Il télétravaille trois jours par semaine à Rennes depuis un an : le soir, il est plus épuisé qu’après ses journées au bureau

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Sept heures cinquante, quartier Sainte-Thérèse, à Rennes. La bouilloire claque dans la cuisine, la pluie tapote contre la baie vitrée, et Julien pose son ordinateur sur la table du salon, entre une corbeille de fruits et le cahier de coloriage de sa fille. Il allume la caméra, ajuste la lampe. Neuf heures de travail l'attendent, sans quitter cette chaise.

Un mardi ordinaire, la tasse fumante et le portable allumé

Julien a 41 ans et travaille comme chef de projet dans une société de logiciels installée près de la gare de Rennes. Depuis un peu plus d'un an, il fait partie de ceux qui télétravaillent trois jours par semaine, le lundi, le mardi et le jeudi. Le reste du temps, il prend le métro, puis marche dix minutes jusqu'à l'open space du quatrième étage. Il aime bien ce rythme partagé, qui lui laisse l'impression d'avoir trouvé un équilibre raisonnable.

Sa compagne, Claire, est infirmière au CHU de Pontchaillou et part tôt, souvent avant sept heures. C'est donc Julien qui dépose leur fille Lou, six ans, à l'école du quartier, à huit heures vingt. Il revient à pied, sous la bruine ou le soleil, et s'installe directement. Le salon est clair, calme, le canapé à portée de main. Au début, il trouvait ça presque luxueux, cette maison silencieuse et cette cafetière toujours à côté de lui.

Ses collègues le lui disaient d'ailleurs avec une pointe d'envie, au détour d'une réunion. Toi, au moins, tu ne perds pas une heure dans les transports, glissait Sonia, qui vient chaque jour de Vitré en voiture. Julien hochait la tête, un peu fier. Il calculait mentalement le temps gagné, les nuits plus longues, les déjeuners pris tranquillement. Sur le papier, il ne voyait aucune raison pour que ces journées chez lui le fatiguent davantage que celles du bureau.

Il range ses réunions à la maison pour gagner du temps

Au printemps, son équipe s'est agrandie et les réunions se sont multipliées. Julien a alors pris une décision qui lui semblait parfaitement logique. Il a regroupé toutes ses visioconférences sur ses jours de télétravail, pour garder le bureau libre pour les échanges informels et le travail de fond. Ainsi, pensait-il, il resterait concentré chez lui, enchaînerait efficacement les points, et profiterait des jours sur place pour voir vraiment les gens.

Concrètement, son agenda du lundi est devenu une colonne de rectangles colorés, collés les uns aux autres. Point d'équipe à neuf heures, client à dix heures, comité de suivi à onze heures, puis encore trois réunions l'après-midi. Entre deux appels, il refermait une fenêtre et en ouvrait une autre, sans même se lever. Il trouvait ça efficace, presque élégant. Pas de couloir à traverser, pas de salle à chercher, pas d'ascenseur qui tarde.

Il avait aussi pris l'habitude de laisser sa caméra allumée en permanence, par politesse et par souci de paraître disponible. Dans son entreprise, personne ne l'exigeait vraiment, mais c'était devenu la norme tacite. Julien se voyait donc toute la journée dans une petite vignette en bas de l'écran, cheveux en bataille, pull gris. Il ne s'en rendait pas compte, mais il surveillait cette image sans arrêt, comme on jette un œil furtif dans un miroir.

« Je ne comprends pas, j'ai même pas bougé de la journée, et je suis lessivé comme après un déménagement. »

Le soir, une fatigue lourde qu'il met sur le compte de l'automne

Les premiers signes sont arrivés sans bruit, vers la fin de l'été. Le lundi soir, Julien sentait une lourdeur derrière les yeux, une sorte de brouillard qu'il n'arrivait pas à dissiper. Il avait du mal à suivre l'histoire que Lou lui racontait au dîner. Il répondait par monosyllabes, l'esprit vide, le regard posé sur la nappe. Claire le regardait parfois avec étonnement, sans rien dire, en débarrassant les assiettes.

Il a d'abord cherché des explications simples. La rentrée, les journées qui raccourcissent, la pluie bretonne qui s'installe dès octobre. Il s'est dit qu'il dormait peut-être mal, qu'il buvait trop de café, qu'il manquait de vitamines. Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe de tout attribuer à la saison plutôt que de regarder ses habitudes. Il a acheté des ampoules plus lumineuses pour le salon et s'est promis de se coucher plus tôt.

Pourtant, un détail ne collait pas, et il le remarquait sans vouloir l'admettre. Les mercredis et vendredis, quand il allait au bureau, il rentrait fatigué mais d'une fatigue légère, presque agréable. Il jouait avec Lou, préparait le dîner, discutait avec Claire. Les jours à la maison, au contraire, il s'effondrait sur le canapé dès vingt et une heures. Je ne comprends pas, j'ai même pas bougé de la journée, lâchait-il un soir, en se frottant les tempes.

Des nuits plus longues, une prise de sang, et toujours rien

En novembre, l'épuisement avait pris une place qu'il ne pouvait plus ignorer. Julien a commencé par se coucher à vingt-deux heures, sans résultat visible. Il se réveillait reposé, attaquait sa journée avec entrain, puis sentait vers quinze heures une sorte de chape tomber sur lui. Il a supprimé le café de l'après-midi, essayé les tisanes, ouvert la fenêtre entre deux réunions. Rien n'y faisait vraiment, et cette impuissance commençait à l'agacer sérieusement.

Claire, qui voit défiler des patients épuisés toute la semaine, lui a conseillé de consulter. Son médecin traitant, à Cesson-Sévigné, lui a prescrit un bilan sanguin complet. Julien attendait presque un diagnostic, quelque chose de précis à soigner, une carence ou une thyroïde paresseuse. Les résultats sont revenus parfaitement normaux. Le médecin lui a demandé comment se passaient ses journées, et Julien a répondu, un peu gêné, que tout allait bien au travail.

Il a aussi tenté de compenser par le sport, en courant le long du canal d'Ille-et-Rance le dimanche matin. Ça lui faisait du bien, mais le lundi soir, le brouillard revenait, intact. Il a fini par en parler à Sonia, lors d'un déjeuner au bureau. Elle l'a écouté, a souri, puis lui a posé une question inattendue. Tu en fais combien, de visios, le lundi, et tu te lèves entre deux, au moins ?

« Je croyais gagner du temps en supprimant le trajet, en fait je supprimais mes seules pauses de la journée. »

Ce n'était pas le travail, c'était l'écran sans respiration

Ce soir-là, Julien a ouvert son agenda et compté. Six visioconférences le lundi, sept le jeudi, parfois enchaînées sans une minute d'écart. Il a réalisé qu'il pouvait rester quatre heures sans quitter sa chaise ni détourner les yeux de l'écran. Au bureau, sans y penser, il marchait d'une salle à l'autre, discutait près de la machine à café, regardait par la fenêtre en attendant que la réunion commence. Ces trous qu'il croyait inutiles le reposaient.

Sonia lui avait envoyé quelques lectures, et Julien a découvert que cette fatigue portait un nom chez les chercheurs, souvent appelée fatigue Zoom. Les travaux décrivent une attention continue et fixe, sans les transitions naturelles d'une journée de bureau. En visio, on regarde des visages en gros plan, on guette des signaux non verbaux appauvris, on se voit soi-même en permanence. Et sans trajet ni couloir, le cerveau n'a plus aucun sas entre deux réunions.

Julien a relu plusieurs fois ce passage sur le miroir permanent, et il a souri tristement. Il pensait à cette petite vignette en bas de l'écran, qu'il surveillait sans s'en rendre compte. Je croyais gagner du temps en supprimant le trajet, en fait je supprimais mes seules pauses, a-t-il dit à Claire, en refermant l'ordinateur. Ce n'était ni son sommeil, ni sa charge de travail, ni la pluie de novembre. C'était l'absence de coupures.

Caméra coupée, cinq minutes volées, et des soirées retrouvées

Dès la semaine suivante, Julien a changé quelques habitudes, sans révolution. Il a raccourci ses réunions de cinquante minutes au lieu d'une heure, pour garder dix minutes de battement. Il a demandé à son équipe si la caméra pouvait rester coupée pour les points internes, et personne n'a protesté. Il a aussi masqué sa propre vignette dans les réglages. Ce simple geste, raconte-t-il, lui a enlevé un poids qu'il ne soupçonnait même pas.

Surtout, il a recréé de vraies coupures, celles que son ancien trajet lui offrait sans qu'il le sache. Entre deux appels, il se lève, descend arroser les plantes du balcon, fait le tour du pâté de maisons à midi. Certains appels, il les passe au téléphone en marchant dans la rue. Ça paraît bête, mais je regarde à nouveau au loin, au lieu de fixer un rectangle, explique-t-il. Les soirées ont changé assez vite.

Trois semaines plus tard, Lou a retrouvé un père qui écoute ses histoires jusqu'au bout. Julien n'a pas renoncé au télétravail, qu'il apprécie toujours pour sa souplesse. Il a seulement compris que le temps gagné sur les transports devait être rendu ailleurs, sous forme de pauses. Il en parle désormais autour de lui, à ses collègues comme à ses amis. Si vous vous reconnaissez dans ses lundis, quelques points méritent d'être regardés chez vous.

« Le jour où j'ai masqué ma propre image à l'écran, j'ai eu l'impression d'enlever un poids sur mes épaules. »

  • Compter ses visioconférences de la semaine et repérer celles qui s'enchaînent sans écart.
  • Programmer des réunions de 25 ou 50 minutes pour garder un battement entre deux appels.
  • Couper la caméra quand elle n'est pas utile, surtout pour les points internes.
  • Masquer sa propre vignette pour ne plus se regarder en continu.
  • Se lever et changer de pièce entre deux réunions, même cinq minutes.
  • Passer certains appels au téléphone en marchant, regard porté au loin.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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