. Gérard, lui, tenait à la protéger s'il lui arrivait quelque chose, notamment pour le logement. Le mariage leur paraissait la solution la plus claire, la plus simple, et surtout la plus honnête vis-à-vis de leurs familles respectives.

Elle s'était quand même posé la question de l'argent, comme tout le monde dans sa situation. Une voisine lui avait dit que la réversion de la Sécurité sociale pouvait continuer après un remariage, à condition que les ressources du couple restent sous un certain plafond. Monique avait fait ses calculs sur un coin de nappe, avec la retraite de Gérard, et pensé que ça passerait peut-être. Pour la complémentaire, elle n'avait rien demandé à personne. Dans son esprit, une réversion était une réversion, et les règles devaient être à peu près les mêmes partout.

Soyons honnêtes, peu de gens lisent les petites lignes des notices de retraite au moment de préparer un mariage. On pense à la salle, au traiteur, à la robe, aux invités qui viennent de loin. Monique avait réservé un restaurant sur les hauteurs de Collioure pour trente personnes et choisi une robe lavande. Gérard s'occupait de la musique, avec des chansons de Brassens et un vieux disque de Jean Ferrat. Le jour venu, tout s'est déroulé exactement comme prévu, avec du soleil, des rires et quelques larmes sincères sur les joues de ses filles.

« Je me suis dit qu'ils avaient un souci de serveur, comme la banque l'année d'avant, rien de plus. »

Un relevé de septembre où il manque quelque chose sans bruit

Le premier mois après le mariage, rien n'a changé sur son compte, et Monique n'y a plus pensé. Le deuxième non plus, même si elle remarque aujourd'hui qu'elle n'avait pas vraiment regardé le détail des virements. Elle était occupée par le déménagement de Gérard, qui avait vendu son appartement de Cabestany pour la rejoindre. Il fallait trier des cartons, faire de la place dans les placards, trouver où ranger son établi. Les journées filaient vite, et les relevés bancaires restaient fermés dans l'application de la tablette.

Début septembre, un peu plus de trois mois après la cérémonie, elle a ouvert son relevé un matin, avec son café. Quelque chose clochait dans le total, sans qu'elle comprenne immédiatement quoi. Elle a fait défiler les lignes avec son index, lentement, en remontant jusqu'au mois précédent. La pension de la Carsat était bien là, comme d'habitude, ainsi que sa propre retraite. Mais le virement de l'Agirc-Arrco au nom d'Alain, qui tombait toujours vers le début du mois, avait tout simplement disparu de la liste.

Sur le moment, elle a pensé à un retard, à un jour férié, à un problème informatique quelconque. Elle a montré l'écran à Gérard, qui a haussé les épaules en disant que ça arriverait sûrement le lendemain. Je me suis dit qu'ils avaient un souci de serveur, comme la banque l'année d'avant, raconte-t-elle aujourd'hui. Elle a refermé la tablette et elle est partie au marché comme chaque mardi. Le lendemain, puis la semaine suivante, le virement n'était toujours pas là, et elle a commencé à mal dormir.

Des appels sans réponse et une conseillère bancaire désemparée

Monique a d'abord appelé sa banque, persuadée que l'erreur venait de là. La conseillère, une jeune femme patiente, a vérifié les mouvements entrants et confirmé qu'aucun virement n'avait été rejeté. Rien n'est arrivé chez nous, madame, ce n'est pas un blocage de notre côté, lui a-t-elle expliqué. Elle lui a conseillé de contacter directement l'organisme payeur, en gardant son numéro de dossier sous la main. Monique a raccroché avec une boule au ventre, parce que l'organisme payeur, pour elle, restait une entité assez floue.

Elle a retrouvé, au fond d'une pochette cartonnée, le courrier de notification reçu huit ans plus tôt. Le numéro de téléphone y figurait, avec les références du dossier d'Alain. Le premier jour, elle a attendu vingt minutes avec une musique d'attente, avant que la ligne coupe. Le deuxième jour, elle est tombée sur un serveur vocal qui l'orientait vers l'espace personnel en ligne. Gérard a tenté de créer un compte avec elle, mais le mot de passe provisoire n'arrivait jamais par courrier électronique.

Pendant ce temps, l'inquiétude grandissait, et avec elle des scénarios de plus en plus sombres. Elle se demandait si elle avait mal rempli un formulaire, ou si on la soupçonnait de fraude. Sa fille aînée a fini par lui conseiller de prendre rendez-vous dans un point d'accueil, à Perpignan. On connaît tous ça, ce moment où l'on a l'impression de parler à un mur administratif. Monique a mis son plus beau chemisier, rangé ses papiers dans une enveloppe kraft, et elle s'est présentée au guichet un jeudi matin.

« J'ai perdu une partie d'Alain le jour où j'ai dit oui à Gérard, et personne ne m'avait prévenue. »

Au guichet, une règle que personne ne lui avait expliquée

L'agent qui l'a reçue a tapé son numéro de dossier, puis il a relevé la tête avec un air un peu gêné. Il lui a demandé si sa situation familiale avait changé récemment. Monique a répondu fièrement qu'elle s'était remariée en juin, et elle a compris à son silence que c'était la réponse. L'agent lui a expliqué que, dans le régime complémentaire Agirc-Arrco, la pension de réversion s'arrête définitivement en cas de remariage. L'état civil avait transmis l'information, et les versements avaient cessé automatiquement, sans autre courrier préalable.

Elle a d'abord cru à une mauvaise blague, puis elle a demandé pourquoi la Sécurité sociale continuait à payer. L'agent lui a détaillé la différence entre les deux régimes, en dessinant deux colonnes sur un post-it jaune. Pour le régime de base, la réversion n'est pas supprimée par un remariage, mais elle dépend des ressources du nouveau foyer. Si les revenus du couple dépassent le plafond prévu, elle peut être réduite, voire suspendue. Pour la complémentaire, en revanche, il n'y a pas de calcul : le remariage met fin au droit, point final.

Monique est restée assise un long moment, les mains posées à plat sur son enveloppe kraft. Ce n'était ni une erreur de la banque ni un oubli de sa part dans un dossier, c'était la règle. J'ai perdu une partie d'Alain le jour où j'ai dit oui à Gérard, et personne ne m'avait prévenue, a-t-elle soufflé. L'agent lui a précisé qu'un simple concubinage ou un Pacs n'aurait pas entraîné cette suppression côté complémentaire. Cette précision, au lieu de la consoler, lui a laissé un goût encore plus amer dans la bouche.

Trois cent quarante euros en moins et une Carsat à surveiller

De retour à la maison, Monique a sorti une calculatrice et un cahier d'écolier pour refaire ses comptes. La réversion complémentaire d'Alain représentait environ trois cent quarante euros par mois, soit plus de quatre mille euros par an. Avec la retraite de Gérard, le couple ne manque de rien, mais le budget n'est plus du tout le même. Les cadeaux aux petits-enfants seront plus modestes, et le voyage prévu en Andalousie attendra sans doute un an de plus. Elle reconnaît que d'autres sont dans des situations bien plus difficiles que la sienne.

Reste désormais la question de la réversion versée par la Carsat, qui continue pour l'instant d'arriver chaque mois. Monique a appris qu'elle doit déclarer son remariage et les ressources de son nouveau foyer, car le plafond s'apprécie désormais pour le couple. Selon les revenus de Gérard, cette pension pourra être maintenue, diminuée, ou suspendue après un réexamen. Elle a rempli le formulaire dès la semaine suivante, pour éviter de devoir rembourser un trop-perçu plus tard. Je préfère savoir maintenant que recevoir une lettre de rappel dans deux ans, explique-t-elle calmement.

Gérard s'en veut un peu, même si Monique lui répète qu'il n'y est pour rien. Ils ne regrettent pas leur mariage, mais ils en parlent désormais autour d'eux, à la chorale et au marché. Deux amies veuves, qui envisageaient de se remarier, ont aussitôt demandé un rendez-vous pour faire le point. Si on m'avait dit tout ça avant, j'aurais au moins choisi en connaissance de cause, résume Monique. Voici ce qu'elle conseille désormais de vérifier, avant de signer un registre de mairie, quand on touche une pension de réversion.

« Je préfère savoir maintenant que recevoir une lettre de rappel dans deux ans, avec une somme à rembourser. »

  • Identifier chaque pension de réversion perçue et l'organisme qui la verse, base et complémentaire.
  • Savoir que la réversion Agirc-Arrco cesse définitivement en cas de remariage.
  • Retenir que la réversion du régime de base reste possible, sous condition de ressources du nouveau foyer.
  • Demander à l'organisme si un Pacs ou un concubinage aurait un effet différent dans sa situation.
  • Déclarer rapidement le remariage et les revenus du couple pour éviter un trop-perçu à rembourser.
  • Simuler le budget du foyer avec et sans la réversion complémentaire avant de fixer une date.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1959