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Le radiateur de la cuisine cliquetait doucement, comme chaque soir vers sept heures, quand Sandrine a ouvert l'application sur son téléphone. Dehors, le givre blanchissait déjà les toits des maisons de mineurs, rue après rue. Elle a plissé les yeux devant le petit graphique. La barre du mardi montait si haut qu'elle écrasait toutes les autres, et le chiffre en dessous indiquait quarante-deux euros.
Une maison de briques, des convecteurs et des habitudes bien rodées
Sandrine a cinquante-quatre ans et vit à Liévin, à quelques minutes de Lens, dans une maison de mineur en briques rouges. Elle l'a achetée il y a douze ans, après son divorce, avec un petit jardin derrière et une cave qui sent le charbon ancien. Aide-soignante dans un établissement pour personnes âgées, elle enchaîne des horaires décalés depuis presque vingt ans. Elle connaît sa maison par cœur, ses courants d'air sous la porte, ses fenêtres qui grincent quand le vent vient de la plaine.
Le chauffage, c'est une affaire de convecteurs électriques, installés par l'ancien propriétaire dans chaque pièce. Il y en a six, plus un sèche-serviettes dans la salle de bains, et un ballon d'eau chaude au fond du cellier. Sandrine les règle à la main, toujours de la même façon. Dix-neuf degrés dans le salon, dix-sept dans les chambres, un peu plus quand sa fille Manon passe le week-end avec son petit garçon. Elle n'a jamais été dépensière, simplement attentive, à la manière de ceux qui comptent sans y penser.
Sa facture d'électricité tournait autour de cent quarante euros par mois, lissée sur l'année. Ce n'était pas rien, mais elle s'y était faite, comme on s'habitue au prix du plein d'essence. Les hivers passaient, avec leurs semaines grises et leurs matins où le pare-brise de sa Clio restait collé de glace. Elle allumait, elle éteignait, elle surveillait vaguement le compteur Linky posé dans l'entrée depuis quelques années. Rien ne lui semblait mériter qu'on change quoi que ce soit, jusqu'à cette discussion en salle de pause.
En septembre, une collègue lui parle d'une option qui fait économiser
C'était un après-midi de fin d'été, entre deux tournées, autour de la machine à café qui crachait plus qu'elle ne coulait. Nadia, une collègue de l'équipe du matin, racontait qu'elle avait basculé sur l'option Tempo d'EDF et qu'elle payait moins cher. Elle parlait de jours bleus, de jours blancs, de jours rouges, avec l'assurance des gens qui ont trouvé une combine. Sandrine écoutait d'une oreille, puis de deux, en pensant à la régularisation qui l'attendait au printemps.
Le soir même, elle a cherché sur internet et lu le principe. La plupart des jours de l'année sont bleus, avec un prix du kilowattheure plus bas que le tarif classique. Quelques jours sont blancs, un peu plus chers, et une poignée de jours sont rouges, nettement plus chers. Elle a retenu surtout le mot économies, répété partout, et le fait que les jours bleus étaient de loin les plus nombreux. Le calcul lui paraissait simple, presque trop simple pour qu'on ne l'ait pas fait plus tôt.
Elle a appelé, rempli deux ou trois informations, et le changement s'est fait sans déplacement de technicien, grâce au compteur communicant. Je me suis dit que je n'avais rien à perdre, a-t-elle raconté plus tard à sa fille, presque amusée de sa naïveté. Septembre et octobre ont filé, doux, presque tièdes certains jours, sans que les convecteurs tournent beaucoup. La première facture intermédiaire est arrivée un peu plus légère que d'habitude. Sandrine a souri en la rangeant dans la pochette bleue du buffet, persuadée d'avoir fait le bon choix.
« Je me suis dit que je n'avais rien à perdre, franchement, tout le monde parlait d'économies. »
Un message reçu la veille, lu trop vite entre deux services
Fin novembre, son téléphone a affiché une notification un dimanche soir, pendant qu'elle repassait ses tenues de travail. Le lendemain serait un jour rouge, disait le message, en quelques mots secs. Elle l'a lu, a hoché la tête, puis l'a oublié en préparant sa gamelle pour le service du matin. Soyons honnêtes, on reçoit tellement d'alertes dans une journée qu'on finit par ne plus vraiment les voir. Pour elle, rouge voulait dire un peu plus cher, sans plus, une nuance de prix.
Ce lundi-là, il faisait encore relativement doux, et elle a passé la journée au travail, la maison presque froide. Le soir, elle a remis le chauffage comme d'habitude, sans y réfléchir davantage. Le mardi suivant, un nouveau message est tombé, puis un autre en fin de semaine. Un froid sec s'était installé sur le bassin minier, avec des matins à moins quatre et un ciel d'un bleu dur. Sandrine était en repos plusieurs jours d'affilée, enfoncée dans le canapé avec un plaid et des séries.
Elle a monté les convecteurs d'un ou deux degrés, parce que la maison de briques perd sa chaleur comme une passoire quand il gèle. Le sèche-serviettes tournait le matin, le ballon chauffait, la machine à laver tournait l'après-midi pendant qu'elle faisait des courses. Rien d'inhabituel, pensait-elle, juste un hiver qui commençait vraiment. Elle a bien remarqué que l'application affichait des pastilles rouges sur certains jours du calendrier. Mais le chiffre en euros, lui, elle ne l'avait pas encore regardé, et c'est souvent là que tout se joue.
Quarante-deux euros pour un mardi, et personne pour expliquer pourquoi
C'est ce soir de début décembre, devant le graphique, qu'elle a compris que quelque chose clochait. Le mardi affichait quarante-deux euros, alors que toute la semaine de la mi-novembre lui avait coûté à peine trente-sept euros. Elle a fait défiler les jours, persuadée d'un bug, d'un compteur déréglé ou d'une double facturation. Elle a éteint le convecteur de la cuisine, par réflexe, comme si cela pouvait effacer la barre trop haute. Puis elle a cherché un numéro à appeler, le cœur un peu serré.
Le service client l'a fait patienter de longues minutes, avec une musique en boucle qui finissait par l'agacer. Le conseiller a été poli, vérifié son contrat, son compteur, ses relevés, et tout était parfaitement en ordre. Il n'y a pas d'erreur, madame, c'était un jour rouge, lui a-t-il répété plusieurs fois. Sandrine a raccroché sans être vraiment convaincue, avec l'impression qu'on lui parlait une langue voisine de la sienne. Elle a envoyé un message à Nadia, qui a mis une heure à répondre.
Sa collègue, elle, n'avait pas eu la même expérience, et pour cause. Elle vivait dans un appartement récent, bien isolé, chauffé au gaz collectif, et utilisait l'électricité surtout pour la cuisine et l'éclairage. Moi les jours rouges, je ne fais rien de spécial, je ne les sens presque pas, a-t-elle écrit. Sandrine a relu la phrase deux fois. Elle a ensuite appelé son beau-frère Didier, électricien à la retraite à Avion, qui lui a proposé de passer le samedi regarder ses relevés avec elle.
« Quarante-deux euros pour un seul mardi, j'ai cru que le compteur était cassé. »
Ce que Didier lui montre sur la table de la cuisine
Didier est arrivé avec ses lunettes de lecture et un carnet à spirale, comme au temps où il faisait ses devis. Il a ouvert l'application, posé le téléphone sur la toile cirée, et il a commencé à expliquer calmement. L'option Tempo prévoit vingt-deux jours rouges par an, placés uniquement entre novembre et mars, les jours de semaine. Ce sont justement les jours où le réseau est le plus sollicité, donc les plus froids. Autrement dit, les jours rouges tombent pile quand une maison comme la sienne chauffe le plus.
Sur ces journées, le kilowattheure en heures pleines, de six heures à vingt-deux heures, coûte environ trois fois plus cher que dans l'offre classique. Didier a fait le calcul devant elle avec un crayon. Ce mardi-là, ses convecteurs avaient avalé une soixantaine de kilowattheures, presque tous en journée, à plus de soixante-dix centimes l'unité. Une semaine de novembre, bleue et douce, tournait à trente-cinq kilowattheures par jour, payés bien moins cher. Le contraste n'avait rien d'une anomalie, c'était le principe même du contrat, simplement poussé à son extrême.
Ce n'est ni une panne ni une arnaque, lui a dit Didier, c'est une option pensée pour ceux qui peuvent couper. Il a pointé la maison du doigt, les murs de briques sans isolation, les fenêtres simple vitrage de l'étage, les six convecteurs. Toi, quand il gèle, tu ne peux pas descendre à quinze degrés, ta maison deviendrait une glacière, a-t-il ajouté. Sandrine a regardé le calendrier sur le frigo. Il restait encore une vingtaine de jours rouges à venir, et l'hiver ne faisait que commencer.
Un hiver à réorganiser et une question à poser pour l'an prochain
Les semaines suivantes, Sandrine a changé ses gestes, un peu à contrecœur. La veille d'un jour rouge, elle fait tourner la machine et le lave-vaisselle le soir, programme le ballon d'eau chaude la nuit, monte légèrement le chauffage avant six heures. Elle profite de ses services du matin pour laisser la maison à seize degrés, et dort désormais avec une couette plus épaisse. Ses factures de janvier ont retrouvé un niveau raisonnable. Mais elle sait que certaines journées passées chez elle, en repos, restent coûteuses quoi qu'elle fasse.
Au printemps, elle a fait ses comptes avec Didier, sur la même table de cuisine. Sur l'année, l'économie espérée s'est presque entièrement évaporée dans les vingt-deux jours rouges, et elle s'en est rendu compte trop tard pour décembre. Je n'avais pas compris que tout se jouait sur trois semaines d'hiver, a-t-elle confié à Manon, un peu vexée. Elle hésite encore à revenir à l'offre de base ou à garder Tempo en s'organisant mieux. La décision, dit-elle, dépendra surtout du chauffage d'appoint au bois qu'elle envisage d'installer.
On connaît tous ça, le contrat qui semble taillé pour nous et qui révèle sa vraie forme au premier coup de froid. Pour Sandrine, l'option Tempo n'est ni bonne ni mauvaise en soi, elle dépend de la maison et de la vie de chacun. Elle convient à ceux qui peuvent réellement réduire leur chauffage électrique les jours rouges, ou basculer sur une autre énergie. Pour une maison mal isolée, chauffée tout à l'électrique, occupée en journée, le calcul devient fragile. Avant de signer, il vaut mieux regarder sa propre consommation d'hiver, jour par jour.
« Ce n'est ni une panne ni une arnaque, c'est une option pensée pour ceux qui peuvent couper. »
- Tempo compte 22 jours rouges par an, uniquement entre novembre et mars, en semaine.
- Les jours rouges, le kWh en heures pleines coûte environ trois fois plus que l'offre classique.
- Les heures pleines vont de 6 h à 22 h : décaler lessives, lave-vaisselle et eau chaude la nuit.
- Relevez votre consommation journalière d'hiver sur votre espace client avant de changer d'option.
- Une maison mal isolée chauffée tout à l'électrique tire rarement profit de l'option.
- Activez les alertes de la veille et préparez un chauffage d'appoint non électrique si possible.
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