À Lyon, Sylvie grave encore les tombes à la main à 70 ans, avec des ciseaux, une massette et des lettres antiques

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Un matin froid d'octobre, au cimetière de la Croix-Rousse à Lyon, une femme de 70 ans taille des lettres dans la pierre, seule. Sylvie est l'une des dernières graveuses de tombes à travailler entièrement à la main.

L’essentiel en 3 points

  • Sylvie, 70 ans, grave des noms sur les tombes lyonnaises à la main depuis 1986, avec ciseaux et massette.
  • Elle réalise environ quatre gravures par jour, contre jusqu'à huit pour les sableuses mécaniques.
  • Le CAP de graveur sur pierre a disparu en 2016 et aucune formation n'existe aujourd'hui dans le Rhône.

Une graveuse seule parmi les tombes de la Croix-Rousse

Elle s'installe sur la pierre glacée et commence à tailler sans attendre. Sylvie travaille au cimetière de la Croix-Rousse, à Lyon, où elle est souvent la seule vivante du matin.

Son outillage tient en peu de choses : des ciseaux et une massette. Avec eux, elle creuse le granit ou le granito pour y inscrire le nom des défunts.

Quand on lui demande pourquoi elle exerce ce métier, sa réponse est simple. Elle explique qu'elle aime être seule, et cette solitude ne semble pas lui peser.

Elle ne s'interrompt pas pour parler. Les coups de massette continuent pendant qu'elle raconte sa carrière, ses habitudes et sa vision d'un métier qui se raréfie.

Pour sentir la pierre sous ses doigts, Sylvie porte des mitaines même par grand froid.

Un parcours qui commence aux Beaux-Arts de Lyon

Avant la pierre, il y a eu les études. Sylvie a suivi un cursus aux Beaux-Arts de Lyon, puis elle a enchaîné plusieurs petits boulots.

Le déclic arrive par hasard. Elle rencontre un graveur qui souhaite arrêter son activité et lui demande de lui transmettre son savoir.

Six mois d'apprentissage plus tard, elle se lance à son compte. Nous sommes en 1986, et elle n'a jamais cessé depuis, même à la retraite.

  • Outils utilisés : ciseaux, massette, règle et crayon de papier.
  • Matériaux gravés : granit et granito.
  • Style le plus fréquent : les lettres antiques, adaptées aux gravures existantes.
  • Étape finale : une peinture spéciale conçue pour durer dans le temps.
  • Contre le froid : chaufferettes dans les chaussures et mitaines aux mains.
  • Formation actuelle : un BMA de gravure sur pierre dans cinq établissements en France.
Repère Gravure à la main Gravure à la sableuse
Gravures par jour Environ 4 Jusqu'à 8
Outils Ciseaux et massette Machine qui creuse la pierre
Nombre d'artisans Très rares Peu nombreux selon Sylvie
Erreur sur granito Ponçage possible Non précisé dans la source

Le style des lettres, un choix discret mais précis

Sylvie affirme qu'il n'y a pas vraiment de style dans son travail. Elle utilise pourtant le plus souvent ce qu'on appelle des lettres antiques.

Sur une tombe déjà gravée, elle s'aligne sur l'existant. Le jour du reportage, sur la sépulture des Petites Sœurs des Pauvres, elle reproduit des lettres un peu carrées.

Avant de tailler, elle sort une règle et un crayon de papier. Elle mesure la hauteur des lettres, ce qui lui indique aussi quel ciseau choisir.

Puis elle trace chaque lettre. Une fois la taille commencée, elle dit ne plus penser à rien et passer en mode automatique.

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Travailler dehors par tous les temps

Le métier se pratique en extérieur, quelle que soit la météo. Sylvie dit travailler dans toutes les conditions, du froid d'hiver aux fortes chaleurs.

Contre le froid, elle glisse des chaufferettes dans ses chaussures. Pour les mains, elle porte des mitaines, afin de garder le contact de la peau avec la pierre.

Ce contact direct compte pour son geste. Les doigts libres lui permettent de sentir la matière pendant qu'elle taille.

Le plus pénible reste pourtant la chaleur. Elle décrit la canicule de cet été comme une vraie souffrance.

Le corps, premier outil de la graveuse

Pour Sylvie, le plus difficile n'est pas la taille elle-même. C'est de rester assise pendant des heures, souvent très courbée vers le bas des stèles.

Elle résume la chose avec humour : il faut être souple pour faire ce métier. Selon elle, c'est même une raison de continuer, car le travail entretient sa souplesse.

Elle plaisante aussi sur un autre effort quotidien. D'après elle, le plus dur reste encore de venir le matin.

À la main, on grave environ quatre noms par jour, deux fois moins qu'avec une sableuse.

Un savoir-faire manuel menacé de disparition

Sylvie se range parmi les derniers artisans dits traditionnels, ceux qui gravent à la main. Les autres graveurs, peu nombreux selon elle, utilisent des sableuses.

La différence de rythme est nette. Une sableuse permet jusqu'à huit gravures par jour, quand le travail manuel tourne plutôt autour de quatre.

En début de carrière, elle en faisait quatre à cinq par jour. Elle reconnaît ne plus avoir ce rythme, mais garde du travail, surtout à l'approche de la Toussaint.

Pour elle, la disparition des écoles pose problème. Elle redoute qu'à terme, seules des machines gravent les tombes.

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Questions fréquentes

Comment grave-t-on un nom sur une tombe à la main ?

La graveuse mesure d'abord la taille des lettres et en fait le tracé au crayon. Elle taille ensuite la pierre avec des ciseaux et une massette, puis applique une peinture spéciale.

Combien de gravures un graveur fait-il par jour ?

À la main, Sylvie estime le rythme à environ quatre gravures par jour. Une sableuse permet d'aller jusqu'à huit.

Existe-t-il encore une formation de graveur sur pierre ?

Le CAP de graveur sur pierre a connu sa dernière session en 2016. Un BMA de gravure sur pierre existe encore dans cinq établissements en France, mais aucun dans le Rhône.

Que faire en cas d'erreur de gravure sur une tombe ?

Sur du granito, on peut poncer en reprenant un peu au-dessus ou en dessous. Sur du granit, il faut refaire toute la stèle.

Quel style de lettres utilise-t-on sur les tombes ?

Sylvie utilise généralement des lettres antiques. Sur une tombe déjà gravée, elle reprend le style des inscriptions existantes, parfois des lettres carrées.

Quand grave-t-on le nom sur une stèle après un décès ?

Il faut attendre que la terre se tasse avant de poser la stèle, parfois plusieurs semaines. La gravure n'intervient donc pas juste après le décès.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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