Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle décroche, le numéro de son agence de Caen s'affiche à l'écran : trois minutes plus tard, 4 870 euros quittent son compte courant

Elle décroche, le numéro de son agence de Caen s’affiche à l’écran : trois minutes plus tard, 4 870 euros quittent son compte courant

Le lave-vaisselle venait de lancer son cycle, un grondement sourd sous le plan de travail. Il était 18 h 40, un mardi de novembre, et Sylvie épluchait des carottes au-dessus de l'évier. Son téléphone a vibré contre la corbeille à fruits. Sur l'écran, ce nom qu'elle connaissait par cœur, enregistré depuis des années : Agence Caen Vaucelles. Elle s'est essuyé les mains et a décroché.

Il dit oui à chaque demande de sa responsable depuis deux ans : à l'entretien annuel, on lui reproche de ne jamais savoir prioriser

Il dit oui à chaque demande de sa responsable depuis deux ans : à l’entretien annuel, on lui reproche de ne jamais savoir prioriser

Le néon du troisième étage grésillait au-dessus du bureau de Julien, rue Nationale, à Lille. Il était 18 h 40, la machine à café du couloir lâchait son dernier soupir. Sur son écran, un message de Claire venait de s'afficher : « Tu pourrais regarder ça avant demain ? » Il a tapé « Oui, bien sûr » avant même d'ouvrir la pièce jointe.

Il achète un SUV diesel d'occasion à Orléans et ignore un voyant orange : 2 400 kilomètres plus tard, le moteur refuse de redémarrer sur un parking

Il achète un SUV diesel d’occasion à Orléans et ignore un voyant orange : 2 400 kilomètres plus tard, le moteur refuse de redémarrer sur un parking

Il était sept heures dix, un mardi de février, et le givre collait encore au pare-brise du SUV gris garé devant le pavillon. Julien a tourné la clé, comme chaque matin. Le tableau de bord s'est allumé, un bip sec a résonné dans l'habitacle, puis plus rien. Sur l'écran central, une phrase en lettres blanches : démarrage impossible.

Elle se réjouit de gagner une heure au changement d'heure à Strasbourg : une semaine plus tard, ses yeux s'ouvrent chaque matin à cinq heures

Elle se réjouit de gagner une heure au changement d’heure à Strasbourg : une semaine plus tard, ses yeux s’ouvrent chaque matin à cinq heures

Le radiateur de la chambre cliquetait doucement, et dehors, sur le quai des Bateliers, un tramway passait dans le noir. Il était cinq heures deux. Claire fixait le plafond, les yeux grands ouverts, le corps lourd comme après une nuit blanche. Sur la table de nuit, son téléphone affichait une date : le 1er novembre, une semaine pile après le changement d'heure.

Il roule vers Gérardmer avec ses pneus d'été fin novembre : à l'entrée des Vosges, un panneau lui annonce une obligation qu'il ignorait

Il roule vers Gérardmer avec ses pneus d’été fin novembre : à l’entrée des Vosges, un panneau lui annonce une obligation qu’il ignorait

Il était sept heures dix, le moteur de la Peugeot tournait doucement dans la cour encore noire. Gérard glissait le sac de cadeaux derrière le siège passager, à côté du thermos de café. Le givre craquait sous ses chaussures, un chien aboyait deux maisons plus loin. Dans quatre heures, il serait chez sa fille, à Gérardmer, pour l'anniversaire de sa petite-fille.

Elle retrouve un chèque de sa marraine au fond d'un tiroir : au guichet de sa banque nantaise, la conseillère refuse de l'encaisser

Elle retrouve un chèque de sa marraine au fond d’un tiroir : au guichet de sa banque nantaise, la conseillère refuse de l’encaisser

Le tiroir du buffet a résisté, puis cédé d'un coup, en lâchant une pluie d'élastiques et de piles usées. Il était un peu plus de vingt et une heures, un dimanche de mars, à Nantes. Camille cherchait un tournevis. Sous une notice de grille-pain, elle a vu une enveloppe crème, son prénom écrit à l'encre bleue, et une écriture qu'elle aurait reconnue entre mille.

Il accepte un audit énergétique gratuit proposé au téléphone à Poitiers : trois jours plus tard, un devis signé de 18 000 euros arrive

Il accepte un audit énergétique gratuit proposé au téléphone à Poitiers : trois jours plus tard, un devis signé de 18 000 euros arrive

Le téléphone fixe a sonné à dix heures dix, pendant que la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine. Gérard a baissé le feu, essuyé ses mains sur le torchon et décroché. Dehors, le vent de novembre poussait les feuilles du tilleul contre la porte-fenêtre. Au bout du fil, une voix posée, très polie, parlait d'un programme national et d'une visite gratuite.

Elle recoupe sa frange encore humide un dimanche soir à Brest : le lendemain matin, deux centimètres ont disparu au-dessus de ses sourcils

Elle recoupe sa frange encore humide un dimanche soir à Brest : le lendemain matin, deux centimètres ont disparu au-dessus de ses sourcils

Dimanche, vingt et une heures passées, à Brest. Dans la petite salle de bains du deuxième étage, la buée glisse encore sur le miroir et la pluie frappe le vasistas. Camille, 34 ans, essuie la glace du revers de la main, attrape les ciseaux à ongles rangés dans le gobelet et tire sur sa frange mouillée, qui lui tombe sur les cils.

Il exige l'abattage du sapin de quinze mètres planté chez son voisin : la réponse tient sur une photo jaunie datée de l'été 1990

Il exige l’abattage du sapin de quinze mètres planté chez son voisin : la réponse tient sur une photo jaunie datée de l’été 1990

Samedi, neuf heures, sous un ciel gris des Vosges. Le râteau de Gérard racle la pelouse, ramène pour la troisième fois de la semaine un tapis d'aiguilles brunes. Au-dessus de lui, le sapin du voisin bouche le soleil jusqu'à midi. Gérard pose l'outil contre la clôture, mesure l'écart à grands pas, et se dit que cette fois, ça suffit.

Elle se colore au henné depuis un an à Aix : au salon, le coiffeur repose son bol et refuse les mèches qu'elle réclame

Elle se colore au henné depuis un an à Aix : au salon, le coiffeur repose son bol et refuse les mèches qu’elle réclame

Le séchoir ronronnait au fond du salon, un samedi vers dix heures, rue d'Italie à Aix. Claire, 41 ans, avait posé son sac sur ses genoux et tendait déjà son téléphone, une photo de mèches blondes à l'écran. Le coiffeur a soulevé une longueur cuivrée entre deux doigts, l'a frottée doucement, puis il a reposé le bol d'oxydant sur la desserte.

Elle écrit chaque matin une liste de trente tâches pour tenir sa journée : le soir, une seule ligne barrée suffit à la faire douter de tout

Elle écrit chaque matin une liste de trente tâches pour tenir sa journée : le soir, une seule ligne barrée suffit à la faire douter de tout

Il est sept heures quarante, la bouilloire siffle dans la cuisine encore sombre. Claire, 38 ans, ouvre son carnet à spirale sur la table, à côté d'une tasse qui fume. Le stylo gratte le papier, une ligne après l'autre, sans s'arrêter. Quand elle relève la tête, la page est pleine : trente tâches, numérotées, alignées comme des soldats prêts à partir.

Il installe un congélateur neuf dans son garage près de Clermont : en janvier, les glaces des petits-enfants ont ramolli au fond des bacs

Il installe un congélateur neuf dans son garage près de Clermont : en janvier, les glaces des petits-enfants ont ramolli au fond des bacs

Dehors, le givre blanchissait encore la haie de thuyas, et la porte du garage grinça sur son rail vers neuf heures. Gérard posa la main sur le couvercle du congélateur, comme on vérifie le front d'un enfant. Le moteur était silencieux. Dans le bac du haut, les pots de glace à la fraise cédaient sous ses doigts, mous comme du beurre laissé sur la table.

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur dans l'Allier : chaque matin à 7 heures, le disjoncteur saute et tout s'éteint

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur dans l’Allier : chaque matin à 7 heures, le disjoncteur saute et tout s’éteint

Il était sept heures passées de deux minutes, et la bouilloire commençait tout juste à siffler sur le plan de travail. Dehors, le givre blanchissait la haie de thuyas et le pare-brise de la Clio. Puis il y eut ce claquement sec, venu du placard de l'entrée, et toute la maison se tut d'un coup. Gérard, en chaussettes sur le carrelage froid, soupira dans le noir.

À 75 ans, Gérard attend une taxe foncière effacée à Montauban : en septembre, l'avis tombe au centime près, comme l'an dernier

À 75 ans, Gérard attend une taxe foncière effacée à Montauban : en septembre, l’avis tombe au centime près, comme l’an dernier

Le facteur est passé vers dix heures, comme chaque matin, en faisant claquer la boîte aux lettres métallique contre la brique rose. Gérard a posé son café sur la toile cirée, enfilé ses chaussons et traversé le petit jardin encore humide. Dans le paquet, entre une publicité de jardinerie et le bulletin paroissial, une enveloppe blanche à fenêtre. Il l'a reconnue tout de suite, et il a souri.

Elle colle du ruban adhésif sur les grilles de ses fenêtres à Lille : en novembre, une tache noire grandit derrière l'armoire de sa chambre

Elle colle du ruban adhésif sur les grilles de ses fenêtres à Lille : en novembre, une tache noire grandit derrière l’armoire de sa chambre

Il était sept heures du soir, rue de Wazemmes, et la pluie tapait contre les carreaux avec un bruit régulier de grains de riz. Nathalie, 58 ans, tenait un rouleau de ruban adhésif gris entre les dents. Debout sur un tabouret, elle passait le pouce sur la petite grille blanche en haut de la fenêtre du salon. Un filet d'air froid lui chatouillait les doigts.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Nantes : son assureur lui répond que le dossier est à elle, pas au voisin

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Nantes : son assureur lui répond que le dossier est à elle, pas au voisin

Il était sept heures dix, un mardi de février, et la bouilloire commençait tout juste à siffler dans la petite cuisine du quartier Zola. Claire a levé les yeux en attrapant sa tasse. Au-dessus de la hotte, une auréole brune, large comme une assiette, s'était dessinée pendant la nuit. Une goutte s'est détachée du plâtre et a claqué sur la plaque.

Il taille le laurier du voisin qui envahit son potager près de Périgueux : le lendemain matin, une lettre parle de plainte au tribunal

Il taille le laurier du voisin qui envahit son potager près de Périgueux : le lendemain matin, une lettre parle de plainte au tribunal

Sept heures et demie, un samedi de juin, à la sortie de Trélissac. La rosée colle encore aux feuilles de courgette, et Gérard, bottes en caoutchouc aux pieds, pose son seau d'arrosage contre le grillage. Au-dessus de ses plants de tomates, les branches du laurier voisin forment une voûte sombre. Il tend la main, en tire une vers lui, et soupire longuement.

Il dépose 15 000 euros en liquide à sa banque de Limoges : le conseiller lui demande l'origine de chaque billet glissé dans l'enveloppe

Il dépose 15 000 euros en liquide à sa banque de Limoges : le conseiller lui demande l’origine de chaque billet glissé dans l’enveloppe

La boîte à chaussures était posée sur la toile cirée, entre le pot de café et la radio qui grésillait. Il était sept heures, un mardi de novembre, à Limoges. Gérard, 67 ans, comptait les billets à voix basse, en mouillant son pouce. Quinze mille euros, en coupures de vingt et de cinquante, rangés par liasses avec des élastiques de bocaux à confiture.

Elle s'enferme dans sa voiture garée devant chez elle pour téléphoner : un mois après la retraite de son mari, à Chambéry

Elle s’enferme dans sa voiture garée devant chez elle pour téléphoner : un mois après la retraite de son mari, à Chambéry

Il est dix heures et quart, un mardi d'octobre, sur le parking de la résidence à Chambéry. Le ciel pèse sur le Nivolet, un voisin rentre ses poubelles. Dans une Clio grise, une femme verrouille les portières d'un geste sec, pose son téléphone sur sa cuisse et souffle longuement. Elle habite au troisième étage, juste au-dessus. Elle vient appeler sa sœur.