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Le radiateur cliquetait doucement, et dehors la gelée blanchissait les toits de Saône, à quelques kilomètres de Besançon. Il était sept heures, un mardi de novembre. Thierry, 58 ans, tira le rideau de la chambre et sentit sous ses doigts le tissu froid, presque mouillé. Dans l'angle, derrière l'armoire, une constellation de petits points noirs dessinait une ombre qu'il n'avait jamais vue.
Une maison de famille où l'on entendait siffler le vent
Thierry et Nadine vivent depuis vingt-deux ans dans une maison en pierre des années soixante, au bout d'un lotissement tranquille. Lui est technicien dans une entreprise d'horlogerie de Besançon, elle travaille à mi-temps à la médiathèque du village. Leurs deux fils sont partis, mais la chambre du haut garde encore leurs posters délavés. La maison est solide, un peu fraîche, et ils l'aiment comme on aime un vieux manteau qui a fait toutes les saisons avec vous.
Les fenêtres, surtout, faisaient partie du décor. Du bois peint en blanc, des crémones qui grinçaient, des vitres simples qui se couvraient de givre les matins de janvier. Quand la bise soufflait depuis le plateau, on entendait un mince sifflement passer sous les ouvrants. Nadine glissait des boudins de tissu contre les appuis, et Thierry repeignait les cadres tous les cinq ou six ans, en grattant patiemment les écailles avec un couteau de peintre.
Personne ne se plaignait vraiment, mais la facture de fioul grimpait chaque hiver un peu plus haut. En février dernier, le chauffeur de la livraison avait annoncé un montant qui avait fait grimacer Thierry dans l'allée. Le soir même, assis à la table de la cuisine, ils avaient ressorti les relevés des trois dernières années. Il faut faire quelque chose, on chauffe le jardin, avait lâché Nadine en reposant ses lunettes sur le tas de papiers.
Le devis signé un samedi matin, avec un vrai soulagement
Ils ont pris le temps de bien faire, du moins le croyaient-ils. Trois artisans sont venus mesurer les ouvertures, un mètre ruban à la main, en tapotant les vieux cadres d'un air entendu. Thierry a comparé les épaisseurs de vitrage, les coefficients d'isolation, les garanties. Il a choisi du PVC blanc, plus facile d'entretien, avec un double vitrage performant et des joints périphériques que le commercial présentait comme la meilleure barrière contre le froid du Doubs.
Le devis, pour neuf fenêtres et la porte-fenêtre du salon, dépassait onze mille euros, aides déduites. Une somme lourde pour le couple, prise en partie sur l'épargne qu'ils gardaient pour leur retraite. Mais le calcul semblait clair : moins de fuites, moins de fioul, plus de confort. Thierry avait signé un samedi matin, au comptoir de l'entreprise, avec la sensation agréable de quelqu'un qui règle enfin un vieux problème de la maison.
La pose a eu lieu début octobre, en deux journées. Les ouvriers ont retiré les anciens cadres, qui ont fini en tas dans la remorque, puis ajusté les nouveaux avec de la mousse expansive. Le soir, Nadine a fait le tour des pièces en refermant chaque fenêtre. Le silence l'a frappée. Plus de sifflement, plus de courant d'air sur les chevilles. On dirait qu'on a changé de maison, a-t-elle dit en souriant dans le couloir.
« On a réglé un problème en en créant un autre, et personne ne nous avait prévenus. »
Des gouttes sur les vitres, qu'on essuie sans y penser
Les premières semaines ont confirmé leur bonheur. La chaudière se déclenchait moins souvent, la chambre restait tiède le matin, et le bruit de la départementale avait presque disparu. Thierry regardait la jauge de la cuve avec une satisfaction discrète. Il racontait volontiers à ses collègues qu'il aurait dû faire ça dix ans plus tôt, et qu'il se demandait comment ils avaient pu supporter si longtemps ces vieilles menuiseries.
Puis, vers la fin octobre, Nadine a remarqué de la buée sur les vitres de la chambre au réveil. De fines gouttes coulaient jusqu'au bas du cadre et formaient une petite flaque sur le rebord blanc. Elle les essuyait avec un chiffon, sans s'inquiéter. Soyons honnêtes, tout le monde a déjà vu de la buée sur une fenêtre en hiver. Elle mettait cela sur le compte des premières gelées et du contraste avec la chaleur intérieure.
Il y avait aussi cette odeur, légère, qu'elle sentait en ouvrant le placard de la chambre. Une odeur de cave, de linge resté trop longtemps dans la machine. Elle a lavé les draps, aéré les pulls, ajouté un sachet de lavande sur l'étagère. Thierry, lui, n'avait rien remarqué. Il partait tôt, rentrait tard, et passait l'essentiel de ses soirées dans le salon, devant la cheminée qu'ils allumaient désormais un peu moins souvent.
Javel, déshumidificateur et coups de fil qui ne règlent rien
Le matin des points noirs, Thierry a déplacé l'armoire en grimaçant. Derrière, le papier peint était gondolé, piqueté de taches sombres sur près d'un mètre carré. Le mur, au toucher, était glacé et humide. Il a d'abord pensé à une fuite, une gouttière bouchée ou une tuile déplacée par le vent. Il est monté dans les combles avec une lampe frontale, a inspecté la charpente, les pieds de chevrons, l'isolant. Tout était sec.
Nadine a frotté les taches à l'eau de Javel diluée, gants jaunes aux mains et fenêtre ouverte. Les murs ont semblé propres pendant quatre jours, puis les points sont revenus, plus nombreux. Thierry a acheté un déshumidificateur électrique dans une grande surface de Châteaufarine. L'appareil ronronnait toute la nuit et remplissait son bac de deux litres d'eau. Deux litres, chaque nuit, a-t-il répété plusieurs fois, incrédule, en vidant le bac dans l'évier.
Il a appelé l'entreprise qui avait posé les fenêtres. Au téléphone, on lui a assuré que les menuiseries étaient conformes et parfaitement étanches. Il a contacté son assureur, qui a parlé de dégât des eaux sans origine identifiée et d'un expert à venir dans plusieurs semaines. Nadine, elle, a commencé à dormir dans l'ancienne chambre des garçons. Je ne voulais plus respirer ça, je me réveillais avec la gorge qui grattait, a-t-elle raconté plus tard.
« Deux litres d'eau, chaque nuit, dans le bac. Je ne comprenais pas d'où ça pouvait venir. »
Le thermicien pose son appareil et regarde le haut des fenêtres
C'est une voisine, ancienne employée d'une agence immobilière, qui leur a donné le nom d'un thermicien indépendant installé à Besançon. Il est venu un mercredi après-midi avec une petite valise, un hygromètre et une caméra thermique. Il a mesuré l'humidité de la chambre : près de soixante-quinze pour cent. Puis il a pointé sa caméra sur le mur derrière l'armoire, qui apparaissait en bleu sombre sur l'écran, nettement plus froid que le reste.
Ensuite, il a levé les yeux vers le haut des nouvelles fenêtres, cherchant quelque chose qu'il ne trouvait pas. Pas de grille, pas de fente, aucune entrée d'air. Dans la salle de bains, il a approché une feuille de papier de la bouche de ventilation : elle n'a pas bougé. La VMC installée par l'ancien propriétaire était en panne depuis on ne sait combien de temps. Personne ne l'avait remarqué, puisque les vieilles fenêtres faisaient le travail à sa place.
Il a expliqué la situation simplement, assis à la table de la cuisine. Une maison habitée produit beaucoup de vapeur d'eau : respiration, douches, cuisine, linge qui sèche. Avant, cette humidité s'échappait par les jours des fenêtres en bois. En supprimant ces fuites, les menuiseries neuves avaient enfermé l'humidité dans la maison. Elle allait se déposer sur la surface la plus froide, ce mur nord mal isolé derrière l'armoire, où elle se condensait et nourrissait les moisissures.
Onze mille euros de fenêtres, et un mur à refaire
Thierry a mis plusieurs jours à digérer la nouvelle. Les fenêtres n'étaient pas en cause, elles faisaient exactement ce qu'on leur demandait. C'était la maison, dans son ensemble, qui avait perdu sa respiration. Le poseur aurait pu signaler l'absence d'entrées d'air, le thermicien le pensait, mais personne n'avait regardé la ventilation. On a réglé un problème en en créant un autre, sans le savoir, a résumé Thierry, un peu amer, en refermant le rapport.
La réparation a coûté moins cher que le choc initial. Un électricien a remplacé le moteur de la VMC pour environ quatre cents euros. Le menuisier est revenu poser des grilles d'entrée d'air dans les fenêtres des chambres et du salon. Thierry a dû gratter le papier peint, traiter le mur, le laisser sécher plusieurs semaines avant de repeindre. Nadine a retrouvé sa chambre en janvier, et l'armoire a été décollée du mur de quelques centimètres.
Aujourd'hui, l'hygromètre posé sur la commode affiche entre quarante-cinq et cinquante-cinq pour cent. Les vitres restent claires le matin, et la consommation de fioul a bien baissé, comme promis. Thierry, lui, parle volontiers de son histoire à ceux qui projettent des travaux. On connaît tous quelqu'un qui va changer ses fenêtres cet hiver. Avant de signer, il conseille de regarder d'abord comment l'air entre et sort de la maison, et pas seulement comment le froid y pénètre.
« Je ne voulais plus respirer ça, je me réveillais avec la gorge qui grattait. »
- Vérifier que la VMC fonctionne : une feuille de papier doit rester collée à la bouche d'extraction.
- Demander des entrées d'air dans les fenêtres neuves des pièces de vie et des chambres.
- Ne jamais boucher les grilles d'aération, même quand il fait froid.
- Installer un hygromètre et viser entre 40 et 60 % d'humidité.
- Écarter les meubles des murs froids de quelques centimètres.
- Aérer chaque pièce cinq à dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes.
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