Il monte voir sa fille à Gap avec ses pneus M+S de printemps : à l’entrée de la vallée, un gendarme lui demande ses chaînes

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Le thermos de café cliquetait contre la portière, coincé entre le siège et le frein à main. Il était sept heures vingt, ce 2 novembre, et la buée tardait à quitter le pare-brise de la Peugeot. Gérard, 67 ans, tapotait le volant en attendant que la ventilation fasse son travail. Sur le siège passager, un carton de confitures de coings attendait sa fille, à Gap.

Un retraité de Valence qui connaît la route par cœur

Gérard a passé trente-huit ans à réparer des chaudières dans la Drôme, et il conduit comme il travaillait : sans se presser, en vérifiant tout. Depuis que sa fille Claire s'est installée à Gap avec son mari et les deux petits, il fait le trajet une fois par mois. Il part de Valence, longe la Drôme jusqu'à Die, puis grimpe vers le col de Cabre. Il connaît chaque virage, chaque boulangerie ouverte le dimanche, chaque endroit où la route se rétrécit.

Sa femme, Monique, ne l'accompagne plus l'hiver depuis qu'elle a le dos fragile. Elle lui prépare quand même le thermos, des sandwichs au pâté et une liste de commissions pour Claire. Ce matin-là, elle avait ajouté le carton de confitures et un pull tricoté pour le petit Hugo. Elle lui a dit de faire attention au verglas, comme chaque fois, et il a répondu oui, comme chaque fois. Il y a des phrases qu'on échange depuis quarante ans sans plus vraiment les entendre.

La Peugeot a six ans, elle n'a jamais laissé Gérard au bord de la route. Il fait les vidanges lui-même, contrôle la pression des pneus tous les quinze jours et garde une couverture dans le coffre. Pour lui, une voiture entretenue est une voiture sûre, et il n'a jamais eu de raison d'en douter. Ce 2 novembre, le ciel était dégagé, la météo annonçait du froid sec, et il se sentait parfaitement tranquille au moment de quitter le lotissement.

Des pneus achetés au printemps pour ne plus jamais y penser

Tout avait commencé en avril, chez un vendeur de pneus en périphérie de Valence. Les pneus d'origine étaient usés, et Gérard voulait des pneus qu'il pourrait garder toute l'année. Fini les allers-retours au garage deux fois par an, fini les roues entassées dans le cellier. Le vendeur lui avait montré plusieurs modèles, et Gérard avait choisi une marque correcte, à un prix raisonnable. Sur le flanc, il avait lu les lettres M+S, pour boue et neige, et cela lui avait suffi.

Dans sa tête, l'affaire était réglée. Des pneus marqués neige, montés sur une voiture bien entretenue, conduite par un homme prudent : que demander de plus. Il se souvenait vaguement qu'on parlait d'une loi sur la montagne, quelques années plus tôt, mais il pensait que ces lettres étaient justement la réponse. Soyons honnêtes, peu de gens lisent en détail ce qui est gravé sur leurs pneus. On fait confiance au vendeur, à l'étiquette, et à sa propre expérience.

Il avait d'ailleurs fait plusieurs fois le trajet vers Gap au printemps et pendant l'été. Les pneus tenaient bien la route, même sous l'orage de juillet dans les lacets du col. Il en avait parlé fièrement à son gendre, qui conduit un utilitaire pour une entreprise de travaux publics. Le gendre avait hoché la tête sans relever, occupé à surveiller le barbecue. Personne, à aucun moment, ne lui avait dit que la date du 1er novembre changeait quelque chose pour lui.

« Je pensais que les lettres M+S, c'était justement fait pour la montagne, je n'ai jamais cherché plus loin. »

Un panneau blanc et bleu qu'il croyait réservé aux autres

Après Die, la route commence à monter et le paysage se resserre. Gérard a remarqué, en sortant d'un village, un panneau rond avec un pneu dessiné et une chaîne. Il l'avait déjà vu les années précédentes, sans y prêter attention. Pour lui, c'était un rappel destiné aux touristes qui montent en citadine avec des pneus lisses. Il a même pensé, un peu amusé, que ce panneau ne le concernait pas. Il a monté le chauffage et allumé la radio.

Quelques kilomètres plus loin, une voiture devant lui a ralenti. Au bord de la route, sur un dégagement gravillonné, deux gendarmes faisaient signe aux automobilistes de se ranger. Gérard a d'abord cru à un contrôle d'alcoolémie, ou à un accident plus haut. Il n'avait rien bu, ses papiers étaient en règle, il n'avait aucune raison de s'inquiéter. Il s'est garé derrière une camionnette blanche, a coupé le moteur et baissé sa vitre. L'air froid est entré d'un coup.

Le gendarme était jeune, poli, avec un bonnet sous sa casquette. Il a demandé les papiers, puis, sans regarder Gérard, il s'est accroupi près de la roue avant. Il a passé un doigt sur le flanc du pneu, lentement, comme on lit une inscription. Ensuite il s'est relevé et a demandé si Monsieur avait des chaînes ou des chaussettes dans le coffre. Gérard a répondu que non, qu'il avait des pneus neige, justement. Le gendarme a répondu qu'il ne voyait pas le bon pictogramme.

Au bord de la route, un coffre vide et un téléphone

Gérard est sorti de la voiture pour regarder à son tour. Il a montré les lettres M+S du doigt, avec l'assurance de celui qui sait. Le gendarme a expliqué calmement que ces lettres ne suffisaient plus depuis l'hiver 2024. Il fallait un petit dessin précis, une montagne à trois pics avec un flocon à l'intérieur. Gérard a fait le tour de la voiture, s'est penché sur chaque roue. Il n'y avait nulle part de montagne, nulle part de flocon.

Il a ouvert le coffre, en espérant vaguement un miracle. Il y avait la couverture, le triangle, le gilet jaune, une bouteille d'eau et le carton de confitures. Pas de chaînes, pas de chaussettes, rien qui ressemble à un équipement pour la neige. Il a appelé Monique, qui n'a pas compris tout de suite. Puis il a appelé son gendre, qui a soupiré au bout du fil. Je pensais que tu savais, avec les pneus que tu m'avais montrés, a-t-il dit doucement.

Gérard a tenté une dernière fois de discuter avec le gendarme. Il a parlé de son âge, de sa prudence, de la route sèche, du ciel bleu au-dessus du col. Le jeune homme l'a écouté sans l'interrompre, puis il a répondu que la règle ne dépendait pas de la météo du jour. Derrière, d'autres voitures étaient arrêtées, et un couple discutait aussi, les bras croisés. Gérard a senti la gêne lui monter au visage, comme un écolier pris en faute.

« Le gendarme s'est accroupi, il a passé le doigt sur le pneu, et j'ai compris que quelque chose n'allait pas. »

Ce n'était pas la neige qui manquait, c'était un dessin

Le gendarme a fini par tout expliquer, en remplissant le procès-verbal sur sa tablette. Depuis la loi Montagne, du 1er novembre au 31 mars, les communes classées en zone de montagne par arrêté préfectoral imposent un équipement. Soit des pneus portant le marquage 3PMSF, la fameuse montagne à trois pics et son flocon. Soit des chaînes ou des chaussettes à neige rangées dans le coffre, même si on ne les monte pas. La simple mention M+S, autrefois tolérée, n'est plus acceptée seule.

Gérard a compris d'un coup ce qui s'était passé au printemps. Le vendeur lui avait vendu des pneus toutes saisons d'entrée de gamme, marqués M+S mais sans le pictogramme. Il ne lui avait pas menti, il n'avait simplement rien précisé, et Gérard n'avait rien demandé. Les pneus étaient bons, solides, adaptés à la pluie. Ils n'étaient tout simplement pas reconnus comme équipement d'hiver par la réglementation. Ce n'était ni une question d'usure ni une question de qualité, seulement une question de marquage.

L'amende était de 135 euros. Le gendarme a ajouté qu'il pouvait aussi lui interdire de continuer, mais qu'il pouvait faire demi-tour jusqu'à Die. Gérard a regardé la route qui montait vers le col, puis le carton de confitures sur le siège. Je me suis senti bête, mais surtout vieux, a-t-il confié plus tard à Claire. Il a repris le volant, a redescendu les virages au ralenti, et s'est garé devant la première enseigne d'auto ouverte un samedi matin.

Trente euros de chaussettes et une nouvelle habitude au garage

Dans le magasin de Die, le vendeur n'a pas eu l'air surpris. Il a raconté que des clients comme Gérard, il en voyait tous les jours depuis le début de la semaine. Gérard a acheté une paire de chaussettes textiles adaptées à la taille de ses pneus, pour une soixantaine d'euros. Il les a rangées dans le coffre, à côté du triangle, comme on range un parapluie. Puis il est reparti vers Gap, avec deux heures de retard, et il a passé le contrôle sans encombre.

Claire l'attendait devant la maison, les enfants collés à la fenêtre. Elle a ri un peu, puis elle a cessé quand il lui a montré l'avis de contravention. Au total, la journée lui a coûté près de deux cents euros, sans compter l'essence et les nerfs. Il a raconté l'histoire à table, en exagérant un peu le froid et la sévérité du gendarme. Le soir, il a vérifié les pneus de la voiture de Claire, qui n'avait pas non plus le pictogramme.

Depuis, Gérard a pris une habitude qu'il recommande à tous ses anciens collègues. Il regarde le flanc des pneus avant chaque hiver, et il ne se contente plus des lettres. Au prochain changement, il prendra des pneus toutes saisons portant le flocon, pour ne plus avoir à y penser. On connaît tous ça, ces règles qu'on croit avoir comprises et qui ont changé sans prévenir. Maintenant je lis mes pneus comme je lisais les plaques de chaudière, dit-il en riant.

« Ce n'est pas l'amende qui m'a vexé, c'est d'avoir fait demi-tour avec les confitures de ma fille sur le siège. »

  • Cherchez sur le flanc de vos pneus le pictogramme 3PMSF : une montagne à trois pics avec un flocon.
  • La seule mention M+S ne suffit plus dans les zones de montagne concernées.
  • L'obligation s'applique du 1er novembre au 31 mars dans les communes listées par arrêté préfectoral.
  • Sans pneus 3PMSF, gardez des chaînes ou des chaussettes à neige adaptées à vos pneus dans le coffre.
  • Le non-respect expose à une amende de 135 euros et peut conduire à une interdiction de poursuivre la route.
  • Repérez le panneau rond avec pneu et chaîne : il signale l'entrée dans une zone concernée.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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