Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle dépose 3 000 euros sur son Livret A un 2 octobre : son relevé de janvier affiche quinze jours d'intérêts qu'elle n'a jamais touchés

Elle dépose 3 000 euros sur son Livret A un 2 octobre : son relevé de janvier affiche quinze jours d’intérêts qu’elle n’a jamais touchés

Le 2 octobre, vers midi, Nadia remonte la rue commerçante de Limoges avec son badge d'hôpital encore accroché à la poche. Devant l'agence, la porte vitrée grince, un ventilateur tourne au plafond. Elle tend l'enveloppe kraft où dorment trois mille euros, la prime et les économies d'un été entier. Le guichetier tape, la machine crache un reçu tiède. Elle le plie en quatre, satisfaite.

Elle ferme sa maison bretonne pour passer l'hiver chez sa fille : au retour, l'assureur lui oppose une ligne du contrat qu'elle n'avait jamais lue

Elle ferme sa maison bretonne pour passer l’hiver chez sa fille : au retour, l’assureur lui oppose une ligne du contrat qu’elle n’avait jamais lue

Le volet de la cuisine a grincé quand Monique l'a poussé, un matin de mars, vers dix heures. L'odeur est venue d'abord, lourde, humide, une odeur de cave dans une pièce qui n'en avait jamais eu. Sous ses chaussures, le lino a cédé avec un petit bruit mou. Elle est restée sur le seuil, la clé encore dans la main, sans oser allumer la lumière.

Il remplace les vieilles fenêtres en bois de sa maison près de Metz : au premier hiver, des taches noires couvrent le mur derrière l'armoire

Il remplace les vieilles fenêtres en bois de sa maison près de Metz : au premier hiver, des taches noires couvrent le mur derrière l’armoire

Un samedi de janvier, vers neuf heures, Thierry a tiré l'armoire de la chambre pour récupérer une chaussette tombée derrière. Le meuble a raclé le parquet avec un bruit sourd. Une odeur de cave est montée, froide et terreuse. Sur le papier peint beige, à hauteur de genou, s'étalaient des taches noires, serrées comme une poignée de poivre jetée contre le mur.

Elle veut retrouver son blond après trois ans de châtain en boîte : la coiffeuse de Grenoble lui annonce quatre séances et une décoloration

Elle veut retrouver son blond après trois ans de châtain en boîte : la coiffeuse de Grenoble lui annonce quatre séances et une décoloration

Le carillon de la porte a tinté un mardi à 9 h 40, rue Lafayette, à Grenoble. L'odeur d'ammoniaque flottait déjà entre les bacs, un séchoir ronronnait au fond du salon. Camille a posé son sac, retiré son bonnet de laine, puis a tendu son téléphone à la coiffeuse. Sur l'écran, une photo d'elle à trente ans, blonde, en plein soleil.

Elle remplace ses shampoings par une bombe de poudre chaque matin : en octobre, son cuir chevelu la démange et des pellicules tombent sur son manteau

Elle remplace ses shampoings par une bombe de poudre chaque matin : en octobre, son cuir chevelu la démange et des pellicules tombent sur son manteau

Il est sept heures moins dix, la salle de bains sent encore la vapeur de la douche de son mari. Claire secoue la bombe, le petit cliquetis de la bille résonne contre le carrelage. Un nuage blanc, une odeur de vanille sucrée, trois coups de brosse. Elle attrape ses clés sur la tablette et descend vers la voiture, persuadée d'avoir gagné un quart d'heure.

Il achète une perceuse dans une grande surface près de Metz : quatre jours plus tard, la caissière refuse de la reprendre au comptoir

Il achète une perceuse dans une grande surface près de Metz : quatre jours plus tard, la caissière refuse de la reprendre au comptoir

Le parking de la grande surface de bricolage, à la sortie de Metz, sentait encore la pluie de la nuit. Il était un peu plus de dix heures, ce mardi, quand Gérard a poussé la porte vitrée, un carton bleu sous le bras. Le ticket était plié dans sa poche de veste. Il pensait en avoir pour cinq minutes, le temps d'un remboursement.

Il prend sa retraite fin septembre dans un village près de Poitiers : trois semaines plus tard, sa femme lui dit qu'il est toujours dans ses pattes

Il prend sa retraite fin septembre dans un village près de Poitiers : trois semaines plus tard, sa femme lui dit qu’il est toujours dans ses pattes

Il était neuf heures et quart, un mardi d'octobre, et la bouilloire sifflait encore sur la cuisinière. Alain, 63 ans, tenait la porte du placard ouverte en cherchant le sucre. Derrière lui, Martine attendait avec sa tasse, le torchon sur l'épaule. Elle a soupiré, assez fort pour qu'il l'entende, puis elle a dit doucement qu'il était toujours dans ses pattes.

Elle fait tourner son lave-linge depuis 22 mois à Lille : le magasin lui demande d'appeler la marque, et deux mois de garantie filent

Elle fait tourner son lave-linge depuis 22 mois à Lille : le magasin lui demande d’appeler la marque, et deux mois de garantie filent

Dans la petite cuisine de la rue Solférino, à Lille, il est 21 h 40 un mardi de novembre. Camille vient de lancer un programme coton, la porte du hublot s'est verrouillée avec son clic habituel. Puis plus rien, sinon un bip aigu et un voyant orange qui clignote. Sous la machine, une fine pellicule d'eau commence à glisser vers le carrelage.

Il range son camping-car dans un hangar du Jura pour l'hiver : en mars, il découvre le chauffe-eau fendu alors que la cuve était vide

Il range son camping-car dans un hangar du Jura pour l’hiver : en mars, il découvre le chauffe-eau fendu alors que la cuve était vide

Le portail du hangar a grincé sur son rail, un matin de mars, vers neuf heures. Une odeur de poussière froide et de gasoil flottait sous la tôle. Bernard, 64 ans, a soulevé la bâche grise de son camping-car, encore humide de condensation. Sous le marchepied, sur le béton, une auréole claire s'étalait, comme une flaque qui aurait séché sans prévenir personne.

Il monte un abri de jardin en kit au fond de son terrain près d'Albi : un an plus tard, la mairie lui écrit, puis les impôts

Il monte un abri de jardin en kit au fond de son terrain près d’Albi : un an plus tard, la mairie lui écrit, puis les impôts

Un samedi de mai, vers neuf heures, la camionnette du magasin de bricolage recule dans l'allée de gravier. Gérard, 64 ans, guide le chauffeur d'un geste de la main, une tasse de café tiède dans l'autre. Les palettes tombent lourdement sur la pelouse encore humide. Au fond du terrain, derrière les cerisiers, quatre piquets et une ficelle délimitent déjà l'emplacement du futur abri.

Elle lave tout à 30 degrés depuis un an à Lille pour économiser : en octobre, son linge propre sort du tambour en sentant le moisi

Elle lave tout à 30 degrés depuis un an à Lille pour économiser : en octobre, son linge propre sort du tambour en sentant le moisi

Il était sept heures et quart, un mardi d'octobre, et la pluie fine de Lille tapait contre la fenêtre de la buanderie. Camille ouvrit le hublot, plongea les bras dans le tambour encore tiède et sortit une brassée de serviettes. Elle les porta machinalement à son visage, comme chaque matin. Elle s'arrêta net, le nez dans le coton humide.

Il prend sa retraite en septembre dans leur maison près d'Orléans : trois semaines plus tard, elle ne supporte plus le bruit du frigo à midi

Il prend sa retraite en septembre dans leur maison près d’Orléans : trois semaines plus tard, elle ne supporte plus le bruit du frigo à midi

Midi pile, dans la cuisine d'une maison de Saint-Jean-de-Braye, près d'Orléans. La porte du réfrigérateur s'ouvre avec ce petit bruit de joint qui se décolle, puis les bocaux tintent sur la clayette. Dans le salon, Sylvie pose son stylo et ferme les yeux. Son mari est à la retraite depuis trois semaines, et ce bruit-là, elle ne le supporte plus.

Ils sortent leur camping-car d'un hangar près d'Annecy en avril : le chauffe-eau fuit sous le plancher avant même le premier départ

Ils sortent leur camping-car d’un hangar près d’Annecy en avril : le chauffe-eau fuit sous le plancher avant même le premier départ

Le rideau métallique du hangar a grincé en remontant, un matin d'avril, vers neuf heures. Une odeur de poussière et de pneus froids. Gérard a tourné la clé, la cellule s'est allumée, et la pompe a ronronné quelques secondes. Puis Martine a entendu un goutte-à-goutte régulier, quelque part sous le plancher, du côté du lit arrière, là où rien n'aurait dû couler.

Elle ouvre son relevé de carrière à 60 ans près de Clermont-Ferrand : ses deux étés de saisonnière au camping n'y figurent nulle part

Elle ouvre son relevé de carrière à 60 ans près de Clermont-Ferrand : ses deux étés de saisonnière au camping n’y figurent nulle part

Le café refroidissait dans la tasse ébréchée, à côté de la tablette posée contre le sucrier. Dehors, sur la route de Romagnat, un tracteur passait en grondant sous la pluie fine de novembre. Il était à peine neuf heures. Sylvie, 60 ans, fit glisser son doigt sur l'écran, ligne après ligne, et s'arrêta net sur une année vide : 1983.

Il arrache sa vieille haie de laurier-tin près de Nîmes pour une clôture rigide : en novembre, la mairie lui réclame une déclaration jamais déposée

Il arrache sa vieille haie de laurier-tin près de Nîmes pour une clôture rigide : en novembre, la mairie lui réclame une déclaration jamais déposée

Un samedi de juin, vers sept heures, la tronçonneuse de Gilles a réveillé tout le lotissement. Derrière sa maison de Caissargues, à quelques kilomètres de Nîmes, la vieille haie de laurier-tin tombait par pans entiers, dans une odeur de sève et de poussière. Sa femme, Nadine, tenait la brouette. Ils ne savaient pas encore que ce chantier finirait sur le bureau du service urbanisme.

Il retrouve une dizaine de tuiles dans son jardin près de Quimper : l'assureur lui demande d'abord à quelle vitesse soufflait le vent

Il retrouve une dizaine de tuiles dans son jardin près de Quimper : l’assureur lui demande d’abord à quelle vitesse soufflait le vent

Il était un peu plus de six heures, ce mardi d'octobre, quand Yann a ouvert les volets de la cuisine. Le café coulait encore dans la verseuse. Dans l'herbe mouillée, entre la haie de laurier et le cabanon, des morceaux d'ardoise rouge luisaient sous la lumière grise. Il a compté de loin, sans ses lunettes, puis il est sorti en chaussettes dans le froid.

Elle passe trois samedis d'octobre à vider sa gouttière près de Poitiers : le conciliateur lui explique que le chêne du voisin ne lui doit rien

Elle passe trois samedis d’octobre à vider sa gouttière près de Poitiers : le conciliateur lui explique que le chêne du voisin ne lui doit rien

Le samedi matin, vers neuf heures, l'échelle d'aluminium cogne contre le crépi avec un bruit sec. Sylvie remonte ses manches, enfile ses gants de jardin encore humides de la semaine dernière. Au-dessus d'elle, la gouttière déborde d'une pâte brune qui sent la terre mouillée. Derrière la haie, le grand chêne du voisin continue tranquillement de laisser tomber ses feuilles sur le toit.

Il remplace ses vieilles fenêtres en bois par du double vitrage près de Metz : trois semaines plus tard, les vitres des chambres ruissellent chaque matin

Il remplace ses vieilles fenêtres en bois par du double vitrage près de Metz : trois semaines plus tard, les vitres des chambres ruissellent chaque matin

Il est six heures et quart, ce mardi d'octobre, et la chaudière ronronne dans le cellier. Didier pousse la porte de la chambre, allume la lampe de chevet et s'arrête net. Sur la fenêtre neuve, posée il y a trois semaines, des gouttes descendent lentement le long du vitrage. Au pied du cadre blanc, une petite flaque brille sur l'appui.

Elle nage trois fois par semaine à la piscine de Rouen : en octobre, ses mèches blondes prennent un reflet vert sous la lampe

Elle nage trois fois par semaine à la piscine de Rouen : en octobre, ses mèches blondes prennent un reflet vert sous la lampe

Sept heures moins le quart, un mardi d'octobre, et la buée couvre déjà le miroir des vestiaires de la piscine municipale. Claire, 41 ans, essore ses cheveux d'un geste machinal, le sèche-cheveux ronronne au mur. Sous le néon blafard, elle s'arrête net. Sur la mèche qui lui tombe devant l'œil, un reflet pâle, presque vert d'eau, qu'elle n'avait jamais vu.

Elle applique une coloration blond clair dans sa salle de bain un dimanche soir : au rinçage, ses racines châtains sont devenues orange vif

Elle applique une coloration blond clair dans sa salle de bain un dimanche soir : au rinçage, ses racines châtains sont devenues orange vif

Le néon de la salle de bain grésillait un peu, comme chaque soir depuis le printemps. Il était vingt et une heures, un dimanche d'octobre, et Claire penchait la tête au-dessus de la baignoire, une serviette mouillée sur les épaules. L'eau tiède coulait sur sa nuque. Puis elle a relevé les yeux vers le miroir embué, et elle a coupé le robinet d'un geste sec.

Elle se promet chaque lundi de marcher le long du Scorff : début novembre, elle n'a toujours jamais tenu sept jours d'affilée

Elle se promet chaque lundi de marcher le long du Scorff : début novembre, elle n’a toujours jamais tenu sept jours d’affilée

Lundi, 7 h 10, le jour se lève à peine sur la rade de Lorient. Sophie lace ses baskets dans l'entrée, le pied calé sur la deuxième marche de l'escalier. Dehors, une mouette crie au-dessus des toits mouillés de Lanester. Elle glisse son téléphone dans la poche de son coupe-vent, ouvre la porte, et se répète la phrase de chaque lundi : cette fois, c'est la bonne.

Elle garde avec son frère la maison de leurs parents en Corrèze : un an plus tard, un avis de taxe d'habitation arrive à leurs deux noms

Elle garde avec son frère la maison de leurs parents en Corrèze : un an plus tard, un avis de taxe d’habitation arrive à leurs deux noms

Le volet de la cuisine grince toujours au même endroit, à mi-course, quand Claire le tire vers elle. Il est un peu plus de dix-sept heures, fin octobre, et la lumière baisse déjà sur les châtaigniers. Dans l'entrée, son frère Alain enroule le tuyau d'arrosage en sifflotant. Demain, ils couperont l'eau, comme leur père le faisait chaque automne depuis quarante ans.

Il plante une haie de thuyas à cinquante centimètres de chez son voisin : huit ans plus tard, une lettre exige qu'elle redescende à deux mètres

Il plante une haie de thuyas à cinquante centimètres de chez son voisin : huit ans plus tard, une lettre exige qu’elle redescende à deux mètres

Un samedi de mai, vers neuf heures, le taille-haie de Gérard s'est tu d'un coup. Debout sur l'escabeau, les avant-bras couverts de brindilles vertes, il a vu une enveloppe blanche glissée sous l'essuie-glace de sa voiture. Au fond du jardin, les thuyas montaient à plus de trois mètres, serrés comme un mur. Il les avait plantés lui-même, huit ans plus tôt, un par un.

Il repeint le mur humide de son salon près de Montauban avec une peinture spéciale : deux mois plus tard, une poudre blanche perce sous la couche neuve

Il repeint le mur humide de son salon près de Montauban avec une peinture spéciale : deux mois plus tard, une poudre blanche perce sous la couche neuve

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre, et la lumière d'octobre tombait en biais sur le mur du salon. Gérard passa le plat de la main sur l'enduit, à hauteur de genou, et sentit sous ses doigts une fine poussière blanche. Il était un peu plus de neuf heures, le café refroidissait sur la table basse. Deux mois plus tôt, ce mur était parfaitement lisse et blanc.