Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il range sa sacoche après quarante ans d'atelier en septembre : un mois plus tard, le couple se dispute pour une tasse posée sur la table

Il range sa sacoche après quarante ans d’atelier en septembre : un mois plus tard, le couple se dispute pour une tasse posée sur la table

Il était neuf heures dix, un mardi d'octobre, et la radio grésillait sur le rebord de la fenêtre. Martine essuyait le plan de travail quand elle entendit, derrière elle, le tiroir des couverts s'ouvrir pour la troisième fois. Gérard cherchait une cuillère. Elle serra l'éponge si fort que l'eau coula sur son poignet, et elle ne dit rien.

Il coupe tous les circuits de son camping-car avant l'hiver : en mars, la batterie cellule refuse de prendre le moindre ampère

Il coupe tous les circuits de son camping-car avant l’hiver : en mars, la batterie cellule refuse de prendre le moindre ampère

Le portail du hangar a grincé sur son rail, un mardi de mars, vers neuf heures. Gérard a tiré la bâche humide, posé la main sur la carrosserie froide du camping-car. Dans l'air flottait une odeur de poussière et de gasoil. Il a tourné la clé de la porte cellule, appuyé sur l'interrupteur du tableau de bord. Rien. Pas un voyant, pas un bip, pas même un grésillement.

Elle attend sa pension de réversion depuis le printemps à Limoges : en octobre, son relevé bancaire affiche toujours la même ligne vide

Elle attend sa pension de réversion depuis le printemps à Limoges : en octobre, son relevé bancaire affiche toujours la même ligne vide

Le relevé est posé sur la toile cirée, à côté d'un bol de café qui refroidit. Dans la cuisine de la rue Montmailler, à Limoges, l'horloge marque neuf heures dix. Monique, 71 ans, suit les lignes du doigt, lentement, une deuxième fois. Dehors, un camion de livraison recule en bipant. Octobre touche à sa fin, et la somme qu'elle attend depuis avril n'est toujours pas là.

Elle sort du salon avec un blond froid parfait à Montpellier : deux semaines plus tard, ses mèches tirent sur le jaune paille

Elle sort du salon avec un blond froid parfait à Montpellier : deux semaines plus tard, ses mèches tirent sur le jaune paille

Il était presque dix-neuf heures, rue de l'Aiguillerie, et le sèche-cheveux venait de se taire dans le salon. Camille s'est penchée vers le miroir, a passé deux doigts dans ses longueurs et a souri sans rien dire. Le blond était exactement celui de la photo qu'elle gardait sur son téléphone depuis des mois, froid, lumineux, presque argenté sous les spots.

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir et l'eau ne part plus : au magasin, on lui tend le numéro du fabricant et on la salue

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir et l’eau ne part plus : au magasin, on lui tend le numéro du fabricant et on la salue

Il était presque vingt-deux heures, un dimanche de février, et la cuisine sentait encore le gratin. Nadia a refermé la porte du lave-vaisselle d'un coup de hanche, appuyé sur le bouton éco, puis éteint la lumière. Le ronronnement familier a commencé, l'eau a coulé dans la cuve. Vingt minutes plus tard, un bip sec, trois fois, a traversé l'appartement silencieux.

Il range les placards de la cuisine le premier lundi de sa retraite : trois semaines plus tard, sa femme et lui ne se parlent presque plus

Il range les placards de la cuisine le premier lundi de sa retraite : trois semaines plus tard, sa femme et lui ne se parlent presque plus

Le lundi matin, à huit heures et quart, la cuisine sentait encore le café. Alain, 63 ans, retraité depuis vendredi, avait sorti tous les bocaux sur la table et les alignait par taille, en silence. Le réfrigérateur ronronnait, la radio parlait de la météo. Quand Martine est rentrée du marché, elle a posé son panier et n'a rien dit pendant un long moment.

Elle réserve un chalet à Gérardmer pour la mi-novembre avec sa citadine : un ami lui parle d'une amende alors qu'aucun flocon n'est annoncé

Elle réserve un chalet à Gérardmer pour la mi-novembre avec sa citadine : un ami lui parle d’une amende alors qu’aucun flocon n’est annoncé

Le jeudi soir, vers vingt et une heures, Camille repliait une carte des Vosges sur la table de sa cuisine, à Nancy. La bouilloire sifflait, le chauffage cliquetait dans le mur. Sur son téléphone, la confirmation du chalet brillait encore : deux nuits près de Gérardmer, mi-novembre. Elle a pensé à ses chaussures de marche, à son bonnet, mais pas une seconde à ses pneus.

Elle attend que la pension de son mari décédé arrive d'elle-même : six mois plus tard, son relevé bancaire n'affiche toujours aucun versement

Elle attend que la pension de son mari décédé arrive d’elle-même : six mois plus tard, son relevé bancaire n’affiche toujours aucun versement

Le facteur passe vers onze heures, et Monique l'entend toujours avant de le voir, à cause du grincement de la boîte aux lettres en fer. Ce matin d'octobre, elle descend l'allée en chaussons, une main serrée sur son gilet. Une enveloppe de la banque, une publicité pour des fenêtres. Elle ouvre le relevé debout, près du portail, et cherche une ligne qui n'y est pas.

Il range son camping-car sous un hangar d'Auvergne fin octobre : au printemps, une flaque sous le marchepied et un chauffe-eau fendu sur toute sa longueur

Il range son camping-car sous un hangar d’Auvergne fin octobre : au printemps, une flaque sous le marchepied et un chauffe-eau fendu sur toute sa longueur

Le cadenas du hangar a grincé un samedi de mars, vers dix heures, quand le soleil commençait à peine à tiédir la tôle. Gérard a poussé la grande porte coulissante, et l'odeur de poussière et de foin sec l'a accueilli comme chaque année. Le camping-car blanc attendait au fond, intact en apparence. Sous le marchepied, pourtant, une auréole sombre marquait le béton.

Il taille lui-même la haie de thuyas qui déborde chez lui : le lendemain matin, son voisin lui parle de porter plainte

Il taille lui-même la haie de thuyas qui déborde chez lui : le lendemain matin, son voisin lui parle de porter plainte

Samedi, huit heures du matin, l'herbe encore mouillée sous les sabots en plastique. Gérard, 64 ans, pose l'escabeau contre le grillage et regarde la haie de thuyas qui avale la moitié de ses tomates. Le taille-haie électrique ronronne dans sa main. Les premières branches tombent sur la pelouse avec un bruit sec, une odeur de résine monte, et il se dit qu'il aurait dû le faire depuis longtemps.

Elle verse 350 euros par mois à son fils étudiant à Lyon : son beau-frère lui montre la ligne de sa déclaration qu'elle laisse vide depuis septembre

Elle verse 350 euros par mois à son fils étudiant à Lyon : son beau-frère lui montre la ligne de sa déclaration qu’elle laisse vide depuis septembre

Le virement part le 5 de chaque mois, vers huit heures, pendant que la bouilloire siffle dans la cuisine de la Croix-Rousse. Nathalie tapote son téléphone d'un pouce, entre deux gorgées de thé trop chaud. Trois cent cinquante euros pour Hugo, son fils, étudiant en deuxième année de droit à l'autre bout de Lyon. Elle ne vérifie même plus le libellé, c'est devenu un geste.

Elle s'endort sur le canapé dès 18 heures depuis fin octobre : à 5 heures du matin, elle fixe le plafond, parfaitement réveillée

Elle s’endort sur le canapé dès 18 heures depuis fin octobre : à 5 heures du matin, elle fixe le plafond, parfaitement réveillée

Il est 18 h 10, la pluie tapote la baie vitrée et la soupe chauffe doucement sur la plaque. Claire, 54 ans, s'est assise une minute sur le canapé, le plaid sur les genoux. Le journal télévisé murmure. Quand elle rouvre les yeux, la soupe a attaché au fond de la casserole et son mari la regarde, un peu inquiet, depuis la porte de la cuisine.

Ils garent leur camping-car pour l'hiver dans un hangar du Jura : en avril, le chauffe-eau est fendu et la batterie ne charge plus

Ils garent leur camping-car pour l’hiver dans un hangar du Jura : en avril, le chauffe-eau est fendu et la batterie ne charge plus

Le cadenas du hangar a grincé dans le froid du matin, un samedi d'avril vers neuf heures. Gérard a tiré la porte coulissante, et l'odeur de foin humide est montée jusqu'à lui. Sous les néons, le camping-car blanc attendait, exactement là où il l'avait laissé en novembre. Martine a sorti les clés de sa poche, impatiente de retrouver la route après cinq mois.

Il part à la retraite en juillet avec une pension plus faible que son salaire : en octobre, son taux de prélèvement n'a presque pas bougé

Il part à la retraite en juillet avec une pension plus faible que son salaire : en octobre, son taux de prélèvement n’a presque pas bougé

Le relevé était posé sur la toile cirée, à côté du bol de café encore tiède. Il était sept heures et quart, un mardi d'octobre, et la chaudière ronronnait dans le cellier. Gérard a chaussé ses lunettes, a suivi la colonne avec l'ongle du pouce. Sa pension était bien là, plus maigre que l'ancien salaire, comme prévu. Mais la ligne juste en dessous ne ressemblait à rien de prévu.

Elle lègue 60 000 euros d'assurance vie à ses trois neveux : trois mois plus tard, le notaire leur annonce 4 308 euros à payer chacun

Elle lègue 60 000 euros d’assurance vie à ses trois neveux : trois mois plus tard, le notaire leur annonce 4 308 euros à payer chacun

Le café refroidissait dans les tasses ébréchées, sur la toile cirée jaune de la cuisine d'Odette. Il était dix heures, un jeudi de novembre, et la pendule du couloir battait trop fort dans l'appartement vide. Julien, Sandrine et Karim triaient des enveloppes kraft en silence. Au fond d'une boîte à chaussures, une feuille pliée en quatre portait le logo d'un assureur et trois prénoms soulignés au stylo bleu.

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur dans sa longère : aux premiers froids, ses radiateurs en fonte restent tièdes sans aucune panne

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur dans sa longère : aux premiers froids, ses radiateurs en fonte restent tièdes sans aucune panne

Le thermomètre de la cuisine affichait dix-sept degrés, un matin de novembre, à sept heures. Gérard a posé la paume à plat sur le radiateur en fonte sous la fenêtre, comme il le faisait depuis trente ans. Le métal était tiède, à peine. Dehors, le module de la pompe à chaleur ronronnait doucement contre le mur de silex, sans un voyant rouge.

Il décroche un appel de sa banque un mardi soir en pleine cuisine : l'opération qu'il valide pour bloquer la fraude, c'est lui qui la paie

Il décroche un appel de sa banque un mardi soir en pleine cuisine : l’opération qu’il valide pour bloquer la fraude, c’est lui qui la paie

Il était dix-neuf heures quarante, un mardi de novembre, et la soupe de potiron frémissait sur la plaque. Gérard tournait la cuillère en bois d'une main, le téléphone posé contre le compotier. Quand l'écran s'est allumé, il a vu s'afficher un numéro qui ressemblait à celui de son agence. Il a essuyé ses doigts sur son tablier et il a décroché.

À 64 ans, elle se réveille chaque nuit à 4 heures pile : trois semaines plus tard, son carnet de sommeil montre tout autre chose

À 64 ans, elle se réveille chaque nuit à 4 heures pile : trois semaines plus tard, son carnet de sommeil montre tout autre chose

Le radiateur cliquette dans le couloir, la maison de Saumur est noire, et le réveil affiche 4 h 02. Martine, 64 ans, garde les yeux ouverts sur le plafond. Elle connaît ce moment par cœur : le silence épais, le chien qui soupire dans son panier, la certitude qu'elle ne se rendormira pas. Depuis trois ans, chaque nuit, c'est la même heure.

Il apprend que la banque a bloqué les comptes de son père défunt : il croit devoir avancer seul les 4 000 euros des obsèques

Il apprend que la banque a bloqué les comptes de son père défunt : il croit devoir avancer seul les 4 000 euros des obsèques

Le téléphone a sonné un mardi, à 6 h 40, pendant que la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine de Julien. Au bout du fil, l'infirmière de nuit de l'Ehpad parlait doucement, en choisissant ses mots. Il a posé sa tasse sur le rebord de l'évier, regardé la cour encore noire. Son père, Bernard, 84 ans, était parti dans son sommeil, sans bruit.

Il prend sa retraite à Perpignan et reste enfin chez lui : trois mois plus tard, le couple se dispute pour un panier de lave-vaisselle

Il prend sa retraite à Perpignan et reste enfin chez lui : trois mois plus tard, le couple se dispute pour un panier de lave-vaisselle

Il était sept heures vingt, un mardi de février, et le soleil de Perpignan tapait déjà sur le carrelage de la cuisine. Gérard tenait une assiette creuse au-dessus du panier du bas, hésitant. Derrière lui, Martine posa sa tasse sur le plan de travail avec un petit bruit sec. Elle ne dit rien, mais il entendit très bien ce silence-là.

Elle reçoit un appel de sa banque pour bloquer un virement suspect : trois semaines plus tard, la banque refuse de rembourser 7 400 euros

Elle reçoit un appel de sa banque pour bloquer un virement suspect : trois semaines plus tard, la banque refuse de rembourser 7 400 euros

Mardi, 18 h 40. Sylvie venait de poser les sacs de courses sur le carrelage de la cuisine, les poireaux dépassaient du cabas. Le téléphone a vibré contre la corbeille à fruits. Sur l'écran, le numéro de son agence, celui qu'elle connaît par cœur depuis vingt ans. Une voix d'homme, calme, presque désolée : un virement suspect partait de son compte, il fallait agir vite.

Il fait réparer le feu arrière de sa vieille Clio trois mois après le contrôle : le garage lui annonce qu'il faut tout repasser depuis le début

Il fait réparer le feu arrière de sa vieille Clio trois mois après le contrôle : le garage lui annonce qu’il faut tout repasser depuis le début

Il était huit heures dix, un mardi de mars, et le néon du centre de contrôle grésillait au-dessus de la fosse. Gérard, 67 ans, attendait sur une chaise en plastique, un gobelet de café tiède entre les mains. Derrière la vitre, le contrôleur faisait le tour de sa Clio grise, une lampe à la main. Puis il s'est penché longuement vers l'arrière gauche.

Il bâche son camping-car au fond du jardin dans le Jura pour l'hiver : en mars, la batterie est morte et le chauffe-eau fendu sur toute sa hauteur

Il bâche son camping-car au fond du jardin dans le Jura pour l’hiver : en mars, la batterie est morte et le chauffe-eau fendu sur toute sa hauteur

Dehors, un ciel bas couleur d'ardoise, et l'herbe encore raide de givre au fond du jardin. Il est neuf heures, ce samedi de mars, quand Gérard tire sur la bâche verte qui couvre son camping-car depuis octobre. Le plastique craque, une plaque de glace glisse et tombe à ses pieds. Il ouvre la porte cellule, appuie sur l'interrupteur. Rien ne s'allume.

Elle prépare son remariage à 68 ans avec un ancien cheminot : sa voisine lui parle d'une pension qui disparaît le jour du oui

Elle prépare son remariage à 68 ans avec un ancien cheminot : sa voisine lui parle d’une pension qui disparaît le jour du oui

Le café refroidissait dans la tasse à fleurs, et la radio de la cuisine annonçait de la pluie pour l'après-midi. Monique, 68 ans, tenait entre ses doigts le faire-part qu'elle avait dessiné elle-même, encore humide d'encre bleue. Il était dix heures passées. Dans le jardin d'à côté, on entendait le sécateur de Josiane, sa voisine, qui taillait les rosiers en sifflotant.