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Il était sept heures dix, un mardi de mi-octobre, et la pluie tapait contre le vasistas de la salle de bains. Camille passait la brosse dans ses cheveux encore humides, la radio grésillait sur le rebord de la baignoire. Elle a baissé les yeux vers les poils de sanglier. Une boule brune, épaisse comme un petit pompon, restait accrochée entre les picots.
Un appartement de Nantes, une routine que rien ne dérangeait
Camille a trente-huit ans et vit depuis six ans dans un deux-pièces du quartier Saint-Félix, à Nantes. Elle travaille comme assistante dans un cabinet d'architectes, près de la place Graslin, et part chaque matin à vélo. Ses cheveux, longs et châtains, lui tombent sous les omoplates. Elle les lave trois fois par semaine, toujours avec le même shampooing doux acheté au supermarché. Elle n'a jamais eu de souci particulier avec eux, sinon quelques fourches qu'elle fait couper deux fois par an chez une coiffeuse de la rue Paul-Bellamy.
Sa routine tient en quelques gestes répétés depuis des années. Douche rapide, serviette en turban, café pendant que les cheveux sèchent un peu à l'air libre. Ensuite, un coup de brosse devant le miroir rond, puis une queue-de-cheval basse pour le casque de vélo. Elle ne se pose pas de questions, elle n'en a jamais eu besoin. Ses amies lui envient même cette chevelure épaisse, et elle s'en amuse volontiers lors des dîners.
L'été avait été long et chaud, avec trois semaines passées chez sa sœur, du côté de Pornic. Baignades quotidiennes, soleil sur la terrasse, soirées tardives et nuits un peu courtes à cause de la chaleur. Elle était rentrée bronzée, reposée, contente. En septembre, la reprise s'était faite sans heurt, entre les dossiers du cabinet et les premiers week-ends pluvieux. Rien, absolument rien, ne laissait prévoir ce qu'elle allait trouver un matin d'octobre dans sa brosse.
Le premier pompon de cheveux, et la course à la pharmacie
Ce mardi-là, elle a d'abord cru à un hasard. Elle a retiré la boule de cheveux, l'a jetée dans la poubelle à pédale, puis s'est rendue au travail. Mais le jeudi, la même scène s'est répétée, avec une touffe encore plus fournie. Le soir, en se douchant, elle a vu des mèches collées contre la paroi de la cabine. Elle les a comptées machinalement, puis s'est arrêtée, gênée par son propre geste.
Le vendredi midi, elle est entrée dans une parapharmacie du centre et a pris le premier flacon antichute sur le présentoir. Le samedi, un deuxième, plus cher, conseillé par une vendeuse aimable. Le mardi suivant, un troisième, aux extraits de caféine, repéré dans une vidéo sur son téléphone. En une semaine, elle avait dépensé près de soixante euros. Elle s'est dit que c'était une bonne décision, qu'il valait mieux agir vite que regretter.
Elle a raconté ça à Inès, sa collègue, devant la machine à café. Tu vas voir, j'ai acheté de quoi sauver une armée de crânes, a-t-elle lancé en riant un peu trop fort. Inès a souri sans rien dire de précis. Camille alternait désormais les trois flacons, massait son cuir chevelu cinq minutes, rinçait à l'eau tiède comme indiqué. Elle se sentait active, organisée, presque rassurée par cette discipline nouvelle.
« Tu vas voir, j'ai acheté de quoi sauver une armée de crânes, j'espère que ça suffira. »
Les flacons s'alignent, mais la brosse reste pleine
Au bout de dix jours, les trois flacons trônaient sur l'étagère de la douche, bien alignés. La brosse, elle, ne désemplissait pas. Camille a commencé à remarquer des cheveux partout, sur le dossier de sa chaise de bureau, sur son écharpe, sur l'oreiller le matin. Elle a même trouvé une longue mèche enroulée autour de la roue arrière de son vélo. Ce détail-là l'a fait rire, puis l'a fait réfléchir toute la journée.
Elle a posé la question à sa mère au téléphone, un dimanche soir. Celle-ci lui a rappelé, sans y attacher d'importance, qu'elle-même perdait toujours beaucoup de cheveux à la rentrée. Tu as toujours été comme ça, même petite, a-t-elle ajouté avant de changer de sujet. Camille a balayé la remarque. Elle pensait plutôt à une carence, à son travail plus prenant depuis septembre, ou peut-être au calcaire de l'eau.
Elle regardait pourtant sa raie dans le miroir sans voir de différence réelle. Sa queue-de-cheval lui semblait à peine moins épaisse, peut-être. Soyons honnêtes, elle n'arrivait plus à juger. Ce qui l'inquiétait, ce n'était pas tant ce qu'elle voyait sur sa tête que ce qu'elle retrouvait partout autour d'elle. Et aucun des trois shampooings ne semblait avoir le moindre effet sur ces poignées de cheveux.
Des forums la nuit, puis un rendez-vous qui se fait attendre
Un soir, incapable de dormir, elle a tapé ses symptômes sur son téléphone. Elle est tombée sur des forums remplis de récits angoissés, de photos de crânes dégarnis, de compléments alimentaires vendus à prix d'or. Elle a lu jusqu'à deux heures du matin, chaque page la rendant plus nerveuse. Le lendemain, elle a appelé son médecin traitant pour obtenir un rendez-vous rapide. Le premier créneau disponible tombait trois semaines plus tard.
En attendant, elle a tenté d'autres choses. Elle a arrêté le sèche-cheveux, renoncé à la queue-de-cheval trop serrée, changé de brosse pour un modèle en bois. Elle a même acheté une boîte de gélules à la levure de bière, sans trop y croire. Rien n'y faisait. Chaque matin, le petit pompon brun revenait, comme un rappel obstiné. Elle commençait à appréhender le moment de se coiffer.
C'est sa coiffeuse, Sandrine, qui a finalement changé le cours des choses. Camille avait avancé son rendez-vous habituel, persuadée qu'une coupe plus courte limiterait les dégâts. En lui lavant les cheveux, Sandrine a observé longuement son cuir chevelu. Ah, la saison a commencé, a-t-elle dit tranquillement. Camille n'a pas compris tout de suite. Sandrine a ajouté qu'elle voyait la même chose chez la moitié de ses clientes depuis début octobre.
« Ah, la saison a commencé, je vois la même chose chez la moitié de mes clientes depuis octobre. »
Ce que l'été avait préparé en silence sur son crâne
Sandrine lui a expliqué ce qu'elle répète chaque automne derrière son bac. Un cheveu ne pousse pas indéfiniment : il connaît une longue phase de croissance, puis une phase de repos de quelques mois, avant de tomber pour laisser la place à un nouveau. Pendant l'été, une partie plus importante des cheveux bascule en repos. Et ils tombent environ deux ou trois mois plus tard, en plein automne, précisément quand on ne pense plus aux vacances.
Le chiffre l'a frappée davantage que tout le reste. Selon Sandrine, cette chute saisonnière dure en général six à huit semaines, puis tout rentre dans l'ordre. Les nouveaux cheveux sont déjà en train de pousser sous ceux qui partent. Ce que Camille prenait pour une catastrophe était, pour sa coiffeuse, un phénomène aussi banal que les feuilles des platanes sur le cours Saint-Pierre. On connaît tous ça, les arbres, mais personne n'y pense pour soi.
Camille est restée silencieuse un moment, la nuque contre le bac. Elle a repensé aux trois flacons dans sa douche, aux forums de deux heures du matin, aux gélules. Sandrine a précisé qu'elle n'était pas médecin. Si ça dure des mois, ou si vous voyez des plaques, là il faut consulter sans attendre, a-t-elle insisté. Camille a gardé le rendez-vous chez son généraliste, par prudence, mais avec un poids en moins sur la poitrine.
Fin novembre, une brosse presque vide et une leçon apprise
Trois semaines plus tard, son médecin l'a écoutée, l'a examinée, puis lui a prescrit une simple prise de sang pour vérifier son fer. Les résultats sont revenus normaux. Il lui a confirmé que, dans son cas, le scénario d'une chute d'automne collait parfaitement. Il lui a conseillé de revenir si la chute dépassait deux mois ou s'accompagnait d'autres signes. Camille est ressortie du cabinet avec une impression étrange, entre soulagement et léger ridicule.
Fin novembre, la brosse ne retenait plus que quelques cheveux, comme avant. En passant la main sur ses tempes, Camille a même senti un fin duvet, de petits cheveux courts qui repoussaient. Elle a fait le compte : soixante euros de shampooings, quinze euros de gélules, plusieurs nuits blanches. Je me suis soignée contre le calendrier, a-t-elle résumé à Inès en riant. Deux des trois flacons sont restés presque pleins sur l'étagère.
Aujourd'hui, elle a noté dans son agenda une petite mention pour l'an prochain, à la mi-octobre. Elle sait désormais ce qu'il faut surveiller, et surtout ce qu'il est inutile de paniquer. Sa mère, au téléphone, s'est contentée de lui rappeler qu'elle l'avait dit. Avant d'acheter quoi que ce soit, Camille regarde maintenant quelques repères simples, ceux que Sandrine lui a donnés ce jour-là au-dessus du bac.
« Si ça dure des mois, ou si vous voyez des plaques, là il faut consulter sans attendre. »
- Notez la date de début de la chute : une chute d'automne dure en général six à huit semaines.
- Repensez à votre été : soleil, chaleur et fatigue peuvent annoncer une chute deux à trois mois plus tard.
- Cherchez de petits cheveux courts aux tempes, signe que la repousse est déjà en route.
- Évitez d'accumuler les produits antichute dès la première semaine, sans avis d'un professionnel.
- Consultez si la chute dépasse deux mois, laisse des plaques ou s'accompagne d'une grande fatigue.
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