Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il part à la retraite en juin à Clermont-Ferrand : en septembre, sa pension plus faible subit un prélèvement plus lourd que son salaire

Il part à la retraite en juin à Clermont-Ferrand : en septembre, sa pension plus faible subit un prélèvement plus lourd que son salaire

Le café refroidissait dans le bol, à côté de l'enveloppe ouverte. Il était à peine huit heures, ce mardi de septembre, et la pluie fine tapotait la verrière de la cuisine, rue du Port, à Clermont-Ferrand. Gérard tenait son relevé de pension entre deux doigts, les lunettes remontées sur le front. Il relisait la même ligne pour la troisième fois, sans comprendre.

Elle hérite de sa mère à Nancy et pousse la porte du notaire : l'assurance-vie de 140 000 euros n'apparaît nulle part dans le dossier

Elle hérite de sa mère à Nancy et pousse la porte du notaire : l’assurance-vie de 140 000 euros n’apparaît nulle part dans le dossier

Le radiateur cliquetait dans l'étude du notaire, rue Saint-Dizier, à Nancy. Il était dix heures passées de quelques minutes, un mardi de février. Claire, 54 ans, tenait sur ses genoux une pochette cartonnée bleue, celle que sa mère rangeait dans le buffet du salon. Elle l'ouvrit, sortit un contrat jauni, et le posa sur le bureau en bois verni, presque fièrement.

Elle rapporte sa machine à café en panne après vingt mois : le vendeur lui tend aussitôt un contrat d'extension de garantie à 59 euros

Elle rapporte sa machine à café en panne après vingt mois : le vendeur lui tend aussitôt un contrat d’extension de garantie à 59 euros

Il était six heures quarante, la cuisine sentait encore le pain grillé, et Nadia appuyait pour la troisième fois sur le bouton rond de sa machine à café. Un clic sec, un ronronnement bref, puis plus rien. La petite diode orange clignotait dans la pénombre, obstinée. Dehors, sur l'avenue de Lodève, les premiers bus de Montpellier freinaient au feu rouge.

Il achète un lave-linge à moins 40 % dans une grande surface de Lille : le prix barré sur l'étiquette n'a jamais existé en rayon

Il achète un lave-linge à moins 40 % dans une grande surface de Lille : le prix barré sur l’étiquette n’a jamais existé en rayon

Un samedi de février, vers onze heures, le parking de la grande surface de Lille-Sud grinçait sous les roues des chariots. Karim poussait le sien d'une main, son téléphone coincé contre l'épaule. Au bout de l'allée électroménager, une étiquette jaune criait moins 40 %. Il s'est arrêté net, a posé la main sur le hublot froid d'un lave-linge blanc, et il a souri.

Il fait ramoner sa cheminée par son beau-frère chaque automne : en décembre, l'assureur lui réclame un certificat qu'il n'a jamais eu

Il fait ramoner sa cheminée par son beau-frère chaque automne : en décembre, l’assureur lui réclame un certificat qu’il n’a jamais eu

Il était presque vingt-deux heures, un dimanche de décembre, et le bois de chêne craquait doucement derrière la vitre de l'insert. Gérard avait les pieds sur le pouf, la télévision en sourdine. Puis il y eut ce grondement sourd, comme un train lointain qui passerait dans le mur. Une odeur âcre a envahi la pièce, et Monique s'est levée d'un bond.

Ils vident la maison de leurs parents à Besançon pour la vendre : deux week-ends plus tard, pas un seul carton n'a quitté le garage

Ils vident la maison de leurs parents à Besançon pour la vendre : deux week-ends plus tard, pas un seul carton n’a quitté le garage

Samedi, neuf heures, rue des Chaprais à Besançon. La clé grince dans la serrure, l'odeur de cire et de papier humide remonte du couloir. Claire, 51 ans, pose trois rouleaux de sacs-poubelle sur la table de la cuisine. Derrière elle, son frère Julien traîne une pile de cartons pliés qui frottent contre le chambranle. Ils se sont donné deux week-ends pour tout vider.

Il prête sa Peugeot à son petit-fils pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, l'avis de contravention arrive à son nom

Il prête sa Peugeot à son petit-fils pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, l’avis de contravention arrive à son nom

La boîte aux lettres grince toujours un peu quand on la tire vers soi. Ce mardi matin, vers dix heures, Gérard rentre du marché de Chambéry avec un sac de pommes et une baguette sous le bras. Entre deux prospectus, une enveloppe blanche à fenêtre, frappée d'un logo officiel. Il la retourne, fronce les sourcils, et reste planté là, le pain refroidissant contre sa veste.

Il commande douze panneaux pour clôturer son jardin près d'Angers : trois jours avant la pose, la mairie lui réclame un formulaire qu'il ignorait

Il commande douze panneaux pour clôturer son jardin près d’Angers : trois jours avant la pose, la mairie lui réclame un formulaire qu’il ignorait

Samedi, huit heures et quart, le camion de livraison recule en bipant dans l'allée gravillonnée. Thierry, 58 ans, tient son café d'une main et fait signe de l'autre. Sur la palette, douze panneaux de bois composite anthracite, emballés sous film plastique, attendent d'être dressés en limite de son jardin, aux portes d'Angers. Il pense avoir enfin réglé la question du vis-à-vis.

Elle remplace les vieilles fenêtres en bois de sa longère bretonne : au premier froid, l'eau ruisselle chaque matin sur les vitres neuves

Elle remplace les vieilles fenêtres en bois de sa longère bretonne : au premier froid, l’eau ruisselle chaque matin sur les vitres neuves

Il est sept heures, la cuisine sent encore le pain grillé de la veille, et Annick tire le rideau d'un geste machinal. Sur la vitre neuve, des gouttes descendent lentement, se rejoignent, puis tombent dans une petite flaque sur l'appui en PVC blanc. Elle passe le doigt, c'est froid et mouillé. Dehors, la lande est grise, l'air immobile, et la maison, elle, semble pleurer.

Il paie sa taxe foncière chaque septembre dans sa maison de l'Aude : son voisin du même âge, maison identique, ne reçoit aucune facture

Il paie sa taxe foncière chaque septembre dans sa maison de l’Aude : son voisin du même âge, maison identique, ne reçoit aucune facture

Le facteur est passé vers onze heures, dans un grincement de frein de vélo, et l'enveloppe à fenêtre a glissé dans la boîte avec les publicités du supermarché. Bernard l'a ouverte debout dans l'allée, ses lunettes remontées sur le front, sous le soleil encore chaud de septembre. Mille cent quarante euros. Comme chaque année, il a soupiré, puis il a plié l'avis en quatre.

Il rallume son insert un soir de novembre dans le Limousin : deux hivers sans ramonage, et l'assureur réclame un certificat qu'il n'a pas

Il rallume son insert un soir de novembre dans le Limousin : deux hivers sans ramonage, et l’assureur réclame un certificat qu’il n’a pas

Il était un peu plus de vingt heures, ce mardi de novembre, et la pluie tapait doucement sur les volets. Dans le salon, Gérard venait de poser une bûche de chêne sur les braises. La porte vitrée de l'insert a claqué, le tirage a ronflé une seconde. Puis une odeur âcre est montée, et une fumée grise a commencé à glisser sous le plafond.

Il ramasse depuis dix ans les pommes du voisin tombées sur sa pelouse : un matin d'octobre, le voisin l'accuse de vol devant chez lui

Il ramasse depuis dix ans les pommes du voisin tombées sur sa pelouse : un matin d’octobre, le voisin l’accuse de vol devant chez lui

Il était un peu plus de huit heures, la rosée collait encore aux bottes de Gérard. Dans le jardin, sous le grand pommier du voisin, les fruits roulaient dans l'herbe avec un bruit sourd, presque régulier. Gérard, 68 ans, s'est penché, a ramassé une reinette encore froide, l'a frottée sur sa manche. Derrière la haie, une voix l'a interrompu sèchement.

Elle achète deux cents euros de peinture blanche pour son mur : le voisin pose la main dessus et dit « la moitié est à moi »

Elle achète deux cents euros de peinture blanche pour son mur : le voisin pose la main dessus et dit « la moitié est à moi »

Samedi, neuf heures, la rosée collait encore aux bottes de Claire. Au fond du jardin, le vieux mur de pierre luisait, gris et moussu, long d'une vingtaine de mètres. Elle a posé les deux pots de peinture blanche sur la brouette, puis a gratté une pierre du bout de l'ongle. De l'autre côté, un sécateur s'est arrêté net.

Elle aime son métier de bibliothécaire depuis douze ans : chaque dimanche à 18 heures, son ventre se noue sans raison qu'elle sache nommer

Elle aime son métier de bibliothécaire depuis douze ans : chaque dimanche à 18 heures, son ventre se noue sans raison qu’elle sache nommer

Le four ronronnait encore, la tarte aux pommes refroidissait sur la grille, et la lumière d'octobre baissait déjà derrière les volets. Il était 18 heures passées de quelques minutes. Claire, assise sur le canapé, a senti la boule revenir, exactement au même endroit, sous les côtes. Dans la cuisine, la radio annonçait la météo de lundi. Elle a coupé le son.

Elle s'abonne à une box beauté vendue un euro le premier mois : trois mois plus tard, 29,90 euros partent chaque mois de son compte

Elle s’abonne à une box beauté vendue un euro le premier mois : trois mois plus tard, 29,90 euros partent chaque mois de son compte

Le relevé s'affichait sur l'écran du téléphone, posé contre la tasse de thé encore chaude. Il était sept heures vingt, la machine à laver tournait dans la salle de bains avec son ronronnement habituel. Camille faisait défiler les lignes du pouce, distraite, quand trois montants identiques l'ont arrêtée net : 29,90 euros, trois fois, au même nom qu'elle ne reconnaissait pas tout de suite.

Il achète un lave-linge en promotion pour sa famille de quatre : dès le premier essorage, le tambour cogne contre la carrosserie comme un marteau

Il achète un lave-linge en promotion pour sa famille de quatre : dès le premier essorage, le tambour cogne contre la carrosserie comme un marteau

Le samedi matin, vers dix heures, la maison sentait encore le café et la lessive en attente. Julien, 44 ans, avait poussé la vieille machine dans le garage la veille, à bout de bras. Le panier débordait de draps et de maillots de foot. Il a appuyé sur le bouton, la porte s'est verrouillée avec un petit claquement sec.

Elle hérite de la petite maison de sa tante en Corrèze : le notaire lui annonce que l'État prendra 55 % de sa valeur

Elle hérite de la petite maison de sa tante en Corrèze : le notaire lui annonce que l’État prendra 55 % de sa valeur

La clé tournait mal dans la serrure, il fallait soulever un peu la porte en bois gonflée par l'hiver. Il était dix heures, un matin de mars, et l'odeur de cire froide est montée d'un coup. Claire a posé son sac sur la toile cirée à carreaux. Sur le buffet, la pendule de sa tante Odette s'était arrêtée à quatre heures vingt.

Elle remonte chaque matin l'escalier pour vérifier sa porte d'entrée : à 54 ans, elle se croit atteinte d'un trou de mémoire durable

Elle remonte chaque matin l’escalier pour vérifier sa porte d’entrée : à 54 ans, elle se croit atteinte d’un trou de mémoire durable

Il est 7 h 42, le moteur de la Clio tourne déjà au bas de l'immeuble, et Nathalie a la main sur la portière. Dans la poche de son manteau, ses clés pèsent contre sa cuisse. Elle s'arrête, regarde la fenêtre du deuxième étage, soupire. Puis elle coupe le moteur et remonte l'escalier, une marche après l'autre, pour la troisième fois de la semaine.

Il prend sa retraite le 1er septembre et surveille son compte chaque matin : début octobre, toujours aucun virement de sa caisse de retraite

Il prend sa retraite le 1er septembre et surveille son compte chaque matin : début octobre, toujours aucun virement de sa caisse de retraite

Le 2 octobre, un peu avant sept heures, la cuisine sent encore le café réchauffé. Gérard tapote l'écran de son téléphone, le pouce hésitant, pendant que le radiateur cliquette sous la fenêtre. L'application de la banque met trois secondes à s'ouvrir. Il fait défiler les opérations une par une, lentement, et cherche une ligne qui n'est toujours pas là.

Elle s'offre un lissage brésilien fin septembre à Bordeaux : trois semaines plus tard, sa coloration habituelle glisse sur ses longueurs

Elle s’offre un lissage brésilien fin septembre à Bordeaux : trois semaines plus tard, sa coloration habituelle glisse sur ses longueurs

Un mardi d'octobre, dix-huit heures passées, rue Notre-Dame à Bordeaux. Le séchoir ronronne, l'eau tiède coule encore dans le bac. Claire, 38 ans, se redresse, une serviette sur les épaules, et attrape une mèche du bout des doigts. Les racines brillent d'un châtain cuivré parfait. Les longueurs, elles, n'ont presque pas bougé, comme si la couleur avait glissé dessus.

Elle écrit chaque matin sa liste de tâches à Tours : chaque soir, plus de la moitié des lignes restent sans aucune croix

Elle écrit chaque matin sa liste de tâches à Tours : chaque soir, plus de la moitié des lignes restent sans aucune croix

Sept heures et quart, rue Colbert, à Tours. La bouilloire siffle, le chat gratte la porte-fenêtre, et Martine, 63 ans, tire vers elle un carnet à spirale. Elle débouche un stylo bleu, écrit la date en haut de la page et commence à aligner les lignes. Douze tâches ce matin. Elle souligne la première deux fois, comme une promesse faite à elle-même.

Il tourne la clé un matin de gel à Gérardmer, rien ne répond : sa batterie n'avait que deux ans et le garagiste a souri

Il tourne la clé un matin de gel à Gérardmer, rien ne répond : sa batterie n’avait que deux ans et le garagiste a souri

Six heures quarante, un mardi de novembre, à la sortie de Gérardmer. Le pare-brise est couvert d'une fine dentelle de givre, le thermomètre de la cuisine affiche zéro pile. Bernard, 58 ans, gratte la vitre avec sa carte de fidélité, s'assoit, tourne la clé. Un claquement sec, un ronronnement las, puis plus rien. Dans le silence, il entend seulement la chaudière du voisin.

À 74 ans, il prête sa voiture à son petit-fils pour un week-end : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive dans sa boîte

À 74 ans, il prête sa voiture à son petit-fils pour un week-end : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive dans sa boîte

Le facteur est passé vers onze heures, un mardi de mars, pendant que la bouilloire sifflait dans la cuisine. Gérard, 74 ans, a posé ses lunettes sur le bout du nez et retourné l'enveloppe blanche à fenêtre. Au dos, un logo qu'il connaissait sans jamais l'avoir reçu chez lui. Il a ouvert lentement, debout près de l'évier, et il a reconnu sa propre plaque d'immatriculation.