Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle découvre une tache brune au plafond de sa salle de bains : l'assureur du voisin refuse de payer et lui donne un délai de cinq jours

Elle découvre une tache brune au plafond de sa salle de bains : l’assureur du voisin refuse de payer et lui donne un délai de cinq jours

Il était un peu plus de sept heures, un mardi de novembre, quand Nadine a posé le pied sur le tapis de bain. Il était froid, spongieux, presque mouillé. Au-dessus du lavabo, une goutte s'est détachée du plafond et a claqué dans la vasque, avec ce petit bruit sec qu'on finit par entendre partout. Puis une autre, trois secondes plus tard.

Il baisse le chauffage à 17 °C dans toute sa maison pour économiser : en janvier, des taches noires couvrent le mur derrière l'armoire

Il baisse le chauffage à 17 °C dans toute sa maison pour économiser : en janvier, des taches noires couvrent le mur derrière l’armoire

Un samedi de janvier, vers dix heures, Didier tire l'armoire de la chambre pour récupérer une chaussette tombée derrière. Le meuble racle le parquet avec un bruit sourd. Une odeur de cave lui monte au nez, froide et un peu sucrée. Sur le mur, du plancher jusqu'à hauteur d'épaule, s'étale une constellation de points noirs qu'il n'avait jamais vue.

Elle arrive au salon pour couvrir deux ans de henné : la coiffeuse pose son bol et exige d'abord de tester une seule mèche

Elle arrive au salon pour couvrir deux ans de henné : la coiffeuse pose son bol et exige d’abord de tester une seule mèche

Mardi, dix heures et quart, le salon sentait encore le café et la laque. Camille, 34 ans, s'était assise dans le fauteuil du fond, une photo de châtain cuivré sur son téléphone. Nadia avait déjà sorti le bol, le pinceau, le tube d'oxydant. Puis elle avait passé la main dans ses cheveux, frotté une mèche entre deux doigts, et reposé le pinceau sans un mot.

Il achète à 71 ans un camping-car de 3,8 tonnes d'occasion : au contrôle technique, on lui annonce un rendez-vous chaque année

Il achète à 71 ans un camping-car de 3,8 tonnes d’occasion : au contrôle technique, on lui annonce un rendez-vous chaque année

Sept heures du matin, une cour de gravier près de Montauban, et le cliquetis d'une bâche qu'on replie. Gérard, 71 ans, tourne autour du camping-car blanc avec un chiffon humide, comme on caresse un cheval. Le moteur tiède ronronne encore. Sur le tableau de bord, la carte grise attend, rangée dans une pochette plastique, à côté d'un vieux permis rose plié en trois.

Elle demande à son voisin de rabattre ses thuyas de quatre mètres : il répond qu'ils sont plantés là depuis trente ans

Elle demande à son voisin de rabattre ses thuyas de quatre mètres : il répond qu’ils sont plantés là depuis trente ans

Il était un peu plus de quatre heures, un samedi de mars, et l'ombre avait déjà avalé la moitié du potager. Sylvie, 58 ans, tenait encore son plantoir à la main, les genoux mouillés par la terre froide. De l'autre côté du grillage, un sécateur claquait. Elle s'est relevée, a essuyé ses mains sur son pantalon, et a décidé que c'était le moment de parler.

Elle s'offre un balayage blond polaire en septembre chez sa coiffeuse : un mois plus tard, ses mèches tirent sur le jaune paille

Elle s’offre un balayage blond polaire en septembre chez sa coiffeuse : un mois plus tard, ses mèches tirent sur le jaune paille

Le séchoir ronronnait encore quand Camille a levé les yeux vers le miroir du salon, un samedi de septembre, vers dix-sept heures. Sous la lumière des spots, ses mèches brillaient d'un blond presque blanc, froid comme du givre. Elle a passé la main dedans, lentement, pour vérifier que c'était bien elle. Sandrine, la coiffeuse, souriait derrière, le peigne encore à la main.

Elle passe au shampoing sans sulfate pour protéger sa couleur : trois mois plus tard, ses cheveux regraissent dès le lendemain matin

Elle passe au shampoing sans sulfate pour protéger sa couleur : trois mois plus tard, ses cheveux regraissent dès le lendemain matin

Il était sept heures dix, et l'eau de la douche cognait contre le carrelage blanc. Claire, 41 ans, passait les doigts dans ses longueurs cuivrées et sentait quelque chose de collant, comme une cire tiède. Le sèche-cheveux ronronnait déjà dans la pièce d'à côté, branché par sa fille. Elle avait lavé ses cheveux la veille au soir, pourtant ils pendaient déjà, lourds et sans éclat.

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir après le repas de famille : vingt mois après l'achat, le vendeur lui réclame une extension qu'elle n'avait pas

Elle lance son lave-vaisselle un dimanche soir après le repas de famille : vingt mois après l’achat, le vendeur lui réclame une extension qu’elle n’avait pas

Il était presque vingt-deux heures, ce dimanche de mars, et la cuisine sentait encore le gigot. Nadine a refermé la porte du lave-vaisselle d'un coup de hanche, appuyé sur le bouton, entendu le petit bip familier. Puis un ronronnement, un gargouillis, et plus rien. Sur l'écran, un code rouge clignotait. Au fond de la cuve, l'eau grise stagnait, immobile, sur les assiettes du repas.

Elle change trois fois de lessive en un mois : ses serviettes sortent propres du tambour mais sentent toujours le moisi au séchage

Elle change trois fois de lessive en un mois : ses serviettes sortent propres du tambour mais sentent toujours le moisi au séchage

Le séchoir grinçait légèrement quand Claire y accrocha la dernière serviette, un mardi soir vers vingt et une heures. La buanderie sentait encore la lessive à la fleur de coton, ce parfum rassurant qu'elle achetait depuis des années. Elle passa la main sur le tissu tiède, satisfaite. Le lendemain matin, en pliant le linge sec, une autre odeur lui monta au visage, sourde et humide.

Elle répond à ses mails chaque soir pour arriver sereine au bureau : six mois plus tard, elle se réveille à 3 heures toutes les nuits

Elle répond à ses mails chaque soir pour arriver sereine au bureau : six mois plus tard, elle se réveille à 3 heures toutes les nuits

Il est 22 h 40, la lampe du salon jette un rond jaune sur le canapé. Claire a replié ses jambes sous elle, l'ordinateur en équilibre sur un coussin. Le lave-vaisselle ronronne dans la cuisine, son mari dort déjà. Elle tape une dernière réponse, clique sur envoyer, et sent ce petit soulagement qu'elle connaît bien : demain sera plus léger.

Elle attend au feu rouge chaque matin d'octobre depuis des années : son moteur ne se coupe plus et le garage ne trouve rien

Elle attend au feu rouge chaque matin d’octobre depuis des années : son moteur ne se coupe plus et le garage ne trouve rien

Il est sept heures quarante, rue de la République, et le feu passe au rouge devant la boulangerie. Nathalie freine, pose le pied bien à fond, attend le petit soubresaut familier. Rien. Le moteur continue de ronronner sous le capot, la buée gagne doucement le pare-brise. Elle tapote le volant du bout des doigts, regarde le compteur, puis le feu, sans comprendre.

Il part en vacances d'automne avec son camping-car et deux vélos électriques : sur une aire de l'A75, les gendarmes le font monter sur la balance

Il part en vacances d’automne avec son camping-car et deux vélos électriques : sur une aire de l’A75, les gendarmes le font monter sur la balance

Sept heures et quart, un samedi d'octobre, dans une cour de lotissement près de Tours. Le moteur du camping-car tournait au ralenti, la buée s'effaçait lentement du pare-brise. Gérard, 64 ans, serrait une dernière fois les sangles des deux vélos électriques sur le porte-vélos arrière. Dans la cellule, Martine rangeait les bocaux de confiture en écoutant le réservoir d'eau finir de se remplir.

Elle se réveille à 5 heures depuis le changement d'heure : trois semaines plus tard, son corps refuse toujours de rattraper l'horloge

Elle se réveille à 5 heures depuis le changement d’heure : trois semaines plus tard, son corps refuse toujours de rattraper l’horloge

Le radio-réveil affichait 5 h 02, en chiffres rouges, sur la table de nuit en merisier. Dehors, rien, pas même le camion des poubelles. Monique a tiré la couette jusqu'au menton, écouté le tic-tac de la pendule du couloir, puis le ronflement régulier du frigo en bas. C'était le lundi 27 octobre, deux jours après le passage à l'heure d'hiver, et elle était parfaitement réveillée.

Elle ramasse chaque automne les noix tombées sur sa pelouse : cette année, son voisin sonne pour lui reprocher de voler sa récolte

Elle ramasse chaque automne les noix tombées sur sa pelouse : cette année, son voisin sonne pour lui reprocher de voler sa récolte

Il était un peu plus de neuf heures, la rosée brillait encore sur la pelouse, et le panier d'osier pesait déjà lourd au bras de Monique. Elle se penchait, ramassait, se relevait, avec ce petit craquement des coques sous les semelles. Au-dessus d'elle, la grande branche du noyer voisin débordait du grillage. Puis la sonnette du portail a retenti, deux coups secs.

Elle lave tout à 30 °C depuis un an pour alléger sa facture : son linge propre sort désormais de la machine avec une odeur d'égout

Elle lave tout à 30 °C depuis un an pour alléger sa facture : son linge propre sort désormais de la machine avec une odeur d’égout

Un mardi soir, vers vingt et une heures, le bip de fin de cycle a retenti dans la buanderie. Claire a ouvert le hublot, a sorti une serviette encore tiède et l'a portée machinalement à son visage. Elle s'est figée. Le tissu, tout juste lavé, dégageait une odeur lourde, humide, presque celle d'une bouche d'égout après l'orage.

Elle s'impose 10 000 pas par jour dès la rentrée de septembre : trois semaines plus tard, la montre reste au fond d'un tiroir

Elle s’impose 10 000 pas par jour dès la rentrée de septembre : trois semaines plus tard, la montre reste au fond d’un tiroir

Il est vingt-deux heures quarante, un mardi de septembre, et Claire tourne autour de la table basse de son salon. La télévision murmure un jeu, le chat la suit des yeux depuis le canapé. À son poignet, la montre affiche 8 412. Elle soupire, accélère un peu, fait demi-tour devant la bibliothèque. Il lui manque encore presque mille six cents pas.

Elle signe le devis des obsèques de son père un mardi matin : la banque bloque le compte et elle vide l'épargne de sa fille

Elle signe le devis des obsèques de son père un mardi matin : la banque bloque le compte et elle vide l’épargne de sa fille

Le téléphone a sonné à 6 h 40, un mardi de novembre, pendant que la bouilloire commençait à siffler. Claire a reconnu le numéro de la maison de retraite avant même de décrocher. Elle s'est assise sur le tabouret de la cuisine, la main encore posée sur la poignée du placard. Dehors, le brouillard collait aux vitres et le chien grattait la porte pour sortir.

Il vide les réservoirs de son camping-car avec soin chaque automne : au printemps, le chauffe-eau fendu lui coûte plus de 800 euros

Il vide les réservoirs de son camping-car avec soin chaque automne : au printemps, le chauffe-eau fendu lui coûte plus de 800 euros

Un samedi de fin octobre, vers dix heures, le moteur de la pompe ronronnait encore à vide sous la banquette. Gérard, accroupi devant la trappe extérieure, regardait le dernier filet d'eau couler sur le gravier de l'allée. Une odeur de feuilles mouillées montait du jardin. Il a refermé la trappe d'un coup sec, satisfait, persuadé d'avoir fait exactement ce qu'il fallait.

Il coupe lui-même les branches du chêne voisin qui débordent sur sa pelouse : le lendemain matin, son voisin prononce le mot « avocat » devant le portail

Il coupe lui-même les branches du chêne voisin qui débordent sur sa pelouse : le lendemain matin, son voisin prononce le mot « avocat » devant le portail

Un samedi de novembre, vers neuf heures, le râteau de Gérard grattait le gazon détrempé avec un bruit de papier froissé. Le tas de feuilles brunes montait déjà à hauteur de genou, au pied de la haie. Au-dessus de lui, les longues branches du chêne voisin s'étiraient jusqu'au milieu de sa pelouse. Il a posé le râteau, regardé l'arbre, et il est allé chercher l'échelle.

Il quitte l'atelier le 30 septembre et compte sur sa pension pour octobre : au 10 du mois, son compte affiche toujours zéro versement

Il quitte l’atelier le 30 septembre et compte sur sa pension pour octobre : au 10 du mois, son compte affiche toujours zéro versement

Le 10 octobre, à sept heures et quart, la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de Gérard, à Montluçon. Il avait posé son téléphone contre le sucrier, l'application de la banque ouverte, et il faisait défiler les opérations du bout de l'index. Le loyer partait dans cinq jours. Dehors, un camion-poubelle reculait en bipant, et la ligne qu'il attendait n'était toujours pas là.

Elle garde ses fenêtres fermées tout l'automne pour payer moins de chauffage : en novembre, ce qu'elle trouve derrière l'armoire de sa chambre

Elle garde ses fenêtres fermées tout l’automne pour payer moins de chauffage : en novembre, ce qu’elle trouve derrière l’armoire de sa chambre

Il était sept heures du matin, la chambre sentait le linge propre et quelque chose d'autre, une odeur de cave. Martine a tiré l'armoire de quelques centimètres pour récupérer une chaussette tombée derrière. Le pied du meuble a raclé le parquet avec un petit cri sec. Sur le mur, juste au-dessus de la plinthe, s'étalait une constellation de points noirs qu'elle n'avait jamais vue.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine un dimanche matin : l'assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier n'est pas le sien

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine un dimanche matin : l’assureur du voisin du dessus lui répond que ce dossier n’est pas le sien

Dimanche, huit heures et quart, la bouilloire commençait à siffler dans la petite cuisine de Claire. Elle a levé les yeux pour attraper une tasse sur l'étagère, et elle l'a vue. Une auréole brune, ronde comme une assiette, juste au-dessus de l'évier. Au centre, une goutte grossissait lentement, hésitait, puis tombait sur l'inox avec un petit bruit sec, régulier comme une horloge.

Il accepte au téléphone un audit énergétique gratuit pour sa maison : le jeudi suivant, l'homme sonne avec un bon de commande de 18 000 euros

Il accepte au téléphone un audit énergétique gratuit pour sa maison : le jeudi suivant, l’homme sonne avec un bon de commande de 18 000 euros

Il était un peu plus de dix-neuf heures, la soupe frémissait sur la plaque et la radio parlait de la météo du lendemain. Le téléphone fixe a sonné dans l'entrée, ce vieux bruit aigrelet que Gérard, 68 ans, n'entend presque plus. Il s'est essuyé les mains sur le torchon, a décroché, et une voix jeune, très aimable, a prononcé son nom de famille sans une hésitation.