Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle accepte des heures supplémentaires tout l'été pour boucler son budget : en octobre, sa prime d'activité baisse de 140 euros d'un coup

Elle accepte des heures supplémentaires tout l’été pour boucler son budget : en octobre, sa prime d’activité baisse de 140 euros d’un coup

Il est six heures moins le quart, et la bouilloire siffle dans la petite cuisine de Nadia, à Châteauroux. Dehors, la rue est encore noire, un camion-poubelle racle le trottoir. Elle enfile sa blouse pliée sur la chaise, vérifie son badge, avale son thé debout. Sur la table, le relevé bancaire d'octobre attend, ouvert, une ligne entourée au stylo rouge.

À 46 ans, elle lave encore seule les verres au déjeuner de sa mère : ses deux frères n'ont pas quitté leur chaise depuis le fromage

À 46 ans, elle lave encore seule les verres au déjeuner de sa mère : ses deux frères n’ont pas quitté leur chaise depuis le fromage

Il était un peu plus de quinze heures, et l'eau du robinet coulait trop chaude sur les mains de Claire. Derrière elle, dans la salle à manger de la maison familiale, quelqu'un racontait une histoire de pêche, et les rires montaient par vagues. Elle a posé une assiette à fleurs sur l'égouttoir, puis une autre, sans vraiment savoir depuis combien de temps elle était là.

Elle se réveille chaque matin à 6 h 58, deux minutes avant son réveil : fin octobre, ses yeux s'ouvrent soudain à 5 h 58 pile

Elle se réveille chaque matin à 6 h 58, deux minutes avant son réveil : fin octobre, ses yeux s’ouvrent soudain à 5 h 58 pile

Dans la chambre, il fait encore noir, et le radiateur claque doucement en se remettant à chauffer. Claire ouvre les yeux d'un coup, les idées nettes, la bouche sèche. Sur la table de nuit, les chiffres verts du radio-réveil affichent 5 h 58. Elle reste immobile sous la couette, le cœur un peu rapide, persuadée que quelque chose ne tourne plus rond chez elle.

Il garde intact le studio de sa mère partie en Ehpad : cet automne, un avis de 600 euros arrive à son nom à elle

Il garde intact le studio de sa mère partie en Ehpad : cet automne, un avis de 600 euros arrive à son nom à elle

Un mardi d'octobre, vers dix-huit heures, la clé a grincé dans la serrure du studio de la rue Montmailler. Bernard a poussé la porte avec l'épaule, comme toujours, parce que le bois gonfle à l'automne. Dans l'entrée, sur le paillasson, trois prospectus et une enveloppe blanche à fenêtre attendaient. Elle portait le nom de sa mère, Simone, et le logo des finances publiques.

Elle quitte Lyon pour un village du Gers et se plaint du coq voisin : la mairie lui répond avec une loi votée en 2021

Elle quitte Lyon pour un village du Gers et se plaint du coq voisin : la mairie lui répond avec une loi votée en 2021

Il est cinq heures et quatre minutes quand le premier cri traverse le volet de bois. Claire ouvre les yeux dans le noir, le cœur qui cogne, la couette remontée jusqu'au menton. Dehors, la nuit gersoise est encore bleue, un chien aboie loin vers la route de Mauvezin. Puis le coq recommence, plus fort, comme s'il se tenait juste sous la fenêtre.

Il quitte Bordeaux pour un village de Dordogne et écrit au maire contre les cloches : la réponse tient en une loi de 2021 qu'il n'avait jamais lue

Il quitte Bordeaux pour un village de Dordogne et écrit au maire contre les cloches : la réponse tient en une loi de 2021 qu’il n’avait jamais lue

Six heures pile, et le premier coup de bronze traverse la vitre de la chambre comme si elle n'existait pas. Thierry ouvre les yeux, compte machinalement jusqu'à six, puis l'angélus commence sa cavalcade au-dessus des toits de lauze. Dans la cuisine, le carrelage est froid sous ses pieds. Il allume la bouilloire, s'assoit, et décide que ce matin, il va écrire au maire.

Elle pose son téléphone retourné près de son assiette à chaque dîner : depuis la rentrée, sa fille de 12 ans ne raconte plus rien

Elle pose son téléphone retourné près de son assiette à chaque dîner : depuis la rentrée, sa fille de 12 ans ne raconte plus rien

Sept heures et demie, la hotte ronronne encore au-dessus des gratins. Nadia pose deux assiettes, deux verres, et, sans même y penser, son téléphone écran contre la table, juste à droite de sa fourchette. En face, Inès, douze ans, tire sa chaise en raclant le carrelage. Elle s'assoit, regarde son assiette, et ne dit rien.

Elle tourne ses robinets sur 5 en rentrant du travail à Nantes : le salon ne chauffe pas plus vite, mais la facture grimpe de 140 euros

Elle tourne ses robinets sur 5 en rentrant du travail à Nantes : le salon ne chauffe pas plus vite, mais la facture grimpe de 140 euros

Il est dix-huit heures quarante, rue de la Bastille à Nantes, et la porte d'entrée claque derrière Claire. Le salon sent le froid enfermé, ce froid un peu humide des journées de novembre. Elle lâche son sac sur le canapé, garde son manteau et s'accroupit devant le radiateur sous la fenêtre. Un petit clic sec : elle vient de tourner la molette jusqu'au 5.

Il se couche à 23 heures comme toujours depuis trente ans : depuis le 25 octobre, il ouvre les yeux à 5 h 30 chaque matin

Il se couche à 23 heures comme toujours depuis trente ans : depuis le 25 octobre, il ouvre les yeux à 5 h 30 chaque matin

Dans la cuisine encore noire, la hotte ronronnait doucement au-dessus de la plaque. Patrick, 54 ans, regardait l'horloge du four afficher 5 h 34, une tasse tiède entre les mains. Dehors, la rue de Tours dormait, pas une voiture, juste le grincement d'un volet chez le voisin. C'était le neuvième matin d'affilée qu'il se levait ainsi, les yeux grands ouverts, sans savoir pourquoi.

Elle accepte de garder ses petits-enfants un mercredi pour dépanner : un mois plus tard, sa place à la chorale est vide

Elle accepte de garder ses petits-enfants un mercredi pour dépanner : un mois plus tard, sa place à la chorale est vide

Il était sept heures quarante, un mercredi de septembre, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de Monique, à Saint-Herblain. Sur la table, la partition du Requiem de Fauré attendait, crayonnée de ses annotations au crayon gris. Le téléphone a vibré contre la toile cirée. C'était Claire, sa fille, la voix pressée, qui demandait juste un service, une seule fois.

Il gare son camping-car sous l'abri fin octobre, réservoirs pleins : en mars, la pompe et deux raccords avaient éclaté sous l'évier

Il gare son camping-car sous l’abri fin octobre, réservoirs pleins : en mars, la pompe et deux raccords avaient éclaté sous l’évier

Le moteur tournait encore au ralenti quand Gérard a coupé le contact, un samedi de fin octobre, vers cinq heures du soir. Sous l'abri en tôle ondulée, le cliquetis du métal qui refroidit se mêlait au vent dans les peupliers. Il a tiré le frein à main, posé la main sur le tableau de bord, comme on salue un vieux compagnon.

Il paie 95 euros d'électricité chaque mois sans jamais y penser : en octobre, une seule lettre lui réclame 1 100 euros d'un coup

Il paie 95 euros d’électricité chaque mois sans jamais y penser : en octobre, une seule lettre lui réclame 1 100 euros d’un coup

Dans la cuisine, le radiateur électrique cliquetait doucement en se remettant en marche. Il était sept heures et demie, un mardi d'octobre, et Patrice décachetait le courrier de la veille avec le pouce, debout près de la fenêtre. Sa tasse fumait sur la toile cirée. Au milieu des prospectus, une enveloppe à fenêtre, plus épaisse que d'habitude, portait le logo de son fournisseur d'électricité.

Ils quittent Lille pour une longère du Perche et écrivent au maire : la réponse tient en une loi votée en janvier 2021

Ils quittent Lille pour une longère du Perche et écrivent au maire : la réponse tient en une loi votée en janvier 2021

Il était cinq heures dix, un mardi de mai, et la longère sentait encore la peinture fraîche. Claire a ouvert les yeux d'un coup, le cœur battant, persuadée qu'on criait dans la cour. Derrière les volets de chêne, de l'autre côté de la haie, un cri rauque et obstiné montait vers les poutres. Julien, à côté d'elle, s'est retourné en grognant contre son oreiller.

Elle paie 1,99 euro pour débloquer un colis bloqué au dépôt : un mois plus tard, sa banque prélève 49 euros pour un abonnement inconnu

Elle paie 1,99 euro pour débloquer un colis bloqué au dépôt : un mois plus tard, sa banque prélève 49 euros pour un abonnement inconnu

Il était un peu plus de dix-neuf heures, la soupe de poireaux frémissait sur la plaque, et le téléphone de Sylvie a vibré contre la toile cirée. Un message court, presque poli, annonçait qu'un colis l'attendait au dépôt. Elle a essuyé ses mains sur son tablier, plissé les yeux sans ses lunettes, et elle a souri en pensant aux bottes commandées pour sa petite-fille.

Il vend sa vieille Twingo au fils du voisin en signant la carte grise : trois mois plus tard, trois avis de contravention arrivent à son nom

Il vend sa vieille Twingo au fils du voisin en signant la carte grise : trois mois plus tard, trois avis de contravention arrivent à son nom

Le moteur toussait encore un peu, comme chaque matin d'octobre, quand Gérard a tendu les clés par la vitre baissée. Il était neuf heures, la place de l'église sentait le pain chaud de la boulangerie d'en face. Kevin, dix-neuf ans, souriait sans arriver à cacher sa joie. Sur le capot de la Twingo rouge, la carte grise attendait une dernière signature au stylo bleu.

Elle se réveille à cinq heures chaque matin depuis fin octobre : elle croyait vieillir, c'était la lumière qui manquait dans sa chambre

Elle se réveille à cinq heures chaque matin depuis fin octobre : elle croyait vieillir, c’était la lumière qui manquait dans sa chambre

Le radiateur cliquetait doucement dans le couloir, et le réveil affichait 5 h 02 en chiffres rouges. Hélène, 58 ans, fixait le plafond sans bouger, la couette remontée jusqu'au menton. Dehors, la rue de Bourges dormait encore sous un ciel noir d'encre. Pour la neuvième fois depuis le changement d'heure, elle était réveillée, parfaitement lucide, avec deux heures à tuer avant le jour.

Il range les placards de la cuisine dès sa première semaine de retraite : un mois plus tard, le couple ne se parle plus qu'en reproches

Il range les placards de la cuisine dès sa première semaine de retraite : un mois plus tard, le couple ne se parle plus qu’en reproches

Il était sept heures et quart, un mardi d'octobre, et la cuisine sentait encore le pain grillé. Martine ouvrit le placard de gauche pour prendre le sucre, comme depuis trente ans. Sa main rencontra des boîtes de conserve alignées par taille, étiquettes tournées vers elle. Derrière elle, Gérard reposa sa tasse et dit, presque fier : j'ai tout refait hier, tu vas voir, c'est plus logique.

Il commande une perceuse sur un grand site français pour son garage : huit mois plus tard, on le renvoie vers un vendeur à Shenzhen

Il commande une perceuse sur un grand site français pour son garage : huit mois plus tard, on le renvoie vers un vendeur à Shenzhen

Samedi, dix heures, la porte du garage ouverte sur l'allée encore humide. Thierry, 54 ans, pose la mèche contre le mur de parpaing, appuie sur la gâchette. Un bourdonnement bref, une odeur de chaud, puis plus rien. Il secoue la perceuse, la retourne, essaie une autre batterie. Le moteur reste muet, et sur l'établi, les chevilles attendent toujours leurs trous.

Elle signe pour un robot cuiseur à la foire d'automne : le lendemain matin, le vendeur lui répond qu'elle n'a aucun délai pour annuler

Elle signe pour un robot cuiseur à la foire d’automne : le lendemain matin, le vendeur lui répond qu’elle n’a aucun délai pour annuler

Il était un peu plus de seize heures, sous le grand hall de la foire d'automne, et l'odeur de soupe au potiron flottait jusqu'aux allées des matelas. Sylvie tenait un petit gobelet en carton encore tiède entre ses doigts. Devant elle, le robot cuiseur ronronnait doucement, couvercle verrouillé, pendant que le démonstrateur souriait en tapotant l'écran tactile.

Elle rentre d'un week-end à Annecy après l'orage de septembre : le congélateur est muet et l'assureur parle d'une option jamais souscrite

Elle rentre d’un week-end à Annecy après l’orage de septembre : le congélateur est muet et l’assureur parle d’une option jamais souscrite

Dimanche, vingt heures passées, la voiture crisse sur le gravier encore mouillé de l'allée. Sandrine pousse la porte du garage avec l'épaule, le sac de week-end dans une main, les clés dans l'autre. Une odeur fade, sucrée, lui saute au visage. Au fond, sous la lampe qui grésille, le congélateur coffre ne ronronne plus. Le petit voyant vert est éteint.

Elle arrive au salon avec une photo de blond miel sous le bras : son coiffeur lui propose trois rendez-vous au lieu d'un seul

Elle arrive au salon avec une photo de blond miel sous le bras : son coiffeur lui propose trois rendez-vous au lieu d’un seul

Il était dix heures passées, un mardi de mars, et le séchoir du fond ronronnait comme un vieux chat. Camille, 38 ans, tenait son téléphone tendu vers le miroir, l'écran ouvert sur une photo de blond miel. Derrière elle, Julien passait lentement les doigts dans ses longueurs châtain, soulevait une mèche, la laissait retomber. Il n'a rien dit tout de suite.