Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il nettoie chaque automne les gouttières bouchées par le chêne du voisin : la facture qu'il voulait lui envoyer n'a jamais quitté son tiroir

Il nettoie chaque automne les gouttières bouchées par le chêne du voisin : la facture qu’il voulait lui envoyer n’a jamais quitté son tiroir

Un matin d'octobre, l'échelle en aluminium grince contre le mur de la longère, près de Lamotte-Beuvron. Il est à peine neuf heures, la brume traîne encore sur l'étang. Gérard, 67 ans, plonge la main dans la gouttière et en sort une boue noire de feuilles de chêne. L'eau de la nuit déborde sur ses chaussures. Il soupire, compte les seaux, et pense au voisin.

Elle cherche la loi sur le souffleur de feuilles un dimanche midi : le texte national qu'elle croyait trouver n'existe tout simplement pas

Elle cherche la loi sur le souffleur de feuilles un dimanche midi : le texte national qu’elle croyait trouver n’existe tout simplement pas

Le gigot tournait doucement dans le four, la radio parlait bas sur le buffet de la cuisine. Il était midi passé de quelques minutes, ce dimanche d'octobre, quand le moteur a démarré derrière la haie de thuyas. Un sifflement aigu, continu, qui faisait vibrer la vitre au-dessus de l'évier. Claire a posé sa cuillère en bois et a regardé l'horloge.

Elle lance une machine de draps un dimanche soir à Saintes : dix-huit mois après l'achat, le magasin lui tend simplement un numéro de téléphone

Elle lance une machine de draps un dimanche soir à Saintes : dix-huit mois après l’achat, le magasin lui tend simplement un numéro de téléphone

Dimanche, vingt et une heures passées, dans la petite buanderie qui sent la lessive à la lavande. Sandrine vient de tasser deux parures de draps dans le tambour et d'appuyer sur départ. La machine ronronne, l'eau coule, puis un claquement sec résonne contre le carrelage. Le voyant rouge se met à clignoter, et le hublot reste fermé sur une eau grise et immobile.

Il pose son téléphone écran retourné à chaque dîner de famille : ses enfants le trouvent pourtant plus lointain que jamais, sans savoir pourquoi

Il pose son téléphone écran retourné à chaque dîner de famille : ses enfants le trouvent pourtant plus lointain que jamais, sans savoir pourquoi

Dimanche, dix-neuf heures quarante, la cocotte fume encore au milieu de la table de la cuisine. Thierry, 54 ans, tire sa chaise, s'assoit, sort son téléphone de sa poche et le pose à côté de son assiette, écran contre le bois. Un petit claquement sec. Ses trois enfants le regardent faire, comme chaque semaine, sans rien dire. Il sourit, satisfait : ce soir encore, il est tout à eux.

Elle passe du henné à une coloration châtain du supermarché : ses longueurs chauffent sous la serviette et virent au vert kaki en vingt minutes

Elle passe du henné à une coloration châtain du supermarché : ses longueurs chauffent sous la serviette et virent au vert kaki en vingt minutes

Il était presque vingt et une heures, la buée glissait lentement sur le miroir de la salle de bain. Camille avait étalé une vieille serviette sur ses épaules, les gants en plastique collaient à ses doigts. Le minuteur du téléphone affichait douze minutes. Puis elle a senti une chaleur sourde monter dans ses longueurs, comme si quelqu'un avait posé un fer à repasser contre sa nuque.

Ils acceptent un démoussage de toiture à 300 euros devant leur portail : le lendemain, l'artisan réclame 4 000 euros et un acompte

Ils acceptent un démoussage de toiture à 300 euros devant leur portail : le lendemain, l’artisan réclame 4 000 euros et un acompte

Un mardi d'octobre, vers dix heures, la sonnette a retenti deux fois dans le pavillon de Monique et Gérard. Dans la cuisine, la radio parlait de la météo du week-end et le chien grognait derrière la porte vitrée. Sur le trottoir, une camionnette blanche stationnait moteur coupé, une échelle sanglée sur le toit. Un homme en polo bleu souriait, un carnet à la main.

Il range le lave-vaisselle chaque soir depuis sa retraite : trois mois plus tard, chaque assiette posée déclenche une dispute dans la cuisine

Il range le lave-vaisselle chaque soir depuis sa retraite : trois mois plus tard, chaque assiette posée déclenche une dispute dans la cuisine

Il était un peu plus de vingt heures, et la porte du lave-vaisselle claquait contre son butoir avec ce petit bruit métallique que Martine connaissait par cœur. Gérard, tablier noué de travers, glissait une casserole dans le panier du haut. Dans la cuisine flottait encore l'odeur des poireaux. Martine, debout près de l'évier, a soupiré si fort que la radio semblait s'être tue.

Elle part voir sa fille en Auvergne avec ses pneus d'été : à la sortie de l'autoroute, un gendarme lui demande d'ouvrir son coffre

Elle part voir sa fille en Auvergne avec ses pneus d’été : à la sortie de l’autoroute, un gendarme lui demande d’ouvrir son coffre

Le thermos de café roulait doucement sur le siège passager, coincé contre un sac de clémentines. Il était onze heures dix, un samedi de fin novembre, et la Clio grise de Monique avalait les derniers kilomètres de l'A75. Dehors, un ciel lavé, aucune trace de neige. À la radio, quelqu'un parlait de châtaignes. Elle mit son clignotant vers la sortie, sans se douter de rien.

Il se réveille à 5 heures pile depuis le changement d'heure : trois semaines plus tard, il est persuadé que c'est la vieillesse qui commence

Il se réveille à 5 heures pile depuis le changement d’heure : trois semaines plus tard, il est persuadé que c’est la vieillesse qui commence

Il est 5 h 04 au radio-réveil, et le chiffre rouge éclaire à peine la table de nuit. Bernard fixe le plafond, les yeux grands ouverts, le cœur tranquille mais l'esprit déjà en route. Dans la maison, seul le frigo ronronne au rez-de-chaussée. À côté de lui, Monique respire lentement, et lui sait qu'il ne se rendormira pas.

Il bâche son camping-car tout l'hiver dans son jardin du Jura : en avril, l'odeur de moisi le saisit dès qu'il ouvre la porte

Il bâche son camping-car tout l’hiver dans son jardin du Jura : en avril, l’odeur de moisi le saisit dès qu’il ouvre la porte

Il était sept heures, ce matin d'avril, et la rosée perlait encore sur la bâche grise tendue dans le jardin. Bernard a défait la première sangle, le plastique a claqué contre la carrosserie comme une voile mouillée. Puis il a tourné la clé de la porte cellule. Une odeur lourde, humide, de cave fermée, lui est tombée dessus d'un coup.

Il demande à son voisin de couper une haie de thuyas de quatre mètres : la réponse tient en une date, plantée il y a trente-deux ans

Il demande à son voisin de couper une haie de thuyas de quatre mètres : la réponse tient en une date, plantée il y a trente-deux ans

Le mètre ruban claqua contre le grillage, un dimanche de mars, vers dix heures. Gilles, les pieds dans la pelouse encore humide, tira la languette jusqu'au premier tronc de thuya. Quatre-vingts centimètres. Au-dessus de lui, la haie montait comme un mur vert, si haute qu'elle avalait le soleil du matin et laissait sa terrasse dans une ombre froide jusqu'à midi.

Veuve à 62 ans, elle reçoit un refus de la Sécurité sociale : trois semaines plus tard, une seconde lettre change tout son budget

Veuve à 62 ans, elle reçoit un refus de la Sécurité sociale : trois semaines plus tard, une seconde lettre change tout son budget

La lettre attendait sur la toile cirée, à côté du bol de café refroidi. Il était un peu plus de neuf heures, la radio grésillait dans le salon, et Martine tenait l'enveloppe à deux mains sans l'ouvrir. Le logo de la caisse de retraite, elle le connaissait par cœur depuis trois mois. Dehors, le voisin passait la tondeuse, comme chaque mardi.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine un dimanche matin : trois semaines plus tard, c'est son propre assureur qui la rappelle

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine un dimanche matin : trois semaines plus tard, c’est son propre assureur qui la rappelle

Dimanche, sept heures et quart. Sylvie posait la bouilloire sur le feu quand une goutte est tombée sur le carrelage, juste à côté de son chausson. Elle a levé les yeux. Au-dessus de l'évier, une auréole brune, large comme une assiette, gonflait la peinture blanche. Dans l'appartement du dessus, on entendait encore la machine à laver tourner.

Il purge ses radiateurs avant l'hiver comme chaque année : deux jours plus tard, la chaudière s'arrête et l'étage reste glacé

Il purge ses radiateurs avant l’hiver comme chaque année : deux jours plus tard, la chaudière s’arrête et l’étage reste glacé

Samedi, dix heures, une odeur de café et de poussière chaude flotte dans le couloir. Gérard, genou posé sur un vieux torchon, tourne la petite clé carrée du radiateur du salon. Un sifflement fin, puis un crachotement, puis un filet d'eau tiède qui tombe dans le gobelet en plastique. Il referme, satisfait, et passe au suivant, comme chaque automne depuis vingt ans.

Elle remplace son shampoing en flacon par un pain solide en Alsace : trois semaines plus tard, ses cheveux collent comme de la cire

Elle remplace son shampoing en flacon par un pain solide en Alsace : trois semaines plus tard, ses cheveux collent comme de la cire

Il est sept heures moins le quart, à Sélestat, et la chaudière ronronne derrière la porte de la salle de bains. Claire tient sous le jet un petit pain rond, couleur miel, qui sent la lavande. Elle le frotte entre ses paumes, la mousse monte lentement. Sur l'étagère, la place des flacons en plastique est vide pour la première fois depuis des années.

Elle refait sa couleur châtain en boîte dans sa salle de bains, comme chaque mois : cette fois, ses pointes ressortent presque noires sous la lumière

Elle refait sa couleur châtain en boîte dans sa salle de bains, comme chaque mois : cette fois, ses pointes ressortent presque noires sous la lumière

Il était presque vingt et une heures, et la salle de bains sentait l'ammoniaque et le savon à la lavande. Sandrine, 47 ans, rinçait ses cheveux penchée au-dessus de la baignoire, l'eau brune tourbillonnant vers la bonde. Elle a redressé la tête, attrapé la serviette, puis s'est figée devant le miroir embué. Ses racines étaient châtain. Ses pointes, elles, semblaient trempées dans de l'encre.