Il allume son insert pour la première flambée d’octobre près de Limoges : l’assureur lui réclame un papier avant même de parler des dégâts

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Il était un peu plus de dix-neuf heures, ce premier samedi d'octobre, quand Bernard a craqué l'allumette. Dans le salon de la longère, près d'Aixe-sur-Vienne, le papier journal s'est tordu derrière la vitre de l'insert. Les bûches de chêne ont commencé à siffler doucement. Dehors, la pluie fine du Limousin collait aux carreaux, et Monique sortait déjà les plaids du coffre.

Une longère, un insert et vingt ans de soirées tranquilles

Bernard a soixante-quatre ans et il a passé sa vie dans les ateliers de porcelaine de Limoges. Avec Monique, ils ont acheté cette longère au début des années deux mille, quand les enfants étaient encore au collège. La maison avait une vieille cheminée ouverte qui fumait dès que le vent tournait. Au bout de deux hivers, ils ont fait poser un insert en fonte, avec une belle vitre et une petite trappe pour régler l'air. Depuis, le feu fait partie de leurs habitudes d'automne, comme la soupe de potiron et les châtaignes ramassées au bord du chemin.

Chaque année, le rituel est le même et Bernard y tient beaucoup. Il commande trois stères de chêne au voisin agriculteur, les range sous l'appentis et attend la première vraie fraîcheur pour lancer la saison. Monique dit en riant que c'est sa fête à lui, plus que Noël. Il faut le voir préparer son feu, les petites branches croisées, le papier froissé juste ce qu'il faut. Il ne supporte pas qu'on utilise des allume-feux chimiques. Pour lui, un bon feu se mérite, et une maison chauffe mieux quand on l'a nourrie soi-même.

Ce soir-là, les petits-enfants devaient venir le lendemain pour le déjeuner. Monique avait prévu un gigot, et Bernard voulait que la maison soit bien chaude dès le matin. Le chêne a pris vite, les flammes montaient droites derrière la vitre, et la chaleur commençait à se répandre dans la pièce. Il s'est assis dans son fauteuil avec le journal local, ses lunettes sur le bout du nez. Tout semblait exactement comme les autres années. Soyons honnêtes, c'est précisément ce genre de soirée qui donne l'impression que rien ne peut arriver.

Le ramonage repoussé, pour de très bonnes raisons

L'année précédente, pourtant, quelque chose avait changé dans la routine. Le ramoneur qui passait depuis quinze ans avait pris sa retraite au printemps. Bernard l'aimait bien, ce petit homme sec qui arrivait avec sa camionnette blanche et repartait couvert de suie. Il avait toujours laissé un papier signé sur la table de la cuisine, que Monique rangeait quelque part. Quand il a fallu trouver quelqu'un d'autre, les premiers artisans contactés étaient complets jusqu'en novembre. L'un d'eux n'a jamais rappelé, et l'autre annonçait un tarif qui a fait tiquer Bernard.

Alors il s'est dit qu'il pouvait bien s'en occuper lui-même. Il avait vu faire son ramoneur pendant des années, il connaissait le conduit par cœur. Dans une grande surface de bricolage de la périphérie, il a acheté un hérisson, des cannes à visser et une bâche. Un samedi de septembre, il a passé la matinée à frotter le conduit depuis l'insert, Monique tenant l'aspirateur à cendres. Il en est sorti un petit tas de suie noire et sèche, ce qui l'a rassuré. Ça ne fait pas tant que ça, a-t-il dit, le conduit est propre.

Il y avait aussi une logique d'économie, que Bernard assumait sans détour. Sa retraite n'est pas énorme, la facture d'électricité avait grimpé, et le bois lui coûtait déjà plusieurs centaines d'euros. Faire venir un professionnel pour un travail qu'il pensait savoir faire lui paraissait superflu. Monique avait bien demandé si c'était suffisant pour l'assurance. Il avait haussé les épaules en répondant que le principal, c'était que le conduit soit propre, pas qu'il y ait un papier. Sur le moment, l'argument tenait. Personne, dans la maison, n'a pensé à vérifier ce que disait le contrat.

« J'avais frotté ce conduit tout un samedi, je croyais vraiment que c'était propre, je le jure. »

Un ronflement sourd dans le mur du salon

Vers vingt heures, Bernard a entendu un bruit qu'il ne connaissait pas. Une sorte de ronflement grave, comme un camion au loin, qui semblait venir de l'intérieur du mur. Il a levé les yeux de son journal, a regardé l'insert, puis la hotte en plâtre qui monte jusqu'au plafond. Les flammes dansaient plus vite, aspirées vers le haut avec une force inhabituelle. Il a pensé au vent, qui soufflait un peu ce soir-là. Dans une vieille maison, on s'habitue aux bruits bizarres, et celui-là ne lui a pas paru alarmant.

Monique, elle, a remarqué autre chose en passant dans le couloir. Une odeur âcre, différente de celle du bois qui brûle, plus lourde, presque goudronneuse. Elle a cru que c'était une bûche un peu humide, ou une écorce mal séchée. Bernard a ouvert la petite trappe d'air pour vérifier, puis l'a refermée aussitôt. Le tirage était si fort que la porte de l'insert vibrait légèrement sous ses doigts. Il a juste dit qu'il allait le laisser se calmer, que le feu partait trop vite au début, comme chaque année.

Ce n'est qu'en sortant chercher une bûche sous l'appentis qu'il a compris. Au-dessus du toit, la souche de cheminée crachait des étincelles orange dans la nuit, et une lueur rouge éclairait les ardoises mouillées. Le ronflement, dehors, ressemblait à celui d'un chalumeau. Bernard est resté figé quelques secondes, le bois dans les bras. Il a crié à Monique d'appeler les pompiers, puis il est rentré fermer complètement l'arrivée d'air de l'insert. Plus tard, il racontera qu'il n'avait jamais eu les mains aussi froides devant un feu aussi chaud.

Les pompiers, la nuit blanche et un appel à l'assureur

Les pompiers sont arrivés en moins de vingt minutes, ce qui a paru une éternité au couple. Ils ont éteint le feu de l'insert, contrôlé le conduit à la caméra thermique et vérifié les combles. Le feu était resté dans le conduit, mais la chaleur avait fendu le plâtre de la hotte et noirci une poutre près du plafond. Un des sapeurs a ramassé dans la trappe de visite des morceaux noirs, brillants, comme du charbon vitrifié. Il a demandé à Bernard quand le conduit avait été ramoné pour la dernière fois.

Bernard a répondu qu'il l'avait fait lui-même en septembre, avec son hérisson. Le pompier n'a rien dit, il a seulement noté quelque chose sur sa tablette. Le couple n'a presque pas dormi cette nuit-là. Monique a fini par envoyer un message aux enfants pour annuler le déjeuner. Bernard, lui, a tourné en rond dans la cuisine jusqu'à l'aube, ouvrant les fenêtres pour chasser l'odeur. Au petit matin, il a cherché le contrat d'assurance habitation dans le classeur bleu, celui qu'on ne sort jamais, bien sûr.

Le lundi, il a appelé son assureur pour déclarer le sinistre. La conseillère était aimable, elle a pris les informations, la date, l'heure, l'intervention des pompiers. Puis elle a posé une question à laquelle Bernard ne s'attendait pas avant même de parler de la poutre ou du plâtre. Elle voulait le certificat de ramonage de l'année. Bernard a expliqué qu'il l'avait fait lui-même, proprement. Il y a eu un petit silence au bout du fil. Elle a répondu qu'elle allait transmettre le dossier, et qu'un expert prendrait contact avec eux dans les prochains jours.

« Elle ne m'a pas demandé si on allait bien, elle m'a demandé le certificat de ramonage. »

Ce que l'expert a trouvé dans le conduit

L'expert est venu le jeudi suivant, un homme calme, avec une lampe frontale et un petit carnet. Il a examiné l'insert, ouvert la trappe, passé une caméra dans le conduit. Au bout d'un moment, il a montré l'écran à Bernard. Les parois étaient tapissées de bistre, ce dépôt noir et dur qui se forme quand le bois brûle à feu réduit. Le hérisson de Bernard avait retiré la suie légère, mais il avait glissé sur ces croûtes collées, qui ont fini par s'enflammer. C'était ça, le ronflement.

Bernard a eu du mal à l'accepter, il avait vraiment l'impression d'avoir bien fait. L'expert lui a expliqué ce qu'il voit dans beaucoup de maisons : le bistre se forme quand on laisse le feu couver la nuit, trappe fermée, pour garder la chaleur jusqu'au matin. Exactement ce que faisait Bernard depuis des années. Un professionnel, a-t-il ajouté, aurait repéré ces dépôts et proposé un débistrage. Il a ensuite rappelé que dans la Haute-Vienne, comme ailleurs, le règlement sanitaire départemental impose le ramonage des conduits en usage.

Selon ce que l'expert a expliqué au couple, la fréquence est fixée par ce règlement, et elle est souvent d'une à deux fois par an, dont une pendant la saison de chauffe. Surtout, le contrat de Bernard comportait une clause qu'il n'avait jamais lue. Elle prévoyait que l'indemnisation pouvait être réduite si un défaut d'entretien avait causé ou aggravé le sinistre. Le certificat remis par un ramoneur qualifié était justement la preuve attendue. Sans lui, c'était à Bernard de démontrer son entretien, et son hérisson acheté en grande surface ne pesait pas lourd.

Un hiver plus froid, et un papier rangé en évidence

Le dossier a traîné plusieurs semaines. Finalement, l'assureur a pris en charge une partie des réparations, mais en appliquant la réduction prévue au contrat. Il est resté à la charge du couple une somme qui dépassait largement ce qu'aurait coûté dix ramonages. Il a fallu refaire la hotte, traiter la poutre, faire tuber le conduit sur les conseils d'un fumiste. Pendant tout ce temps, l'insert est resté éteint. Bernard a passé une partie de l'automne en pull dans son salon, devant une vitre noire qu'il évitait de regarder.

Le premier rendez-vous qu'il a pris, une fois les travaux finis, c'était avec un ramoneur. Il en a trouvé un à Saint-Junien, qui est passé en janvier et lui a laissé un certificat détaillé. Monique l'a glissé dans une pochette plastique, punaisée à l'intérieur du placard de l'entrée. Désormais, la date du prochain passage est notée sur le calendrier de la cuisine. On connaît tous ça, ces papiers qu'on range sans savoir où. Ce coup-ci, Bernard sait exactement où il est, et il ne s'en éloigne plus.

Il a aussi changé sa façon de faire du feu. Plus de bûches entassées pour la nuit, trappe fermée, plus de bois de l'année qui siffle en brûlant. Il en parle maintenant aux voisins, un peu gêné, un peu fier aussi d'avoir compris. Ce qui l'a le plus marqué, dit-il, ce n'est pas la peur ce soir-là devant les étincelles. C'est cette question posée au téléphone, avant toute autre, par une conseillère qui ne voulait pas savoir comment il allait. Elle voulait un papier, et ce papier, il ne l'avait pas.

« Le hérisson enlevait la suie, mais le bistre, lui, il restait collé là-haut sans qu'on le voie. »

  • Vérifier dans le règlement sanitaire de son département la fréquence de ramonage imposée, souvent une à deux fois par an.
  • Faire intervenir un ramoneur qualifié, dont au moins un passage pendant la période de chauffe.
  • Exiger et conserver le certificat de ramonage daté, rangé avec le contrat d'assurance habitation.
  • Relire la clause d'entretien de son contrat pour savoir quelle sanction est prévue en cas de défaut.
  • Brûler du bois sec et éviter de laisser couver le feu toute la nuit, trappe fermée, pour limiter le bistre.
  • Au moindre ronflement ou étincelle en toiture, fermer l'arrivée d'air et appeler le 18.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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