Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle rapporte son aspirateur sans fil en panne au magasin de Dijon : le vendeur lui tend un numéro de téléphone griffonné sur un ticket

Elle rapporte son aspirateur sans fil en panne au magasin de Dijon : le vendeur lui tend un numéro de téléphone griffonné sur un ticket

Il était un peu plus de neuf heures, un samedi de novembre, et la lumière grise entrait par la fenêtre du couloir. Sylvie passait l'aspirateur sous le meuble à chaussures quand le moteur a toussé, deux fois, avant de s'éteindre dans un petit déclic sec. Elle a appuyé de nouveau sur la gâchette. Rien. Le voyant bleu clignotait, puis plus rien du tout.

Il prend sa retraite près de Nancy en septembre : un mois plus tard, sa femme soupire chaque fois qu'il entre dans la cuisine

Il prend sa retraite près de Nancy en septembre : un mois plus tard, sa femme soupire chaque fois qu’il entre dans la cuisine

Midi moins cinq, la cocotte frémissait sur le feu, et Martine venait d'ouvrir la fenêtre sur le jardin de Laxou. Elle entendit la porte du garage grincer, puis les pas de Gérard dans le couloir, ce pas un peu traînant qu'elle connaissait depuis trente-huit ans. Il entra, souleva le couvercle, renifla. Et elle s'entendit soupirer, longuement, sans l'avoir décidé.

Elle prépare la maison du Morbihan pour ses trois enfants : dès le deuxième soir, elle se dispute avec l'aîné comme à ses quinze ans

Elle prépare la maison du Morbihan pour ses trois enfants : dès le deuxième soir, elle se dispute avec l’aîné comme à ses quinze ans

Le vent poussait la pluie contre les volets bleus, et la cheminée tirait mal, comme chaque automne. Il était dix-neuf heures, ce deuxième soir de la Toussaint, quand Anne posa la poêle sur le bois de la table avec un bruit sec. Thomas, son aîné, venait de lever les yeux au ciel. Elle connaissait ce geste par cœur, depuis trente ans.

Il laisse sa voiture six semaines au garage pendant son séjour à Brest : au retour, la batterie neuve ne fait même plus clignoter le tableau de bord

Il laisse sa voiture six semaines au garage pendant son séjour à Brest : au retour, la batterie neuve ne fait même plus clignoter le tableau de bord

La porte basculante a grincé comme d'habitude, avec ce bruit de ferraille qui résonne dans toute l'allée. Il était dix heures du matin, un mardi de mars, et Gérard tenait encore sa valise à la main. La voiture l'attendait, propre, exactement là où il l'avait laissée. Il s'est assis, a appuyé sur le bouton de démarrage, et rien ne s'est passé.

Elle prend le café sur sa terrasse près de Perpignan : l'objectif du nouveau voisin pointe droit sur sa piscine depuis trois semaines

Elle prend le café sur sa terrasse près de Perpignan : l’objectif du nouveau voisin pointe droit sur sa piscine depuis trois semaines

Il était un peu plus de huit heures, le soleil chauffait déjà les dalles de la terrasse. Sylvie posait sa tasse sur la table en fer quand un petit bruit de moteur l'a fait lever les yeux. Sur le mur du garage voisin, une caméra blanche pivotait lentement. Puis elle s'est arrêtée, l'objectif noir tourné droit vers l'eau bleue de sa piscine.

Elle ferme sa maison ardéchoise à la Toussaint sans toucher au compteur d'eau : en février, l'assureur relit une clause qu'elle n'avait jamais lue

Elle ferme sa maison ardéchoise à la Toussaint sans toucher au compteur d’eau : en février, l’assureur relit une clause qu’elle n’avait jamais lue

Le dernier dimanche d'octobre, vers seize heures, Hélène tirait les volets bleus de la maison de Saint-Martin, au-dessus de l'Ardèche. Les gonds grinçaient comme chaque automne, une odeur de châtaignes grillées montait du village. Elle a vérifié le gaz, débranché le frigo, posé la clé sous la troisième pierre du muret. Le robinet de la cuisine, lui, gouttait encore un peu quand elle a refermé la porte.

Elle range son sèche-cheveux pour protéger ses longueurs tout l'été : à l'automne, ses pointes cassent comme jamais, et la brosse se remplit chaque matin

Elle range son sèche-cheveux pour protéger ses longueurs tout l’été : à l’automne, ses pointes cassent comme jamais, et la brosse se remplit chaque matin

Il est sept heures dix, la salle de bains sent encore le savon à l'amande. Claire passe la main dans ses longueurs mouillées, entend le robinet goutter dans le lavabo et regarde le sèche-cheveux rangé au fond du panier depuis juin. Elle enroule une serviette, attrape son manteau. Ses cheveux sécheront dans le bus, comme tous les matins depuis des mois.

Elle passe au blond très clair chez sa coiffeuse d'Aix en septembre : trois semaines plus tard, ses longueurs tirent sur le jaune paille

Elle passe au blond très clair chez sa coiffeuse d’Aix en septembre : trois semaines plus tard, ses longueurs tirent sur le jaune paille

Le séchoir soufflait encore quand Nadia a fait pivoter le fauteuil vers le grand miroir du salon, rue d'Italie. Il était dix-huit heures passées, un jeudi de septembre, et la lumière dorée d'Aix entrait par la vitrine. Claire a porté la main à ses cheveux sans oser y croire. Pour la première fois de sa vie, elle était blonde, presque blanche, et elle souriait.

Elle remplit son caddie de lessive en promotion à Orléans : à la maison, le gros bidon du rayon revenait moins cher au litre

Elle remplit son caddie de lessive en promotion à Orléans : à la maison, le gros bidon du rayon revenait moins cher au litre

Le néon du rayon droguerie grésillait au-dessus des bidons alignés, un samedi vers dix heures. Sylvie poussait son caddie d'une main, son téléphone dans l'autre, la liste de courses ouverte. Devant elle, une affiche jaune barrée de rouge annonçait le deuxième à moins 50 %. Elle a souri, attrapé deux bidons, puis deux autres, et elle a entendu le plastique cogner au fond du chariot.

Elle rapporte son lave-linge en panne au magasin de Clermont-Ferrand : le vendeur lui tend le numéro du fabricant et un devis de 180 euros

Elle rapporte son lave-linge en panne au magasin de Clermont-Ferrand : le vendeur lui tend le numéro du fabricant et un devis de 180 euros

Mardi, sept heures moins le quart, dans un appartement du quartier de Montferrand. Le lave-linge entame son essorage, ce grondement familier qui fait trembler la porte de la salle de bains. Nadia beurre une tartine pour son fils, la radio murmure la météo du Puy-de-Dôme. Puis un claquement sec, un bip long, et un silence soudain. Sur l'écran de la machine, deux lettres clignotent en rouge.

Elle vide sa boîte mail chaque matin à huit heures et demie : à onze heures, son dossier principal n'a pas bougé d'une seule ligne

Elle vide sa boîte mail chaque matin à huit heures et demie : à onze heures, son dossier principal n’a pas bougé d’une seule ligne

Il est huit heures vingt-cinq, rue Nationale, à Lille. Camille pose son gobelet de café sur le bureau, le couvercle claque contre le plastique. L'écran s'allume, la petite enveloppe affiche quarante-sept messages non lus. Elle retire son écharpe d'une main, clique de l'autre. Autour d'elle, l'open space bruisse doucement, une imprimante tousse au fond du couloir, et la matinée commence comme toutes les autres.

Il profite de son premier été de retraité près de Montauban : en octobre, il se met à reprocher à sa femme la place du sel

Il profite de son premier été de retraité près de Montauban : en octobre, il se met à reprocher à sa femme la place du sel

Le portail grinçait toujours au même endroit, un petit cri métallique à mi-course. Il était huit heures et quart, un mardi d'octobre, et Bernard tenait sa tasse froide au milieu du jardin. Derrière lui, la radio annonçait les bouchons sur la rocade de Toulouse. Il les écoutait avec une attention étrange, comme si quelqu'un l'attendait encore là-bas.

Il range son camping-car sous un hangar du Jura mi-octobre : en mars, la batterie cellule refuse de reprendre la moindre charge

Il range son camping-car sous un hangar du Jura mi-octobre : en mars, la batterie cellule refuse de reprendre la moindre charge

Le portail du hangar a grincé sur son rail, un mardi de la mi-octobre, vers dix heures du matin. Gérard a reculé le camping-car au millimètre, entre une moissonneuse bâchée et un tas de palettes. L'air sentait le foin humide et le gasoil froid. Il a coupé le moteur, tiré le frein, puis il est resté un moment assis, les mains sur le volant.

Il range les papiers de son grenier et retrouve un vieux compte grenoblois : chaque année, la même ligne de frais revenait sans qu'il le sache

Il range les papiers de son grenier et retrouve un vieux compte grenoblois : chaque année, la même ligne de frais revenait sans qu’il le sache

Un dimanche de novembre, vers seize heures, la pluie tambourinait sur le velux du grenier. Julien, 44 ans, triait des cartons humides pendant que la radio grésillait dans un coin. Sous une pile de bulletins scolaires, une enveloppe jaunie portait le logo d'une banque de Grenoble. Il l'a ouverte du pouce, distraitement, et il est resté assis sur ses talons, le relevé à la main.

Il taille ses thuyas depuis trente ans sans souci de voisinage : le nouveau voisin exige deux mètres, et tout se joue sur une vieille photo

Il taille ses thuyas depuis trente ans sans souci de voisinage : le nouveau voisin exige deux mètres, et tout se joue sur une vieille photo

Samedi, neuf heures, le taille-haie électrique ronronnait au fond du jardin quand le portillon a grincé. Gérard a coupé le moteur, la sciure verte encore collée aux avant-bras. Un homme en polo bleu marine se tenait de l'autre côté du grillage, une feuille pliée à la main. Il a désigné la haie du menton, sans dire bonjour, et l'odeur résineuse des thuyas coupés flottait entre eux.

Elle hérite avec son frère de la maison familiale près d'Auxerre : il refuse de vendre, et le notaire lui ouvre une autre porte

Elle hérite avec son frère de la maison familiale près d’Auxerre : il refuse de vendre, et le notaire lui ouvre une autre porte

La clé tournait mal dans la serrure, comme toujours, et Claire dut soulever la porte pour qu'elle cède. Il était dix heures, un samedi de novembre, dans un village à quinze kilomètres d'Auxerre. L'odeur de cave et de cire froide lui sauta au visage. Sur la table de la cuisine, le calendrier des pompiers affichait encore le mois où sa mère était partie.

Il part à la retraite après quarante-deux ans en Moselle : fin octobre, son relevé bancaire n'affiche aucun virement de la caisse de retraite

Il part à la retraite après quarante-deux ans en Moselle : fin octobre, son relevé bancaire n’affiche aucun virement de la caisse de retraite

Le moteur du vieux Kangoo tournait encore devant le portail quand Gérard a sorti son téléphone, ce soir de fin octobre à Forbach. Il était dix-neuf heures, la pluie tapait sur le pare-brise, et l'application de la banque mettait du temps à s'ouvrir. Il cherchait une ligne précise, celle qu'il attendait depuis des semaines. Il a fait défiler deux fois l'écran, puis il a coupé le contact.

Il coupe le chauffage de sa maison des Vosges avant Noël : au retour, l'eau coule sous la porte du cellier depuis trois semaines

Il coupe le chauffage de sa maison des Vosges avant Noël : au retour, l’eau coule sous la porte du cellier depuis trois semaines

Le 2 janvier, vers seize heures, la Clio de Gérard a crissé sur le gravier gelé devant la maison de Gérardmer. Il a coupé le moteur, attrapé son sac, cherché la clé dans la poche de son anorak. En poussant la porte, il a entendu un bruit qu'il ne connaissait pas : un ruissellement continu, quelque part sous ses pieds, comme une fontaine oubliée.

Elle remplace les vieilles fenêtres de sa maison près de Saint-Brieuc : trois semaines plus tard, des taches noires envahissent les coins de la chambre

Elle remplace les vieilles fenêtres de sa maison près de Saint-Brieuc : trois semaines plus tard, des taches noires envahissent les coins de la chambre

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre neuve, et la pluie de novembre glissait sur le vitrage sans un bruit. Il était sept heures, la chambre sentait le linge humide. Hélène, 58 ans, a tiré le rideau pour laisser entrer le jour gris. Dans l'angle du mur, derrière la commode, une ombre noire s'étalait comme une tache d'encre.

Il prend sa retraite près de Quimper, heureux d'avoir enfin du temps : en octobre, chaque passage au supermarché finit en dispute avec sa femme

Il prend sa retraite près de Quimper, heureux d’avoir enfin du temps : en octobre, chaque passage au supermarché finit en dispute avec sa femme

Le chariot grinçait d'une roue, comme toujours, entre le rayon des yaourts et celui des fromages. Il était dix heures dix, un mardi d'octobre, dans le supermarché d'Ergué-Gabéric, à deux pas de Quimper. Yves tenait un paquet de beurre demi-sel à la main. Derrière lui, Martine soupirait, le regard fixé sur sa liste pliée en quatre.

Il se promet chaque dimanche soir de courir trois fois dans la semaine : mi-octobre, ses baskets neuves n'ont jamais quitté l'entrée

Il se promet chaque dimanche soir de courir trois fois dans la semaine : mi-octobre, ses baskets neuves n’ont jamais quitté l’entrée

Dimanche, vingt et une heures dix, rue Gambetta à Lille. Le lave-vaisselle ronronne, la pluie tapote contre la fenêtre du salon. Thomas, 34 ans, ouvre son carnet à spirale et trace trois croix sous lundi, mercredi et vendredi. À côté de la porte d'entrée, ses baskets neuves attendent, encore lacées comme au magasin, la semelle parfaitement propre.

Il range son camping-car sous un hangar près de Clermont-Ferrand en octobre : au printemps, une flaque tiède grandit sous le plancher arrière

Il range son camping-car sous un hangar près de Clermont-Ferrand en octobre : au printemps, une flaque tiède grandit sous le plancher arrière

Le portail du hangar a grincé sur son rail, un matin d'avril, vers neuf heures. Une lumière grise est tombée sur la carrosserie blanche, couverte d'une fine poussière de foin. Bernard, 64 ans, a posé la main sur le capot froid, comme on salue un vieux chien. Puis il a baissé les yeux. Sous le plancher arrière, une petite flaque brillait sur le béton.

Il fait Annecy-Genève chaque jour en électrique depuis avril : début novembre, la jauge ne suffit plus pour rentrer sans recharger

Il fait Annecy-Genève chaque jour en électrique depuis avril : début novembre, la jauge ne suffit plus pour rentrer sans recharger

Il est 18 h 40, le parking souterrain de Plan-les-Ouates sent le béton mouillé et les pneus froids. Julien pose son sac sur le siège passager, appuie sur le bouton de démarrage, entend le petit carillon familier. Sur l'écran, un chiffre l'arrête net : 31 kilomètres. Annecy en est à 45. Pour la première fois depuis avril, il va devoir s'arrêter.

Il quitte l'usine de Saint-Étienne après quarante-deux ans de service : fin octobre, son compte bancaire n'a pas reçu un seul euro

Il quitte l’usine de Saint-Étienne après quarante-deux ans de service : fin octobre, son compte bancaire n’a pas reçu un seul euro

Le dernier vendredi de septembre, la sirène de seize heures a sonné comme d'habitude sur le parking de l'usine. Gérard a rangé ses gants dans le casier métallique, a refermé le cadenas une dernière fois, puis l'a laissé pendre sans le verrouiller. Dehors, l'air sentait le gasoil et la pluie fine de Saint-Étienne. Ses collègues l'attendaient avec un carton de bouteilles et un gâteau.