Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
À 58 ans, elle ouvre enfin son relevé de carrière en ligne : ses quatre saisons de serveuse en Savoie n'y figurent nulle part

À 58 ans, elle ouvre enfin son relevé de carrière en ligne : ses quatre saisons de serveuse en Savoie n’y figurent nulle part

La lampe de la cuisine grésillait un peu, comme chaque soir depuis l'automne. Il était presque vingt-deux heures, et Sylvie tapotait le bord de sa tasse de tisane refroidie. Sur l'écran de l'ordinateur portable, posé entre la corbeille de fruits et le courrier, une page s'affichait lentement. Elle venait de saisir son code, pour la première fois, sur le site de sa retraite.

À 78 ans, elle ne roule que trois kilomètres par semaine : un matin d'octobre, sa batterie de deux ans refuse de faire démarrer la voiture

À 78 ans, elle ne roule que trois kilomètres par semaine : un matin d’octobre, sa batterie de deux ans refuse de faire démarrer la voiture

Il était sept heures quarante, un mardi d'octobre, et le pare-brise de la petite Clio était couvert d'une fine pellicule blanche. Odette a posé son cabas sur le siège passager, ajusté son écharpe, puis tourné la clé. Un claquement sec, un deuxième, plus faible. Puis plus rien, sinon le tic-tac de l'horloge du tableau de bord qui clignotait doucement dans le froid.

Il paie 120 euros chaque novembre pour vider ses gouttières pleines de feuilles : le voisin propriétaire du chêne n'a jamais répondu à une seule facture

Il paie 120 euros chaque novembre pour vider ses gouttières pleines de feuilles : le voisin propriétaire du chêne n’a jamais répondu à une seule facture

Il est sept heures et demie, un mardi de novembre, et l'eau tombe en rideau devant la fenêtre de la cuisine. Gérard, 67 ans, pose sa tasse sur la toile cirée et tend l'oreille. Ce bruit de cascade, il le connaît par cœur. La gouttière déborde encore, gorgée de feuilles brunes, juste au-dessus de la porte d'entrée.

Elle dépose 3 000 euros sur son livret A un 3 octobre : en janvier, il manque des intérêts et personne ne s'est trompé

Elle dépose 3 000 euros sur son livret A un 3 octobre : en janvier, il manque des intérêts et personne ne s’est trompé

Le 3 octobre, un peu avant midi, Nadia attendait dans la file de l'agence, son chèque plié en deux dans la poche de son manteau. La pluie tapait contre la vitrine, une imprimante crachait des relevés derrière le guichet. Trois mille euros, la prime d'un ancien contrat enfin versée. Elle voulait les mettre à l'abri tout de suite, sans attendre un jour de plus.

Elle refait sa couleur seule dans sa salle de bains chaque mois depuis cinq ans : ses longueurs sont devenues plus sombres que ses racines

Elle refait sa couleur seule dans sa salle de bains chaque mois depuis cinq ans : ses longueurs sont devenues plus sombres que ses racines

Le premier dimanche du mois, vers dix heures, la salle de bains sent l'ammoniaque et le café refroidi. Nathalie, 47 ans, enfile ses gants en plastique qui crissent, secoue le flacon applicateur d'un geste sec et vise le miroir embué. La radio grésille dans le couloir. Elle part des racines, descend jusqu'aux pointes, comme chaque mois depuis cinq ans.

Elle se couche à 21 heures pour rattraper sa fatigue de la rentrée : trois semaines plus tard, elle passe ses nuits à fixer le plafond

Elle se couche à 21 heures pour rattraper sa fatigue de la rentrée : trois semaines plus tard, elle passe ses nuits à fixer le plafond

Il est 21 h 04, et la lampe de chevet dessine un rond jaune sur la couette. Dans la cuisine, le lave-vaisselle entame son cycle avec un grondement sourd. Claire, 41 ans, pose son téléphone face contre le bois de la table de nuit, tire le drap jusqu'au menton et ferme les yeux. Ce soir encore, elle a décidé de se coucher tôt.

Il reprend le volant d'un car scolaire près de Rodez à 66 ans : ses cotisations ouvrent droit à une seconde pension qu'il ignorait

Il reprend le volant d’un car scolaire près de Rodez à 66 ans : ses cotisations ouvrent droit à une seconde pension qu’il ignorait

Il est six heures quarante, et le moteur du car tourne déjà au ralenti devant le dépôt d'Onet-le-Château. Gérard frotte le pare-brise avec la manche de sa polaire, le givre crisse sous le tissu. Dans la cabine, le chauffage souffle une odeur de poussière tiède. Sur le siège passager, une fiche de paie pliée en quatre, qu'il n'a jamais vraiment lue jusqu'au bout.

Elle lave tout à 30 °C depuis la hausse de l'électricité à Toulouse : en octobre, son linge propre sort du tambour avec une odeur de cave

Elle lave tout à 30 °C depuis la hausse de l’électricité à Toulouse : en octobre, son linge propre sort du tambour avec une odeur de cave

Il était un peu plus de dix-neuf heures, ce mardi d'octobre, dans la petite cuisine du quartier Saint-Cyprien. La machine a lâché son dernier bip, trois notes aiguës. Nadia a tiré le hublot, plongé la main dans le tambour tiède et sorti une serviette bleue encore lourde d'eau. Elle l'a portée à son visage par habitude, puis elle a reculé d'un pas.

Il vend sa berline à son voisin près de Valence pour 6 500 euros : le contrôle technique passé en janvier bloque la signature au dernier moment

Il vend sa berline à son voisin près de Valence pour 6 500 euros : le contrôle technique passé en janvier bloque la signature au dernier moment

Le portail de Bernard grinçait toujours un peu, vers dix-huit heures, quand le soleil tombait derrière les vergers d'abricotiers. Ce soir de juillet, la berline grise attendait sous le tilleul, lavée de frais, les jantes encore humides. Sur le capot, une chemise cartonnée, un stylo, la carte grise. Le voisin d'en face traversait la petite route, les mains dans les poches, l'air content.

Elle remplit son caddie de lots « 3 pour 2 » à Metz : en relisant l'étiquette, le paquet simple coûtait moins cher au kilo

Elle remplit son caddie de lots « 3 pour 2 » à Metz : en relisant l’étiquette, le paquet simple coûtait moins cher au kilo

Le néon du rayon café grésillait au-dessus des palettes, ce samedi matin vers dix heures, dans le supermarché de la zone commerciale de Metz. Nadine poussait son caddie d'une main, sa liste froissée dans l'autre. Devant elle, une montagne de lots emballés sous film plastique, une affiche jaune criarde : trois pour le prix de deux. Elle en a pris deux sans réfléchir.

Il reprend la tondeuse à 66 ans pour arrondir sa retraite à Grenoble : trois ans plus tard, sa caisse lui annonce une seconde pension

Il reprend la tondeuse à 66 ans pour arrondir sa retraite à Grenoble : trois ans plus tard, sa caisse lui annonce une seconde pension

Il était sept heures et quart, la brume traînait encore au-dessus de l'Isère, et Gérard chargeait le taille-haie dans le coffre de sa vieille Kangoo. Le moteur toussa deux fois avant de prendre. Sur le siège passager, un thermos de café et un carnet à spirale où il notait ses heures. Ce matin-là, il ignorait qu'une enveloppe l'attendait dans sa boîte aux lettres.

Elle lave tout à 30 °C depuis un an pour alléger sa facture : son linge sort du tambour avec une odeur de cave humide

Elle lave tout à 30 °C depuis un an pour alléger sa facture : son linge sort du tambour avec une odeur de cave humide

Il est sept heures et quart, un mardi de février, et la machine vient de lâcher son petit bip final dans la buanderie. Claire, 41 ans, ouvre le hublot d'un geste machinal, un panier en plastique coincé contre la hanche. Elle attrape une serviette encore tiède, la porte à son visage par habitude. Et elle s'arrête net, le nez plissé.

Il donne 200 euros par an à deux associations depuis sa retraite : au club de belote, son amie récupère plus avec la même somme

Il donne 200 euros par an à deux associations depuis sa retraite : au club de belote, son amie récupère plus avec la même somme

Il était un peu plus de quinze heures, ce jeudi de mai, et la salle des fêtes sentait le café réchauffé. Gérard battait les cartes d'un geste lent, le pouce posé sur le paquet, pendant que Monique cherchait ses lunettes dans son sac. Sur la toile cirée, entre deux verres d'eau, traînait une feuille pliée en quatre. C'était son avis d'impôt.

Il quitte Lille pour Angers en juillet sans changer sa carte grise : en octobre, une amende majorée de 375 euros l'attend

Il quitte Lille pour Angers en juillet sans changer sa carte grise : en octobre, une amende majorée de 375 euros l’attend

Le carton marqué cuisine trônait encore au milieu du salon, un samedi d'octobre vers dix heures. Julien, 38 ans, venait de remonter le courrier, le chat se frottait contre ses chevilles. Entre une publicité de pizzeria et une facture d'électricité, une enveloppe à fenêtre, logo du Trésor public. Il l'a ouverte debout, près de la fenêtre, et le café a refroidi sans qu'il y touche.

Il quitte Lyon pour Annecy en juin avec ses cartons et sa vieille Clio : en octobre, un gendarme lui réclame 135 euros pour une adresse

Il quitte Lyon pour Annecy en juin avec ses cartons et sa vieille Clio : en octobre, un gendarme lui réclame 135 euros pour une adresse

Le gyrophare bleu tournait sans bruit contre la façade d'une boulangerie, avenue de Genève, un mardi d'octobre vers huit heures. Julien avait encore le goût du café dans la bouche et la radio réglée trop fort. Il a baissé le volume, descendu la vitre, senti l'air froid du lac lui piquer les joues. Le gendarme a simplement demandé les papiers du véhicule.

Elle rend service à tous ses collègues depuis six ans à Lille : à l'entretien annuel, c'est Thomas qui obtient le poste qu'elle visait

Elle rend service à tous ses collègues depuis six ans à Lille : à l’entretien annuel, c’est Thomas qui obtient le poste qu’elle visait

Il est huit heures dix, au quatrième étage d'un immeuble de verre près de la gare Lille-Flandres. La machine à café crachote, quelqu'un pose un gobelet tiède sur le bureau de Claire. Elle n'a pas encore retiré son manteau qu'une voix l'appelle déjà depuis l'open space. Elle se retourne, sourit, et dit oui avant même d'avoir entendu la question.

Il quitte l'usine de Lille après quarante-trois ans de travail : fin octobre, ni salaire ni pension n'arrivent sur son compte en banque

Il quitte l’usine de Lille après quarante-trois ans de travail : fin octobre, ni salaire ni pension n’arrivent sur son compte en banque

Le 31 octobre, à sept heures du matin, la cuisine de Gérard sentait encore le café réchauffé. Dehors, la pluie de Lille tapait sur la gouttière en zinc. Il a ouvert l'application de sa banque, le pouce un peu raide, comme chaque fin de mois depuis quarante-trois ans. Le solde affichait cent douze euros, et aucune ligne nouvelle n'était apparue.

Elle ouvre son relevé de carrière à 59 ans près de La Rochelle : ses trois étés de serveuse ne lui rapportent aucun trimestre

Elle ouvre son relevé de carrière à 59 ans près de La Rochelle : ses trois étés de serveuse ne lui rapportent aucun trimestre

Dimanche, huit heures et demie, à Aytré. La pluie fine tapotait la véranda, le lave-vaisselle terminait son cycle dans un dernier gargouillis. Sylvie, 59 ans, avait posé son bol de café à côté de l'ordinateur portable et tapé son code avec deux doigts. Sur l'écran, une longue colonne de dates s'affichait, année après année, comme un album photo sans images.

À 71 ans, elle apporte au guichet sa boîte à biscuits pleine de billets : le conseiller lui demande d'où viennent ses 3 000 euros

À 71 ans, elle apporte au guichet sa boîte à biscuits pleine de billets : le conseiller lui demande d’où viennent ses 3 000 euros

La boîte en fer cliquetait dans le cabas, contre le pot de confiture qu'elle rapportait à sa fille. Il était neuf heures dix, un mardi de mars, et l'agence venait d'ouvrir ses portes vitrées. Josiane, 71 ans, a posé la boîte bleue aux galettes bretonnes sur le comptoir. Le couvercle a résisté, puis cédé avec un petit bruit sec.

À 41 ans, Nadia rapporte son aspirateur en panne à Lille : le vendeur lui tend une extension de garantie à 79 euros pour le réparer

À 41 ans, Nadia rapporte son aspirateur en panne à Lille : le vendeur lui tend une extension de garantie à 79 euros pour le réparer

Samedi, neuf heures et quart, dans un appartement de Fives. Nadia pousse l'aspirateur sous le canapé, là où le chat abandonne ses poils. Un claquement sec, une odeur de plastique chaud, puis plus rien. Le voyant bleu clignote trois fois et s'éteint. Elle appuie encore sur le bouton, le secoue un peu, comme on secoue une télécommande fatiguée.

Il quitte l'usine de Saint-Étienne après quarante-trois ans de travail : fin janvier, son compte bancaire ne reçoit ni salaire ni pension

Il quitte l’usine de Saint-Étienne après quarante-trois ans de travail : fin janvier, son compte bancaire ne reçoit ni salaire ni pension

Le radiateur cliquetait dans la cuisine, la tasse de chicorée fumait près de la fenêtre embuée. Il était sept heures, un mardi de fin janvier, et Gérard faisait défiler l'application de sa banque du bout du pouce. Dehors, sur la colline de Saint-Étienne, les voitures partaient au travail sans lui. Sur l'écran, la ligne attendue n'apparaissait pas : ni salaire, ni pension, rien.

Elle s'offre un lissage au tanin à Bordeaux pour passer l'hiver : trois semaines plus tard, ses frisottis reviennent comme au premier jour

Elle s’offre un lissage au tanin à Bordeaux pour passer l’hiver : trois semaines plus tard, ses frisottis reviennent comme au premier jour

Il était un peu plus de dix-huit heures, un mardi d'octobre, et la pluie fine collait aux vitres du salon de la rue Notre-Dame. Claire, la nuque posée dans le bac, écoutait le séchoir ronfler à côté. La coiffeuse lissait mèche après mèche avec un fer qui grésillait doucement. Dans le miroir, ses cheveux tombaient droits, brillants, presque étrangers.

Elle quitte sa mutuelle niortaise après quarante-deux ans de carrière : le 9 octobre, son relevé bancaire n'affiche toujours aucun virement de la Carsat

Elle quitte sa mutuelle niortaise après quarante-deux ans de carrière : le 9 octobre, son relevé bancaire n’affiche toujours aucun virement de la Carsat

Le 9 octobre, à sept heures et quart, la bouilloire sifflait dans la cuisine de Martine, à Niort. Elle avait posé sa tablette contre le sucrier, ouvert l'application de sa banque, et fait défiler les lignes du mois avec le pouce. Dehors, la voisine sortait sa poubelle jaune. Sur l'écran, rien entre le prélèvement de l'électricité et celui de l'assurance auto.

Il passe son contrôle technique sans une remarque à Lille en septembre : deux mois plus tard, un gendarme lui tend une amende de 135 euros

Il passe son contrôle technique sans une remarque à Lille en septembre : deux mois plus tard, un gendarme lui tend une amende de 135 euros

Il était sept heures vingt, un mardi de novembre, et la pluie fine collait aux essuie-glaces de la Clio grise. Sur la départementale, au sortir de Lambersart, un gilet jaune a levé le bras. Julien a mis son clignotant, baissé la vitre, senti l'air froid lui mordre la joue. Dans la boîte à gants, il savait que tout était en ordre. Enfin, il le croyait.