Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
À 55 ans, elle coupe ses cheveux très court pour gagner du temps : six semaines plus tard, elle passe vingt minutes chaque matin devant le miroir

À 55 ans, elle coupe ses cheveux très court pour gagner du temps : six semaines plus tard, elle passe vingt minutes chaque matin devant le miroir

Il est sept heures dix, rue Saint-Pierre à Caen, et la bouilloire siffle dans la cuisine. Dans la salle de bains, Sylvie, 55 ans, tient un fer à lisser d'une main et un miroir de poche de l'autre. Elle tourne la tête, soupire, mouille une mèche rebelle derrière l'oreille. Six semaines plus tôt, elle avait coupé ses cheveux pour ne plus jamais vivre ce moment.

Il ne sort sa voiture que pour le pain et le marché depuis sa retraite : au premier matin à 0 degré, le moteur refuse de tourner

Il ne sort sa voiture que pour le pain et le marché depuis sa retraite : au premier matin à 0 degré, le moteur refuse de tourner

Le thermomètre accroché au volet de la cuisine marquait zéro pile, ce mardi de novembre, à sept heures et quart. Gérard a enfilé sa parka, pris le cabas en toile et ses clés, comme chaque matin. Dans l'allée, le pare-brise était blanc de givre. Il a tourné la clé, et la voiture a répondu par un cliquetis sec, puis plus rien.

Elle vide chaque automne ses gouttières des feuilles du chêne voisin : quand elle exige l'abattage, le voisin sort une photo de 1987

Elle vide chaque automne ses gouttières des feuilles du chêne voisin : quand elle exige l’abattage, le voisin sort une photo de 1987

Il était un peu plus de dix heures, ce samedi de novembre, et l'échelle d'aluminium grinçait contre la façade. Sylvie, 64 ans, avait les bras plongés jusqu'aux coudes dans une gouttière gorgée de feuilles brunes. Une odeur de terre mouillée montait du tuyau. Au-dessus d'elle, le grand chêne du voisin perdait encore ses feuilles, une à une, sans se presser.

Ils accueillent leur fils de 27 ans à Toulouse pour quelques mois : un mois plus tard, ils lui rappellent de ranger sa chambre

Ils accueillent leur fils de 27 ans à Toulouse pour quelques mois : un mois plus tard, ils lui rappellent de ranger sa chambre

Il était sept heures vingt, un mardi de mars, et la bouilloire sifflait dans la cuisine de la maison des Minimes, à Toulouse. Nadine a posé deux tasses, puis une troisième, par réflexe retrouvé. Au fond du couloir, derrière une porte fermée, un réveil sonnait pour la troisième fois. Elle s'est entendue dire, d'une voix qu'elle croyait oubliée : Théo, tu vas être en retard.

Il s'endort sur le canapé à 17 heures depuis la mi-octobre : sa femme parle de mauvaise humeur, lui croit simplement qu'il vieillit

Il s’endort sur le canapé à 17 heures depuis la mi-octobre : sa femme parle de mauvaise humeur, lui croit simplement qu’il vieillit

Il est 17 h 10, un mardi de fin octobre, dans une maison de briques du quartier Saint-Marc, à Rouen. Dehors, le ciel vire déjà au gris ardoise au-dessus des toits mouillés. Gérard repose sa tasse sur la toile cirée, le cliquetis de la cuillère résonne dans la cuisine silencieuse, et il sent ses épaules tomber d'un coup, comme si quelqu'un avait coupé le courant.

Elle range tout son appartement lillois chaque dimanche à 18 heures : le lundi au bureau, pourtant, rien ne s'est jamais mal passé

Elle range tout son appartement lillois chaque dimanche à 18 heures : le lundi au bureau, pourtant, rien ne s’est jamais mal passé

Dimanche, 18 h 04, rue de Gand à Lille. Le soleil d'automne glisse sur les toits, la bouilloire siffle dans la petite cuisine. Camille pose sa tasse sans la boire, attrape une éponge et commence à frotter la porte du frigo, puis les poignées des placards. Dans le salon, la playlist tourne encore, mais elle ne l'entend plus.

Elle rattache son fils étudiant et déduit ses virements mensuels : en septembre, une lettre du fisc annonce une rectification de 1 240 euros

Elle rattache son fils étudiant et déduit ses virements mensuels : en septembre, une lettre du fisc annonce une rectification de 1 240 euros

Le facteur est passé vers onze heures, un mardi de septembre, pendant que la machine à laver essorait dans le cellier. Sandrine a reconnu l'enveloppe blanche à fenêtre, le logo bleu des finances publiques. Elle l'a posée sur la table de la cuisine, à côté du bol de café refroidi. Elle a mis deux minutes avant de l'ouvrir, le pouce glissé sous le rabat.

À 61 ans, épuisée, elle renonce à demander un mi-temps : à la cantine, un collègue lui parle d'un dispositif que personne ne mentionne

À 61 ans, épuisée, elle renonce à demander un mi-temps : à la cantine, un collègue lui parle d’un dispositif que personne ne mentionne

Il était midi vingt, la cantine sentait le gratin et le pain chaud. Martine, 61 ans, posait son plateau en grimaçant, une main sur le bas du dos. Autour d'elle, les chaises raclaient le carrelage et quelqu'un riait trop fort près des fontaines. Elle venait de déchirer, dans les vestiaires, la lettre où elle demandait enfin un mi-temps.

Elle prête 15 000 euros à son fils pour sa voiture : au printemps, sa voisine comptable lui parle d'un formulaire que personne n'avait rempli

Elle prête 15 000 euros à son fils pour sa voiture : au printemps, sa voisine comptable lui parle d’un formulaire que personne n’avait rempli

Le café refroidissait dans la tasse à fleurs, et la pendule de la cuisine marquait onze heures passées. Sur la toile cirée, Monique avait posé son chéquier ouvert, le stylo bleu en travers. Dehors, la vieille Clio de son fils toussait encore au bord du trottoir, moteur allumé. Elle a écrit le montant en lettres, lentement, en s'appliquant comme à l'école.

Il quitte l'atelier de Metz le 31 août après quarante-deux ans de travail : fin septembre, son compte bancaire ne montre toujours aucune pension versée

Il quitte l’atelier de Metz le 31 août après quarante-deux ans de travail : fin septembre, son compte bancaire ne montre toujours aucune pension versée

Il était sept heures dix, un mardi de fin septembre, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de la rue Mazelle, à Metz. Gérard, 62 ans, a posé sa tasse sur la toile cirée et ouvert l'application de sa banque. Il a fait défiler l'écran avec le pouce, une fois, puis une deuxième. La ligne qu'il attendait n'y était pas.

Elle rallume sa chaudière un matin d'octobre à Grenoble : son propriétaire lui réclame 480 euros pour une pièce usée depuis des années

Elle rallume sa chaudière un matin d’octobre à Grenoble : son propriétaire lui réclame 480 euros pour une pièce usée depuis des années

Il était six heures quarante, un mardi d'octobre, et le carrelage de la salle de bains mordait les pieds de Camille. Elle a tourné le robinet, attendu, compté jusqu'à vingt. L'eau restait froide. Dans le placard de l'entrée, la chaudière émettait un petit cliquetis sec, trois fois de suite, puis plus rien. Sur l'écran, un voyant orange clignotait sans relâche.

Elle laisse 7 000 euros sur son livret A depuis des années : sa sœur, avec la même pension, touche chaque année des intérêts plus élevés

Elle laisse 7 000 euros sur son livret A depuis des années : sa sœur, avec la même pension, touche chaque année des intérêts plus élevés

Le café refroidissait dans les tasses à fleurs, sur la toile cirée jaune de la cuisine. Dehors, rue de la République, un tramway grinçait en prenant le virage. Monique avait posé ses lunettes sur le relevé de janvier, celui qu'elle range chaque année dans la même chemise cartonnée. Sa sœur Josiane, assise en face, a tendu le sien et posé un doigt dessus.

Elle demande à son voisin de rabaisser sa haie de quatre mètres : il sort une photo de 1990 et refuse, toujours avec le sourire

Elle demande à son voisin de rabaisser sa haie de quatre mètres : il sort une photo de 1990 et refuse, toujours avec le sourire

Il était un peu plus de quatre heures, un dimanche de mars, et l'ombre avait déjà mangé la terrasse. Sylvie posa sa tasse sur la table en fer, frissonna, regarda le mur vert sombre qui fermait son jardin. Quatre mètres de thuyas serrés, à un pas de la clôture. Derrière, on entendait le voisin ratisser des feuilles, tranquillement.

À 61 ans, elle ouvre enfin son relevé de carrière sur l'ordinateur : deux étés de saisonnière à Arcachon n'y figurent nulle part

À 61 ans, elle ouvre enfin son relevé de carrière sur l’ordinateur : deux étés de saisonnière à Arcachon n’y figurent nulle part

Un dimanche de mars, vers dix heures, la bouilloire sifflait dans la cuisine de Martine, à Libourne. Elle avait posé l'ordinateur portable entre la corbeille de pain et un pot de confiture entamé. Son fils lui avait créé le compte la veille, mot de passe noté sur un post-it jaune. Elle a cliqué sur « relevé de carrière », puis elle a attendu, une main autour de sa tasse.

Il monte un abri de jardin de 15 m² près de Poitiers : deux ans plus tard, un avis de taxe arrive dans sa boîte

Il monte un abri de jardin de 15 m² près de Poitiers : deux ans plus tard, un avis de taxe arrive dans sa boîte

Un samedi de mai, vers huit heures, la visseuse de Thierry résonnait déjà au fond du jardin, à Migné-Auxances, près de Poitiers. Les panneaux de bois traités s'empilaient contre la haie de lauriers, encore dans leur film plastique. Thierry, 58 ans, la notice coincée sous un parpaing, alignait les madriers au cordeau pendant que le café refroidissait sur la table de jardin.

Colis de 189 euros à Perpignan : le suivi affiche « livré », la boîte aux lettres reste vide et le site renvoie vers le transporteur

Colis de 189 euros à Perpignan : le suivi affiche « livré », la boîte aux lettres reste vide et le site renvoie vers le transporteur

Le portail grince toujours de la même façon, un peu avant dix-neuf heures, quand Nadia rentre de l'agence. Rue des Mimosas, à Perpignan, la tramontane pousse les feuilles de platane contre les boîtes aux lettres. Elle glisse la petite clé dorée, tire la porte métallique. Dedans, une publicité pour une pizzeria et un relevé de la mutuelle. Sur son téléphone, pourtant, une ligne verte annonce : colis livré.

Il vire 300 euros par mois à son fils étudiant depuis la rentrée : un collègue lui demande pourquoi rien n'apparaît sur sa déclaration

Il vire 300 euros par mois à son fils étudiant depuis la rentrée : un collègue lui demande pourquoi rien n’apparaît sur sa déclaration

La machine à café de l'atelier crachotait son dernier gobelet, il était dix heures moins le quart. Thierry tenait son téléphone d'une main, le pouce sur l'application de sa banque, et validait comme chaque début de mois le virement à Hugo. Trois cents euros, libellé « loyer Lyon ». À côté de lui, Nadia souffla sur son café et pencha la tête vers l'écran.

Elle hérite de la maison familiale avec son frère : en septembre, l'avis de taxe foncière arrive à son seul nom, pour la totalité

Elle hérite de la maison familiale avec son frère : en septembre, l’avis de taxe foncière arrive à son seul nom, pour la totalité

Il était un peu plus de huit heures, un mardi de septembre, et la pluie fine collait aux vitres de la cuisine. Nadine avait posé son bol de café à côté de la pile de courrier, entre une publicité et une facture d'eau. L'enveloppe blanche portait le bandeau des finances publiques. Elle l'ouvrit d'un coup de pouce, distraitement, et sentit son estomac se serrer.

Il envoie à son voisin la facture du nettoyage de ses gouttières : trois semaines plus tard, l'enveloppe revient avec une seule phrase au dos

Il envoie à son voisin la facture du nettoyage de ses gouttières : trois semaines plus tard, l’enveloppe revient avec une seule phrase au dos

Il était sept heures et demie, un mardi d'octobre, et la pluie tambourinait sur le toit depuis la veille. Gérard, en chaussons, a entendu le bruit avant de le voir : un filet d'eau qui débordait de la gouttière et s'écrasait sur la terrasse. Il a ouvert la porte-fenêtre, levé les yeux. Une bouillie de feuilles brunes pendait du zinc, comme chaque automne.