Elle gagne une heure de sommeil le dimanche du changement d’heure : toute la semaine suivante, elle s’endort à son bureau à seize heures

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Le dimanche 25 octobre, à sept heures et quart, le radio-réveil de Claire affichait encore huit heures et quart. Elle a ri toute seule dans la chambre tiède, a tiré la couette sur ses épaules et s'est rendormie. Dehors, la rue de Tours était grise et silencieuse. Une heure de gagnée, pensait-elle, comme un cadeau glissé sous l'oreiller.

Un dimanche matin où l'horloge semblait offrir une heure

Claire a quarante et un ans, elle est comptable dans une entreprise de transport, à vingt minutes de chez elle. Elle vit dans une maison mitoyenne avec Julien, professeur de sport, et leurs deux enfants, Inès et Malo. Depuis dix ans, ses journées suivent le même rythme, réglé comme une pendule bien huilée. Réveil à six heures quarante, café, cartables, voiture, bureau. Elle se couche vers vingt-trois heures et dort plutôt bien, sans médicament ni tisane particulière.

Ce dimanche-là, la maison s'est réveillée doucement, dans une lumière blanche qui entrait déjà franchement par la fenêtre de la cuisine. Julien avait changé l'heure du four et du tableau de bord la veille au soir, par habitude. Les enfants ont regardé des dessins animés en pyjama, avec ce sentiment étrange d'avoir de l'avance sur tout. Claire a préparé des crêpes, elle a même rangé le placard de l'entrée, qu'elle repoussait depuis septembre.

Elle se souvient d'avoir dit à sa sœur au téléphone que c'était le meilleur dimanche de l'automne. Elle ne s'est jamais sentie aussi reposée, assure-t-elle encore aujourd'hui, du moins ce matin-là. Le passage à l'heure d'hiver, pour elle, avait toujours été le bon changement, celui qu'on attend. Celui du printemps lui volait une heure, celui d'octobre la rendait. Dans sa tête, le calcul était simple, et rien ne laissait penser qu'il serait faux.

Elle décide de profiter de cette heure pour tout rattraper

Le soir même, Claire a pris une décision qui lui paraissait raisonnable. Puisqu'elle avait dormi davantage, elle pouvait se coucher plus tard et finir ce qui traînait. Elle a terminé les déclarations de frais de Julien, puis enchaîné deux épisodes d'une série qu'elle suivait depuis des semaines. À minuit passé, elle ne sentait aucune fatigue, ce qui la confortait dans son idée. Son corps, se disait-elle, avait encore une heure d'avance en réserve.

Le lundi, elle a gardé ses horaires habituels, comme si rien n'avait changé. Réveil à six heures quarante, petit déjeuner avalé debout, départ pressé dans la voiture encore froide. Elle a déjeuné à midi pile à la cantine de l'entreprise, sans grande faim, mais par discipline. Dans sa logique, la meilleure façon de s'adapter était de faire comme d'habitude, de ne surtout pas se dorloter. Changer ses repas ou son coucher lui aurait semblé une manière de s'écouter un peu trop.

Soyons honnêtes, on fait presque tous comme elle. Le changement d'heure ressemble à une formalité administrative, un réglage de micro-ondes et de montre. On ne pense pas qu'il touche quelque chose en nous. Claire, elle, se méfiait plutôt de la rentrée, des dossiers de fin d'année, des réunions. Elle avait prévu d'être fatiguée en décembre, pas fin octobre. Elle avait donc décidé, en bonne comptable, que cette semaine-là serait productive et qu'elle s'avancerait sur les clôtures.

« Je me suis rendormie en me disant que c'était le meilleur dimanche de l'automne, vraiment. »

À dix-sept heures, la nuit tombait sur le parking du bureau

Le premier signe est arrivé dès le lundi, sans qu'elle y prête vraiment attention. En sortant du bureau à dix-sept heures trente, elle a trouvé le parking plongé dans une lumière orange de lampadaires. La veille encore, à la même heure, il faisait jour. Elle a démarré avec la vague impression d'avoir travaillé trop tard, alors qu'elle était partie à l'heure. Sur la route, elle a bâillé trois fois avant le premier rond-point, ce qui ne lui arrivait jamais.

Le soir, à dix-neuf heures, elle avait l'impression qu'il était déjà vingt-deux heures. Elle a servi le dîner en se forçant à tenir debout, les paupières lourdes. Puis, une fois couchée, impossible de dormir avant une heure du matin. Elle tournait dans le lit, réveillée et épuisée à la fois. Le mardi, même scénario, avec en prime un coup de barre violent vers seize heures, devant un tableau de chiffres qu'elle ne parvenait plus à lire.

Elle a mis ça sur le compte du café, puis de la série, puis d'un repas trop lourd. J'ai pensé que je couvais quelque chose, voilà tout, raconte-t-elle. Elle a bu un deuxième café l'après-midi, ce qu'elle évitait d'ordinaire. Mais ce qui l'a frappée, c'était surtout son humeur. Un collègue lui a demandé un document, elle lui a répondu sèchement. Elle s'est excusée dix minutes après, gênée, sans comprendre d'où venait cette brusquerie.

Trois jours plus tard, elle crie sur ses enfants pour un verre renversé

Le mercredi soir, Malo a renversé son verre de lait sur la table de la cuisine. Un incident banal, qui arrive deux fois par semaine dans la maison. Claire a crié, fort, au point qu'Inès s'est figée sur sa chaise. Julien l'a regardée sans rien dire, puis il a épongé la table. Plus tard, dans la salle de bains, il lui a demandé doucement si quelque chose n'allait pas au travail. Elle n'a pas su quoi répondre.

Le jeudi, elle a appelé sa sœur Nathalie, infirmière dans un centre de santé. Elle lui a décrit la fatigue, l'irritabilité, les nuits qui ne venaient pas. Nathalie a évoqué une carence en fer, ou une petite déprime de saison, et lui a conseillé de prendre rendez-vous chez son médecin. Claire a cherché un créneau en ligne, mais le premier disponible était dans douze jours. Elle a fermé l'application, découragée, en se disant qu'elle tiendrait bien jusque-là.

Elle a tenté des remèdes de fortune. Une tisane à la verveine le soir, une douche chaude, le téléphone posé dans la cuisine. Rien n'a vraiment changé. Le vendredi matin, elle s'est surprise à pleurer dans la voiture, au feu rouge, sans raison précise. Je me sentais vidée, comme si j'avais couru toute la semaine sans avancer, explique-t-elle. Elle commençait à se demander si elle ne s'épuisait pas plus profondément qu'elle ne le pensait.

« J'ai pensé que je couvais quelque chose, voilà tout, alors j'ai repris un deuxième café. »

Ce n'était pas la fatigue de l'automne mais une horloge déréglée

La réponse est venue d'un endroit inattendu, la salle des professeurs du collège de Julien. Une collègue de sciences y racontait que ses élèves étaient insupportables depuis lundi, et que c'était chaque année pareil après le changement d'heure. Julien est rentré avec cette phrase en tête. Le soir, il en a parlé à Claire, qui a d'abord haussé les épaules. Une heure de différence, a-t-elle répondu, ça ne pouvait pas peser à ce point sur une semaine entière.

Pourtant, en lisant un peu sur le sujet, elle a compris ce qui lui arrivait. Le corps possède une horloge interne qui règle le sommeil, la faim, la température, l'humeur. Cette horloge ne se lit pas sur le four, elle se cale surtout sur la lumière du jour. Or, en une nuit, le soleil s'est couché une heure plus tôt sur sa vie quotidienne. Son organisme recevait le signal du soir alors qu'elle était encore au bureau, puis devait dormir à une heure qu'il jugeait trop précoce.

Cette horloge, a-t-elle découvert, ne bascule pas d'un coup. Elle se recale peu à peu, et il lui faut souvent plusieurs jours, parfois près d'une semaine. Pendant ce temps, le corps vit en léger décalage, un peu comme après un court voyage en avion. Moi qui croyais avoir gagné une heure, je l'avais en fait perdue toute la semaine, dit-elle en riant à moitié. L'irritabilité, les coups de barre, l'endormissement difficile, tout prenait soudain un sens plus simple.

La semaine suivante, elle ouvre ses volets avant le café

Claire n'a pas attendu le rendez-vous chez le médecin pour changer quelques habitudes, même si elle l'a gardé par prudence. Dès le samedi, elle a ouvert les volets en grand au réveil et pris son café près de la fenêtre. Le lundi suivant, elle est allée au bureau à pied une fois sur deux, pour attraper la lumière du matin. Elle a remarqué qu'elle se sentait plus éveillée en arrivant, et moins lourde dans l'après-midi.

Elle a aussi décalé ses repas petit à petit, d'un quart d'heure tous les deux jours, plutôt que de forcer le corps à suivre l'horloge d'un coup. Le soir, elle a réduit les écrans et la lumière forte du salon, pour retrouver l'envie de dormir à une heure raisonnable. Au bout de quelques jours, l'humeur est revenue. Le mercredi, Malo a renversé un verre d'eau. Elle a juste tendu l'éponge, et il a ri.

Cette semaine ne lui a rien coûté d'autre qu'un peu de patience et quelques excuses à distribuer. Mais elle a retenu la leçon. L'an prochain, elle compte préparer la bascule plusieurs jours à l'avance, pour toute la famille. On connaît tous ce sentiment de cadeau le dimanche matin. Ce que Claire a compris, c'est que la nuit qui tombe plus tôt compte davantage que l'heure gagnée au lit, et que le corps a besoin de temps.

« Moi qui croyais avoir gagné une heure, je l'avais en fait perdue toute la semaine. »

  • Ouvrir les volets dès le réveil et prendre la lumière du jour le matin, dehors si possible.
  • Décaler les repas d'un quart d'heure tous les deux jours plutôt que d'un coup.
  • Éviter de veiller le soir du changement sous prétexte d'avoir gagné une heure.
  • Baisser la lumière et limiter les écrans en soirée pour retrouver l'envie de dormir.
  • Prévoir quelques jours d'adaptation, pour soi comme pour les enfants.
  • Consulter si la fatigue persiste au-delà d'une à deux semaines.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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