Il purge ses radiateurs chaque octobre dans sa maison de Nancy : cette année, ceux de l’étage restent chauds en haut et glacés en bas

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le petit tournevis plat tinte contre la soucoupe posée sur le parquet, à six heures du soir, un dimanche d'octobre à Nancy. Gérard, 66 ans, tourne la vis de purge d'un quart de tour et attend le sifflement. Rien ne vient, juste quelques gouttes noirâtres. En bas, dans la buanderie, la chaudière ronronne depuis le matin sans jamais s'arrêter.

Chaque octobre, le même rituel dans la maison de Laxou

Gérard et Monique habitent depuis trente et un ans une maison en pierre et en crépi, sur les hauteurs de Laxou, à deux pas de Nancy. Lui a fini sa carrière comme technicien chez un fabricant de verre, elle était secrétaire dans une école primaire du quartier. Ils connaissent chaque grincement de l'escalier, chaque fenêtre qui joue un peu quand le vent tourne au nord. La maison date de 1974, avec ses radiateurs en fonte d'origine, lourds comme des enclumes, peints en crème.

Chaque année, la première semaine d'octobre, Gérard sort la même boîte en fer qui contenait autrefois des biscuits de Commercy. Dedans, il range la clé de purge, deux vieux chiffons, un petit tournevis et un carnet où il note la pression de la chaudière. Il fait le tour de la maison dans un ordre précis, du rez-de-chaussée vers l'étage, en commençant par le salon. Ce rituel, son père le faisait déjà dans la maison familiale de Lunéville, avec la même patience.

Monique se moque gentiment de lui, mais elle apprécie le résultat. Pendant des années, une purge suffisait à tout remettre en ordre, et l'hiver passait au chaud sans surprise. La chaudière au gaz, changée en 2009, n'a jamais posé le moindre souci sérieux, à part un entretien annuel facturé sans histoire. Soyons honnêtes, Gérard en tirait une petite fierté de bricoleur. Il disait souvent à ses voisins qu'une maison bien tenue n'a pas besoin de plombier, seulement d'un peu de régularité et d'attention.

Une purge de plus, prise pour une simple formalité d'automne

Cette année, le froid est arrivé tôt, avec des matins à quatre degrés dès la fin septembre. Monique a réclamé le chauffage un peu plus tôt que d'habitude, et Gérard a avancé son tour de purge d'une semaine. Il a remis de l'eau dans le circuit, comme d'habitude, jusqu'à retrouver une aiguille à un bar et demi. Il a vérifié que les robinets thermostatiques des chambres étaient bien ouverts. Tout semblait conforme à ses notes des années précédentes, consignées au crayon dans le carnet.

Il avait même pris une décision qui lui paraissait raisonnable. Plutôt que d'appeler le chauffagiste pour l'entretien annuel en septembre, il avait repoussé le rendez-vous à novembre, pour étaler les dépenses. Le contrat d'entretien coûte près de cent cinquante euros, et la facture d'électricité venait d'augmenter. Il s'était dit qu'une chaudière qui fonctionnait parfaitement en avril ne pouvait pas avoir changé d'humeur pendant l'été. L'idée tenait debout, et Monique avait approuvé sans discuter.

Au rez-de-chaussée, la purge s'est passée comme toujours, avec un petit souffle d'air puis un filet d'eau claire. Le salon et la cuisine ont chauffé en moins d'une heure, et Gérard a coché ses cases. Il est monté à l'étage avec la même tranquillité, sa boîte en fer sous le bras. Les trois chambres et la salle de bains ont des radiateurs plus anciens encore, posés à la construction. C'est là, en posant la main sur la fonte, qu'il a senti quelque chose d'étrange.

« Ça m'énerve, cette histoire, l'air passe nulle part et ça chauffe à moitié. »

Chauds en haut, froids en bas, et toujours pas d'air

Le radiateur de la chambre d'amis était brûlant sur sa partie supérieure, au point qu'il a retiré sa main. Mais à mi-hauteur, la fonte devenait tiède, puis franchement froide près du sol. Il a fait la même chose dans la chambre du fond, puis dans la salle de bains, avec le même résultat. Une bande de chaleur en haut, une zone morte en bas. Il a ouvert la vis de purge, persuadé qu'une poche d'air était restée coincée quelque part dans le circuit.

Aucun sifflement n'est venu. Seulement quelques gouttes sombres, presque noires, qui ont taché le chiffon blanc. Gérard a pensé à de la rouille ordinaire, celle qu'on trouve dans toutes les vieilles installations. Il a refermé, attendu dix minutes, recommencé, sans plus de succès. Ça m'énerve, cette histoire, a-t-il dit à Monique en redescendant, l'air passe nulle part et ça chauffe à moitié. Elle lui a conseillé d'attendre le lendemain, que le circuit se stabilise.

Le lendemain, rien n'avait bougé, sinon un bruit nouveau. La chaudière tournait sans pause, du matin jusqu'au soir, avec ce ronronnement continu qu'on finit par ne plus entendre. Dans la buanderie, la petite flamme bleue restait allumée derrière le hublot. Normalement, le brûleur s'arrête quand la maison atteint la température demandée. Là, il ne s'arrêtait plus. Gérard a mis ça sur le compte du froid précoce et d'une maison qui devait reprendre ses habitudes après l'été.

Des tentatives qui échouent les unes après les autres

Pendant une semaine, Gérard a tout essayé avec la méthode qu'il connaît. Il a purgé trois fois chaque radiateur de l'étage, en commençant par le plus éloigné de la chaudière. Il a remonté la pression à deux bars, puis l'a redescendue, sans aucun effet visible. Il a tapoté la fonte avec le manche d'un marteau, comme le faisait son père, pour décoller ce qui pouvait l'être. Les radiateurs restaient obstinément chauds en haut et froids en bas, comme coupés en deux.

Il a appelé son beau-frère Daniel, ancien plombier à Vandœuvre, qui a écouté la description au téléphone. Daniel a parlé d'un circulateur fatigué, la petite pompe qui pousse l'eau chaude dans les tuyaux. Il a conseillé de vérifier si elle tournait bien, en posant l'oreille ou un tournevis contre le carter. Gérard l'a fait, et la pompe ronronnait normalement. Il a aussi pensé à un robinet thermostatique grippé, mais il les a tous démontés et nettoyés sans rien trouver.

Pendant ce temps, Monique dormait avec un pull dans la chambre, et la petite-fille, venue en visite, a gardé son manteau au goûter. Le relevé du compteur de gaz affichait une consommation qu'ils n'avaient jamais vue en octobre. On connaît tous ça, ce moment où l'on comprend que le problème dépasse ses propres mains. Je tourne en rond, je fais le même geste et j'attends un miracle, a fini par admettre Gérard. Il a avancé le rendez-vous du chauffagiste au vendredi suivant.

« Je tourne en rond, je fais le même geste depuis une semaine et j'attends un miracle. »

Ce que le chauffagiste a trouvé au fond de la fonte

Le chauffagiste s'appelle Karim, il a une quarantaine d'années et travaille seul avec une camionnette blanche. Il a fait le tour de la maison en posant la main sur chaque radiateur, sans rien dire, puis il a regardé le chiffon taché. Il a démonté le radiateur de la chambre d'amis et l'a basculé au-dessus d'un seau. Une eau épaisse, couleur café, s'est écoulée lentement, avec des grains noirs qui crissaient au fond du récipient.

C'est de la boue, a-t-il expliqué, pas de l'air. Avec les années, l'eau du circuit corrode légèrement l'intérieur des tuyaux et des radiateurs en fonte. Les particules de métal et de tartre se déposent au point le plus bas, là où l'eau circule le moins vite. Au bout de trente ans, la boue remplit le bas des radiateurs et bloque le passage. L'eau chaude file alors par le haut, et la partie basse reste froide, quelle que soit la purge.

Karim a ajouté que la chaudière tournait sans arrêt pour cette raison précise. La maison n'atteignait jamais la température demandée, alors le brûleur continuait de chauffer une eau qui circulait mal. Purger n'enlève que l'air, a-t-il dit, la boue, elle, ne sort pas par la petite vis. Gérard est resté longtemps devant le seau, un peu vexé, un peu soulagé. Trente ans de purges consciencieuses, et le vrai problème se cachait tout en bas, là où il n'avait jamais regardé.

Désembouer, puis équilibrer : ce que ça change et coûte

Karim a proposé un désembouage complet du circuit, l'opération qui consiste à nettoyer l'intérieur des tuyaux et des radiateurs. Il a injecté un produit qui décolle les dépôts, puis branché une machine qui fait circuler l'eau à forte pression, radiateur après radiateur. L'eau évacuée est d'abord sortie noire, puis brune, puis enfin claire au bout de plusieurs heures. Il a ensuite ajouté un produit protecteur pour ralentir la corrosion. Pour la maison de Gérard, la facture a atteint environ six cents euros.

Mais Karim a insisté sur une seconde étape, qu'on oublie souvent. Une fois le circuit propre, l'eau chaude a tendance à courir vers les radiateurs les plus proches de la chaudière. Il faut donc équilibrer l'installation, en réglant les petits robinets cachés en bas de chaque radiateur. Ainsi, chaque pièce reçoit sa juste part d'eau chaude, de l'étage jusqu'au salon. Sans ça, vous auriez juste déplacé le problème, a-t-il prévenu en ajustant la dernière vis de réglage.

Le soir même, Monique a posé la main sur le radiateur de la chambre du fond, chaud de haut en bas. La chaudière s'est arrêtée vers neuf heures, pour la première fois depuis trois semaines. Gérard a rangé sa boîte en fer, mais il a ajouté une ligne dans son carnet. Il a noté de surveiller plusieurs signes, et il les montre désormais aux voisins de la rue qui ont des maisons du même âge. Chacun peut les vérifier chez soi, simplement, en posant la main sur ses radiateurs.

« Purger n'enlève que l'air, la boue, elle, ne sort jamais par la petite vis. »

  • Un radiateur chaud en haut et froid en bas signale souvent de la boue, pas de l'air.
  • Une eau noire ou brune qui sort de la vis de purge est un indice de dépôts.
  • Une chaudière qui ne s'arrête plus doit alerter, même si la maison semble chauffer.
  • Après un désembouage, demandez toujours un équilibrage des radiateurs.
  • Faites réaliser l'entretien annuel avant les premiers froids plutôt que de le repousser.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1959