Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
À 71 ans, elle demande la réversion de son mari près de Pau : une caisse lui verse l'argent, l'autre lui renvoie un refus sec

À 71 ans, elle demande la réversion de son mari près de Pau : une caisse lui verse l’argent, l’autre lui renvoie un refus sec

La boîte aux lettres grince toujours un peu quand Monique soulève le couvercle, vers dix heures, après le passage du facteur. Ce mardi-là, deux enveloppes blanches dépassent, l'une à fenêtre, l'autre plus épaisse. Elle les pose sur la toile cirée de la cuisine, à côté du café qui refroidit. Dehors, sur les coteaux de Jurançon, la brume ne s'est pas encore levée.

Elle fait ses courses à 19 heures en sortant du bureau à Rennes : son ticket dépasse de trente euros celui du samedi matin

Elle fait ses courses à 19 heures en sortant du bureau à Rennes : son ticket dépasse de trente euros celui du samedi matin

Il est 19 h 10, le parking du supermarché de Cleunay brille sous la pluie fine de novembre. Claire claque la portière de sa Clio, attrape un caddie dont la roue avant grince à chaque mètre. Son ventre gargouille depuis la réunion de 17 heures. À l'intérieur, la musique d'ambiance couvre à peine le bip régulier des caisses.

Il purge un à un les neuf radiateurs de sa maison près de Nancy : le lendemain matin, la chaudière affiche un code et refuse de redémarrer

Il purge un à un les neuf radiateurs de sa maison près de Nancy : le lendemain matin, la chaudière affiche un code et refuse de redémarrer

Il était un peu plus de dix heures, ce dimanche d'octobre, quand Thierry a posé la petite clé carrée sur la vis du premier radiateur. Un sifflement fin est sorti de la purge, puis un crachotement, puis un filet d'eau tiède dans le bol de cuisine qu'il tenait dessous. Dehors, à Ludres, les feuilles des tilleuls collaient au trottoir mouillé. L'hiver approchait, et il voulait être prêt.

Il demande à son voisin de payer le nettoyage de ses gouttières : le conciliateur de justice lui explique que les feuilles du chêne ne comptent pas

Il demande à son voisin de payer le nettoyage de ses gouttières : le conciliateur de justice lui explique que les feuilles du chêne ne comptent pas

Novembre, sept heures et demie, près de Chartres. L'eau débordait de la gouttière en un rideau irrégulier qui claquait sur les dalles de la terrasse. Gérard, 67 ans, en robe de chambre, regardait le filet couler le long du crépi neuf. Au-dessus du mur mitoyen, le grand chêne du voisin agitait ses dernières feuilles rousses, comme si de rien n'était.

Il vend sa vieille Peugeot à un jeune couple près de Caen : deux mois plus tard, une amende pour excès de vitesse arrive à son nom

Il vend sa vieille Peugeot à un jeune couple près de Caen : deux mois plus tard, une amende pour excès de vitesse arrive à son nom

Le moteur toussait un peu au démarrage, comme chaque matin depuis quinze ans. Sur le parking du supermarché de Mondeville, près de Caen, il était neuf heures et quart, un samedi d'avril, et la bruine collait aux vitres. Gérard, 67 ans, tapotait le volant de sa Peugeot 206 grise. Dans dix minutes, un inconnu allait la lui acheter, et il ne savait pas encore ce que ce geste allait lui coûter.

Il ramasse les noix tombées du voisin dans son jardin de Dordogne : un matin d'octobre, le voisin frappe à sa porte pour l'accuser de vol

Il ramasse les noix tombées du voisin dans son jardin de Dordogne : un matin d’octobre, le voisin frappe à sa porte pour l’accuser de vol

Il était sept heures et demie, et l'herbe du jardin craquait encore sous une fine gelée blanche. Gérard, bottes aux pieds, avançait courbé, un seau en zinc à la main. Toc, toc : chaque noix qui tombait dans le métal faisait un petit bruit sec. Au-dessus de lui, les grosses branches du noyer voisin se balançaient lentement dans le vent froid.

Il note chaque soir ses tâches du lendemain dans un carnet : trois mois plus tard, la liste compte quarante lignes et presque aucune rature

Il note chaque soir ses tâches du lendemain dans un carnet : trois mois plus tard, la liste compte quarante lignes et presque aucune rature

Vingt-deux heures quinze, dans la cuisine d'un appartement du quartier Saint-Jacques, à Clermont-Ferrand. Le lave-vaisselle ronronne, la fenêtre donne sur les lumières de la ville. Julien, 41 ans, ouvre un carnet à couverture noire, débouche son stylo et commence à écrire. Appeler le garagiste. Relancer le devis. Trier les papiers. La liste du lendemain s'allonge, ligne après ligne, et il se sent déjà soulagé.

Il installe son vieux réfrigérateur-congélateur dans le garage près de Besançon : en janvier, ses surgelés ramollissent alors qu'il gèle dehors

Il installe son vieux réfrigérateur-congélateur dans le garage près de Besançon : en janvier, ses surgelés ramollissent alors qu’il gèle dehors

Il était sept heures, un mardi de janvier, et le thermomètre de la cour affichait moins six. Dans le garage de la maison, à Saône, près de Besançon, Gérard a soulevé la porte basculante dans un grincement familier. Il voulait prendre un sac de poêlée pour midi. Sous ses doigts, le plastique a cédé, mou comme une éponge tiède.

Il découvre une flaque sous son camping-car après la première nuit froide : ce qui coulait ne venait ni du moteur ni du réservoir

Il découvre une flaque sous son camping-car après la première nuit froide : ce qui coulait ne venait ni du moteur ni du réservoir

Le thermomètre accroché au volet de la cuisine affichait moins deux, et la cour de gravier craquait sous les chaussons de Gérard. Il était sept heures dix, le café coulait encore dans la machine. Sous le flanc droit du camping-car, une tache sombre brillait dans la lumière du lampadaire. Il s'est accroupi, a trempé un doigt dans l'eau glacée, et l'a sentie.

Elle passe à trois jours de télétravail par semaine à Lyon : un mois plus tard, elle dort mal et s'effondre chaque après-midi

Elle passe à trois jours de télétravail par semaine à Lyon : un mois plus tard, elle dort mal et s’effondre chaque après-midi

Il est sept heures quarante, rue d'Austerlitz, sur les pentes de la Croix-Rousse. La bouilloire siffle, Claire pousse l'ordinateur sur la table de la cuisine et ouvre la première visioconférence en pyjama, un gilet sur les épaules. Les volets sont encore à moitié fermés. Dehors, le tram gronde au loin, mais elle n'a plus besoin de le prendre.

Elle ouvre sa fiche de paie de septembre à Grenoble : quatre-vingts euros manquent, et aucune ligne ne dit où ils sont partis

Elle ouvre sa fiche de paie de septembre à Grenoble : quatre-vingts euros manquent, et aucune ligne ne dit où ils sont partis

Il était sept heures moins le quart, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine du quartier de l'Île Verte, à Grenoble. Sandrine avait posé son téléphone contre le pot de sucre, l'application de sa banque ouverte. Le virement du salaire de septembre venait d'arriver. Elle a relu le montant deux fois, la tasse suspendue à mi-chemin, puis elle a reposé la tasse.

Elle applique un masque protéiné tous les deux jours à Marseille : un mois plus tard, ses longueurs cassent au premier coup de brosse

Elle applique un masque protéiné tous les deux jours à Marseille : un mois plus tard, ses longueurs cassent au premier coup de brosse

Le ventilateur tournait au plafond de la salle de bains, et la fenêtre ouverte laissait entrer le bruit des scooters du cours Julien. Il était un peu plus de vingt-deux heures. Camille, la serviette sur les épaules, passa la brosse dans ses longueurs encore humides. Un petit craquement sec, presque imperceptible, puis une poignée de cheveux courts tomba dans le lavabo blanc.

Elle entend son ballon d'eau chaude se lancer à 14 heures près de Nancy : trois semaines après, elle trouve la ligne modifiée sur sa facture

Elle entend son ballon d’eau chaude se lancer à 14 heures près de Nancy : trois semaines après, elle trouve la ligne modifiée sur sa facture

Il était un peu plus de 14 heures, un mardi d'octobre, dans la petite maison de Sylvie à Laxou, près de Nancy. La radio parlait bas dans la cuisine, le café refroidissait dans sa tasse. Puis, depuis le cellier, un claquement sec, suivi du ronronnement sourd qu'elle connaissait par cœur. Le ballon d'eau chaude venait de se mettre en route, en plein après-midi.

Il vient récupérer sa voiture chez le garagiste de Périgueux un vendredi soir : sa carte refuse 1 900 euros alors que son compte en affiche 3 000

Il vient récupérer sa voiture chez le garagiste de Périgueux un vendredi soir : sa carte refuse 1 900 euros alors que son compte en affiche 3 000

Vendredi, dix-huit heures moins le quart, une odeur d'huile chaude flottait encore dans l'atelier du garage, route de Bordeaux, à Périgueux. Un compresseur soufflait au fond, derrière une Clio sur le pont. Thierry, 54 ans, posa sa carte sur le petit terminal noir, tapa son code sans regarder. Le mécanicien attendait, le ticket à la main. L'écran afficha un seul mot : refusé.

Elle entend son ballon d'eau chaude démarrer à 14 heures près d'Avignon : personne n'a touché au compteur ni au tableau électrique de la maison

Elle entend son ballon d’eau chaude démarrer à 14 heures près d’Avignon : personne n’a touché au compteur ni au tableau électrique de la maison

Il est 14 heures passées de quelques minutes, un mardi de novembre, à Morières-lès-Avignon. Sylvie relit une traduction à la table de la cuisine quand un claquement sec résonne dans le cellier. Puis vient le bourdonnement grave, familier, du ballon d'eau chaude qui se met à chauffer. Elle lève la tête, pose son stylo et regarde l'horloge du four, sans comprendre.

Il range son camping-car sous un hangar ouvert en Haute-Savoie fin octobre : au printemps, le chauffe-eau et la pompe ont éclaté

Il range son camping-car sous un hangar ouvert en Haute-Savoie fin octobre : au printemps, le chauffe-eau et la pompe ont éclaté

Le moteur tournait encore au ralenti, un dimanche de fin octobre, vers seize heures. Sous la charpente du hangar de la ferme voisine, à Thônes, Gérard a coupé le contact et écouté le silence. Une odeur de foin humide, le cliquetis du métal qui refroidit, la lumière déjà basse sur les Aravis. Il a tapoté le volant, comme on dit au revoir à un vieux chien.

Elle décroche à Metz, son conseiller bancaire lui parle d'un paiement suspect : elle valide l'annulation et 1 900 euros quittent son compte

Elle décroche à Metz, son conseiller bancaire lui parle d’un paiement suspect : elle valide l’annulation et 1 900 euros quittent son compte

Il était 18 h 40, un mardi de novembre, et la pluie tapait contre la fenêtre de la cuisine, rue Mazelle, à Metz. Claire égouttait des pâtes quand son téléphone a vibré sur la toile cirée. Sur l'écran, le nom de sa banque, le même que d'habitude. Elle a coincé l'appareil contre son épaule, une main encore sur la passoire brûlante.