Il règle seul les obsèques de sa mère avec ses économies : trois semaines plus tard, sa banque lui apprend qu’il n’y était pas obligé

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le thermos de café refroidissait sur le siège passager, à côté d'une chemise cartonnée pleine de papiers. Il était huit heures dix, un mardi de novembre, devant les pompes funèbres de la rue Pierre-Petit, à Montluçon. Didier a coupé le moteur, écouté la pluie taper sur le toit de sa Clio. Puis il a sorti son chéquier.

Un fils qui faisait tout pour sa mère depuis des années

Didier a cinquante-huit ans, un métier de technicien de maintenance dans une usine de pneumatiques, et une habitude ancienne. Depuis la mort de son père, il passait chaque dimanche chez sa mère, Simone, dans sa petite maison de briques du quartier de Bien-Assis. Il réparait un robinet, remplissait le frigo, triait le courrier. Simone avait quatre-vingt-six ans et une tête parfaitement claire, mais elle détestait les papiers. Alors c'était lui qui lisait les relevés, signait parfois, rangeait tout dans une boîte à chaussures.

Cette routine a duré onze ans sans le moindre accroc. Didier connaissait le montant de la pension, la date du prélèvement d'électricité, le nom de la conseillère de l'agence. Il n'avait pourtant jamais eu de procuration sur le compte, ni la moindre carte bancaire au nom de sa mère. Simone tenait à cette indépendance, même si elle lui confiait tout le reste. Elle disait que son argent, c'était pour plus tard, pour ne déranger personne quand le moment viendrait. Elle avait mis de côté un peu plus de neuf mille euros.

Le moment est venu un jeudi soir, sans prévenir. Simone s'est endormie devant la télévision et ne s'est pas réveillée. C'est la voisine qui a trouvé la porte entrouverte et la lampe encore allumée. Didier est arrivé vingt minutes plus tard, en bleu de travail, les mains encore noires. Il se souvient surtout du bruit de l'horloge de la cuisine, qui continuait comme si rien n'avait changé. Sa sœur, Martine, vit à Toulouse et ne pouvait monter que trois jours après.

Le chéquier sorti par réflexe, pour ne pas faire attendre

Le lendemain matin, Didier s'est retrouvé face à un conseiller funéraire très doux, qui parlait lentement. Cercueil en chêne clair, cérémonie à l'église Saint-Paul, inhumation dans le caveau familial à côté du père. Le devis est tombé à quatre mille huit cent soixante euros. Didier n'a pas discuté les options, il n'en avait ni l'envie ni la force. Ce qui l'obsédait, c'était de ne pas laisser sa mère attendre. Il voulait que tout soit propre, réglé, digne, avant l'arrivée de sa sœur.

Dans sa tête, une certitude s'était installée depuis longtemps. Quand quelqu'un meurt, la banque bloque le compte, et plus personne n'y touche avant le notaire. Il l'avait entendu cent fois, à la machine à café de l'usine, chez le coiffeur, dans les repas de famille. Un collègue lui avait même raconté avoir attendu huit mois pour toucher un centime de l'héritage de son oncle. Didier n'avait aucune raison d'en douter. Le compte de Simone, pour lui, était devenu une porte fermée à clé.

Alors il a fait ce qui lui paraissait le plus simple et le plus honnête. Il a vidé une bonne partie de son livret, celui qui devait servir à changer la boîte de vitesses de sa voiture. Il a fait un chèque, signé sans trembler, et rangé le reçu dans la chemise cartonnée. Il s'est dit qu'il récupérerait la somme plus tard, à la fin de la succession, quand tout serait réglé. Ce n'était pas une bonne affaire, mais ce n'était pas le moment de compter. Il était plutôt fier de lui.

« Elle avait mis cet argent de côté exactement pour ça, et moi je l'ai laissé dormir sur son compte. »

Une question posée au comptoir, à laquelle il n'a pas répondu

Il y a pourtant eu un détail, ce matin-là, que Didier a laissé filer. Au moment de tendre le chèque, le conseiller funéraire a levé les yeux de son écran. Il a demandé, d'une voix neutre, si la famille préférait que la facture soit envoyée à la banque de la défunte. Didier a cru à une formalité administrative, une case à cocher. Il a répondu que non, que c'était réglé, que le compte de sa mère était bloqué de toute façon. L'homme a hoché la tête, sans insister.

Sur le moment, la phrase lui a semblé presque déplacée. Pourquoi envoyer une facture à une banque qui, selon lui, n'avait plus le droit de rien payer. Il a mis ça sur le compte de l'habitude, d'un protocole interne aux pompes funèbres. Soyons honnêtes, dans ces jours-là, on n'écoute qu'à moitié ce qu'on vous dit. On signe, on remercie, on rentre chez soi avec la tête pleine de coups de téléphone à passer. Didier avait encore l'avis de décès à rédiger.

Les obsèques ont eu lieu le mardi suivant, sous un ciel bas. Martine est arrivée de Toulouse avec son mari, il y avait une quarantaine de personnes à l'église. Les anciennes voisines de Simone ont apporté des chrysanthèmes et des tartes aux pommes pour après. Didier a lu un texte qu'il avait écrit la veille, sur une feuille pliée en quatre. Personne n'a parlé d'argent ce jour-là, et c'était bien ainsi. Ce n'est que deux semaines plus tard que la question est revenue, par la porte du garage.

La boîte de vitesses lâche, et le livret est presque vide

Un lundi matin, en montant la côte vers l'usine, la Clio a commencé à hurler en troisième. Le garagiste a été clair : il fallait changer la boîte, et vite, pour environ mille neuf cents euros. Didier a regardé son application bancaire sur le parking, assis dans la voiture immobilisée. Il restait un peu plus de six cents euros sur son livret. Le reste était parti dans le cercueil en chêne clair et la cérémonie à Saint-Paul. Pour la première fois, il a senti le poids du chèque.

Il a d'abord appelé le notaire de la famille, à Montluçon, pour savoir quand la succession serait réglée. La secrétaire a été aimable mais prudente : il fallait réunir les actes, interroger les banques, attendre les réponses. Elle a parlé de plusieurs mois, peut-être six, sans rien promettre. Didier a demandé s'il pouvait au moins récupérer l'argent des obsèques plus vite. On lui a répondu que ce serait pris en compte dans le règlement de la succession, au moment venu. Autrement dit, il fallait patienter.

Le soir, il en a parlé à Martine au téléphone, un peu gêné. Sa sœur lui a proposé de lui avancer la moitié, mais il a refusé par orgueil. Ce que je ne comprends pas, a-t-il dit, c'est qu'elle avait mis cet argent de côté exactement pour ça. Martine s'est tue un moment, puis lui a conseillé d'aller directement à l'agence de leur mère. Didier pensait que c'était inutile, que la réponse serait la même. Il y est allé quand même, le jeudi, pendant sa pause de midi.

« J'étais persuadé que le compte était fermé à clé jusqu'au notaire, tout le monde me l'avait dit. »

Ce que la conseillère lui a expliqué derrière son bureau

La conseillère s'appelait Nadia, et elle connaissait Simone depuis des années. Elle a présenté ses condoléances, puis a écouté Didier raconter son histoire en entier, la facture, le chèque, la boîte de vitesses. Ensuite elle a ouvert un tiroir et sorti une fiche qu'elle tend, dit-elle, à presque toutes les familles. Le compte de votre mère est bloqué pour les opérations courantes, a-t-elle expliqué, mais pas pour tout. Les frais d'obsèques font partie des exceptions prévues par les textes.

Selon Nadia, la banque peut régler directement la facture des pompes funèbres en prélevant sur le compte du défunt. Il suffit de présenter la facture, au nom de la personne qui s'occupe des funérailles, s'il y a assez d'argent sur le compte. Le montant est limité par un plafond fixé par arrêté, qui tourne aujourd'hui autour de six mille euros, a-t-elle précisé. Et surtout, cela ne demande pas d'attendre le notaire. Avec quatre mille huit cent soixante euros de facture, le compte de Simone aurait suffi largement.

Didier est resté silencieux de longues secondes, les mains sur les genoux. La question du conseiller funéraire, ce matin-là, lui est revenue d'un coup. C'était donc ça, la facture envoyée à la banque, que j'ai refusée sans réfléchir, a-t-il murmuré. Nadia lui a expliqué que, la facture étant déjà payée par lui, la somme serait désormais remboursée dans le cadre de la succession. Rien n'était perdu, simplement immobilisé. Mais il aurait pu garder ses économies intactes depuis le premier jour, et réparer sa voiture sans compter.

L'argent reviendra, mais pas avant le printemps prochain

Aujourd'hui, Didier prend le bus pour aller à l'usine, une heure aller, une heure retour. Il a fini par accepter l'avance de Martine pour la boîte de vitesses, la Clio sera prête dans dix jours. Le notaire a bien noté les frais d'obsèques, avec la facture acquittée en pièce jointe. Ils seront déduits de la succession et lui reviendront au moment du partage, probablement au printemps. Il ne perdra pas d'argent au bout du compte. Mais il a perdu des mois de tranquillité.

On connaît tous ce réflexe de croire que tout est gelé à la mort d'un proche. Il vient de bonnes intentions, de la peur de mal faire, de l'envie de tout régler soi-même. Didier, lui, en parle maintenant à tous ceux qui traversent la même chose à l'usine. Ma mère avait tout prévu, et c'est moi qui ai fait comme si elle n'avait rien prévu, dit-il en souriant à moitié. Il a gardé la fiche de Nadia dans la chemise cartonnée, avec le reste. Avant de signer quoi que ce soit, il pose désormais la question.

Si un proche vient de mourir, quelques vérifications simples peuvent éviter de puiser dans ses propres économies. Il faut d'abord demander la facture définitive aux pompes funèbres, à son propre nom. Ensuite, se rendre à l'agence du défunt avec cette facture, une pièce d'identité et l'acte de décès. Il faut aussi vérifier le solde disponible sur le compte, car le paiement ne peut pas dépasser ce qui s'y trouve. Enfin, garder une copie de tout pour le notaire. Ces gestes prennent une matinée, pas plus.

« Le monsieur des pompes funèbres m'a posé la question, et j'ai dit non sans même réfléchir. »

  • Demander aux pompes funèbres une facture définitive au nom de la personne qui organise les obsèques.
  • Se présenter à la banque du défunt avec la facture, l'acte de décès et une pièce d'identité.
  • Vérifier que le solde du compte couvre la somme demandée, dans la limite du plafond fixé par arrêté.
  • Accepter que la facture soit transmise directement à la banque si les pompes funèbres le proposent.
  • Si vous avez déjà payé, conserver la facture acquittée pour la remettre au notaire.
  • Prévenir les autres héritiers de la démarche pour éviter toute incompréhension.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1136