Retraité à Reims au 1er septembre : sur sa pension de novembre, une CSG à 8,3 % que son ancien collègue ne paie pas

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Sur la table de la cuisine, rue de Courlancy, le relevé de novembre est posé à côté du bol de café encore tiède. Il est sept heures et quart, la radio parle de la météo sur la Marne. Gérard, 62 ans, fait glisser son doigt sur les lignes une à une. Il s'arrête sur trois lettres, CSG, puis sur un chiffre qu'il relit deux fois.

Quarante ans de caves, puis un premier septembre sans réveil

Gérard a passé quarante et un ans dans les caves d'une maison de champagne, à l'est de Reims. Il a commencé comme manutentionnaire à vingt ans, il a fini chef d'équipe, responsable de la maintenance des chaînes de remuage. Il connaît chaque galerie de craie, l'odeur humide, le froid constant de onze degrés qui garde les bouteilles. Son salaire, les dernières années, avec les primes de fin d'année et les heures du samedi pendant les vendanges, était confortable. Martine, sa femme, travaille encore à mi-temps dans une pharmacie du centre-ville.

Le premier septembre, il ne s'est pas levé à cinq heures. Il a regardé le plafond longtemps, puis il est descendu faire le café comme d'habitude, par réflexe. Les semaines suivantes ont filé entre le jardin, les petits-enfants le mercredi et les courses du marché du Boulingrin. Il avait tout préparé avec soin, ses relevés de carrière, ses trimestres, son dossier déposé six mois plus tôt. Il avait même fait ses calculs sur un cahier à spirale, colonne par colonne, au crayon à papier.

Dans ce cahier, il avait noté le montant brut annoncé par sa caisse et retiré ce qu'il pensait devoir être prélevé. Il s'était appuyé sur ce que lui avait raconté Bernard, un ancien collègue parti trois ans plus tôt. Bernard lui avait dit, au détour d'un barbecue, que les retenues sur la retraite étaient légères. Gérard avait retenu le chiffre, sans chercher plus loin. Soyons honnêtes, on fait tous confiance à ce que disent les copains qui sont passés par là avant nous.

Un départ choisi au bon moment, pour de bonnes raisons

Le choix de la date n'avait rien d'un hasard. Gérard voulait finir l'été, profiter d'une dernière saison complète avec son équipe et toucher la prime habituelle versée avant les vendanges. Il avait aussi en tête de laisser une chaîne de remuage révisée à son successeur, un jeune de Tinqueux qu'il avait formé lui-même. Partir au premier septembre, c'était partir proprement, avec le sentiment du travail bouclé. Martine trouvait l'idée raisonnable, et le directeur des ressources humaines avait salué ce calendrier sans discuter.

Ces derniers mois ont donc été les mieux payés de sa carrière. Entre les heures supplémentaires d'été, la prime d'ancienneté au maximum et l'indemnité de départ à la retraite, son année a été remplie. Il en était fier, à juste titre. Il se disait qu'il partait au sommet, avec un bon salaire de référence. Ce qu'il ne savait pas, c'est que ces revenus des dernières années allaient le suivre encore un moment, d'une façon qu'il n'avait jamais imaginée en remplissant son cahier.

Le premier versement est arrivé fin octobre pour le mois de septembre, puis tout s'est régularisé. Gérard n'a pas regardé le détail ce jour-là, seulement le montant net sur l'application de sa banque. Il l'a trouvé un peu plus bas que prévu, mais il a mis ça sur le compte d'un premier mois, d'une mise en route. Il s'est dit que l'administration avait ses délais, qu'on verrait au mois suivant. Il a refermé son téléphone et il est reparti tailler la haie de thuyas.

« J'ai relu la ligne deux fois, je me suis dit que l'ordinateur s'était trompé de colonne. »

Le relevé de novembre et cette ligne qui ne colle pas

C'est le relevé de novembre, reçu par courrier, qui a tout déclenché. Gérard aime le papier, il le lit en entier, ligne par ligne, avec ses lunettes de lecture posées sur le bout du nez. Il y a le brut, la contribution au remboursement de la dette sociale, la cotisation maladie de la complémentaire, puis la CSG. À côté, un taux : 8,3 %. Il a cherché dans son cahier le chiffre que Bernard lui avait donné, et il a vu qu'il ne correspondait pas.

Il a d'abord haussé les épaules. Il a pensé à une faute de frappe, à une ligne mal recopiée par un logiciel, à un réglage provisoire. Il a rangé la lettre dans la pochette bleue où il garde tous les papiers de la retraite. Mais le soir, en regardant le journal télévisé, il y repensait. Il a fait le calcul de tête, sur une année entière, et la différence n'avait rien d'anecdotique. Martine l'a vu soucieux et lui a demandé ce qui n'allait pas.

Gérard a répondu qu'il y avait un truc qui clochait avec ses prélèvements, rien de grave sans doute. Puis il a ressorti la lettre, l'a posée sur la toile cirée et lui a montré la ligne. Martine a plissé les yeux, elle a dit que ça ne voulait peut-être rien dire, qu'il fallait comparer avec quelqu'un. C'est là qu'il a décidé d'appeler Bernard le lendemain matin. Il a noté la question sur un post-it jaune, collé sur la porte du frigo, pour ne pas oublier.

Bernard, la caisse, et une semaine à tourner en rond

Bernard a décroché à la troisième sonnerie, depuis sa cuisine de Bezannes. Il a cherché son propre relevé, a mis un moment à le trouver, puis a lu à voix haute. Chez lui, la CSG était à 3,8 %. Même entreprise, même convention, un poste comparable, une carrière presque aussi longue. Gérard a senti monter quelque chose entre l'agacement et l'inquiétude. Il a dit à Bernard : on a fait le même boulot pendant trente ans, je ne vois pas pourquoi je paierais plus que toi.

Le lendemain, il a appelé sa caisse de retraite. Il a attendu vingt-cinq minutes avec une musique d'ascenseur, puis il a été coupé. Il a rappelé l'après-midi, est tombé sur une conseillère aimable qui lui a dit que le taux venait des services fiscaux. Elle ne pouvait pas le modifier elle-même. Gérard a raccroché sans être plus avancé, avec l'impression d'être renvoyé d'un guichet à l'autre. Il a même envisagé d'écrire au médiateur, il a commencé une lettre, puis l'a laissée en plan.

Le samedi, au marché, il en a parlé à un voisin, ancien contrôleur des impôts à la retraite lui aussi. L'homme l'a écouté en tenant son cabas de poireaux, a hoché la tête et lui a demandé une seule chose. Il voulait savoir quel était le montant de son revenu fiscal de référence sur son avis d'imposition. Gérard a avoué qu'il ne l'avait jamais vraiment regardé. Le voisin a souri et lui a dit de chercher l'avis d'il y a deux ans, que tout était probablement là-dedans.

« On a fait le même boulot pendant trente ans, je ne vois pas pourquoi je paierais plus que toi. »

Ce que disait vraiment l'avis d'impôt rangé dans le classeur

De retour à la maison, Gérard a sorti le gros classeur vert des impôts. Il a trouvé l'avis demandé, a cherché la case, et l'a lue à voix haute pour Martine. Le chiffre était élevé, porté par ses années de salaire complet, ses primes et le mi-temps de sa femme. Le voisin lui avait expliqué la règle sur le trottoir. Pour une pension, le taux de CSG ne dépend pas de la retraite qu'on touche aujourd'hui, mais du revenu fiscal de référence de l'avant-dernière année.

En clair, sa première pension était taxée selon ses revenus d'actif, ceux d'une année pleine de salaire. Son foyer dépassait le seuil fixé pour deux parts, donc le taux plein de 8,3 % s'appliquait. Ce n'était ni une erreur de la caisse, ni une sanction pour un départ trop tôt. Bernard, lui, était parti depuis trois ans, seul avec une pension modeste, et son revenu de référence avait baissé depuis longtemps. Il passait sous le seuil du taux réduit, d'où ses 3,8 %.

Gérard a mis un moment à digérer. Il a dit à Martine : en fait, je paie encore pour le bonhomme qui descendait à la cave à cinq heures du matin. Elle a ri, lui aussi, un peu jaune. Mais le plus important restait à comprendre. Ce taux allait bouger tout seul, chaque premier janvier, à mesure que les années de salaire sortiraient du calcul. Les revenus de son année de départ, mélange de salaire et de pension, compteraient encore, puis viendraient des années de retraite seule.

Ce que ça lui coûte, et ce qu'il surveille désormais

Sur une pension comme la sienne, l'écart entre 8,3 % et un taux plus bas représente plusieurs dizaines d'euros par mois. Sur une année, Gérard a calculé que cela faisait l'équivalent d'un petit voyage en Alsace avec Martine. Ce n'est pas une ruine, mais ce n'est pas rien non plus quand on vient de voir son revenu baisser. Il a refait son cahier à spirale, en prévoyant deux années au taux plein, puis une baisse probable ensuite, selon ce que diront ses avis d'imposition.

Il a aussi compris que rien ne se perdait vraiment dans un trou noir. La caisse applique le taux transmis par l'administration fiscale, et le changement se fait automatiquement, sans démarche, quand le revenu de référence baisse. Il suffit de déclarer ses revenus à temps chaque printemps. Si le revenu remonte un jour, avec par exemple un petit boulot ou un placement, le taux peut aussi remonter. Son voisin lui a conseillé de garder ses avis bien rangés, dans l'ordre, pour pouvoir vérifier chaque année.

Aujourd'hui, Gérard en parle sans colère. Il a rappelé Bernard pour lui expliquer, et ils en ont plaisanté autour d'une bouteille du dernier assemblage. On connaît tous ça, ce moment où l'on croit être victime d'une injustice alors que c'est juste une règle qu'on ignorait. Avant de refermer le classeur vert, il a dressé une petite liste pour ses copains qui partent bientôt. Il l'a photocopiée et compte bien la distribuer au prochain repas des anciens, au printemps, à la salle des fêtes.

« En fait, je paie encore pour le bonhomme qui descendait à la cave à cinq heures du matin. »

  • Repérer sur son relevé de pension la ligne CSG et le taux appliqué : 0 %, 3,8 %, 6,6 % ou 8,3 %.
  • Ressortir l'avis d'impôt de l'avant-dernière année et lire le revenu fiscal de référence du foyer.
  • Comparer ce montant aux seuils publiés chaque année, qui varient selon le nombre de parts.
  • Prévoir que les premières années de retraite peuvent garder le taux de la vie active.
  • Déclarer ses revenus à temps : le taux s'ajuste automatiquement chaque 1er janvier.
  • Ne pas se fier au taux d'un collègue : il dépend de son foyer et de ses revenus à lui.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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