À 78 ans, une retraitée de Nancy déclare sa femme de ménage : en septembre, 600 euros des impôts arrivent sur son compte

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Il était un peu plus de neuf heures, ce mardi de septembre, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de la rue Gambetta. Monique, 78 ans, avait posé ses lunettes sur le relevé bancaire arrivé la veille. Elle a suivi les lignes du doigt, comme chaque mois. Puis son doigt s'est arrêté sur une ligne qu'elle ne connaissait pas : DGFIP, virement, 600 euros.

Une veuve, un appartement à Nancy et le mardi de Sandrine

Monique vit seule depuis la mort de Robert, il y a six ans, dans un trois-pièces au deuxième étage, à deux rues du parc de la Pépinière. Elle a été secrétaire dans une école pendant trente ans. Sa retraite tourne autour de 1 400 euros par mois, ce qui ne la rend pas imposable. Elle ne s'en plaint pas, elle dit simplement qu'elle compte. Les courses du samedi, le chauffage qu'on baisse un peu, le coiffeur une fois tous les deux mois, tout passe dans un petit carnet à spirale.

Depuis deux ans, ses genoux lui jouent des tours. Passer l'aspirateur sous le lit ou laver les vitres du salon est devenu une petite épreuve. C'est sa voisine du dessous qui lui a parlé de Sandrine, une femme d'une quarantaine d'années qui fait des ménages dans le quartier. Elle vient chaque mardi matin, deux heures, avec ses propres gants et une radio qu'elle laisse jouer doucement dans la cuisine. Les deux femmes prennent un café avant que Sandrine reparte vers son client suivant.

Ce rituel, Monique y tient plus qu'elle ne veut l'avouer. Sandrine lui raconte ses enfants, ses histoires de bus en retard, les prix du marché. Monique lui parle de Robert et du jardin qu'ils avaient à Laxou autrefois. Le ménage est fait, bien sûr, mais il y a autre chose dans ces deux heures. Une présence, une voix dans l'appartement. Et soyons honnêtes, pour une femme qui vit seule, le mardi est vite devenu le meilleur jour de la semaine.

Le choix de tout déclarer, juste pour être en règle

Au début, Sandrine avait proposé d'être payée en liquide, comme le font beaucoup de gens. Monique a hésité une semaine. Elle n'aimait pas l'idée qu'une femme travaille chez elle sans être couverte en cas d'accident. Elle pensait aussi à la retraite de Sandrine, qui comptait comme la sienne autrefois. Alors elle a demandé conseil à sa nièce Claire, qui travaille dans une agence bancaire à Metz et qui sait se débrouiller avec les formulaires en ligne.

Claire lui a ouvert un compte sur le site du chèque emploi service universel, le CESU. Chaque fin de mois, Monique y déclare les heures de Sandrine, et le site calcule les cotisations et les prélève sur son compte. Sandrine reçoit son salaire et une fiche de paie en bonne et due forme. Au total, sur l'année, entre le salaire et les charges, Monique a dépensé autour de 1 200 euros. Pour elle, c'était une somme importante, mais elle la voyait comme le prix d'une conscience tranquille.

Je ne voulais pas d'histoires, je voulais que tout soit propre, a-t-elle expliqué plus tard à sa voisine. Dans son esprit, la déclaration servait à protéger Sandrine, rien de plus. Elle avait vaguement entendu parler d'avantages fiscaux pour l'emploi à domicile, à la télévision. Mais elle avait aussitôt rangé l'information dans la catégorie des choses qui ne la concernaient pas. Les avantages fiscaux, pensait-elle, c'était pour les gens qui paient des impôts. Elle, elle n'en payait pas, donc la question ne se posait même pas.

« Je ne voulais pas d'histoires, je voulais que tout soit propre, pour elle comme pour moi. »

Une attestation rangée au fond d'un tiroir sans être lue

En février, une enveloppe est arrivée, puis un message sur son espace en ligne. C'était l'attestation fiscale du CESU, un document récapitulant les sommes versées pour Sandrine durant l'année écoulée. Monique l'a imprimée chez Claire, l'a parcourue en diagonale et l'a glissée dans le tiroir du buffet, avec les factures d'électricité. Elle a trouvé curieux qu'on lui envoie un papier fiscal, à elle. Mais on reçoit tant de courriers administratifs qu'on finit par ne plus les lire vraiment. On connaît tous ça.

Au printemps est venu le moment de la déclaration de revenus. Monique la fait encore sur papier, à la table du salon, avec un stylo bleu et beaucoup de patience. Elle a vérifié le montant de sa pension, signé en bas et posté le formulaire au bureau de la rue Saint-Jean. Les pages des réductions et crédits d'impôt, elle les a feuilletées sans s'y arrêter. Elle se souvient d'avoir pensé que tout cela était trop compliqué pour une non-imposable comme elle.

Pendant l'été, son avis d'impôt est arrivé, comme chaque année. Zéro euro à payer, zéro euro à recevoir. Rien d'anormal à ses yeux. Elle l'a classé avec les autres. Pourtant, un détail aurait dû l'arrêter. Son voisin de palier, Gérard, ancien cheminot, lui avait raconté au début de l'été qu'il touchait chaque année un virement du fisc grâce à son jardinier. Elle avait souri poliment, persuadée que Gérard, plus aisé qu'elle, payait des impôts. Elle n'avait pas posé de question.

Le coup de fil de Claire qui remet tout en question

C'est en août, lors d'un déjeuner dominical, que tout a basculé. Claire était venue de Metz avec un gâteau aux mirabelles, et la conversation a dérivé vers Sandrine. Claire a demandé, presque distraitement, si sa tante avait bien reçu son remboursement pour l'emploi à domicile. Monique a répondu qu'elle ne payait pas d'impôt, donc qu'il n'y avait rien à rembourser. Claire a posé sa fourchette. Tu es sûre que tu as rempli la case, tata, a-t-elle demandé en fronçant les sourcils.

Monique a sorti l'avis d'impôt du tiroir. Claire l'a examiné longuement, puis elle a demandé la copie de la déclaration et l'attestation du CESU. La case dédiée aux sommes versées pour l'emploi d'un salarié à domicile, sur la feuille des réductions et crédits, était restée vide. Aucun montant n'apparaissait nulle part. Monique a senti ses joues chauffer. Elle avait l'impression d'avoir commis une faute, peut-être même une fraude, sans savoir laquelle. Elle a demandé si elle risquait une amende.

Claire l'a rassurée, mais Monique n'était pas tranquille. Le soir même, elle a appelé Gérard, qui lui a dit que lui recevait de l'argent en juillet, sans pouvoir expliquer comment. Elle a ensuite essayé de joindre le centre des impôts, mais a renoncé après vingt minutes de musique d'attente. Elle a dormi mal cette nuit-là. Je me disais que j'avais raté quelque chose, mais je ne savais même pas quoi, a-t-elle raconté. Claire, elle, avait déjà un plan.

« Je me disais que j'avais raté quelque chose, mais je ne savais même pas quoi. »

Ce n'était ni une erreur de banque ni un cadeau

Le week-end suivant, Claire s'est installée devant son ordinateur avec sa tante à côté d'elle. Elle a ouvert l'espace particulier de Monique sur le site des impôts et cherché le service de correction de la déclaration en ligne, ouvert pendant l'été. Elle a recopié le montant indiqué sur l'attestation du CESU dans la bonne case, celle des sommes versées pour un emploi à domicile. Le simulateur a affiché aussitôt un chiffre : 600 euros en faveur de Monique. Monique a demandé à voir l'écran de plus près.

Claire lui a expliqué ce qu'elle-même avait compris en aidant d'autres clients. Les dépenses pour un salarié à domicile, ménage, jardinage, aide aux personnes, ouvrent droit à un crédit d'impôt égal à la moitié des sommes réellement payées, salaire et cotisations comprises, dans certaines limites. Et un crédit d'impôt, contrairement à une simple réduction, est remboursé même quand on ne paie aucun impôt. Pour Monique, la moitié de ses 1 200 euros, cela faisait exactement 600 euros, versés directement sur son compte bancaire.

La condition, c'était de le déclarer, tout simplement. L'administration ne devine pas toute seule ce que l'on dépense pour son employée de maison, surtout la première année. C'est pour ça qu'ils t'envoient l'attestation, tata, ce n'est pas pour décorer le buffet, a plaisanté Claire. Monique a ri, soulagée. Elle a mis quelques secondes à mesurer ce que cela voulait dire : depuis tout ce temps, la moitié de ce qu'elle versait pour Sandrine lui revenait, et elle ne le savait pas.

Six cents euros, et une nouvelle habitude dans le carnet

Trois semaines plus tard, il y a donc eu ce mardi matin, la bouilloire, le relevé et la ligne DGFIP. Monique a appelé Claire avant même de boire son thé. Puis elle a attendu Sandrine pour lui raconter, et les deux femmes ont trinqué avec leurs tasses de café. Pour une retraitée qui compte chaque dépense, 600 euros représentent presque la moitié d'une pension mensuelle. Elle a déjà décidé de garder cette somme de côté pour régler ses heures de ménage de l'année suivante.

Claire lui a aussi expliqué la suite. Maintenant que le crédit apparaît dans son dossier, Monique pourrait recevoir chaque mois de janvier une avance d'une partie de ce crédit, calculée sur l'année précédente, le solde arrivant l'été. Elle devra quand même déclarer chaque printemps le montant exact dépensé, pour que les comptes soient justes. Monique a aussi découvert qu'il existe un service, l'avance immédiate, qui permet de ne payer directement que la moitié du coût. Elle a promis d'y réfléchir avec sa nièce.

Dans son carnet à spirale, une nouvelle ligne est apparue en rouge, à la page de février : attestation CESU, ne pas ranger, recopier dans la case. Je l'ai fait pour être honnête, et c'est l'honnêteté qui m'a remboursée, résume-t-elle avec un sourire. Gérard, lui, a été un peu vexé d'apprendre qu'il aurait pu lui en parler plus tôt. Sandrine, elle, continue de venir chaque mardi. Et Monique raconte désormais son histoire à toutes les retraitées du quartier qui emploient quelqu'un sans le déclarer.

« C'est pour ça qu'ils t'envoient l'attestation, tata, ce n'est pas pour décorer le buffet. »

  • Gardez l'attestation fiscale annuelle envoyée par le CESU en début d'année.
  • Reportez le montant total versé dans la case emploi d'un salarié à domicile de la déclaration.
  • Le crédit vaut la moitié des sommes payées, salaire et cotisations, dans la limite des plafonds.
  • Il est versé même si vous n'êtes pas imposable, par virement sur votre compte.
  • Un oubli peut être corrigé en ligne pendant l'été via le service de correction.
  • Renseignez-vous sur l'avance immédiate pour ne payer que la moitié dès le départ.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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