Il ferme les deux comptes de sa mère décédée à Nevers : sur le relevé final, une ligne de 380 euros qu’il n’avait jamais vue

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La pluie tapait contre la vitre de la cuisine, et la bouilloire sifflait sur le gaz depuis une bonne minute. Thierry, 58 ans, n'y prêtait pas attention. Il était sept heures du soir, il avait encore son blouson de chauffeur sur le dos, et il tenait entre ses doigts une enveloppe blanche au logo bleu, la dernière de la banque de sa mère.

Trente ans de car scolaire et une mère qui comptait tout

Thierry conduit des cars scolaires dans la Nièvre depuis presque trente ans. Il connaît chaque virage entre Nevers et les villages du Morvan, chaque arrêt planté au bord d'un champ. Sa mère, Josiane, vivait à vingt minutes de chez lui, dans un petit appartement de location au deuxième étage. Il passait la voir le mercredi, quand les tournées s'arrêtaient à midi, et ils déjeunaient ensemble d'une omelette et d'un morceau de comté.

Josiane avait été couturière, puis employée dans une blanchisserie. Elle comptait tout, notait ses dépenses dans un cahier à spirale, et gardait ses relevés bancaires dans une boîte à chaussures rangée sous le lit. Elle avait deux comptes dans la même agence depuis les années soixante-dix : un compte courant pour la pension, un livret pour les imprévus. Rien de plus, ni placement compliqué, ni assurance qu'il aurait fallu débrouiller.

Elle est partie en décembre, un matin, dans son fauteuil près de la fenêtre. Thierry dit qu'elle avait l'air de se reposer. Il est fils unique, son père est mort depuis longtemps, et c'est donc lui qui s'est retrouvé à gérer la suite. Les pompes funèbres, la résiliation du bail, la caisse de retraite, l'électricité. Une liste qui ne finit jamais, et qu'on traverse comme dans un brouillard, en signant ce qu'on vous tend.

Laisser la banque faire, parce qu'elle sait mieux que lui

À l'agence, une conseillère l'a reçu dans un petit bureau vitré, avec une boîte de mouchoirs posée bien en vue sur la table. Elle a été gentille, Thierry insiste là-dessus. Elle lui a expliqué que les comptes étaient bloqués, qu'il fallait un acte de décès et une attestation d'héritier, et qu'ensuite la banque s'occuperait de tout. Il n'avait qu'à signer et attendre le virement final.

Thierry a fait confiance, et pour de bonnes raisons. La somme était modeste : un peu plus de quatre mille euros sur le livret, environ mille deux cents sur le compte courant, une fois les obsèques réglées. Il n'y avait pas d'appartement à vendre, pas de notaire en vue. Il s'est dit que la banque connaissait ces démarches par cœur, qu'elle en faisait des dizaines chaque mois, et que lui n'y comprendrait rien.

Je n'avais pas la tête à éplucher des papiers, raconte-t-il. Je voulais juste que ce soit fini, que je puisse ranger la boîte à chaussures et passer à autre chose. Il a rempli le formulaire d'attestation, signé en bas de deux pages, et il est reparti sous la pluie. Quelques semaines plus tard, le virement est arrivé sur son propre compte. Le montant lui a paru un peu juste, sans plus.

« Je n'avais pas la tête à éplucher des papiers, je voulais juste que ce soit fini. »

Une ligne en petits caractères au bas du dernier relevé

C'est ce soir-là, dans la cuisine, qu'il a ouvert l'enveloppe de clôture. Le relevé tenait sur une page. Les intérêts du livret, le solde du compte courant, puis, juste au-dessus du total, une ligne qu'il n'a d'abord pas vraiment lue : frais de traitement de dossier succession, 380 euros. Il a éteint le gaz sous la bouilloire et s'est assis, le papier posé à plat devant lui.

Sur le moment, il n'a pas tiqué. Soyons honnêtes, on connaît tous ça : une banque prend toujours quelque chose au passage, et l'on se dit que c'est le prix du service. Il a pensé à des frais de notaire, ou à une taxe de l'État prélevée automatiquement. Trois cent quatre-vingts euros, c'était beaucoup, mais il avait déjà payé tant de choses ces dernières semaines que le chiffre s'est noyé dans le reste.

Il a rangé le relevé dans la boîte à chaussures, avec les vieux papiers de sa mère, et il n'y a plus pensé pendant plusieurs jours. Ce qui l'a fait revenir dessus, c'est presque un hasard. Sa fille Camille, qui travaille dans une mutuelle à Dijon, est passée un dimanche pour l'aider à trier les affaires de sa grand-mère. Elle a soulevé le couvercle de la boîte et sorti le relevé du dessus.

Un appel à l'agence qui ne règle rien du tout

Camille a froncé les sourcils en lisant la ligne. Elle avait entendu parler, au travail, d'un changement récent sur les frais bancaires après un décès, sans connaître les détails. Elle a demandé à son père combien il y avait sur les comptes au total, et à quelle date exacte Josiane était morte. Thierry a haussé les épaules, un peu agacé de devoir encore remuer tout ça un dimanche après-midi.

Le lundi, entre deux tournées, il a appelé l'agence depuis le parking du dépôt, le moteur du car éteint. Une autre conseillère a décroché. Elle lui a répondu que ces frais figuraient dans la grille tarifaire, qu'ils couvraient le travail administratif du dossier, et que tout le monde les payait. Elle parlait vite, poliment, comme quelqu'un qui récite. Thierry a raccroché avec le sentiment d'avoir posé une question idiote.

Elle m'a presque fait comprendre que je chipotais pour trois cents euros sur l'argent de ma mère, dit-il. Il a failli laisser tomber. Mais le soir, Camille l'a rappelé, et elle avait cherché. Elle lui a lu au téléphone, lentement, des extraits d'un texte officiel publié sur le site de l'administration. Thierry a pris un stylo et a noté les chiffres au dos d'une feuille de route, assis au bord du lit.

« Elle m'a presque fait comprendre que je chipotais pour trois cents euros sur l'argent de ma mère. »

Ce n'était pas une taxe, c'était un frais désormais interdit

Ce que Camille avait trouvé tenait en quelques lignes. Une loi votée fin 2023 encadre les frais que les banques prélèvent pour clôturer les comptes d'une personne décédée. Elle s'applique depuis le 13 novembre 2025, donc aux décès survenus après cette date. Josiane était morte en décembre. Pour les petites successions, quand le total des comptes reste sous un seuil d'environ cinq mille neuf cents euros, la banque n'a plus le droit de facturer quoi que ce soit.

Thierry a refait l'addition. Quatre mille et quelques sur le livret, mille deux cents sur le compte courant : un peu moins de cinq mille trois cents euros en tout. Sa mère était sous le seuil. Les 380 euros n'étaient ni des frais de notaire ni une taxe d'État, comme il l'avait cru. C'était une facture de la banque, qui selon ce texte n'aurait tout simplement pas dû exister dans son cas.

Camille lui a aussi expliqué la règle pour les successions plus importantes. Au-dessus du seuil, les frais restent permis mais ils sont plafonnés à 1 % des sommes détenues, dans la limite d'un montant maximum fixé par la loi, autour de huit cent cinquante euros. Certains cas simples, quand les héritiers sont les enfants et qu'il n'y a pas de bien immobilier, sont même gratuits. Je me suis senti bête, et puis franchement en colère, avoue Thierry.

Une lettre recommandée, et ce qu'il faut vérifier chez soi

Le surlendemain, Thierry a écrit à l'agence, par lettre recommandée avec accusé de réception. Camille l'a aidé à trouver les mots : la date du décès, le montant total des deux comptes, la référence de la loi, et la demande de remboursement des 380 euros. Il a joint une copie du relevé et de l'acte de décès. Il a précisé que, sans réponse, il saisirait le médiateur de la banque, dont l'adresse figurait au dos des conditions générales.

Trois semaines plus tard, un courrier est arrivé. La banque reconnaissait une erreur d'application de la tarification et annonçait le remboursement intégral, versé quelques jours après sur son compte. Pas d'excuse appuyée, juste deux paragraphes administratifs. Thierry a gardé la lettre dans la boîte à chaussures, avec le cahier à spirale de sa mère. Elle aurait réclamé tout de suite, elle, dit-il en souriant, elle ne laissait jamais passer un centime.

Il en parle maintenant aux collègues du dépôt, à la pause café, parce qu'il pense que beaucoup de familles signent sans regarder. Un deuil récent laisse peu d'énergie pour relire une ligne en petits caractères. Pourtant, les sommes ne sont pas anodines, surtout quand l'héritage est mince. Avant de ranger le dernier relevé d'un parent, il conseille de vérifier quelques points simples, ceux qu'il aurait aimé connaître ce soir de pluie dans sa cuisine.

« J'ai cru que c'était une taxe, ou le notaire, je n'ai même pas posé la question. »

  • Repérer sur le relevé de clôture toute ligne intitulée frais de succession ou de traitement de dossier.
  • Vérifier la date du décès : la loi s'applique aux décès survenus depuis le 13 novembre 2025.
  • Additionner tous les comptes du défunt dans la banque : sous environ 5 900 euros, aucun frais n'est permis.
  • Au-delà, contrôler que les frais ne dépassent pas 1 % des sommes, dans la limite d'environ 850 euros.
  • Réclamer par lettre recommandée avec copie du relevé et de l'acte de décès.
  • Sans réponse satisfaisante, saisir gratuitement le médiateur de la banque.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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