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Le soleil de dix heures tapait déjà sur les dalles de la mairie de Perpignan, et Mireille serrait un petit bouquet de mimosa qui perdait ses grains jaunes sur sa robe. Derrière elle, sa petite-fille riait trop fort. Bernard, 68 ans, cherchait les alliances dans la poche de sa veste. Personne, ce matin de janvier, ne pensait au moindre papier administratif.
Neuf ans de veuvage et une petite vie bien réglée
Mireille a 66 ans et elle habite depuis trente ans une maison basse du quartier Saint-Assiscle, à Perpignan. Elle a été secrétaire dans un cabinet de géomètres, puis elle a pris sa retraite à soixante-deux ans. Son premier mari, Jean-Pierre, était cadre dans une coopérative viticole du Roussillon. Il est mort d'un infarctus un soir d'octobre, il y a neuf ans maintenant. Pendant longtemps, elle a gardé ses chemises dans l'armoire, sans pouvoir les donner à quiconque.
Depuis ce temps, chaque mois, deux sommes arrivent sur son compte en plus de sa propre retraite. Il y a la réversion du régime de base, modeste, et celle de la complémentaire Agirc-Arrco, plus confortable. Ensemble, elles lui apportent un peu plus de six cents euros. Mireille ne les regarde même plus vraiment, elles font partie du paysage. Elles paient la taxe foncière, l'assurance de la petite Clio, et les cadeaux des petits-enfants à Noël.
Elle a ses habitudes, comme on en a tous à cet âge-là. Le marché de la place Cassanyes le samedi, la gym douce le mardi au centre social, un café chez sa voisine Josette le jeudi. Elle tient ses comptes dans un cahier à spirale, une ligne par dépense, au stylo bleu. Rien ne dépasse, rien ne la surprend. Sa fille lui répète souvent qu'elle est la personne la plus organisée de toute la famille, sans exception.
Bernard, la chorale du jeudi et la décision de se marier
Bernard est arrivé dans sa vie par la chorale paroissiale, il y a trois ans. Ancien mécanicien à la SNCF, veuf lui aussi, il chantait faux mais avec beaucoup d'entrain. Ils ont pris l'habitude de rentrer ensemble à pied, puis de dîner ensemble le dimanche. Au bout d'un an, il a apporté sa brosse à dents. Au bout de deux ans, il a vendu son appartement de Cabestany pour s'installer chez elle, dans la maison basse.
L'idée du mariage est venue de lui, un soir de fête de la Saint-Jean. Mireille a d'abord ri, puis elle a réfléchi pendant plusieurs semaines. Elle voulait protéger Bernard si elle partait la première, qu'il puisse rester dans la maison sans difficulté. Le notaire leur avait parlé de testament, de donation, de régime matrimonial. Le mariage lui paraissait plus simple, plus clair, et franchement plus joli qu'une pile d'actes notariés.
Avant de dire oui, elle a quand même posé une question à sa fille Sandrine, qui travaille dans une banque. Est-ce que ça change quelque chose pour mes pensions, tu crois ? Sandrine a haussé les épaules, elle pensait que non, puisque Mireille avait déjà sa retraite à elle. Mireille a dit en souriant qu'à son âge, on ne lui retirerait pas ce qu'elle avait. Elle n'a pas cherché plus loin, et la date a été fixée au mois de janvier.
« Je croyais qu'à mon âge, on ne pouvait plus me retirer ce que j'avais, c'est ce que je répétais à tout le monde. »
Un courrier à en-tête qu'elle range sans vraiment le lire
Le mariage a été simple et joyeux, avec un repas dans une auberge de Thuir et un gâteau aux amandes. Mireille a fait les démarches habituelles après la cérémonie : changement d'état civil à la banque, à la mutuelle, à la caisse de retraite. Elle a rempli les formulaires en ligne un dimanche après-midi, assise à la table de la cuisine, Bernard penché par-dessus son épaule. Elle trouvait normal de déclarer ce changement, comme on déclare un déménagement.
En février, une lettre de l'Agirc-Arrco est arrivée dans la boîte, glissée entre une publicité de pizzeria et la facture d'eau. Mireille l'a ouverte rapidement, a vu les mots situation familiale et mise à jour, puis l'a posée sur le buffet. Elle croyait à un simple accusé de réception. Soyons honnêtes, ces courriers à l'en-tête officiel, on les survole tous. Le papier est resté là trois semaines, sous le pot de basilic.
En mars, le virement complémentaire est tombé comme d'habitude, et elle n'y a plus pensé. Elle était occupée par autre chose : Bernard avait décidé de repeindre les volets en bleu, et la maison sentait la térébenthine. Le cahier à spirale indiquait les mêmes chiffres que d'habitude. Rien, absolument rien, ne laissait deviner que quelque chose avait déjà basculé dans un bureau lointain, quelque part dans un service de gestion.
Le relevé d'avril, puis les appels qui tournent en rond
Le cinq avril, Mireille a ouvert l'application de sa banque pour vérifier un prélèvement de la mutuelle. Elle a fait défiler les lignes avec le pouce, une fois, puis une deuxième fois, plus lentement. La ligne de l'Agirc-Arrco n'était pas là. Elle a pensé à un retard, à un jour férié, à une erreur informatique quelconque. Elle a attendu le lendemain, puis le surlendemain, en regardant son téléphone plus souvent que d'habitude.
Le neuf avril, elle a appelé la banque, qui n'avait rien bloqué. Elle a ensuite composé le numéro de la caisse de retraite complémentaire, une musique d'attente pendant vingt-deux minutes. La conseillère a été polie mais brève, elle parlait de remariage déclaré et de fin de droits. Mireille n'a pas tout compris, elle a demandé qu'on lui répète. Elle a raccroché avec un mal de ventre qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps.
Bernard a proposé d'aller au point d'accueil, et ils y sont allés ensemble le lundi suivant. Il y avait du monde, un ticket, une salle aux chaises orange. Mireille avait apporté son cahier, le livret de famille, le courrier retrouvé sous le basilic. Elle disait à Bernard qu'elle avait l'impression d'avoir fait une bêtise sans savoir laquelle. Il lui tenait la main, sans rien dire, ce qui l'agaçait et la rassurait à la fois.
« Le papier est resté trois semaines sous le pot de basilic, et tout était écrit dedans, noir sur blanc. »
Ce que dit vraiment la règle de la retraite complémentaire
Le conseiller, un jeune homme aux lunettes rondes, a pris le temps de tout reprendre depuis le début. Pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, a-t-il expliqué, la réversion n'est versée qu'aux conjoints survivants qui ne se remarient pas. Le remariage y met fin, et cette suppression est définitive. Même si Mireille divorçait un jour, ou si Bernard venait à disparaître, la réversion de Jean-Pierre ne reviendrait pas. Le courrier de février le disait, en termes administratifs.
Mireille a demandé si tout était perdu, la voix un peu étranglée. Le conseiller a secoué la tête. Le régime de base, celui de l'Assurance retraite, fonctionne autrement : il ne coupe pas la réversion pour cause de remariage. En revanche, il la soumet à des conditions de ressources. Et désormais, ce sont les revenus du couple qui comptent, ceux de Mireille et ceux de Bernard réunis. La caisse allait donc réexaminer son dossier, en intégrant la pension de cheminot de son mari.
Ce n'était donc ni une erreur de banque, ni un oubli de la caisse, ni une sanction. C'était la règle, tout simplement, et personne autour d'elle ne la connaissait. Mireille a dit au conseiller qu'elle avait cru que le mariage, ça ne regardait que le cœur. Il a souri tristement en répondant que c'était souvent ce que les gens lui disaient. Ils sont ressortis sous le soleil d'avril, et Bernard a proposé un café qu'elle a refusé.
Ce que le mariage coûte, et ce qu'il faut vérifier avant
Faire les comptes a pris une soirée entière, le cahier à spirale ouvert sur la toile cirée. La réversion complémentaire représentait un peu plus de quatre cents euros par mois, soit près de cinq mille euros par an. Avec la pension de Bernard ajoutée, le plafond de ressources du régime de base risquait aussi d'être dépassé. Une partie de la petite réversion restante pouvait donc diminuer, voire disparaître. Mireille a recalculé trois fois, en espérant se tromper.
Elle ne regrette pas Bernard, elle le dit très clairement à qui veut l'entendre. Mais elle regrette de ne pas avoir posé la bonne question, au bon endroit, avant la mairie. Le couple a revu son budget : moins de restaurants, un voyage en Andalousie repoussé, la Clio gardée deux ans de plus. Bernard, de son côté, a décidé de participer davantage aux charges de la maison. Ils en parlent sans drame, mais avec un léger goût amer.
Depuis, Mireille raconte son histoire à la chorale et chez Josette, presque comme un avertissement. Deux amies veuves vivent en couple et pensaient elles aussi à se marier. L'une a pris rendez-vous avec sa caisse pour obtenir une simulation écrite. L'autre a choisi de rester en concubinage, après avoir comparé les situations avec un notaire. Mireille, elle, garde le courrier de février dans le cahier, plié en quatre, pour ne plus jamais ranger un papier sans le lire.
« J'avais cru que le mariage, ça ne regardait que le cœur, et en fait ça regarde aussi la caisse de retraite. »
- Avant de vous remarier, demandez par écrit à votre caisse complémentaire l'effet du mariage sur votre réversion.
- À l'Agirc-Arrco, le remariage supprime définitivement la réversion, même en cas de divorce ou de nouveau veuvage ultérieur.
- Au régime de base, la réversion est maintenue sous conditions de ressources, en comptant les revenus du nouveau conjoint.
- Faites simuler vos revenus de couple pour savoir si le plafond du régime de base sera dépassé.
- Ouvrez et lisez chaque courrier de caisse de retraite dès réception, même s'il ressemble à un accusé de réception.
- Comparez avec un notaire mariage, Pacs et concubinage, qui n'ont pas les mêmes effets sur la réversion.
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