Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il achète un sèche-linge affiché à moins 40 % pendant une opération d'automne : trois semaines plus tôt, l'appareil coûtait déjà presque le même prix

Il achète un sèche-linge affiché à moins 40 % pendant une opération d’automne : trois semaines plus tôt, l’appareil coûtait déjà presque le même prix

Un samedi d'octobre, vers onze heures, le magasin d'électroménager sentait le carton neuf et le café de la machine près des caisses. Julien, 41 ans, posait la main sur le hublot d'un sèche-linge blanc, tiède sous les néons. Au-dessus, une affiche orange claquait doucement sous la ventilation : moins 40 %, opération d'automne, trois jours seulement. Il a sorti son téléphone, puis l'a rangé.

Elle s'apprête à racheter un lave-linge après sept ans de service : le réparateur retire 50 euros de la facture sans aucun papier

Elle s’apprête à racheter un lave-linge après sept ans de service : le réparateur retire 50 euros de la facture sans aucun papier

Mardi, vingt et une heures passées, dans la buanderie d'une maison d'Échirolles. Le lave-linge a lâché un claquement sec en plein essorage, puis plus rien, sinon une odeur de caoutchouc chaud. Nadia, 44 ans, a ouvert le hublot sur un tambour plein d'eau grise et de serviettes trempées. Elle a soupiré, déjà persuadée qu'il faudrait en racheter un.

Il achète une Peugeot 308 d'occasion à un retraité de Metz : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Il achète une Peugeot 308 d’occasion à un retraité de Metz : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Le capot de la Peugeot était encore tiède sous la feuille, rue de Queuleu, à Metz, un samedi de mars vers dix-sept heures. Julien tenait le stylo, Gérard tenait les clés, et un merle s'acharnait sur la haie voisine. Les deux hommes ont signé en riant à cause du vent qui soulevait le papier. Personne n'a pensé à regarder l'heure inscrite en bas.

Il télétravaille trois jours par semaine à Rennes depuis un an : le soir, il est plus épuisé qu'après ses journées au bureau

Il télétravaille trois jours par semaine à Rennes depuis un an : le soir, il est plus épuisé qu’après ses journées au bureau

Sept heures cinquante, quartier Sainte-Thérèse, à Rennes. La bouilloire claque dans la cuisine, la pluie tapote contre la baie vitrée, et Julien pose son ordinateur sur la table du salon, entre une corbeille de fruits et le cahier de coloriage de sa fille. Il allume la caméra, ajuste la lampe. Neuf heures de travail l'attendent, sans quitter cette chaise.

À 58 ans, elle fait demi-tour sur le parking du supermarché : trois semaines plus tard, elle doute de chaque porte qu'elle ferme

À 58 ans, elle fait demi-tour sur le parking du supermarché : trois semaines plus tard, elle doute de chaque porte qu’elle ferme

Samedi, dix heures et quart, le parking du supermarché de Montauban sent le goudron chaud et le pain de la boulangerie voisine. Sylvie, 58 ans, pousse son chariot vers les portes automatiques quand elle s'arrête net. Une roue grince, un enfant pleure quelque part. Elle se retourne vers sa petite Clio grise, garée trois rangées plus loin, et ne sait plus.

À 63 ans, Monique attend sa première pension à Clermont-Ferrand : fin septembre, son compte bancaire affiche toujours zéro euro de retraite

À 63 ans, Monique attend sa première pension à Clermont-Ferrand : fin septembre, son compte bancaire affiche toujours zéro euro de retraite

Le 30 septembre, à sept heures et quart, la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de Monique, rue de l'Oradou à Clermont-Ferrand. Elle avait posé sa tablette contre le pot de sucre, ouvert l'application de sa banque, et faisait défiler les lignes du doigt. Dehors, un bus freinait au carrefour. Sur l'écran, pas la moindre trace de sa première pension de retraite.

Il commande quarante mètres de panneaux pour clôturer son jardin près d'Angers : avant la pose, la mairie lui réclame un dossier complet

Il commande quarante mètres de panneaux pour clôturer son jardin près d’Angers : avant la pose, la mairie lui réclame un dossier complet

Il était sept heures et demie, un mardi d'avril, quand le camion de livraison a reculé dans l'allée en bipant. Gérard, 64 ans, tenait encore son bol de café, la porte du garage ouverte sur l'odeur d'huile et de terre humide. Le chauffeur a déposé la palette au sol dans un bruit sourd. Vingt panneaux verts, rigides, de deux mètres de haut.

Elle baisse le chauffage à 17 °C dans son appartement de Lille : en janvier, des taches noires couvrent le mur derrière son armoire

Elle baisse le chauffage à 17 °C dans son appartement de Lille : en janvier, des taches noires couvrent le mur derrière son armoire

Il était sept heures moins le quart, et le radiateur de la chambre cliquetait à peine sous la fenêtre. Claire, 41 ans, tira la porte de l'armoire pour attraper un pull épais. Une odeur de cave lui monta au nez, sourde et humide. Derrière le montant de bois, contre le mur, une ombre grise s'étalait en petits points serrés.

Elle se lave les cheveux à l'eau brûlante chaque matin à Strasbourg : le soir même, ses racines brillent comme après trois jours sans shampooing

Elle se lave les cheveux à l’eau brûlante chaque matin à Strasbourg : le soir même, ses racines brillent comme après trois jours sans shampooing

Il est six heures quarante, rue de la Krutenau, et la buée recouvre déjà tout le miroir de la salle de bains. Claire tourne le mitigeur jusqu'en butée, à gauche, et attend que le jet devienne presque douloureux. Dehors, le thermomètre du balcon affiche moins quatre. Sous l'eau qui fume, elle ferme les yeux et se dit que c'est le meilleur moment de sa journée.

Elle veut changer le grillage rouillé qui la sépare de son voisin : il refuse de payer, et un vieil article du Code civil change tout

Elle veut changer le grillage rouillé qui la sépare de son voisin : il refuse de payer, et un vieil article du Code civil change tout

Il était sept heures et quart, un samedi de mars, et le café fumait encore sur la table de jardin. Nadine, 58 ans, a posé la main sur le grillage vert qui borde sa pelouse. Un bruit sec, une maille a cédé sous ses doigts. De l'autre côté, la tondeuse du voisin ronronnait déjà, régulière, comme tous les week-ends depuis douze ans.

Il coupe sa pompe à chaleur chaque matin avant de partir au travail : en janvier, sa facture d'électricité dépasse celle de l'hiver précédent

Il coupe sa pompe à chaleur chaque matin avant de partir au travail : en janvier, sa facture d’électricité dépasse celle de l’hiver précédent

Il est sept heures dix, la cuisine sent le café brûlé et le pain grillé. Julien enfile sa parka, attrape ses clés sur le crochet de l'entrée, puis s'arrête devant le petit boîtier blanc fixé au mur. Un appui sur le bouton, un bip discret, et le ronronnement de la pompe à chaleur s'éteint dehors, dans le froid encore noir de janvier.

Il ramone lui-même le poêle de sa longère en Mayenne depuis six ans : son assureur lui réclame deux certificats qu'il n'a jamais eus

Il ramone lui-même le poêle de sa longère en Mayenne depuis six ans : son assureur lui réclame deux certificats qu’il n’a jamais eus

Le hérisson de ramonage pendait encore au clou de la grange, noirci jusqu'aux poils. Ce samedi d'octobre, vers dix heures, Gérard, 58 ans, avait déjà étalé la bâche sous le poêle et coincé un vieux drap autour de la porte vitrée. Dehors, les corneilles criaient au-dessus du pré. Il vissa la première rallonge, comme chaque automne depuis six ans.

Elle remplace les vieilles fenêtres de son appartement lillois par du double vitrage : au premier hiver, le mur de sa chambre se couvre de taches noires

Elle remplace les vieilles fenêtres de son appartement lillois par du double vitrage : au premier hiver, le mur de sa chambre se couvre de taches noires

Il était sept heures, un matin de janvier, et la pluie fine de Lille glissait sans bruit sur les vitres neuves. Sophie a tiré la couette, posé les pieds sur le parquet froid, puis s'est arrêtée net. Derrière la tête de lit, dans l'angle du mur extérieur, une ombre grise s'étalait comme une tache d'encre diluée.

Elle trouve des poignées de cheveux dans la bonde chaque matin d'octobre : trois semaines plus tard, sa dermatologue lui parle de l'été dernier

Elle trouve des poignées de cheveux dans la bonde chaque matin d’octobre : trois semaines plus tard, sa dermatologue lui parle de l’été dernier

Il était sept heures moins dix, l'eau coulait encore tiède dans la douche de la petite salle de bains. Camille a baissé les yeux en sentant l'eau monter autour de ses chevilles. Dans la bonde, une masse sombre, emmêlée, brillait sous le néon. Elle s'est accroupie, l'a retirée du bout des doigts, et elle est restée là, immobile, à la regarder.

Elle refait sa coloration dans sa salle de bains quatre jours après un lissage brésilien : la teinte châtain ressort terne et presque invisible sur ses longueurs

Elle refait sa coloration dans sa salle de bains quatre jours après un lissage brésilien : la teinte châtain ressort terne et presque invisible sur ses longueurs

Dimanche, dix-neuf heures, la salle de bains sentait encore l'ammoniaque. Claire a coupé le minuteur de son téléphone, penché la tête au-dessus de la baignoire et laissé couler l'eau tiède. Le mélange brun glissait vers la bonde, comme d'habitude. Puis elle s'est relevée, a essuyé la buée du miroir avec sa manche, et elle est restée immobile, la serviette à la main.

Elle achète un lave-linge à moins 40 % sur un site marchand : treize mois plus tard, le vendeur lui répond d'appeler la marque

Elle achète un lave-linge à moins 40 % sur un site marchand : treize mois plus tard, le vendeur lui répond d’appeler la marque

Mardi, sept heures dix, la cuisine sent encore le café froid. Claire enfourne les draps des enfants dans le tambour, tourne le bouton, appuie sur départ. Le lave-linge ronronne, puis émet trois bips secs et s'arrête net, la porte verrouillée sur une eau grise. Sur l'écran, un code clignote, E21, comme un clin d'œil moqueur.

Il clique sur une friteuse sans huile à 79 euros au lieu de 149 : une semaine plus tôt, la même machine affichait déjà 85 euros

Il clique sur une friteuse sans huile à 79 euros au lieu de 149 : une semaine plus tôt, la même machine affichait déjà 85 euros

Il était presque vingt-trois heures, la télévision murmurait un match sans enjeu, et Julien faisait défiler son téléphone du pouce, allongé sur le canapé. Dans la cuisine, le four refroidissait en cliquetant après des frites surgelées un peu molles. Sur l'écran, une bannière rouge clignotait : friteuse sans huile, 149 euros barrés, 79 euros, offre limitée. Il s'est redressé d'un coup.

Il revient trois fois vérifier la porte depuis sa retraite : sa femme pense à sa mémoire, ce qu'ils découvrent tient dans un geste

Il revient trois fois vérifier la porte depuis sa retraite : sa femme pense à sa mémoire, ce qu’ils découvrent tient dans un geste

Il est neuf heures moins dix, la clé tourne deux fois dans la serrure, le loquet claque. Gérard descend les trois marches, fait quelques pas sur le gravier, puis s'arrête net. Sa main cherche déjà la poche de son blouson. Derrière le rideau de la cuisine, Monique le regarde remonter l'allée pour la troisième fois de la matinée.

Elle garde ses deux petits-enfants chaque mercredi depuis la rentrée : en octobre, le mardi soir, elle n'arrive plus à s'endormir

Elle garde ses deux petits-enfants chaque mercredi depuis la rentrée : en octobre, le mardi soir, elle n’arrive plus à s’endormir

Mardi, vingt et une heures quarante. Dans la cuisine de Monique, le lave-vaisselle ronronne et la pendule du salon cogne chaque seconde. Sur la table, elle a déjà posé le paquet de gâteaux, les feutres, deux gourdes rincées. Elle regarde ces objets alignés et sent son ventre se serrer, comme avant un examen. Demain, c'est mercredi, et elle n'ose pas s'avouer qu'elle n'en a pas envie.

Elle part en Ardèche avec ses vélos, son plein d'eau et ses provisions : au contrôle routier, les gendarmes lui montrent le chemin de la bascule

Elle part en Ardèche avec ses vélos, son plein d’eau et ses provisions : au contrôle routier, les gendarmes lui montrent le chemin de la bascule

Il était un peu plus de huit heures, sur la départementale qui longe l'Ardèche, et la chaleur montait déjà du bitume. Sylvie tenait le volant à deux mains, la radio en sourdine. Derrière elle, les vélos cliquetaient contre leur support. Au rond-point, un gendarme en gilet jaune a levé la main, lentement, et lui a fait signe de se ranger.

Il garde la maison meublée de sa mère en attendant de la vendre : en novembre, un avis de taxe d'habitation de 812 euros arrive à son nom

Il garde la maison meublée de sa mère en attendant de la vendre : en novembre, un avis de taxe d’habitation de 812 euros arrive à son nom

La clé tourne mal dans la serrure, comme toujours quand il pleut. Il est presque dix-sept heures, ce mardi de novembre, et Philippe pousse la porte de la maison de sa mère avec l'épaule. Le carrelage froid renvoie l'écho de ses pas. Dans la boîte aux lettres, coincée entre deux prospectus, une enveloppe blanche à fenêtre attend, avec son nom imprimé en majuscules.

Il vire 30 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : chez le notaire, une seule question sur un formulaire qu'il n'a jamais rempli

Il vire 30 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : chez le notaire, une seule question sur un formulaire qu’il n’a jamais rempli

Il était dix heures moins le quart, et la salle d'attente de l'étude sentait le café tiède et la moquette neuve. Gérard tapotait le dossier cartonné posé sur ses genoux, celui où il range tout depuis quarante ans. À côté de lui, Camille faisait tourner un trousseau de clés qui n'ouvrait encore rien. Puis la porte s'est ouverte, et une voix a prononcé leurs deux noms.

Elle part à la retraite en juillet avec une pension plus petite : en octobre, son impôt mensuel n'a toujours pas bougé d'un centime

Elle part à la retraite en juillet avec une pension plus petite : en octobre, son impôt mensuel n’a toujours pas bougé d’un centime

Le relevé était posé à côté du bol de café, un mardi d'octobre, vers huit heures. Dehors, le voisin rentrait ses poubelles et les roulettes raclaient le trottoir. Martine, 62 ans, a passé le doigt sur la ligne du prélèvement à la source, puis sur celle de sa pension. Elle a reposé ses lunettes, les a remises, et a recompté une troisième fois.

Elle branche deux déshumidificateurs dans sa chambre pour chasser l'humidité : trois semaines plus tard, les taches noires reviennent derrière l'armoire, au même endroit

Elle branche deux déshumidificateurs dans sa chambre pour chasser l’humidité : trois semaines plus tard, les taches noires reviennent derrière l’armoire, au même endroit

Il est vingt-deux heures, et dans la chambre de Claire, deux machines ronronnent en même temps, chacune dans son coin. Elle s'agenouille, tire le premier bac, sent l'eau tiède clapoter contre le plastique. Dehors, la pluie de novembre tape doucement sur le volet roulant. Elle verse l'eau dans le lavabo et revient, satisfaite, en se disant que cette fois, c'est réglé.