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Il était un peu plus de dix heures, ce samedi 1er novembre, quand la Clio a passé le dernier virage avant Saint-Claude. Le chauffage soufflait trop fort, les enfants se disputaient une tablette à l'arrière, et la route était sèche, grise, sans la moindre trace de neige. Puis Julien a levé le pied. Sur le côté droit, un panneau bleu qu'il n'avait jamais vu.
Une famille de Lyon qui monte dans le Jura chaque Toussaint
Julien, 41 ans, est technicien de maintenance dans une imprimerie de Vénissieux. Sophie, sa femme, travaille à la mairie de Villeurbanne, au service des écoles. Ils ont deux enfants, Lou, neuf ans, et Malo, six ans, qui comptent les jours avant les vacances de la Toussaint. Depuis cinq ans, la famille loue le même gîte au-dessus de Saint-Claude, une vieille ferme avec un poêle à bois et une vue sur les sapins. C'est devenu un rituel, presque une évidence, que personne ne remet en question.
Le trajet, ils le connaissent par cœur. L'autoroute jusqu'à Nantua, puis la nationale qui serpente entre les falaises, et enfin la descente vers la ville des pipes. Deux heures, un peu plus avec les arrêts pipi et le goûter. Julien conduit, Sophie gère la musique et les disputes. Les autres années, il faisait doux, parfois même beau, avec des feuilles rousses partout. Jamais ils n'ont vu un flocon à cette période, et c'est un peu pour ça qu'ils aiment venir en automne plutôt qu'en hiver.
Leur voiture est une Clio de 2017, achetée d'occasion, qui affiche un peu plus de cent mille kilomètres. Elle roule bien, elle consomme peu, et Julien l'entretient lui-même pour l'essentiel. Les vidanges, les plaquettes, l'essuie-glace, il s'en occupe dans la cour de la maison. Pour les pneus, il va chez le même garagiste depuis des années, un homme du quartier qui lui fait un prix. On connaît tous ça, ce genre de confiance tranquille qui finit par remplacer la vigilance.
Le choix raisonnable de garder les pneus d'été toute l'année
Au printemps dernier, deux pneus avant étaient usés. Le garagiste avait proposé des pneus quatre saisons, un peu plus chers, en expliquant qu'ils servaient aussi bien l'été que l'hiver. Julien avait hésité, puis refusé. À Lyon, il neige deux jours par an, parfois moins, et la famille ne va presque jamais au ski. Payer plus cher pour un usage qu'il jugeait inexistant lui semblait absurde. Il avait donc remis quatre pneus d'été classiques, de bonne marque, et il était reparti satisfait de son économie.
Sophie se souvient très bien de la conversation, le soir même, dans la cuisine. Elle avait demandé si ça poserait problème pour le Jura. Julien avait haussé les épaules, en rappelant qu'ils montaient toujours début novembre et qu'il n'y avait jamais rien sur la route. Sur le moment, elle avait trouvé l'argument solide. Il connaissait les voitures mieux qu'elle, et puis le budget était serré cette année-là, entre la cantine, le centre de loisirs et la chaudière à changer.
Il faut dire que leur raisonnement n'avait rien de stupide. Beaucoup d'automobilistes pensent exactement comme eux : les pneus neige, c'est pour la neige, et quand il n'y en a pas, on n'en a pas besoin. Julien avait même vérifié la météo la veille du départ, sur deux applications différentes. Ciel couvert, cinq degrés à Saint-Claude, aucune précipitation annoncée avant le mercredi suivant. Il avait refermé son téléphone, rassuré, et rangé les valises dans le coffre sans y penser davantage. Les chaînes, ils n'en avaient jamais acheté.
« Ici, depuis le 1er novembre, ce n'est plus une question de neige, c'est une question de date. »
Un panneau bleu au bord de la route, et personne ne comprend
Le panneau se dressait juste après un rond-point, à l'entrée de l'agglomération. Un rectangle bleu, avec le dessin d'un pneu, un autre de chaînes, et une mention qui parlait d'équipements obligatoires. En dessous, des dates écrites en petit, que Julien n'a pas eu le temps de lire en roulant. Il a ralenti, regardé dans le rétroviseur, puis continué. Sophie s'est retournée pour relire, sans succès. Derrière eux, un camion de livraison collait leur pare-chocs, et il n'y avait nulle part où s'arrêter.
Dans la voiture, la conversation a démarré à voix basse, pour ne pas inquiéter les enfants. Julien pensait à un panneau temporaire, une sorte d'alerte en cas de neige. Sophie croyait avoir vu le mot novembre, sans en être certaine. Ils se sont mis d'accord, un peu vite, sur l'idée que ça ne concernait que les jours d'enneigement. La route restait sèche, le thermomètre du tableau de bord affichait six degrés, et franchement, rien ne ressemblait à une montagne d'hiver ce matin-là.
Ils sont arrivés au gîte vers onze heures, ont déchargé, allumé le poêle, et le panneau est sorti de leur tête. Le propriétaire, un homme d'une soixantaine d'années prénommé Gérard, est passé les saluer en début d'après-midi. En voyant la Clio garée devant la grange, il s'est penché vers une roue avant. Il a passé le doigt sur le flanc du pneu, longuement, comme on lit une étiquette. Puis il a demandé, l'air de rien, si Julien avait des chaussettes ou des chaînes dans le coffre.
Les recherches du soir, les appels, et les réponses contradictoires
Julien a répondu non, un peu surpris, en expliquant qu'il ne neigeait pas. Gérard a souri, sans insister, et lancé une phrase qui a tourné toute la soirée dans la tête de Sophie. Ici, depuis le 1er novembre, ce n'est plus une question de neige, c'est une question de date. Puis il est reparti vers sa maison, en leur conseillant de regarder ça tranquillement. Les enfants jouaient déjà dans le pré. Julien, lui, a sorti son téléphone avant même d'avoir enlevé ses chaussures.
Le réseau était faible, les pages mettaient du temps à charger. Il a trouvé des forums où des automobilistes s'écharpaient sur le sujet, certains parlant d'amendes, d'autres jurant que personne ne contrôlait jamais. Il a appelé son beau-frère, qui roule beaucoup dans les Alpes, et qui n'était pas sûr non plus. Il a même tenté le garage de Lyon, fermé pour le pont. Sophie, de son côté, cherchait la liste des communes concernées, sans parvenir à comprendre si leur village figurait dessus ou non.
Le dimanche matin, ils devaient monter vers les Rousses pour une balade au bord du lac. Julien a hésité longtemps devant la voiture, les clés dans la main. Il a fini par dire, presque pour lui-même, qu'il ne savait plus s'il avait le droit de rouler. Sophie a proposé de rester autour du gîte. Les enfants ont protesté, puis boudé. La journée s'est passée à faire des puzzles devant le poêle, avec cette petite gêne qui gâche des vacances sans qu'on sache vraiment la nommer.
« Je ne sais même plus si j'ai le droit de rouler avec cette voiture, franchement. »
Ce n'était pas une alerte météo mais une règle de calendrier
C'est Gérard qui leur a tout expliqué, le lundi, autour d'un café dans sa cuisine. Le panneau bleu, c'est celui de la loi Montagne. Dans les communes classées par le préfet, comme Saint-Claude et une bonne partie du Haut-Jura, une obligation s'applique chaque année du 1er novembre au 31 mars. Peu importe la météo, peu importe le soleil. Pendant cette période, chaque voiture doit être équipée de pneus hiver ou quatre saisons, ou transporter dans son coffre des chaînes ou des chaussettes à neige.
Gérard est allé chercher sa propre voiture pour montrer. Sur le flanc de ses pneus, à côté des chiffres de dimension, il a pointé un petit pictogramme : une montagne à trois pics, avec un flocon au milieu. C'est ce marquage, appelé 3PMSF, qui fait foi. L'ancienne inscription M+S, qu'on trouve encore sur beaucoup de pneus, ne suffit plus seule. Julien a vérifié ses quatre roues, une à une, accroupi dans le gravier. Sur aucune il n'y avait de montagne, ni de flocon, seulement des chiffres.
Il a aussi compris que le panneau de l'entrée avait un jumeau, à la sortie de la zone, qui marque la fin de l'obligation. Entre les deux, on est dans le périmètre. Sophie a ri, un peu nerveusement, en repensant à leurs théories de la veille. On avait tout faux, a-t-elle dit, on croyait que c'était la neige qui décidait, alors que c'est le calendrier. Gérard a haussé les épaules. Il en voit passer des dizaines chaque automne, des touristes de la plaine qui découvrent ça une fois arrivés.
Une paire de chaussettes à neige et un nouveau réflexe
Le lundi après-midi, Julien est descendu en ville, prudemment, jusqu'à un centre auto. Il a acheté une paire de chaussettes à neige adaptées à la taille de ses pneus, pour un peu moins de soixante-dix euros. Le vendeur lui a montré comment les enfiler sur les roues motrices, à l'avant pour la Clio. Soyons honnêtes, il n'a jamais eu à s'en servir de la semaine, la neige n'est pas venue. Mais avec elles dans le coffre, la voiture était en règle, et la famille a enfin profité du lac.
De retour à Lyon, Julien est repassé chez son garagiste. Il a raconté l'histoire, un peu penaud, et le garagiste a ri sans méchanceté. Au prochain changement, ils monteront des pneus quatre saisons, avec le fameux marquage à trois pics. Le surcoût, il l'a calculé, reste modeste rapporté au nombre d'années d'usage. Sophie, elle, a noté dans son agenda une alerte pour le mois d'octobre. Désormais, avant chaque départ vers la montagne entre novembre et mars, la vérification fera partie de la valise.
Au fond, ce qui les a surpris, ce n'est pas la règle elle-même, plutôt logique quand on y pense. C'est d'avoir roulé des années sans la connaître, persuadés qu'elle ne les concernait pas. Julien le dit simplement aujourd'hui : il regardait le ciel, alors qu'il aurait fallu regarder la date et ses pneus. Pour ceux qui partent dans un massif cet hiver, quelques gestes simples évitent cette mauvaise surprise, et quelques coups d'œil suffisent à savoir où l'on en est.
« On avait tout faux, on croyait que c'était la neige qui décidait, alors que c'est le calendrier. »
- Du 1er novembre au 31 mars, l'obligation s'applique dans les communes de montagne classées par le préfet, même sans neige.
- Le panneau bleu à l'entrée signale la zone concernée, un panneau semblable en marque la sortie.
- Cherchez sur le flanc du pneu le symbole montagne à trois pics avec flocon : le marquage 3PMSF fait foi.
- Une inscription M+S seule ne suffit plus pour être en règle.
- Sans pneus hiver ou quatre saisons, gardez des chaînes ou des chaussettes à neige adaptées dans le coffre.
- Avant le départ, consultez la liste des communes concernées sur le site de la préfecture du département.
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