Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle recoupe sa frange mouillée au-dessus du lavabo, entre deux rendez-vous : une fois sèche, elle est remontée de deux centimètres sur son front

Elle recoupe sa frange mouillée au-dessus du lavabo, entre deux rendez-vous : une fois sèche, elle est remontée de deux centimètres sur son front

Il était midi vingt, la salle de bains sentait encore le shampoing du matin. Sur le rebord du lavabo, Claire avait posé une paire de ciseaux, un peigne fin et son téléphone, minuterie lancée. Elle avait quarante minutes avant son rendez-vous de quatorze heures. Elle s'est penchée vers le miroir, a tiré sa frange mouillée entre deux doigts, et le premier coup de lame a claqué.

Elle reprend la piscine de Besançon après son balayage blond : un mois plus tard, ses mèches claires tirent nettement sur le vert

Elle reprend la piscine de Besançon après son balayage blond : un mois plus tard, ses mèches claires tirent nettement sur le vert

Il est sept heures moins dix, un mardi d'octobre, et la piscine municipale de Besançon sent déjà le chlore tiède. Claire pose son sac sur le banc carrelé, entend l'écho des plongeons dans le grand bassin. Elle dénoue ses cheveux, passe la main dans ses mèches blondes encore neuves. Le balayage date de fin août, et elle en est plutôt fière.

Il remplace toutes les fenêtres de sa maison des Vosges par du double vitrage : en novembre, des taches noires montent dans les angles des chambres

Il remplace toutes les fenêtres de sa maison des Vosges par du double vitrage : en novembre, des taches noires montent dans les angles des chambres

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre neuve, et dehors la brume de novembre noyait les sapins jusqu'au bas du jardin. Il était sept heures, Thierry tirait le rideau de la chambre de sa fille avec une tasse de café dans l'autre main. C'est là, dans l'angle du plafond, qu'il a vu la tache. Une ombre noire, grande comme une main ouverte.

Il ratisse chaque automne les feuilles du chêne de son voisin en Sologne : le conciliateur lui annonce que l'arbre a gagné depuis longtemps

Il ratisse chaque automne les feuilles du chêne de son voisin en Sologne : le conciliateur lui annonce que l’arbre a gagné depuis longtemps

Il est huit heures, un samedi de novembre, et le râteau de Gérard gratte déjà la pelouse humide. Au-dessus de lui, le grand chêne du voisin lâche encore ses feuilles brunes, une à une, sans se presser. Le tas grossit contre la haie, les sacs verts s'alignent près du portail. Gérard souffle dans ses mains froides et lève les yeux vers les branches.

Elle rentre du travail un soir d'octobre, tableau de bord allumé : un automobiliste lui fait des appels de phares pendant vingt kilomètres

Elle rentre du travail un soir d’octobre, tableau de bord allumé : un automobiliste lui fait des appels de phares pendant vingt kilomètres

Il est 18 h 40, fin octobre, et le parking de la zone artisanale se vide dans un bruit de portières. Claire, 41 ans, pose son sac sur le siège passager, appuie sur le bouton de démarrage. Le tableau de bord s'illumine d'un bleu doux, les aiguilles numériques s'allument une à une. Dehors, le ciel vire au gris ardoise, et elle prend la route.

Elle se coupe une frange un dimanche soir de septembre : un mois plus tard, de petits boutons alignés sous la mèche sur son front

Elle se coupe une frange un dimanche soir de septembre : un mois plus tard, de petits boutons alignés sous la mèche sur son front

Le dimanche soir, vers vingt et une heures, la salle de bains sentait encore le gel douche à la vanille. Claire tenait les ciseaux de cuisine au-dessus du lavabo, une mèche mouillée pincée entre deux doigts. Le premier coup a fait un petit bruit sec, presque joyeux. Des cheveux bruns sont tombés sur la faïence blanche, et elle a souri à son reflet.

Elle passe au shampoing sans sulfates sur les conseils de son amie toulousaine : un mois plus tard, ses cheveux collent dès le lendemain matin

Elle passe au shampoing sans sulfates sur les conseils de son amie toulousaine : un mois plus tard, ses cheveux collent dès le lendemain matin

Sept heures dix, rue des Filatiers, la fenêtre de la salle de bains donne sur une cour où roucoulent des pigeons. Camille passe la main dans ses cheveux, lavés la veille au soir, et sent sous ses doigts une texture épaisse, presque cireuse. Le sèche-cheveux ronronne encore sur le rebord du lavabo. Elle regarde la petite bouteille ambrée posée près du robinet, celle que Sonia lui a recommandée.

Elle achète un lave-linge dans une grande enseigne de Toulouse : vingt-deux mois plus tard, le magasin lui demande d'écrire au fabricant

Elle achète un lave-linge dans une grande enseigne de Toulouse : vingt-deux mois plus tard, le magasin lui demande d’écrire au fabricant

Il était un peu plus de vingt et une heures, mardi, dans la buanderie de la petite maison de Saint-Cyprien. Nadine pliait des torchons quand le lave-linge a émis un claquement sec, puis un long bourdonnement. L'écran s'est figé sur un code inconnu, le tambour plein d'eau grise. Elle a posé la main sur le hublot encore tiède, et elle a attendu.

Elle attend chaque mois la pension de réversion de son mari défunt : en octobre, son relevé bancaire n'affiche toujours aucun virement de la caisse

Elle attend chaque mois la pension de réversion de son mari défunt : en octobre, son relevé bancaire n’affiche toujours aucun virement de la caisse

Le relevé était posé sur la toile cirée, à côté du bol de café refroidi. Dans la cuisine de Saint-Avertin, l'horloge du four indiquait 8 h 12, et la radio murmurait la météo. Monique a passé le doigt sur la colonne des crédits, ligne après ligne, deux fois. Sa petite retraite, oui. Le reste, celui qu'elle attendait depuis le printemps, n'y était toujours pas.

Elle s'apprête à racheter un lave-linge à Besançon après sept ans : son voisin lui parle d'une remise que le vendeur n'a jamais évoquée

Elle s’apprête à racheter un lave-linge à Besançon après sept ans : son voisin lui parle d’une remise que le vendeur n’a jamais évoquée

Il était sept heures vingt, un mardi d'octobre, et la buanderie sentait encore la lessive à la lavande. Sylvie avait lancé un programme coton avant de partir au travail. Un claquement sec, puis un grondement de moteur qui s'emballe, et plus rien. Le hublot restait verrouillé sur un tambour plein d'eau grise, immobile, pendant que la pluie fine tapait sur la fenêtre de Besançon.

Il prend sa retraite près d'Agen après quarante ans de chantiers : un mois plus tard, sa femme ne supporte plus de le croiser à midi

Il prend sa retraite près d’Agen après quarante ans de chantiers : un mois plus tard, sa femme ne supporte plus de le croiser à midi

Midi dix, dans la cuisine d'une maison de Boé, près d'Agen. La radio murmure les infos régionales, une casserole de soupe frémit sur le gaz. Martine pose deux assiettes sur la toile cirée, puis s'arrête, la main suspendue au-dessus du placard. Derrière elle, Gérard ouvre le frigo pour la troisième fois de la matinée. Elle sent sa nuque se raidir, sans savoir pourquoi.

Il quitte l'usine près de Rouen après quarante-deux ans de travail : fin octobre, son compte bancaire ne reçoit ni salaire ni pension

Il quitte l’usine près de Rouen après quarante-deux ans de travail : fin octobre, son compte bancaire ne reçoit ni salaire ni pension

Le réveil a sonné à 4 h 50, comme depuis quarante-deux ans, et Gérard l'a coupé d'un geste avant de se rappeler qu'il n'avait nulle part où aller. Dans la cuisine de la petite maison d'Oissel, la bouilloire sifflait doucement. Dehors, la brume de la Seine collait aux vitres. C'était le 2 octobre, son deuxième matin de retraité.

Elle rejoint un open space flambant neuf à Lille avec son équipe : trois semaines plus tard, elle rentre vidée sans avoir avancé d'un seul dossier

Elle rejoint un open space flambant neuf à Lille avec son équipe : trois semaines plus tard, elle rentre vidée sans avoir avancé d’un seul dossier

Il est 8 h 40, rue de Tournai, et l'ascenseur s'ouvre sur une lumière presque blanche. Claire pose son sac sur un bureau qui sent encore le carton et la colle neuve. Autour d'elle, quarante postes alignés, des plantes en pot, une machine à café qui siffle déjà. Elle allume son écran, ouvre le dossier du jour, et quelqu'un l'appelle par son prénom.

Elle donne vingt euros par mois aux Restos du cœur depuis dix ans : sa sœur découvre qu'elle n'a jamais rien inscrit sur sa déclaration

Elle donne vingt euros par mois aux Restos du cœur depuis dix ans : sa sœur découvre qu’elle n’a jamais rien inscrit sur sa déclaration

Le dimanche midi, chez Nadine, le poulet tourne encore dans le four quand sa sœur pose les enveloppes sur la toile cirée. Il est un peu plus de midi, la radio grésille près de l'évier. Sylvie trie des papiers, comme chaque printemps, et lâche une question sans lever les yeux. Elle veut savoir combien Nadine déduit de ses impôts pour les Restos.

Il attend la hausse de sa retraite pour janvier comme chaque année : début novembre, une seule ligne de son relevé bancaire a déjà changé

Il attend la hausse de sa retraite pour janvier comme chaque année : début novembre, une seule ligne de son relevé bancaire a déjà changé

Le radiateur de la cuisine claquait doucement, comme chaque matin à sept heures, dans la petite maison de Laxou. Gérard, 68 ans, avait posé ses lunettes sur le bout de son nez et tirait vers lui la boîte à chaussures où dormaient ses papiers. Dehors, la bruine de novembre collait aux vitres. Sur l'écran de la tablette, son relevé bancaire venait de s'afficher, ligne après ligne.

Il prend sa retraite de cheminot à Dijon en plein mois de juillet : en octobre, sa femme part marcher seule deux heures chaque matin

Il prend sa retraite de cheminot à Dijon en plein mois de juillet : en octobre, sa femme part marcher seule deux heures chaque matin

Sept heures dix, un mardi d'octobre, dans une petite maison du quartier des Grésilles à Dijon. La porte d'entrée claque doucement, le loquet grince comme toujours. Gérard, 62 ans, reste assis devant son bol de café qui refroidit, la radio en sourdine. Par la fenêtre, il regarde Martine remonter la rue en baskets grises, sans se retourner, pour la dix-huitième matinée d'affilée.

Elle écrit chaque soir sa liste du lendemain dans un carnet vert à Lille : depuis la rentrée, la moitié des lignes reste sans coche

Elle écrit chaque soir sa liste du lendemain dans un carnet vert à Lille : depuis la rentrée, la moitié des lignes reste sans coche

Il est vingt-deux heures dix, rue des Postes, à Lille. La lampe de la cuisine éclaire un carnet vert à spirale, ouvert près d'une tasse de tisane qui refroidit. Claire, 41 ans, recopie les lignes de la veille qu'elle n'a pas cochées. Le stylo gratte le papier, le frigo ronronne, et elle compte à voix basse : sept tâches, encore.

Il passe l'hiver chez sa fille à Marseille et chauffe sa maison du Jura au minimum : en février, l'assureur lui lit une clause sur l'eau

Il passe l’hiver chez sa fille à Marseille et chauffe sa maison du Jura au minimum : en février, l’assureur lui lit une clause sur l’eau

Sur le quai de la gare de Lons-le-Saunier, à sept heures du matin, Gérard tapait des pieds pour se réchauffer. Sa valise à roulettes grinçait sur le bitume givré. Dans la poche de son manteau, il serrait les clés de sa maison, celle de Saint-Laurent, qu'il venait de fermer à double tour. Le thermostat était réglé sur douze degrés. Il partait pour Marseille, chez sa fille, jusqu'au printemps.

Elle trouve son fils de seize ans endormi chaque samedi à midi : le médecin scolaire lui parle d'une horloge décalée de deux heures

Elle trouve son fils de seize ans endormi chaque samedi à midi : le médecin scolaire lui parle d’une horloge décalée de deux heures

Samedi, onze heures quarante, rue de Wazemmes. Dans la cuisine, la bouilloire siffle pour la deuxième fois, et Nathalie regarde le plafond comme on regarde un ciel d'orage. Au-dessus, pas un bruit, pas un pas, seulement le ronronnement du radiateur. Elle pose sa tasse un peu trop fort sur la table, attend une réaction qui ne vient pas, puis soupire en repliant le journal.

Il prend sa retraite en septembre près de Pau et reste à la maison : en octobre, sa femme lui demande de boire son café ailleurs

Il prend sa retraite en septembre près de Pau et reste à la maison : en octobre, sa femme lui demande de boire son café ailleurs

Il était huit heures dix, et la cafetière italienne sifflait sur le feu de la cuisine, à Lescar, près de Pau. Gérard, 63 ans, tournait sa cuillère dans sa tasse en lisant le journal à voix haute. Derrière lui, Martine rangeait la vaisselle sans un mot. Elle a posé une assiette un peu trop fort sur le comptoir, puis elle s'est retournée vers lui.

Elle découvre une tache brune au plafond de sa cuisine à Lyon : c'est son propre assureur qui vient payer les dégâts du voisin

Elle découvre une tache brune au plafond de sa cuisine à Lyon : c’est son propre assureur qui vient payer les dégâts du voisin

Il était six heures et quart, la bouilloire commençait à siffler sur la plaque, et Claire cherchait ses lunettes à tâtons sur le plan de travail. Puis elle a entendu un petit bruit sec, régulier, presque poli. Une goutte, puis une autre, tombait du plafond dans l'évier en inox. Au-dessus de la hotte, une auréole brune s'étalait doucement sur la peinture blanche.

Elle laisse son frère vivre seul dans la maison de leur mère en Bretagne : six ans plus tard, le notaire prononce un mot qu'elle ignorait

Elle laisse son frère vivre seul dans la maison de leur mère en Bretagne : six ans plus tard, le notaire prononce un mot qu’elle ignorait

Le volet de la cuisine claquait contre le granit, poussé par le vent d'ouest. Il était un peu plus de dix-huit heures, ce samedi de novembre, et Anne tenait sa tasse à deux mains pour la réchauffer. En face d'elle, son frère Yann beurrait une tartine sans lever les yeux. Sur la table cirée, une enveloppe du notaire attendait, encore fermée.

À 66 ans, Monique se remarie dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une partie de sa pension de veuve disparaît de son compte

À 66 ans, Monique se remarie dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une partie de sa pension de veuve disparaît de son compte

Il était sept heures et demie, rue du Ruisseau, et le volet roulant grinçait comme chaque matin. Monique posait deux tasses sur la toile cirée jaune, pendant que Gérard cherchait ses clés dans la poche de sa veste. Sur le buffet, la photo du mariage trônait encore dans son cadre neuf. Dans la boîte aux lettres, une enveloppe blanche à fenêtre attendait depuis la veille.

Il verse 200 euros par mois à sa mère retraitée de Montauban : trois ans plus tard, un collègue lui parle d'une case oubliée

Il verse 200 euros par mois à sa mère retraitée de Montauban : trois ans plus tard, un collègue lui parle d’une case oubliée

La machine à café de l'atelier crachotait son dernier filet, vers dix heures, dans l'odeur d'huile et de métal chaud. Julien tenait son gobelet trop brûlant du bout des doigts, le téléphone dans l'autre main. Sur l'écran, la notification habituelle venait de tomber : virement de 200 euros effectué vers le compte de Monique. Son collègue Patrick, penché par-dessus son épaule, a froncé les sourcils.