Il passe son souffleur à feuilles un dimanche à 15 heures près de Rennes : le lundi matin, la mairie lui rappelle un arrêté dont il ignorait tout

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Dimanche, quinze heures, une lumière d'octobre posée sur les toits d'ardoise du lotissement des Châtaigniers, à quelques kilomètres de Rennes. Thierry, 58 ans, enfile ses gants, tire sur le cordon du souffleur à feuilles. Le moteur tousse, puis rugit. Les feuilles de bouleau s'envolent en tourbillons dorés vers la bordure, et derrière une haie, un rideau bouge à peine.

Un dimanche ordinaire aux Châtaigniers, entre bouleaux et café tiède

Thierry habite le lotissement depuis douze ans, une maison blanche aux volets gris, avec un jardin plus grand que ce qu'il avait imaginé en signant. Il a été technicien chez un équipementier automobile, il a pris sa retraite anticipée au printemps. Sa femme, Sylvie, travaille encore à l'hôpital de Pontchaillou et fait souvent des gardes le week-end. Le dimanche, il occupe donc ses après-midi au jardin, une tasse de café tiède posée sur le muret, la radio branchée sur une émission de football.

Le lotissement compte une trentaine de maisons, toutes construites à la même époque, séparées par des haies de laurier et de photinia. Les voisins se connaissent de vue, se saluent en sortant les poubelles, échangent parfois un sécateur ou une échelle. On connaît tous ça, ces quartiers tranquilles où rien ne dépasse vraiment. Thierry s'y sent bien, il a ses repères, ses habitudes, et cette certitude douce que chez soi, on fait un peu ce qu'on veut.

Les trois grands bouleaux plantés par l'ancien propriétaire sont sa fierté et son fardeau. Chaque automne, ils perdent des milliers de petites feuilles jaunes qui se glissent partout, dans les rigoles, sous la terrasse, entre les pavés de l'allée. Pendant des années, Thierry les a ramassées au râteau, le dos courbé, en pestant à chaque rafale de vent. Il en avait assez, et il savait qu'il ne tiendrait pas une saison de plus de cette manière.

L'achat du souffleur, une bonne idée pour soulager son dos

En septembre, après une séance de kinésithérapie pour une douleur lombaire tenace, Thierry a pris sa décision. Il est allé dans une grande enseigne de bricolage à Cesson-Sévigné et a comparé les modèles pendant presque une heure. Le vendeur lui a conseillé un souffleur thermique, plus puissant qu'un électrique, capable de déplacer des tas de feuilles mouillées. Thierry a hésité devant le prix, environ deux cent cinquante euros, puis il a pensé à son dos et il a payé.

Le premier essai, un samedi matin, l'a convaincu en quelques minutes à peine. Ce qui lui prenait deux heures au râteau se réglait désormais en vingt minutes, sans douleur, presque avec plaisir. Il a même nettoyé le trottoir devant chez lui, puis celui de la voisine âgée, Madame Le Goff, qui l'a remercié d'un signe de la main. Sylvie s'est moquée gentiment de son nouveau jouet, mais elle reconnaissait que le jardin n'avait jamais été aussi net.

Le dimanche suivant, Sylvie était de garde et Thierry avait l'après-midi devant lui. Il a déjeuné tard, regardé un bout de match, puis il est sorti vers quinze heures, quand le soleil chauffait encore un peu la pelouse. Dans sa tête, le dimanche après-midi était le moment idéal pour jardiner, personne ne travaillait, tout le monde était chez soi. Il n'a pas imaginé une seconde que ce raisonnement pouvait se retourner contre lui.

« Je n'ai rien fait de mal, j'ai juste nettoyé mes feuilles chez moi, c'est tout. »

Un rideau qui bouge, un voisin qui rentre sans saluer

Le moteur tournait depuis une dizaine de minutes quand Thierry a remarqué un détail. De l'autre côté de la haie, chez les Morvan, un rideau de la baie vitrée s'est écarté, puis refermé d'un coup sec. Il n'y a pas prêté attention, il était concentré sur un tas de feuilles coincé sous le banc de jardin. Le bruit du souffleur couvrait tout, la radio, les oiseaux, et même ses propres pensées, ce qui ne lui déplaisait pas.

Un peu plus tard, en remontant l'allée, il a croisé Yann, le voisin d'en face, qui revenait de promener son chien. D'habitude, Yann s'arrête toujours pour parler de la météo ou du Stade Rennais. Cette fois, il a levé la main sans sourire et il est rentré directement chez lui, le chien tiré par la laisse. Thierry a trouvé ça étrange, mais il a supposé que Yann avait eu une mauvaise journée ou une dispute en famille.

Il a terminé vers seize heures, satisfait, l'allée impeccable et les feuilles entassées dans de grands sacs verts. Le soir, au téléphone avec Sylvie, il a raconté son après-midi avec une certaine fierté. Elle lui a demandé, presque en passant, s'il n'avait pas fait trop de bruit pour les voisins. Il a ri, il a répondu que c'était dimanche, que tout le monde jardinait, et que le souffleur n'était pas plus bruyant qu'une tondeuse.

Le lundi, un appel de la mairie et une matinée de doutes

Le lundi matin, vers dix heures, le téléphone fixe a sonné pendant que Thierry lisait le journal. Une employée du service de police municipale de la commune s'est présentée poliment, d'une voix calme et un peu formelle. Elle lui a expliqué qu'un signalement avait été fait la veille concernant l'usage d'un appareil bruyant dans son jardin. Elle souhaitait simplement lui rappeler les règles en vigueur, et elle lui proposait de passer en mairie pour en discuter.

Thierry a d'abord cru à une erreur, puis à une plainte malveillante d'un voisin rancunier. Il a pensé aux Morvan, au rideau, à leur haie qu'il avait taillée trop court l'an dernier, à une vieille histoire de branche tombée. Il a appelé Sylvie, qui sortait de garde et n'avait pas la tête à ça. Je n'ai rien fait de mal, j'ai juste nettoyé mes feuilles chez moi, a-t-il répété plusieurs fois, plus agacé qu'inquiet.

Il a ensuite cherché sur internet, et il s'est perdu dans des forums contradictoires. Certains parlaient de règles nationales, d'autres de tolérance jusqu'à vingt heures, d'autres encore assuraient que le week-end tout était permis. Soyons honnêtes, il a passé une heure à lire des avis sans rien apprendre de solide. En fin de matinée, il a pris sa voiture et il est allé en mairie, décidé à comprendre ce qu'on lui reprochait exactement.

« Je pensais que le dimanche après-midi était le moment le plus calme, en fait c'était justement celui qu'il fallait respecter. »

Un arrêté affiché depuis des années, que personne ne lit jamais

Au guichet, une agente nommée Nathalie l'a reçu sans aucune hostilité, avec même un petit sourire compréhensif. Elle lui a expliqué que ce n'était pas une affaire de voisin fâché, mais une règle écrite noir sur blanc. En Ille-et-Vilaine, un arrêté préfectoral encadre les bruits de voisinage, et la commune a pris son propre arrêté municipal pour préciser les horaires. Les travaux de jardinage avec des engins bruyants y sont autorisés selon des plages précises, différentes la semaine et le week-end.

Nathalie lui a tendu une feuille photocopiée, en lui montrant la ligne concernant le dimanche et les jours fériés. Dans sa commune, l'usage des tondeuses, taille-haies, tronçonneuses et souffleurs n'y est permis que de dix heures à midi. Quinze heures, donc, tombait complètement en dehors de la plage autorisée. Vous savez, on a le même appel chaque automne, les feuilles tombent et les souffleurs sortent, lui a-t-elle dit en haussant légèrement les épaules.

Elle a ajouté que ces horaires changent d'une commune à l'autre, même entre deux villages voisins de la métropole rennaise. Certaines interdisent tout le dimanche après-midi, d'autres autorisent une heure de plus le samedi. Le texte est affiché en mairie, consultable sur demande, parfois publié sur le site de la commune ou dans le bulletin municipal. Thierry a relu la feuille deux fois, un peu honteux, en réalisant qu'il vivait depuis douze ans à côté d'une règle qu'il n'avait jamais cherché à connaître.

Ce que Thierry a changé, et ce qu'il conseille désormais

Cette fois, Thierry s'en est tiré avec un simple rappel, sans procès-verbal. Nathalie lui a précisé qu'en cas de récidive, une amende pouvait être dressée, comme pour d'autres bruits de voisinage. Il est rentré chez lui la feuille pliée dans la poche, et il l'a aimantée sur le réfrigérateur. Je pensais que le dimanche après-midi était le moment le plus calme pour jardiner, en fait c'était justement celui qu'il fallait respecter, a-t-il reconnu le soir même devant Sylvie.

Le mercredi suivant, il a sonné chez les Morvan avec une boîte de galettes de Pont-Aven sous le bras. Monique Morvan lui a avoué que ce n'était pas elle qui avait appelé, mais qu'elle faisait la sieste et que le moteur l'avait réveillée. Ils ont fini par rire de l'histoire autour d'un café. Depuis, Thierry passe son souffleur le samedi matin, ou le dimanche avant midi, et il a même ressorti son râteau pour les petites surfaces.

Il raconte souvent cette mésaventure aux nouveaux arrivants du lotissement, à la fête des voisins ou devant les boîtes aux lettres. Ce qui l'a le plus marqué, dit-il, c'est la facilité avec laquelle il aurait pu éviter tout ça en posant une simple question en mairie. Pour lui, connaître les horaires de sa commune fait désormais partie des choses qu'on vérifie en emménageant, comme le jour des poubelles. Voici ce qu'il conseille de regarder avant de démarrer un moteur au jardin.

« Douze ans que j'habite ici, et je n'avais jamais lu une seule ligne de cet arrêté. »

  • Demander en mairie l'arrêté municipal sur les bruits de voisinage, ou le chercher sur le site de la commune.
  • Vérifier aussi l'arrêté préfectoral de son département, qui fixe souvent le cadre général.
  • Repérer la plage autorisée le dimanche et les jours fériés, souvent limitée à 10 h-12 h.
  • Ne pas se fier aux règles d'une commune voisine : les horaires changent d'un endroit à l'autre.
  • Inclure souffleurs, taille-haies et tronçonneuses, pas seulement la tondeuse.
  • Prévenir ses voisins proches avant un chantier de jardin plus long que d'habitude.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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