À 67 ans, il reçoit une montre de ses enfants pour marcher chaque jour : trois semaines plus tard, elle dort au fond d’un tiroir de cuisine

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Sept heures et quart, un matin de mars, et la montre vibre contre le poignet de Gérard avant même qu'il ait posé un pied sur le carrelage froid. Sur l'écran, un petit zéro clignote, têtu. Dans la cuisine, la bouilloire siffle, le chien gratte la porte. Gérard, 67 ans, enfile ses chaussures de marche en soupirant : il lui reste dix mille pas à faire.

Une montre au pied du sapin et une promesse faite aux enfants

Tout avait commencé à Noël, dans la maison de Saint-Avertin où Gérard vit avec Monique depuis trente-deux ans. Ancien conducteur de travaux, il avait passé sa vie sur les chantiers, debout, à grimper des échafaudages et à engueuler les livreurs en retard. La retraite l'avait installé dans un fauteuil, devant les informations de midi, avec un journal qu'il lisait deux fois. Ses enfants voyaient bien qu'il s'arrondissait un peu, qu'il soufflait dans l'escalier, qu'il restait des heures sans sortir.

Le paquet était petit, emballé dans un papier doré que Monique avait gardé pour plus tard. À l'intérieur, une montre connectée noire, avec un bracelet en silicone et un écran qui s'allumait au moindre mouvement. Sa fille Claire avait tout installé sur son téléphone pendant le dessert, entre la bûche et le café. Elle avait réglé l'objectif par défaut, celui que l'application proposait sans rien demander, et lui avait montré le petit cercle à remplir chaque jour.

Gérard avait ri, un peu gêné, en disant qu'il n'était pas encore bon pour la maison de retraite. Mais au fond, il était touché, et il avait promis. Son fils Julien avait levé son verre en lançant qu'on ferait le point à Pâques. On connaît tous ça, ces promesses faites à table un soir de fête, quand tout semble simple. Le lendemain matin, la montre au poignet, Gérard avait fait le tour du quartier avec le chien, curieux de voir le chiffre monter.

Dix mille pas par jour, parce que c'est ce qu'on dit partout

Le chiffre s'était imposé sans discussion. Dix mille pas, tout le monde en parlait, à la radio, chez le médecin, dans les magazines de la salle d'attente. Gérard n'avait jamais cherché à savoir d'où il venait, pas plus qu'on ne se demande pourquoi on boit huit verres d'eau. C'était le chiffre des gens raisonnables, celui des sportifs du dimanche et des retraités en forme qu'il croisait au bord du Cher, bâtons à la main.

Les premiers jours, il s'y était mis avec l'énergie du chantier. Il avait découpé la journée en trois sorties : une le matin avec le chien, une après le déjeuner jusqu'à la boulangerie du bourg, une le soir le long de la levée. Monique l'accompagnait parfois, puis s'arrêtait au banc près de l'église. Le soir, il regardait le cercle se fermer sur l'écran et ressentait une petite fierté qu'il ne s'avouait pas tout à fait.

Il avait même créé un groupe familial sur son téléphone pour envoyer ses captures d'écran. Claire répondait avec des cœurs, Julien avec des pouces levés. Je me sentais comme un gamin qui ramène son bulletin, raconte-t-il aujourd'hui en souriant. La première semaine, il avait atteint l'objectif cinq jours sur sept. Il y croyait, sincèrement. Il voyait déjà la ceinture resserrée d'un cran, le souffle retrouvé dans l'escalier de la cave.

« J'avais l'impression d'être nul tous les soirs, voilà la vérité, devant ce petit cercle qui restait ouvert. »

Un genou qui grince et un cercle qui reste ouvert

Le premier accroc est arrivé un mardi de pluie. Une pluie fine, pénétrante, de celles qui collent les vêtements à la peau. Gérard avait fait sa sortie du matin, mais l'après-midi, il avait regardé par la fenêtre et renoncé. À vingt-deux heures, la montre affichait six mille huit cents pas. Il avait tourné en rond dans le salon, sous l'œil amusé de Monique, pour gratter quelques centaines de pas avant minuit.

Puis il y avait eu le genou. Rien de grave, une raideur au réveil, un petit grincement en descendant les marches. Gérard l'avait mis sur le compte du temps humide et avait continué, en serrant les dents sur la levée. Il marchait plus vite pour tenir le compte, rentrait plus tard, mangeait debout. Le plaisir des premiers jours s'était mué en une sorte de corvée, une ligne de plus sur la liste des choses à faire.

Il a commencé à regarder l'écran avec appréhension. Le cercle incomplet, chaque soir, ressemblait à un reproche silencieux. Sept mille, sept mille cinq cents, huit mille certains jours, jamais dix mille. Dans le groupe familial, il envoyait moins de captures. Monique a remarqué qu'il devenait grognon en fin de journée, qu'il soupirait en retirant ses chaussures. Elle lui a demandé si ça valait vraiment la peine de se mettre dans cet état, et il a haussé les épaules.

Trois semaines plus tard, la montre finit dans le tiroir

Gérard a essayé de rattraper. Il s'est imposé des journées à douze mille pas pour compenser les jours ratés, au point de rentrer les jambes lourdes et le dos noué. Il a cherché des astuces sur internet, garer la voiture plus loin au supermarché, faire les courses à pied. Il a même appelé son ami Bernard, ancien collègue et marcheur infatigable, qui lui a répondu qu'il fallait juste un peu de volonté.

Cette phrase l'a blessé plus qu'il ne l'aurait cru. Lui qui avait tenu des chantiers sous la neige, qui n'avait jamais pris un arrêt maladie, se retrouvait à échouer face à un bracelet. J'avais l'impression d'être nul tous les soirs, voilà la vérité, dit-il. Le genou ne se calmait pas. Le sommeil devenait plus agité. Un dimanche matin, il a regardé le zéro clignoter sur l'écran et quelque chose a lâché.

Il a retiré la montre et l'a rangée dans le tiroir de la cuisine, entre les piles et les élastiques. Pendant dix jours, il n'est plus sorti, sauf pour promener le chien jusqu'au coin de la rue. Il avait honte, au point d'éviter le groupe familial. C'est Claire qui a fini par s'inquiéter du silence. Elle a appelé sa mère, qui lui a tout raconté à voix basse, depuis le couloir, pendant que Gérard regardait la télévision.

« Alors je me suis rendu malade pour une réclame japonaise, moi qui croyais que c'était médical. »

Un chiffre né d'une réclame japonaise, bien loin de la science

Claire est venue un samedi, avec des croissants et son ordinateur. Infirmière à Tours, elle avait fouillé un peu le sujet et voulait montrer quelque chose à son père. Elle a ouvert un article, puis un autre, et l'a fait asseoir à la table de la cuisine. Le chiffre de dix mille pas, lui a-t-elle expliqué, ne venait pas d'un laboratoire. Il venait d'une publicité japonaise des années soixante, lancée autour des Jeux olympiques de Tokyo.

Un fabricant avait commercialisé un podomètre baptisé d'un nom qui signifiait à peu près compteur de dix mille pas. Le chiffre était rond, facile à retenir, et il sonnait bien en japonais. Il avait fait le tour du monde sans que personne ne le remette vraiment en question. Gérard a écouté, les sourcils froncés, puis il a éclaté de rire. Alors je me suis rendu malade pour une réclame, a-t-il lâché en reposant son café.

Claire lui a ensuite montré des travaux plus récents. Plusieurs grandes études publiées ces dernières années observent des bénéfices nets pour la santé dès six mille à huit mille pas par jour, en particulier chez les plus de soixante ans. Au-delà, le gain continue parfois, mais il devient plus modeste. Soyons honnêtes, Gérard faisait déjà ces fameux sept ou huit mille pas presque tous les jours. Il était dans la bonne zone depuis le début, sans le savoir.

Un nouvel objectif, un genou apaisé et une marche retrouvée

Ce jour-là, Claire a repris la montre dans le tiroir et changé l'objectif sur l'application. Sept mille pas, un chiffre que son père pouvait atteindre sans se forcer, même les jours de pluie. Elle lui a aussi conseillé de consulter son médecin pour le genou, ce qu'il a fait la semaine suivante. Le docteur lui a parlé d'une petite inflammation, de repos quelques jours, et surtout d'une allure plus douce.

Six semaines plus tard, Gérard marche toujours. Il a repris la levée avec le chien, sans regarder l'écran toutes les dix minutes. Le cercle se ferme presque chaque soir, et quand il ne se ferme pas, il hausse les épaules. Maintenant, je marche pour moi, plus pour la montre, dit-il. Monique l'accompagne plus souvent, parce qu'il ne file plus devant elle à toute allure. Ils s'arrêtent au banc près de l'église et parlent des voisins.

À Pâques, Julien a demandé où en était le défi. Gérard a raconté l'histoire de la publicité japonaise, et toute la tablée a ri. Claire, elle, a retenu autre chose : un objectif trop haut ne motive pas, il décourage, et on finit par tout lâcher. Avant de régler un compteur ou d'offrir une montre, quelques points méritent d'être regardés de près, pour que le cadeau aide vraiment au lieu de peser.

« Je me sentais comme un gamin qui ramène son bulletin à ses parents, avec mes captures d'écran. »

  • Vérifier l'objectif réglé par défaut sur l'application, souvent fixé à 10 000 pas sans raison médicale.
  • Partir de sa moyenne réelle sur une semaine, puis viser un palier atteignable, autour de 6 000 à 8 000 pas.
  • Ne pas compenser les jours ratés par des journées doublées qui fatiguent les articulations.
  • Consulter son médecin en cas de douleur persistante au genou, à la hanche ou au dos.
  • Préférer la régularité à la performance et marcher à une allure où l'on peut encore parler.
  • Couper les notifications culpabilisantes si l'écran devient une source de stress.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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