Il vide les réservoirs de son camping-car avec soin chaque automne : au printemps, le chauffe-eau fendu lui coûte plus de 800 euros

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Un samedi de fin octobre, vers dix heures, le moteur de la pompe ronronnait encore à vide sous la banquette. Gérard, accroupi devant la trappe extérieure, regardait le dernier filet d'eau couler sur le gravier de l'allée. Une odeur de feuilles mouillées montait du jardin. Il a refermé la trappe d'un coup sec, satisfait, persuadé d'avoir fait exactement ce qu'il fallait.

Un rituel d'automne répété depuis douze ans dans l'allée de la maison

Gérard a 64 ans et il a passé quarante ans comme technicien dans une usine de pièces automobiles près de Clermont-Ferrand. Avec Monique, sa femme, il possède depuis douze ans un camping-car profilé de sept mètres, acheté d'occasion. Ils partent au printemps vers la côte atlantique, l'été dans les Alpes, et parfois en septembre vers l'Espagne. Le reste de l'année, le véhicule dort sous un abri de tôle, au fond du terrain, à côté du potager.

Chaque fin d'octobre, Gérard prépare l'hivernage avec une précision qui amuse Monique. Il a même une feuille plastifiée, scotchée dans un placard, où il coche les étapes une à une. Batterie cellule débranchée, frigo entrouvert, cale sous les pneus, produit absorbeur d'humidité posé sur la table. Et surtout, les réservoirs d'eau, parce que dans leur coin d'Auvergne, les nuits de janvier descendent facilement à moins dix degrés.

Cette année-là, rien ne différait des précédentes. Il faisait doux, le ciel était bas, les voisins ratissaient leurs pelouses. Gérard a ouvert la vanne du réservoir d'eau propre, puis celle des eaux grises, et il a patienté tranquillement. Monique lui apportait un café de temps en temps, posé sur le marchepied. Il aimait ce moment, soyons honnêtes, autant que les départs en vacances. Ça marquait la fin d'une saison bien remplie.

Ouvrir tous les robinets, la méthode qu'on lui avait toujours apprise

Sa méthode venait de son père, qui avait eu une caravane dans les années quatre-vingt, puis d'un forum qu'il consultait parfois le soir. Vider les réservoirs, ouvrir tous les robinets en grand, laisser couler jusqu'à la dernière goutte. Le principe lui semblait logique : si plus rien ne sort, c'est qu'il ne reste plus d'eau. Il ajoutait même un passage de pompe à vide, quelques secondes, pour chasser ce qui traînait dans les tuyaux.

Ce samedi-là, il a fait le tour du camping-car avec méthode. Robinet de la cuisine ouvert en grand, mitigeur de la salle d'eau aussi, puis la douchette décrochée et posée au fond du bac. Il a ouvert le bouchon de vidange sous le plancher, celui qu'il connaissait par cœur. L'eau s'est écoulée pendant une bonne dizaine de minutes, puis plus rien. Il a attendu encore un peu, par principe.

Le chauffe-eau, il n'y a pas vraiment pensé. Le petit ballon de dix litres était caché derrière le coffre sous la banquette arrière, et Gérard le considérait comme une partie du circuit. Pour lui, si les robinets crachaient de l'air, le ballon devait être vide lui aussi. Il a coché la ligne sur sa feuille plastifiée, refermé la porte, verrouillé. Plus j'en fais, moins j'ai de surprises, avait-il glissé à Monique en rentrant.

« Plus j'en fais, moins j'ai de surprises, c'est ce que je me disais en refermant la porte. »

En mars, une petite tache humide que personne n'a voulu voir

L'hiver a été rude cette année-là. Plusieurs semaines de gel en janvier, avec des matins à moins douze, la fontaine du village figée et les canalisations de la voisine qui avaient éclaté. Gérard s'était félicité à voix haute d'avoir fait les choses proprement. Ce genre de mésaventure arrive aux autres, pensait-il, à ceux qui laissent traîner. Il passait voir le camping-car une fois par semaine, sans jamais entrer.

Début mars, en préparant le premier départ vers l'île de Ré, il a remis la batterie en charge et ouvert grand les portes pour aérer. En soulevant le coussin de la banquette arrière, il a remarqué une auréole plus sombre sur le contreplaqué du coffre. Rien de spectaculaire, une tache de la taille d'une assiette, sèche au toucher. Il a pensé à une infiltration par le joint de la baie, ou à un reste de condensation.

Il a haussé les épaules et noté mentalement de vérifier les joints du toit. Puis il a refermé le coffre sans aller plus loin. Monique, qui passait par là, lui a demandé si tout allait bien. Il a répondu que oui, qu'un camping-car de cet âge transpirait toujours un peu après l'hiver. On connaît tous ça, ce petit détail qu'on range dans un coin de la tête pour ne pas gâcher la journée.

Trois semaines plus tard, la pompe tourne et l'eau disparaît

Le jour du remplissage, fin mars, Gérard a refermé les vannes, rempli le réservoir propre au tuyau d'arrosage et lancé la pompe. Elle s'est mise à tourner sans s'arrêter, avec ce bourdonnement continu qui signale qu'elle ne parvient pas à monter en pression. Il a vérifié les robinets, tous fermés. Puis il a entendu un léger clapotis sous la banquette, comme une fontaine minuscule qui coulait quelque part.

En soulevant le coussin, il a trouvé de l'eau qui ruisselait le long du ballon et s'infiltrait dans le plancher. Il a coupé la pompe aussitôt. Il a d'abord accusé un raccord desserré, en a resserré deux à la main, relancé la pompe : même résultat. Il a appelé un ami du club de camping-caristes, qui lui a parlé d'un clapet de pompe fatigué. Ce n'était pas ça non plus.

Le lendemain, Gérard a fait une heure de route jusqu'à un garage spécialisé en véhicules de loisirs, près de Vichy. Le mécanicien, un homme d'une quarantaine d'années prénommé Karim, l'a écouté sans l'interrompre. Puis il a demandé simplement comment il avait vidangé avant l'hiver. Gérard a tout détaillé, fier de sa feuille plastifiée. Karim a hoché la tête lentement, sans dire un mot, et il est allé chercher une lampe.

« Douze ans que je fais ça, et je n'avais jamais vu cette petite manette jaune. »

La soupape jaune du chauffe-eau, restée fermée tout l'hiver

Karim a démonté le panneau du coffre et pointé sa lampe vers le bas du ballon. Sur le côté, il y avait une petite manette jaune, à peine plus grosse qu'un pouce. C'était la soupape de vidange propre au chauffe-eau, indépendante du reste du circuit. Tant qu'on ne la bascule pas, avait-il expliqué, le ballon garde son eau, même quand tous les robinets sont ouverts et ne crachent plus que de l'air.

Les dix litres étaient donc restés prisonniers pendant tout l'hiver. Avec les nuits à moins douze, l'eau a gelé et gonflé, et la cuve s'est fendue sur une quinzaine de centimètres. La tache sèche aperçue en mars, c'était la glace qui avait fondu lors d'un redoux, puis séché. Karim a ajouté un détail que Gérard ignorait : les robinets doivent rester en position médiane, entre chaud et froid, pour que les deux circuits se vident.

Gérard est resté longtemps silencieux devant le ballon ouvert. Douze ans que je fais ça, et je n'avais jamais vu cette manette, a-t-il fini par murmurer. Karim lui a montré la notice du fabricant, rangée dans une pochette sous le siège passager, jamais ouverte. Tout y était écrit, page quatorze, avec un schéma. Les années précédentes, les hivers doux avaient simplement épargné le ballon, sans que personne ne s'en doute.

Huit cent quarante euros et une nouvelle ligne sur la feuille plastifiée

Le devis est tombé le lendemain : chauffe-eau neuf, raccords, main-d'œuvre et reprise du plancher abîmé, pour un total de huit cent quarante euros. Le départ vers l'île de Ré a été repoussé de deux semaines, le temps de recevoir la pièce. Monique a pris la chose avec philosophie, en rappelant qu'ils avaient eu de la chance que le plancher tienne. Gérard, lui, a mis plusieurs jours à digérer l'histoire.

Depuis, il raconte sa mésaventure à tous les membres de son club, presque avec gourmandise. Il a surtout réécrit sa feuille plastifiée, en ajoutant trois lignes en rouge au feutre indélébile. Ouvrir la soupape du chauffe-eau, laisser les mitigeurs au milieu, vérifier que plus rien ne coule du ballon. Il garde aussi la notice du véhicule sur la table pendant l'hivernage, ouverte à la bonne page, pour ne plus rien oublier.

À l'automne suivant, Gérard a refait son rituel dans l'allée, un café posé sur le marchepied. Quand il a basculé la petite manette jaune, un flot tiède et rouillé a jailli sous le camping-car. Il a souri en le regardant couler sur le gravier. Voilà les dix litres qui m'ont coûté si cher, a-t-il lancé à Monique. Avant de refermer, voici ce qu'il vérifie désormais chaque année, point par point.

« Je croyais que si les robinets crachaient de l'air, le ballon était forcément vide lui aussi. »

  • Repérer la soupape de vidange du chauffe-eau, souvent une manette jaune près du ballon, et l'ouvrir.
  • Laisser tous les mitigeurs en position médiane, entre chaud et froid, pendant tout l'hivernage.
  • Ouvrir les vannes des réservoirs d'eau propre et d'eaux grises jusqu'au dernier filet.
  • Vérifier qu'aucune eau ne s'écoule plus du ballon avant de refermer le véhicule.
  • Relire la notice du chauffe-eau, le modèle exact pouvant prévoir d'autres étapes.
  • Au printemps, refermer la soupape avant de remplir, puis surveiller toute tache d'humidité.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1959