Elle vide le bureau de sa mère et retrouve un relevé rennais : la banque répond que le compte de 3 000 euros est clôturé depuis 2016

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était un peu plus de quatre heures, ce dimanche de novembre, et la pluie tapait contre la fenêtre de la chambre d'amis. Nathalie tirait sur le dernier tiroir du secrétaire, celui qui coinçait toujours. Le bois a grincé, une odeur de papier ancien est montée. Sous une pile de cartes postales, une enveloppe à l'en-tête d'une banque rennaise, jaunie aux coins.

Un dimanche de rangement dans la maison de Vitré

Nathalie a 58 ans et elle est aide-soignante dans une clinique de Laval depuis bientôt trente ans. Depuis le printemps, elle passe ses dimanches dans la maison de sa mère, à Vitré, pour trier ce qui reste. Sa mère est partie en maison de retraite en mars, et la maison doit être vendue avant l'été. Chaque pièce demande des heures, parce que chaque objet réveille un souvenir qu'il faut bien regarder avant de décider. Son mari Philippe vient parfois l'aider, mais il préfère s'occuper du garage et des outils.

Le secrétaire de la chambre d'amis, c'était pourtant son meuble à elle, autrefois. Elle y faisait ses devoirs, puis ses comptes quand elle était étudiante à Rennes, au début des années quatre-vingt-dix. Elle pensait n'y trouver que des cahiers, des lettres d'amies perdues de vue et quelques photos de vacances à Saint-Malo. Elle avait d'ailleurs prévu un grand sac-poubelle et une boîte pour ce qui méritait d'être gardé. La pluie continuait, la radio de la cuisine diffusait une émission de chansons, et l'après-midi ressemblait à tous les autres.

Elle a ouvert l'enveloppe sans y penser, en s'attendant à une vieille facture d'électricité. C'était un relevé de compte, daté de 2005, à son nom, avec une adresse qu'elle avait presque oubliée, rue Saint-Hélier. En bas de la page, un solde : 3 012 euros et quelques centimes. Elle est restée assise sur le lit, la feuille entre les doigts, sans réussir à se souvenir de ce compte. Elle a appelé Philippe depuis l'escalier. Viens voir, j'ai l'impression d'avoir trouvé un trésor que j'ai moi-même enterré, a-t-elle dit en riant à moitié.

Ce compte ouvert à Rennes pour de très bonnes raisons

Il a fallu le reste de l'après-midi pour que la mémoire revienne, morceau par morceau. En 1993, pendant ses études d'infirmière, Nathalie avait ouvert ce compte dans une agence près de la gare de Rennes. Sa grand-mère lui avait donné de l'argent pour ses vingt ans, et elle voulait le mettre de côté, loin de son compte courant. C'était une idée raisonnable, presque sage pour une étudiante qui comptait chaque sortie au cinéma. Elle y avait ajouté ensuite ses primes de stage, un peu chaque été, sans jamais y toucher.

Puis la vie avait fait son œuvre, comme elle le fait pour tout le monde. Un premier poste à Laval, un mariage, deux enfants, un crédit pour la maison, une autre banque plus proche du travail. Le compte de Rennes était devenu une ligne lointaine, un relevé annuel qu'on range sans l'ouvrir. Soyons honnêtes, qui n'a jamais laissé dormir un livret en se disant qu'on s'en occuperait plus tard. Après un déménagement, les courriers avaient cessé d'arriver, et elle n'avait même pas remarqué leur absence.

Ce soir-là, en rentrant à Laval, elle avait posé le relevé sur la table de la cuisine, bien à plat. Philippe faisait des calculs sur un coin d'enveloppe, en imaginant les intérêts accumulés depuis près de vingt ans. Elle pensait plutôt à sa grand-mère, à cette somme donnée avec fierté dans une enveloppe brodée. Je vais appeler la banque demain, je n'ai rien fermé, cet argent est forcément quelque part, a-t-elle dit. Elle était tranquille, convaincue qu'il suffirait d'un coup de fil et d'une pièce d'identité.

« Viens voir, j'ai l'impression d'avoir trouvé un trésor que j'ai moi-même enterré. »

La conseillère au téléphone ne trouve plus aucune trace

Le lundi, pendant sa pause de midi, Nathalie s'est installée dans sa voiture, sur le parking de la clinique. Elle a composé le numéro inscrit sur le relevé, qui renvoyait désormais vers une plateforme régionale. Après une musique d'attente interminable, une conseillère polie a pris son nom, sa date de naissance et le numéro du compte. Puis il y a eu un long silence, ponctué par le bruit d'un clavier. Nathalie regardait les essuie-glaces immobiles et sentait déjà que quelque chose ne se passait pas comme prévu.

La conseillère est revenue avec une phrase simple, prononcée sur un ton désolé. Le compte était clôturé depuis plusieurs années, et le solde ne figurait plus dans leurs livres. Nathalie a demandé qui l'avait fermé, puisqu'elle-même n'avait rien signé. La conseillère n'avait pas davantage d'informations à l'écran, seulement une mention de clôture et une date en 2016. Elle a conseillé d'envoyer un courrier au service réclamations, en joignant une copie du relevé. Nathalie a raccroché, les mains un peu moites, avec l'impression d'avoir parlé à un mur aimable.

Sur le moment, elle a voulu croire à un simple bug informatique, comme il en arrive partout. Les banques fusionnent, changent de logiciel, perdent parfois des dossiers anciens, pensait-elle. Elle a écrit le courrier le soir même, à la main, puis l'a recopié proprement à l'ordinateur. Philippe lui a suggéré de ne pas trop s'inquiéter, puisqu'une banque ne fait pas disparaître trois mille euros comme ça. Elle a posté la lettre en recommandé le mercredi, avant de partir au travail, et elle a essayé de ne plus y penser.

Des semaines d'attente, de soupçons et de mauvais conseils

La réponse a mis trois semaines à arriver, et elle tenait en quatre lignes. La banque confirmait la clôture du compte en 2016, pour inactivité prolongée, conformément à la réglementation. Les fonds avaient été transférés, sans que le courrier précise clairement vers où ni comment les récupérer. Nathalie a relu la lettre trois fois, debout dans l'entrée, son manteau encore sur le dos. Le mot inactivité l'agaçait, comme si on lui reprochait d'avoir été négligente avec un argent qui restait le sien.

Elle en a parlé à ses collègues pendant les pauses, et chacun avait son avis. Martine, 61 ans, était persuadée que la banque avait tout simplement empoché la somme après tant d'années. Un jeune infirmier lui a conseillé de prendre un avocat et de menacer d'un procès. Sa sœur, au téléphone, parlait d'une prescription et lui disait que l'argent était sans doute perdu pour de bon. On connaît tous ça, ces conversations où tout le monde sait mieux que vous et où personne n'a vraiment vérifié.

Un soir, en cherchant sur internet, elle est même tombée sur un site qui promettait de retrouver ses avoirs contre une commission. Le formulaire demandait son numéro de sécurité sociale, ses coordonnées bancaires et un pourcentage de vingt pour cent sur la somme récupérée. Elle a fermé la page, troublée, parce que quelque chose lui semblait trop facile et trop cher à la fois. Je me suis dit que si quelqu'un voulait me faire payer pour mon propre argent, il y avait un loup, a-t-elle raconté plus tard. Elle a préféré rappeler la banque, cette fois en insistant.

« Je vais appeler la banque demain, je n'ai rien fermé, cet argent est forcément quelque part. »

L'argent n'avait pas disparu, il dormait à la Caisse des dépôts

Au deuxième appel, elle est tombée sur un conseiller plus ancien, qui connaissait visiblement ce genre de dossier. Il lui a expliqué que son compte avait été traité selon la loi Eckert, entrée en vigueur en 2016. Quand un compte reste sans aucune opération ni contact du titulaire pendant dix ans, la banque doit le clôturer. Les sommes ne restent pas chez elle, elles sont transférées à la Caisse des dépôts et consignations, un organisme public. L'argent n'était donc ni volé ni prescrit, il avait seulement changé d'adresse.

Le conseiller lui a ensuite parlé d'un site qu'elle n'avait jamais entendu nommer, Ciclade. C'est le service officiel de la Caisse des dépôts où chacun peut rechercher les comptes et contrats d'assurance vie oubliés. La recherche est gratuite, la demande aussi, et il n'y a besoin d'aucun intermédiaire. Il a ajouté que l'argent reste réclamable pendant vingt ans après le transfert, avant de revenir définitivement à l'État. Pour elle, cela laissait encore largement le temps, mais il valait mieux ne pas attendre davantage.

Le soir même, Nathalie s'est installée devant l'ordinateur de la cuisine, le relevé jauni posé à côté du clavier. Elle a saisi son nom, son prénom, sa date de naissance et son ancienne adresse rennaise. Au bout de quelques secondes, une ligne est apparue, avec le nom de la banque et un montant. Philippe s'est penché par-dessus son épaule, sans rien dire, une tasse de tisane à la main. Elle a déposé sa demande avec une copie de sa carte d'identité et un justificatif de domicile, puis elle est allée se coucher.

Ce que le relevé oublié a changé dans la famille

Le virement est arrivé sur son compte un peu plus d'un mois plus tard, un mardi matin. Le montant correspondait au solde de 2016, avec une petite revalorisation, bien loin des intérêts imaginés par Philippe. Nathalie n'était pas déçue, au contraire, elle avait surtout le sentiment d'avoir réparé une négligence. Elle a utilisé une partie de la somme pour offrir un week-end à Saint-Malo à sa mère, en souvenir de la grand-mère. Le reste est parti sur le livret de son plus jeune fils, étudiant à Nantes.

Surtout, l'histoire a fait le tour de la famille et des collègues de la clinique. Martine a cherché son nom sur Ciclade et a retrouvé une petite assurance vie souscrite par son père, dont personne ne savait rien. Philippe a vérifié ses vieux plans d'épargne entreprise, laissés chez un ancien employeur. Sa sœur, qui parlait de prescription, a fini par rechercher les comptes de leur oncle décédé. Je ne pensais pas qu'un tiroir pouvait servir de coffre-fort pendant vingt ans, a dit Nathalie un soir, amusée.

Aujourd'hui, elle garde le relevé de 2005 dans une pochette plastique, comme une sorte de trophée modeste. Elle a fait la liste de tous ses comptes et contrats, avec les identifiants, rangée dans un classeur que ses enfants connaissent. Elle répète à qui veut l'entendre qu'il faut regarder ses tiroirs avant de jeter. Sa conclusion, elle la formule à sa manière, sans grands mots. Rien ne disparaît vraiment, mais rien ne revient tout seul non plus, alors autant aller le chercher pendant qu'il est temps.

« Si quelqu'un voulait me faire payer pour mon propre argent, il y avait forcément un loup quelque part. »

  • Un compte sans opération ni contact pendant dix ans est clôturé et transféré à la Caisse des dépôts (loi Eckert).
  • La recherche se fait gratuitement sur le site officiel Ciclade, avec nom, prénom et date de naissance.
  • L'argent reste réclamable pendant vingt ans après le transfert, ensuite il revient à l'État.
  • Méfiez-vous des sites qui demandent une commission pour retrouver vos fonds : la démarche officielle ne coûte rien.
  • Préparez une pièce d'identité, un justificatif de domicile et, si possible, un ancien relevé.
  • Pensez aussi aux assurances vie et à l'épargne salariale de vos proches disparus.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1136