Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle fait couper ses pointes chaque mois pendant un an pour gagner en longueur : en septembre, le mètre ruban affiche à peine deux centimètres de plus

Elle fait couper ses pointes chaque mois pendant un an pour gagner en longueur : en septembre, le mètre ruban affiche à peine deux centimètres de plus

Un mardi de septembre, vers dix-neuf heures, la salle de bains sentait encore l'après-shampoing à la noix de coco. Camille a tiré le mètre ruban de couture du tiroir, l'a coincé sous son pouce contre la nuque, puis l'a déroulé jusqu'aux pointes. Le chiffre est tombé, sec, dans le miroir embué. Quarante et un centimètres, presque exactement comme l'an dernier.

Elle laisse dormir ses économies sur un livret A depuis sa retraite : à la banque, une conseillère lui demande son dernier avis d'impôt

Elle laisse dormir ses économies sur un livret A depuis sa retraite : à la banque, une conseillère lui demande son dernier avis d’impôt

Le distributeur ronronnait dans le sas, et la porte vitrée s'ouvrait avec ce petit souffle d'air froid qu'on connaît par cœur. Il était dix heures passées, un mardi de novembre, dans l'agence de la rue principale. Monique tenait son chèque entre deux doigts, son sac serré contre la hanche. Elle venait seulement le déposer, puis repartir acheter du pain.

À 68 ans, il voit les dalles de sa terrasse se soulever en Charente : sa fille lui interdit de toucher aux racines du peuplier voisin

À 68 ans, il voit les dalles de sa terrasse se soulever en Charente : sa fille lui interdit de toucher aux racines du peuplier voisin

Sept heures et quart, un matin de mai, près de Jarnac. Gérard pose sa tasse sur la table en fer forgé, et la table bascule légèrement, avec un petit claquement sec. Il se penche. Sous le pied gauche, une dalle de pierre dépasse de deux bons centimètres. Derrière la haie, le grand peuplier du voisin frissonne dans le vent, comme chaque matin.

Il confie sa voiture de deux ans au garagiste de son village : le concessionnaire lui annonce qu'il vient de perdre sa garantie

Il confie sa voiture de deux ans au garagiste de son village : le concessionnaire lui annonce qu’il vient de perdre sa garantie

Sept heures et quart, un mardi de novembre, et le givre craquait encore sous les semelles devant le garage de Robert. Thierry a tendu ses clés par-dessus le comptoir encombré de bidons, pendant que la radio grésillait derrière une pile de pneus. Ça sentait le café froid et l'huile chaude. Il pensait simplement faire réviser sa voiture, comme on le fait depuis toujours au village.

Il remplit le silo de son poêle neuf avec des granulés en promotion : en novembre, la vitre noircit et le poêle s'arrête tous les deux jours

Il remplit le silo de son poêle neuf avec des granulés en promotion : en novembre, la vitre noircit et le poêle s’arrête tous les deux jours

Il était six heures et quart, et la maison sentait encore le café froid de la veille. Thierry, en chaussettes sur le carrelage glacé, appuyait pour la troisième fois sur le bouton du poêle. Un bip court, puis plus rien. Derrière la vitre noircie, on devinait à peine le creuset, et le ventilateur tournait à vide dans un ronronnement qui ressemblait à un reproche.

Il remplit son caddie de café en « offre spéciale » chaque mois : à la caisse, sa fille sort son téléphone et refait le calcul du lot

Il remplit son caddie de café en « offre spéciale » chaque mois : à la caisse, sa fille sort son téléphone et refait le calcul du lot

Samedi, dix heures et quart, le parking du supermarché sent encore la pluie de la nuit. Gérard pousse le caddie d'une main, l'autre posée sur la liste griffonnée par sa femme. Au bout de l'allée des boissons chaudes, une affiche jaune claque sous la soufflerie du plafond. Il tend le bras sans hésiter et attrape le lot de trois paquets de café.

Elle retrouve des poignées de cheveux dans la bonde de sa douche à Rennes : trois shampooings plus tard, la chute n'a pas ralenti d'un seul cheveu

Elle retrouve des poignées de cheveux dans la bonde de sa douche à Rennes : trois shampooings plus tard, la chute n’a pas ralenti d’un seul cheveu

Il est sept heures dix, un mardi d'octobre, et la pluie fine de Rennes tapote contre la petite fenêtre de la salle de bains. L'eau chaude s'écoule mal, avec un gargouillis sourd. Claire se penche, soulève la grille de la bonde du bout des doigts. Une boule sombre et humide de cheveux est restée accrochée là, plus épaisse que la veille.

Il ferme les radiateurs des deux chambres d'amis pour économiser l'hiver : en février, le papier peint noircit derrière les armoires et la facture bouge à peine

Il ferme les radiateurs des deux chambres d’amis pour économiser l’hiver : en février, le papier peint noircit derrière les armoires et la facture bouge à peine

Le radiateur a émis un petit claquement métallique quand Gérard a tourné la tête thermostatique jusqu'à l'astérisque. Il était sept heures du matin, début novembre, et la lumière grise entrait à peine par le volet entrouvert de la chambre d'amis. Il a refermé la porte derrière lui, satisfait, puis il a fait la même chose dans la pièce d'à côté.

Elle se lave les cheveux le soir et s'endort la tête mouillée : un mois plus tard, ses longueurs cassent par poignées sous la brosse

Elle se lave les cheveux le soir et s’endort la tête mouillée : un mois plus tard, ses longueurs cassent par poignées sous la brosse

Il est vingt-deux heures passées, la salle de bains sent encore l'amande douce. Camille essore ses cheveux dans une serviette éponge, la radiateur claque doucement dans le couloir. Elle regarde le sèche-cheveux posé sur l'étagère, hésite une seconde, puis éteint la lumière. Dans la chambre, la taie en coton est froide contre sa nuque humide, et elle s'endort presque aussitôt.

Elle prête 5 000 euros à sa sœur pour son appartement : deux ans plus tard, au repas de Noël, sa sœur parle d'un cadeau

Elle prête 5 000 euros à sa sœur pour son appartement : deux ans plus tard, au repas de Noël, sa sœur parle d’un cadeau

Le virement est parti un mardi soir, vers vingt et une heures, depuis le canapé du salon. Claire a tapé le montant deux fois pour être sûre, 5 000 euros, puis elle a validé avec le code reçu par SMS. Le téléphone a vibré contre l'accoudoir. Dans la cuisine, le lave-vaisselle terminait son cycle, et Claire s'est sentie étrangement légère, presque fière.

Elle cueille depuis vingt ans les pommes qui dépassent sur sa pelouse : le nouveau voisin lui demande de ne plus toucher aux branches

Elle cueille depuis vingt ans les pommes qui dépassent sur sa pelouse : le nouveau voisin lui demande de ne plus toucher aux branches

Il était un peu plus de neuf heures, un samedi d'octobre, et l'herbe gardait encore la rosée de la nuit. Jeanne tirait son escabeau vert sur la pelouse, un panier d'osier coincé sous le bras. Au-dessus d'elle, les branches du pommier voisin ployaient, chargées de reinettes jaunes. Elle tendit la main vers la première pomme, et derrière la haie, une porte claqua.

Elle fait couper ses pointes chaque mois pour atteindre les épaules : un an plus tard, sa longueur n'a pas gagné deux centimètres

Elle fait couper ses pointes chaque mois pour atteindre les épaules : un an plus tard, sa longueur n’a pas gagné deux centimètres

Le séchoir soufflait encore dans le petit salon de la rue des Tanneurs, un mardi à dix-huit heures. Claire, 34 ans, regardait les mèches brunes tomber sur la blouse noire, comme chaque mois. Elle sourit à son reflet, satisfaite du geste. Dans sa tête, chaque centimètre coupé était un pas de plus vers les épaules qu'elle attendait depuis si longtemps.

Il achète une palette de granulés en promotion en septembre : en janvier, la moitié des sacs ne contient plus que de la sciure

Il achète une palette de granulés en promotion en septembre : en janvier, la moitié des sacs ne contient plus que de la sciure

Il était sept heures du matin, un mardi de janvier, et le garage sentait le froid humide et le bois. Didier a glissé le cutter dans le plastique du sac, comme chaque matin depuis novembre. Au lieu du crépitement sec des granulés tombant dans le seau, il a entendu un chuintement mou. Dans sa main, une poignée de sciure tiède, presque collante.

Elle vend sa vieille Clio au voisin d'en face à Montauban : trois semaines plus tard, la préfecture refuse la carte grise de l'acheteur

Elle vend sa vieille Clio au voisin d’en face à Montauban : trois semaines plus tard, la préfecture refuse la carte grise de l’acheteur

Le moteur toussa deux fois avant de partir, comme chaque matin depuis quinze ans. Il était sept heures et demie, rue des Tilleuls, à Montauban, et Martine laissait chauffer sa Clio grise en grattant le givre du pare-brise avec une vieille carte de fidélité. De l'autre côté de la haie, Karim sortait sa poubelle. Il lui fit un signe de la main, puis s'approcha.

Elle applique un châtain de supermarché sur ses mèches blondes : au rinçage, ses longueurs ont pris un reflet vert kaki sous la lampe

Elle applique un châtain de supermarché sur ses mèches blondes : au rinçage, ses longueurs ont pris un reflet vert kaki sous la lampe

Il est vingt et une heures, un mardi de février, et la salle de bains sent l'ammoniaque. Claire, 41 ans, rince ses cheveux penchée au-dessus de la baignoire, la pomme de douche tiède dans la main droite. L'eau coule brune, puis claire. Elle relève la tête, essore ses longueurs dans une serviette, allume le miroir. Sous la lumière blanche, ses pointes ont la couleur d'un treillis militaire.

Ils hivernent leur camping-car en Vendée en coupant tout en octobre : en mars, la batterie cellulaire refuse obstinément de reprendre la moindre charge

Ils hivernent leur camping-car en Vendée en coupant tout en octobre : en mars, la batterie cellulaire refuse obstinément de reprendre la moindre charge

Sous le hangar de tôle, la pluie de mars tambourinait encore quand Gérard a tourné la clé du coupe-batterie. Il était dix heures, l'air sentait le gasoil froid et la poussière. Dans la cellule du camping-car, Martine a appuyé sur l'interrupteur du plafonnier. Rien. Pas un grésillement, pas même la petite diode verte du tableau de bord. Juste le bruit de l'eau sur le toit.

Il fait réparer ses freins après le contrôle technique de juillet : en octobre, le centre lui réclame un contrôle complet à repayer

Il fait réparer ses freins après le contrôle technique de juillet : en octobre, le centre lui réclame un contrôle complet à repayer

Le rideau métallique du centre de contrôle remontait en grinçant, il était à peine huit heures, ce mardi d'octobre. Gilles avait garé son break gris devant la ligne jaune, le moteur encore tiède. Dans sa main, une pochette plastique un peu froissée, et dedans, le procès-verbal de juillet. Il pensait en avoir pour dix minutes, le temps qu'un technicien vérifie les freins changés pendant l'été.

Il installe un congélateur coffre dans son garage pour le gibier : une nuit à moins quatre, tout le chevreuil de la saison décongèle

Il installe un congélateur coffre dans son garage pour le gibier : une nuit à moins quatre, tout le chevreuil de la saison décongèle

Il était six heures et quart, ce samedi de janvier, et le thermomètre de la cour affichait moins quatre. Gérard a poussé la porte du garage, sa lampe frontale encore allumée, le souffle visible devant lui. D'habitude, le congélateur ronronnait dans le coin, près de l'établi. Ce matin-là, rien, aucun bourdonnement, seulement une petite flaque rosée qui s'étalait lentement sur le béton.

Il signe pour un canapé d'angle à la foire de Strasbourg : rentré chez lui, il veut annuler et le vendeur lui répond « c'est trop tard »

Il signe pour un canapé d’angle à la foire de Strasbourg : rentré chez lui, il veut annuler et le vendeur lui répond « c’est trop tard »

Il était presque dix-neuf heures, et le hall 3 du parc des expositions sentait le pain d'épices et le cuir neuf. Thierry s'était laissé tomber dans un canapé d'angle gris anthracite, les jambes allongées, pendant que Martine tâtait l'accoudoir du bout des doigts. Autour d'eux, un haut-parleur annonçait la fermeture prochaine. Le vendeur, lui, tenait déjà un stylo et un bon de commande.