Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle se réveille à 5 heures chaque matin depuis fin octobre : trois semaines plus tard, l'horloge du four affiche un détail oublié

Elle se réveille à 5 heures chaque matin depuis fin octobre : trois semaines plus tard, l’horloge du four affiche un détail oublié

Le radiateur de la chambre cliquetait doucement, comme chaque nuit quand la chaudière se relance. Nathalie a ouvert les yeux d'un coup, parfaitement réveillée, la couette remontée jusqu'au menton. Sur la table de nuit, les chiffres rouges affichaient 5 h 02. Le réveil devait sonner à 6 h 30. Dehors, la rue était noire, et le chat attendait déjà derrière la porte.

À 66 ans, il s'impose dix mille pas chaque jour depuis sa retraite : les jours de pluie, il tourne dans son salon jusqu'à minuit

À 66 ans, il s’impose dix mille pas chaque jour depuis sa retraite : les jours de pluie, il tourne dans son salon jusqu’à minuit

La pluie tambourinait sur la verrière de la cuisine, et il était presque vingt-deux heures. Gérard, 66 ans, faisait des allers-retours entre l'évier et la porte du cellier, la montre levée à hauteur des yeux. Six mille deux cents pas. Dans le salon, sa femme Monique baissait le son de la télévision pour entendre ses chaussons frotter le carrelage, encore et encore.

Elle rapporte son lave-linge en panne au magasin après vingt mois : le vendeur lui tend un numéro de fabricant et referme son dossier

Elle rapporte son lave-linge en panne au magasin après vingt mois : le vendeur lui tend un numéro de fabricant et referme son dossier

Il était sept heures et quart, un samedi de novembre, et la buanderie sentait encore la lessive à la lavande. Sandrine a appuyé deux fois sur le bouton de démarrage, puis une troisième, plus fort. Le tambour plein de draps n'a pas bougé. Sur l'écran, un code clignotait en rouge, E21, accompagné d'un petit bip régulier qui ressemblait à un reproche.

À 68 ans, Gérard prend la route du Cantal en pneus d'été : un panneau rond à l'entrée de la vallée l'arrête net sur le bas-côté

À 68 ans, Gérard prend la route du Cantal en pneus d’été : un panneau rond à l’entrée de la vallée l’arrête net sur le bas-côté

Le moteur tournait au ralenti sur le parking de la boulangerie, la buée s'effaçait lentement du pare-brise. Il était sept heures et quart, ce 2 novembre, et Gérard avait posé sur le siège passager une boîte de chouquettes encore tièdes. Dans le coffre, deux cadeaux d'anniversaire emballés de papier rouge. Trois heures de route le séparaient de ses petits-enfants, quelque part au fond d'une vallée du Cantal.

À 71 ans, Monique attend chaque début de mois la pension de son mari : huit mois après l'enterrement, son relevé bancaire n'affiche toujours rien

À 71 ans, Monique attend chaque début de mois la pension de son mari : huit mois après l’enterrement, son relevé bancaire n’affiche toujours rien

Le facteur est passé à dix heures, comme chaque matin, en faisant claquer le couvercle de la boîte aux lettres. Monique a descendu les trois marches du perron en gilet, le café encore tiède dans la main gauche. Une publicité pour des volets, une facture d'eau, rien d'autre. Sur la table de la cuisine, le relevé bancaire de mars attendait, ouvert, avec son colonne de chiffres trop courte.

Elle perd sa mère un mardi et la banque bloque le compte le vendredi : les pompes funèbres réclamaient déjà un acompte de 1 800 euros

Elle perd sa mère un mardi et la banque bloque le compte le vendredi : les pompes funèbres réclamaient déjà un acompte de 1 800 euros

Le téléphone a sonné à six heures dix, un mardi de novembre, pendant que la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine. Nathalie a reconnu le numéro de l'Ehpad avant même de décrocher. Elle s'est assise sur le tabouret, la main encore posée sur le couvercle tiède. Dehors, les phares des premières voitures balayaient le plafond, et sa mère venait de mourir dans son sommeil.

Ils partent pour la Toussaint en camping-car avec vélos et réservoirs pleins : au contrôle routier, la balance affiche quatre cents kilos de trop

Ils partent pour la Toussaint en camping-car avec vélos et réservoirs pleins : au contrôle routier, la balance affiche quatre cents kilos de trop

Il était sept heures et quart, un samedi d'octobre, et la pluie fine faisait briller l'allée du pavillon. Bernard, 64 ans, refermait la soute arrière en appuyant du genou, comme chaque fois. Dans la cuisine du camping-car, Martine rangeait les dernières boîtes de conserve, et le réservoir d'eau, rempli la veille au jet du jardin, glougloutait doucement à chaque mouvement.

Il ratisse ses feuilles un samedi de novembre et les brûle comme son père : dans l'après-midi, la police municipale sonne au portail

Il ratisse ses feuilles un samedi de novembre et les brûle comme son père : dans l’après-midi, la police municipale sonne au portail

Le râteau grattait la pelouse humide avec un bruit sec, régulier, presque apaisant. Il était neuf heures, un samedi de novembre, et le brouillard tenait encore au-dessus des toits du lotissement. Gérard, 67 ans, avait enfilé sa vieille veste de chasse et ses bottes vertes. Au fond du jardin, près du cabanon, le tas de feuilles montait déjà jusqu'à ses genoux.

Elle rapporte son aspirateur à 300 euros en panne après dix-huit mois : le vendeur lui tend le numéro du fabricant et referme le dossier

Elle rapporte son aspirateur à 300 euros en panne après dix-huit mois : le vendeur lui tend le numéro du fabricant et referme le dossier

Il était sept heures moins le quart, un mardi de février, et le salon sentait encore le café froid de la veille. Nadia a appuyé sur la gâchette de l'aspirateur balai, comme chaque matin avant de partir. Un petit claquement sec, une odeur de plastique chaud, puis plus rien. Les miettes du goûter sont restées là, sous la table, bien alignées.

Elle voit une tache brune grandir au plafond de sa cuisine : l'assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier n'est pas le sien

Elle voit une tache brune grandir au plafond de sa cuisine : l’assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier n’est pas le sien

Il était sept heures moins le quart, la bouilloire commençait à siffler sur la plaque. Nadia leva les yeux pour attraper un bol sur l'étagère et s'arrêta net. Au-dessus de la hotte, une auréole brune, de la taille d'une assiette, s'était dessinée dans la nuit. Elle passa le doigt dessus : le plâtre était tiède et légèrement mou.

Il se couche à 22 heures depuis trente ans sans jamais rater : depuis le 25 octobre, il fixe le plafond jusqu'à minuit passé

Il se couche à 22 heures depuis trente ans sans jamais rater : depuis le 25 octobre, il fixe le plafond jusqu’à minuit passé

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre de la chambre, à Joué-lès-Tours. Sur la table de nuit, le réveil affichait 23 h 47 en chiffres rouges. Gilles avait éteint la lumière à 22 heures, comme chaque soir depuis trente ans. Il entendait la respiration lente de Nadine, le chat qui grattait dans le couloir, et son propre cœur, trop éveillé, qui comptait les minutes avec lui.

Elle reconnaît le numéro de sa banque sur l'écran de son téléphone : trois heures plus tard, 4 200 euros ont quitté son compte courant

Elle reconnaît le numéro de sa banque sur l’écran de son téléphone : trois heures plus tard, 4 200 euros ont quitté son compte courant

Il était 18 h 40, un mardi de novembre, et la soupe de potimarron frémissait doucement sur la plaque. Nadine, 58 ans, essuyait ses mains sur un torchon quand son téléphone a vibré contre le bois de la table. Sur l'écran, un nom familier s'affichait, celui de son agence bancaire, avec le numéro qu'elle connaissait par cœur depuis vingt ans.

Elle gagne une heure de sommeil au passage à l'heure d'hiver : toute la semaine suivante, elle se lève plus épuisée qu'avant

Elle gagne une heure de sommeil au passage à l’heure d’hiver : toute la semaine suivante, elle se lève plus épuisée qu’avant

Le dimanche matin, la cuisine sentait encore le pain grillé de la veille. Claire a regardé le four, qui affichait 8 h 12, puis son téléphone, qui disait 7 h 12. Elle a souri, s'est resservi un café, et a pensé à cette heure offerte comme à un petit cadeau. Dehors, la rue était déjà claire, presque trop pour un dimanche d'automne.

Il part voir sa fille dans les Vosges avec ses pneus été : au premier rond-point, deux gendarmes lui font signe de se ranger

Il part voir sa fille dans les Vosges avec ses pneus été : au premier rond-point, deux gendarmes lui font signe de se ranger

Le moteur tournait au ralenti dans la cour, le pare-brise encore embué par la fraîcheur du matin. Il était sept heures dix, ce samedi 4 novembre, et Gérard calait le carton de confitures entre deux sacs sur la banquette arrière. Monique lui tendait son thermos de café par la vitre. Le ciel était clair, la route serait sèche, il serait chez sa fille pour midi.

À 62 ans, elle remplit le dossier de réversion de son mari : la caisse lui annonce un partage avec une femme qu'elle n'a jamais rencontrée

À 62 ans, elle remplit le dossier de réversion de son mari : la caisse lui annonce un partage avec une femme qu’elle n’a jamais rencontrée

La lettre attendait sur le buffet de l'entrée, coincée sous le bol à clés, depuis la veille au soir. Monique l'a ouverte un mardi vers dix heures, debout, encore en manteau, le chat qui miaulait contre ses mollets. Le papier sentait l'encre fraîche de l'imprimante. À la deuxième ligne, elle s'est assise sur la marche de l'escalier, sans même poser son sac.

Elle remplace ses flacons de shampoing par un pain solide acheté au marché : trois semaines plus tard, ses cheveux collent comme de la cire

Elle remplace ses flacons de shampoing par un pain solide acheté au marché : trois semaines plus tard, ses cheveux collent comme de la cire

Sept heures dix, la vapeur montait contre le carreau de la petite salle de bains. Claire frottait le pain beige entre ses paumes, l'eau chaude crépitait sur le receveur en résine. Une odeur de lavande et d'huile d'olive emplissait la pièce. Sur l'étagère, plus un seul flacon : elle les avait tous portés au bac jaune la veille, avec une satisfaction tranquille.

Il ramasse chaque automne les noix tombées du voisin dans sa pelouse : un samedi matin, le voisin sonne avec un panier et l'accuse de vol

Il ramasse chaque automne les noix tombées du voisin dans sa pelouse : un samedi matin, le voisin sonne avec un panier et l’accuse de vol

Il était sept heures et demie, un mardi d'octobre, et la rosée collait encore aux brins d'herbe. Gérard s'est penché, a ramassé une noix, l'a fait rouler dans sa paume. Au-dessus de lui, les branches du grand noyer de Bernard craquaient doucement sous le vent. Un bruit sec, puis un autre : deux noix venaient de tomber près de la cabane à outils.

Il purge ses radiateurs chaque mois d'octobre depuis vingt ans dans sa maison : cette année, le haut brûle mais le bas reste froid comme de la pierre

Il purge ses radiateurs chaque mois d’octobre depuis vingt ans dans sa maison : cette année, le haut brûle mais le bas reste froid comme de la pierre

Le samedi matin, vers neuf heures, la maison sentait encore le café et la toile cirée. Gérard s'agenouilla devant le radiateur du salon, un chiffon jaune plié sur l'avant-bras, la petite clé de purge serrée entre deux doigts. Un sifflement fin s'échappa, puis un filet d'eau tiède coula dans le pot de yaourt. Comme chaque octobre depuis vingt ans, il recommençait le même rituel.

Elle renonce à l'aide pour sa mère de 87 ans à Limoges : la maison familiale n'a jamais été menacée par le département

Elle renonce à l’aide pour sa mère de 87 ans à Limoges : la maison familiale n’a jamais été menacée par le département

Dans la cuisine de la rue de la Mauvendière, la bouilloire sifflait depuis une minute sans que personne ne bouge. Sylvie, 58 ans, regardait sa mère chercher le sucre dans le placard des casseroles. Il était sept heures et quart, un mardi de novembre, et la radio annonçait du brouillard sur Limoges. Ce matin-là, elle a compris que Jeanne ne pourrait plus rester seule.

Il part à la retraite en avril avec un tiers de revenu en moins : en octobre, son taux d'impôt n'a pas bougé d'une décimale

Il part à la retraite en avril avec un tiers de revenu en moins : en octobre, son taux d’impôt n’a pas bougé d’une décimale

Il était sept heures et demie, un mardi d'octobre, et Gérard tournait sa cuillère dans un bol de café trop chaud. Sur la toile cirée, le relevé de pension venait d'arriver, plié en trois. Dehors, le camion des poubelles grinçait au bout de la rue. Il a lu la ligne du prélèvement, puis l'a relue en fronçant les sourcils, le doigt posé sur le chiffre.

Il fait ramoner son poêle à bois par son beau-frère dans le Jura : après un feu de conduit, l'assureur réclame un certificat qu'il n'a pas

Il fait ramoner son poêle à bois par son beau-frère dans le Jura : après un feu de conduit, l’assureur réclame un certificat qu’il n’a pas

Il était un peu plus de vingt et une heures, la neige tombait serrée sur la cour, et le poêle ronronnait comme chaque soir. Thierry, 54 ans, venait de recharger deux bûches de hêtre. Puis un grondement sourd est monté du conduit, comme un train lointain, et une odeur âcre a envahi le salon de la vieille ferme jurassienne.

Elle voulait enfin quitter son henné après dix ans de rituel : la coiffeuse a posé ses ciseaux et refusé de toucher à ses cheveux

Elle voulait enfin quitter son henné après dix ans de rituel : la coiffeuse a posé ses ciseaux et refusé de toucher à ses cheveux

Le séchoir ronronnait au fond du salon, et une odeur de laque flottait jusqu'à la vitrine. Il était dix heures dix, un mardi de mars, quand Nadia s'est assise dans le fauteuil en cuir noir. Elle a dénoué son chignon d'un geste lent. Ses cheveux sont tombés sur ses épaules, d'un roux cuivré, profond, presque trop brillant sous les spots.

Elle lave toutes ses serviettes à 30 °C depuis deux ans pour économiser : depuis l'été, le linge propre sent le mouillé dès la sortie

Elle lave toutes ses serviettes à 30 °C depuis deux ans pour économiser : depuis l’été, le linge propre sent le mouillé dès la sortie

Il est sept heures moins le quart, la buanderie sent la lessive à la fleur de coton. Nathalie ouvre le hublot, tire une serviette bleue encore tiède et la porte à son visage, par réflexe. Le bip de fin de cycle résonne encore dans le couloir. Et sous le parfum de la lessive, il y a cette odeur sourde, humide, qu'elle ne parvient plus à ignorer.

Il paie 79 euros d'extension de garantie pour son lave-vaisselle neuf : dix-huit mois plus tard, la panne révèle qu'il était déjà couvert

Il paie 79 euros d’extension de garantie pour son lave-vaisselle neuf : dix-huit mois plus tard, la panne révèle qu’il était déjà couvert

Un mardi soir de novembre, vers vingt-deux heures, la cuisine de Julien sentait encore le gratin. Il a refermé la porte du lave-vaisselle, appuyé sur le bouton, entendu le petit bip habituel. Puis plus rien, sinon un bourdonnement sourd et une flaque grise qui stagnait au fond de la cuve. Il est resté accroupi devant l'appareil, la main sur la poignée tiède.