Il roule vers Gérardmer avec ses pneus d’été fin novembre : à l’entrée des Vosges, un panneau lui annonce une obligation qu’il ignorait

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Il était sept heures dix, le moteur de la Peugeot tournait doucement dans la cour encore noire. Gérard glissait le sac de cadeaux derrière le siège passager, à côté du thermos de café. Le givre craquait sous ses chaussures, un chien aboyait deux maisons plus loin. Dans quatre heures, il serait chez sa fille, à Gérardmer, pour l'anniversaire de sa petite-fille.

Un départ tranquille, comme chaque année depuis dix ans

Gérard a soixante-quatre ans et quarante ans de route derrière lui, dont trente comme commercial en matériel agricole. Il vit près de Troyes, dans une maison au portail vert qu'il repeint tous les deux printemps. Sa Peugeot 308 break, achetée d'occasion, affiche cent soixante mille kilomètres et ne lui a jamais fait défaut. Il la bichonne, la lave le samedi, vérifie l'huile avant chaque long trajet. Pour lui, une voiture bien entretenue, c'est une voiture qui ne trahit pas son conducteur.

Sa fille Claire s'est installée à Gérardmer il y a dix ans, avec son mari qui travaille dans une scierie de la vallée. Depuis, Gérard fait le trajet plusieurs fois par an, souvent en été, parfois à la Toussaint. Il connaît la route par cœur, les aires de repos, la boulangerie de Neufchâteau où il achète toujours une tarte. Cette fois, c'est la fin novembre, et la petite Jeanne fête ses sept ans le samedi. Il a promis d'être là pour le gâteau.

Au téléphone, la veille, Claire lui avait parlé de la météo, d'un peu de neige annoncée sur les hauteurs. Il avait répondu qu'il roulerait doucement, qu'il avait l'habitude, qu'il n'était pas un débutant. Soyons honnêtes, à son âge, on n'aime pas trop qu'une fille vous rappelle les règles de prudence. Il avait raccroché en souriant, un peu agacé, un peu touché. Puis il avait préparé ses affaires, les cadeaux, la couverture pour le coffre, comme d'habitude.

Ces pneus d'été qu'il avait gardés par simple bon sens

En octobre, son garagiste lui avait proposé de monter des pneus hiver, comme il le fait pour beaucoup de clients. Gérard avait refusé poliment, presque sans réfléchir. Chez lui, dans l'Aube, il neige deux jours par an, et encore. Ses pneus d'été étaient presque neufs, changés au printemps, avec une belle profondeur de sculpture. Il ne voyait pas l'intérêt de dépenser plusieurs centaines d'euros pour des pneus qui dormiraient au fond du garage la plupart du temps.

Il en avait parlé avec son voisin Bernard, un ancien chauffeur de car, au-dessus de la haie. Bernard lui avait dit qu'avec de bons pneus et un pied léger, on passait partout. Gérard avait hoché la tête, rassuré par cette expérience qu'il respectait. On connaît tous ça, ces conversations de voisinage qui valent mieux, croit-on, que n'importe quel conseil de professionnel. Le sujet était clos, et il n'y avait plus repensé jusqu'au matin du départ.

Il faut dire que Gérard avait une logique solide, du moins en apparence. Pour lui, les pneus hiver servaient aux gens qui vivent en montagne, pas à ceux qui y passent un week-end. Il pensait aussi que les obligations, s'il y en avait, concernaient les cols et les stations de ski. Gérardmer, c'était une jolie ville au bord d'un lac, pas un sommet alpin. Il avait déjà fait la route en hiver, des années plus tôt, sans le moindre souci, et sans le moindre contrôle.

« J'ai roulé quarante ans, et je ne savais même pas que ça existait. »

Un panneau rond au bord de la route qu'il n'avait jamais remarqué

Vers dix heures, après Épinal, la route a commencé à monter doucement entre les sapins. Le ciel était bas, d'un gris lourd, et quelques flocons tournaient sans se poser. Gérard avait baissé la radio pour mieux se concentrer. C'est à ce moment-là qu'il a vu le panneau, sur le bas-côté, un grand rectangle avec un pneu et des chaînes dessinés. En dessous, une mention parlait d'équipements obligatoires du premier novembre au trente et un mars.

Sur le moment, il n'y a pas vraiment prêté attention. Il a pensé à une recommandation, un de ces messages de prudence qu'on voit partout sans les lire. Il a continué sa route, en se disant que ça concernait sûrement les poids lourds. Pourtant, une petite gêne s'est installée, comme quand on croit avoir oublié de fermer le gaz. Il a repris une gorgée de café tiède du thermos, en surveillant la chaussée qui devenait plus humide et plus brillante.

Quelques kilomètres plus loin, un second panneau identique a confirmé ce qu'il avait lu. Cette fois, il a ralenti pour bien voir. Le mot obligatoire était là, sans ambiguïté, à côté d'un dessin de montagne. Il a dit à voix haute, seul dans la voiture : bon, ça, c'est nouveau pour moi. Il a fait une rapide recherche de mémoire, sans rien trouver. Personne, ni son garagiste ni Bernard, ne lui avait parlé d'une obligation dans les Vosges.

Sur un parking enneigé, des appels qui ne rassurent personne

Il s'est arrêté sur le parking d'une petite supérette, au bord de la route, le moteur encore chaud. La neige commençait à tenir sur les talus. Il a d'abord appelé Claire, qui a décroché au milieu d'une réunion. Elle lui a dit qu'ici, tout le monde roule en pneus hiver, que c'était une évidence locale. Elle ne savait pas exactement ce que disait la loi, mais elle lui a demandé de ne surtout pas monter sans équipement.

Il a ensuite appelé son garagiste, qui n'a pas répondu, puis Bernard, qui a ri gentiment au téléphone. Son voisin lui a assuré que personne ne verbalisait jamais pour ça, que c'était surtout pour la forme. Gérard n'était pas convaincu. Il voyait passer des voitures immatriculées dans les Vosges, toutes avec des pneus aux sculptures larges. Un pick-up de la commune est sorti du parking avec des chaînes rangées bien en vue sur la plateforme arrière.

Il est entré dans la supérette pour demander conseil, faute de mieux. La caissière, une femme d'une cinquantaine d'années, a haussé les épaules en lui rendant sa monnaie. Elle lui a dit que les gendarmes passaient de temps en temps, surtout les jours de neige. Elle lui a conseillé la station-service à la sortie du village, qui vendait des chaussettes à neige. Gérard est ressorti avec un paquet de biscuits pour Jeanne et une sérieuse envie de comprendre ce qui se passait.

« Bon, ça, c'est nouveau pour moi, je croyais que c'était pour les camions. »

Ce n'était pas une consigne locale, mais la loi Montagne

À la station-service, le pompiste, un jeune homme nommé Kévin, lui a tout expliqué en remplissant le réservoir d'un autre client. Ce n'était ni une lubie de la mairie ni une simple recommandation. Depuis la loi Montagne, certaines communes de massifs, dont une bonne partie des Vosges, imposent un équipement en hiver. Du premier novembre au trente et un mars, il faut soit des pneus hiver, soit des chaînes ou des chaussettes dans le coffre. Gérard est resté planté là, le portefeuille à la main.

Kévin lui a montré ce qu'il fallait regarder sur un pneu, en s'accroupissant près d'une voiture garée. Un petit pictogramme, une montagne à trois pics avec un flocon au milieu, moulé sur le flanc. C'est ce symbole, a-t-il dit, qui compte pour être en règle avec des pneus. Sans lui, il faut avoir des chaînes ou des chaussettes, et savoir les poser. Il a précisé que la liste des communes concernées était fixée par arrêté préfectoral, et signalée par les panneaux.

Gérard a repensé à tous ces trajets d'hiver faits sans y penser, à cette confiance tranquille qu'il croyait être de l'expérience. Il a dit à Kévin : j'ai roulé quarante ans, et je ne savais même pas que ça existait. Le jeune homme a souri sans moquerie. Il a répondu que beaucoup de visiteurs découvraient la règle exactement comme lui, au bord de la route. Puis il est allé chercher dans la réserve une boîte de chaussettes adaptée à la taille des pneus.

Une paire de chaussettes à neige et un garage revu au retour

Les chaussettes lui ont coûté un peu moins de cent euros, un prix qu'il a payé sans discuter. Kévin lui a montré comment les enfiler sur une roue, à genoux sur le béton froid. Gérard a recommencé deux fois, les mains rougies, avant d'y arriver correctement. Il les a ensuite rangées dans le coffre, à côté des cadeaux. Il est arrivé chez Claire avec une heure de retard, juste à temps pour voir Jeanne souffler ses sept bougies au milieu des rires.

Trois semaines plus tard, de retour dans l'Aube, il a pris rendez-vous chez son garagiste. Ils ont parlé longtemps, cette fois, des pneus toutes saisons et des pneus hiver marqués du symbole montagne. Gérard a choisi des pneus quatre saisons portant le fameux pictogramme, parce qu'il compte retourner à Gérardmer en février. Il a dit au garagiste : je préfère payer maintenant que me retrouver encore sur un parking à appeler tout le monde.

Il garde pourtant les chaussettes dans le coffre, par principe, comme une ceinture et des bretelles. Il en a parlé à Bernard, qui a fini par admettre qu'il ne connaissait pas bien la règle non plus. Gérard ne se sent pas fautif, simplement surpris de ce qu'il ignorait. Avant chaque départ en montagne entre novembre et mars, il vérifie désormais trois choses dans sa cour : le flanc de ses pneus, le contenu de son coffre, et la liste des communes concernées.

« Je préfère payer maintenant que me retrouver encore sur un parking à appeler tout le monde. »

  • La règle s'applique du 1er novembre au 31 mars dans les communes de montagne désignées par arrêté préfectoral.
  • Des panneaux à l'entrée des zones concernées signalent l'obligation d'équipement.
  • Les pneus doivent porter le symbole de la montagne à trois pics avec un flocon.
  • À défaut, il faut avoir des chaînes ou des chaussettes à neige dans le coffre.
  • Vérifier que les chaînes ou chaussettes correspondent à la taille exacte de vos pneus.
  • S'entraîner à les poser chez soi, au sec, avant le départ.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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