Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il quitte l'usine après quarante-deux ans de travail : début novembre, son compte bancaire n'a toujours pas reçu un seul euro de pension

Il quitte l’usine après quarante-deux ans de travail : début novembre, son compte bancaire n’a toujours pas reçu un seul euro de pension

Le lundi 3 novembre, vers sept heures, la cafetière crachotait sur le plan de travail et la pluie tapait contre la fenêtre de la cuisine. Alain, 63 ans, tenait son téléphone à deux mains, les lunettes remontées sur le front. Il fit défiler l'application de sa banque une fois, puis une deuxième. Entre le prélèvement de l'assurance et celui de l'électricité, aucune pension n'était arrivée.

Il donne 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : le notaire lui parle aussitôt de déclaration et de droits de donation

Il donne 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : le notaire lui parle aussitôt de déclaration et de droits de donation

Le stylo a crissé sur le papier, un peu trop fort dans le silence de la cuisine. Henri, 81 ans, a soufflé sur l'encre comme on le faisait autrefois, puis il a détaché le chèque d'un geste lent. Dehors, la pluie de novembre tapait contre la véranda. Sur la toile cirée, la tasse de café refroidissait. Vingt mille euros, pour Camille, pour son premier appartement.

Elle vaporise du shampoing sec chaque matin depuis deux ans pour gagner du temps : en novembre, des plaques blanches tapissent la raie de ses cheveux

Elle vaporise du shampoing sec chaque matin depuis deux ans pour gagner du temps : en novembre, des plaques blanches tapissent la raie de ses cheveux

La bombe a sifflé deux fois, puis une troisième, dans la petite salle de bains encore froide. Il était six heures quarante, la buée n'avait pas eu le temps de se former sur le miroir. Camille a frotté ses racines du bout des doigts, a secoué la tête, et une fine poussière blanche est retombée sur le rebord du lavabo, comme chaque matin depuis deux ans.

Il installe une caméra sur sa façade après le cambriolage de sa rue : quinze jours plus tard, son voisin lui envoie une lettre recommandée

Il installe une caméra sur sa façade après le cambriolage de sa rue : quinze jours plus tard, son voisin lui envoie une lettre recommandée

Il était sept heures moins le quart, un samedi d'octobre, et l'escabeau grinçait sur les pavés humides de l'allée. Didier tenait la perceuse d'une main, la petite caméra blanche de l'autre, le café refroidissant sur le muret. Dans la rue, une voiture démarrait au ralenti. Trois maisons plus loin, la porte des Ferrand portait encore la trace des pieds-de-biche.

Elle achète une longère en Mayenne avec deux hectares de pré : chaque matin à sept heures, le tracteur du voisin traverse son herbe

Elle achète une longère en Mayenne avec deux hectares de pré : chaque matin à sept heures, le tracteur du voisin traverse son herbe

Il était sept heures dix, la bouilloire commençait à siffler sur la vieille cuisinière. Claire tenait sa tasse à deux mains, pieds nus sur les tomettes froides de la longère. Par la fenêtre, la brume collait encore au pré. Puis un grondement sourd a fait trembler les carreaux, et un tracteur vert est apparu, roulant tranquillement au milieu de son herbe.

Il fait chauffer son ballon d'eau chaude la nuit depuis vingt ans : cet automne, sa facture grimpe sans qu'il ait touché à rien

Il fait chauffer son ballon d’eau chaude la nuit depuis vingt ans : cet automne, sa facture grimpe sans qu’il ait touché à rien

Il est six heures et quart, et la cuisine sent encore le café de la veille. Gérard, 64 ans, pose la main sur le tuyau qui sort du placard du cellier, comme chaque matin depuis vingt ans. Le cuivre est tiède, rassurant. Dehors, la pluie d'octobre tapote sur le toit de la véranda, et sur la table attend une enveloppe qu'il n'a pas encore ouverte.

Il ferme sa terrasse en véranda pour passer l'hiver au chaud : en septembre, sa taxe foncière grimpe de 280 euros d'un coup

Il ferme sa terrasse en véranda pour passer l’hiver au chaud : en septembre, sa taxe foncière grimpe de 280 euros d’un coup

Le soleil de février tapait sur les dalles de la terrasse, et Gérard tenait son café à deux mains pour se réchauffer les doigts. Derrière la porte-fenêtre, Annie pliait du linge en écoutant la radio. Il était dix heures, le vent d'ouest faisait claquer la toile du store replié. C'est ce matin-là, en grelottant dehors, qu'il a dit pour la première fois le mot véranda.

Elle sort d'un salon bordelais avec un blond polaire impeccable : trois semaines plus tard, ses longueurs ont viré au jaune paille sans raison apparente

Elle sort d’un salon bordelais avec un blond polaire impeccable : trois semaines plus tard, ses longueurs ont viré au jaune paille sans raison apparente

Il était un peu plus de dix-huit heures, cours de l'Intendance, et la porte vitrée du salon tinta derrière elle. Camille s'arrêta sur le trottoir, attrapa une mèche entre deux doigts et la tourna vers la lumière d'octobre. Un blanc froid, presque argenté, sans la moindre trace de jaune. Dans la vitrine d'en face, son reflet lui renvoya un sourire qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps.

Elle reçoit à Annecy une lampe qu'elle n'a jamais commandée : huit jours plus tard, un SMS lui réclame 39 euros pour l'envoi

Elle reçoit à Annecy une lampe qu’elle n’a jamais commandée : huit jours plus tard, un SMS lui réclame 39 euros pour l’envoi

Un mardi de novembre, vers onze heures, la sonnette a retenti deux fois dans l'escalier de l'immeuble, rue Sommeiller, à Annecy. Hélène, 67 ans, a reposé sa tasse de thé, enfilé ses chaussons et descendu les marches en se tenant à la rampe. Sur le paillasson du hall l'attendait un carton brun, scotché serré, avec son nom écrit sans la moindre faute.

Il achète un lave-linge à moins 40 % un samedi à Rennes : un mois plus tard, le même modèle coûte moins cher sans promotion

Il achète un lave-linge à moins 40 % un samedi à Rennes : un mois plus tard, le même modèle coûte moins cher sans promotion

Un samedi de mars, vers dix heures, le parking de la zone commerciale de Rennes est déjà plein. Dans l'allée de l'électroménager, des affiches jaunes claquent sous la soufflerie du chauffage. Thomas, 41 ans, pose la main sur le hublot d'un lave-linge blanc. Sur l'étiquette, un prix barré à 749 euros, et en dessous, en gros chiffres rouges, 449 euros.

Ils gardent leurs trois petits-enfants chaque mercredi à Besançon : à la Toussaint, ils n'osent plus dire à leur fille qu'ils sont épuisés

Ils gardent leurs trois petits-enfants chaque mercredi à Besançon : à la Toussaint, ils n’osent plus dire à leur fille qu’ils sont épuisés

Il est sept heures quarante, un mercredi d'octobre, et la bouilloire siffle dans la cuisine de Martine et Gérard, à Besançon. Dehors, la portière d'une voiture claque, puis trois paires de baskets martèlent l'escalier. Martine essuie ses mains sur son tablier et sent, avant même d'ouvrir, cette lourdeur dans les épaules qu'elle ne s'avoue pas encore.

Elle ne roule plus que 3 000 kilomètres par an à Nîmes : à la révision, le garagiste lui annonce une batterie et des disques à changer

Elle ne roule plus que 3 000 kilomètres par an à Nîmes : à la révision, le garagiste lui annonce une batterie et des disques à changer

Le rideau métallique du garage remontait dans un grincement, il était à peine huit heures et demie. Monique tenait sa clé dans la main, le porte-clés en forme de cigale tapait contre ses doigts. Dans l'atelier, une radio jouait doucement, une clé à choc claquait au fond. Elle venait pour une révision ordinaire, persuadée que sa voiture, qui roulait si peu, n'avait besoin de rien.

Elle se réveille à 3 heures chaque nuit depuis la rentrée : au matin, la facture d'électricité qui l'affolait tient sur une seule ligne

Elle se réveille à 3 heures chaque nuit depuis la rentrée : au matin, la facture d’électricité qui l’affolait tient sur une seule ligne

Le radiateur cliquette dans la chambre, l'écran du réveil affiche 3 h 07 en chiffres rouges. Claire, 41 ans, a les yeux grands ouverts, le cœur qui cogne un peu trop vite. Dans sa tête, la facture d'électricité, la cantine des enfants et l'assurance de la voiture tournent en boucle. À côté, Julien respire lentement, profondément endormi, sans rien savoir de cette nuit-là.

Il achète une Peugeot 308 d'occasion à un particulier près de Metz : trois semaines plus tard, le vendeur l'appelle pour un flash à 92 km/h

Il achète une Peugeot 308 d’occasion à un particulier près de Metz : trois semaines plus tard, le vendeur l’appelle pour un flash à 92 km/h

Un samedi de septembre, vers dix heures, le gravier crissait sous les pneus dans une cour de Woippy, au nord de Metz. Julien, 34 ans, a fait le tour de la Peugeot 308 grise, accroupi près des roues. Le vendeur tenait une tasse de café qui fumait encore. Un chien aboyait derrière la haie, et personne ne pensait aux papiers.

Elle hérite de la petite maison de sa tante dans le Morbihan : chez le notaire, on lui annonce que plus de la moitié partira en droits

Elle hérite de la petite maison de sa tante dans le Morbihan : chez le notaire, on lui annonce que plus de la moitié partira en droits

Le volet bleu claquait contre le mur de granit, poussé par le vent qui montait du golfe. Il était un peu plus de neuf heures, un mardi de novembre, et Claire tenait dans sa main la vieille clé à anneau de cuivre. Dans l'entrée, l'odeur de cire et de bois humide n'avait pas bougé. Sa tante Annick était partie depuis trois semaines.

Elle ramasse depuis vingt ans les noix du voisin sur sa terrasse : cet automne, il frappe à sa porte avec un seau vide

Elle ramasse depuis vingt ans les noix du voisin sur sa terrasse : cet automne, il frappe à sa porte avec un seau vide

Sept heures et demie, un matin d'octobre, au-dessus de Domme. La brume traîne encore sur la vallée de la Dordogne, et Monique pousse la porte-fenêtre en robe de chambre, une tasse de café à la main. Sous ses chaussons, quelque chose craque. Sur les dalles de la terrasse, une vingtaine de noix brunes sont tombées dans la nuit, comme chaque année à la même saison.

Il installe une caméra au-dessus de son garage près d'Angers : un mois plus tard, le voisin d'en face lui envoie une lettre recommandée

Il installe une caméra au-dessus de son garage près d’Angers : un mois plus tard, le voisin d’en face lui envoie une lettre recommandée

Il était un peu plus de sept heures, ce samedi de mars, et l'échelle grinçait contre le crépi du garage. Thierry tenait la perceuse d'une main, la petite caméra blanche de l'autre, le souffle court dans l'air froid. En bas, sa femme lui tendait les chevilles une à une. Dans la rue, le vieux break du voisin démarrait en toussant.

Il quitte son atelier de Clermont-Ferrand le 30 septembre au soir : fin octobre, son compte affiche zéro et aucune pension n'est arrivée

Il quitte son atelier de Clermont-Ferrand le 30 septembre au soir : fin octobre, son compte affiche zéro et aucune pension n’est arrivée

Le 31 octobre, à huit heures, la cuisine sentait encore le café réchauffé. Gérard, 62 ans, tapotait l'écran de son téléphone avec l'index, comme on frappe à une porte qui ne s'ouvre pas. Sur l'application de la banque, la ligne restait la même : solde, 38 euros. Dehors, sur la rue de Clermont-Ferrand, un camion poubelle grinçait en reculant.

Il fait poser un poêle à bois par son beau-frère dans sa longère sarthoise : en décembre, l'assureur lui réclame un document qu'il n'a jamais eu

Il fait poser un poêle à bois par son beau-frère dans sa longère sarthoise : en décembre, l’assureur lui réclame un document qu’il n’a jamais eu

Le bois craquait dans le foyer, une odeur de chêne sec flottait jusque dans la cuisine. Il était à peine sept heures, ce matin de décembre, et Gérard tenait une tasse de café brûlante entre ses mains. Sur la table en formica, une enveloppe blanche, ouverte la veille, attendait. Dehors, le givre blanchissait les champs autour de la longère, et le chien grattait à la porte.

Il passe à trois jours de télétravail près de Grenoble : six mois plus tard, la veille du bureau lui serre le ventre

Il passe à trois jours de télétravail près de Grenoble : six mois plus tard, la veille du bureau lui serre le ventre

Le lave-vaisselle ronronnait dans la cuisine, et la nuit tombait déjà sur les crêtes du Vercors. Mardi, vingt et une heures dix. Julien repassait une chemise bleue, le fer sifflait par petites bouffées. Il connaissait cette sensation maintenant, ce poing serré juste sous les côtes. Demain, il allait au bureau, et son corps le savait avant lui.

À 64 ans, elle garde ses petits-enfants chaque semaine à Nantes : un dimanche, un goûter oublié la fait pleurer devant sa fille

À 64 ans, elle garde ses petits-enfants chaque semaine à Nantes : un dimanche, un goûter oublié la fait pleurer devant sa fille

Dimanche, seize heures dix, dans une cuisine de Nantes. La bouilloire siffle, deux enfants réclament leur goûter depuis le salon, et Françoise ouvre le placard. Il est vide. Pas de biscuits, pas de compote, rien de ce que sa fille avait promis de déposer. Elle referme la porte doucement, pose la main sur le plan de travail, et les larmes arrivent sans prévenir.

Ils chargent leur camping-car d'occasion pour trois mois au Portugal : à la pesée de l'aire, la balance affiche 400 kilos de trop

Ils chargent leur camping-car d’occasion pour trois mois au Portugal : à la pesée de l’aire, la balance affiche 400 kilos de trop

Il était sept heures et quart, et la brume collait encore aux pare-brise sur l'aire de Saint-Jean-de-Luz. Gérard a engagé le camping-car sur la plaque métallique, très lentement, comme on entre dans un garage étroit. Un petit bip a résonné derrière la vitre du local. Martine, sur le siège passager, tenait le thermos de café entre ses genoux et souriait.

Elle hérite de la petite maison de sa tante dans le Morbihan : le notaire lui annonce des droits qui dépassent la moitié de sa valeur

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La clé était lourde, en fer, accrochée à un bouchon de liège pour qu'elle flotte si on la laissait tomber dans l'eau. Claire l'a tournée deux fois dans la serrure, un mardi de mars vers dix heures. La porte a raclé le carrelage. Dedans, l'odeur de cire et de bois humide, et le tic-tac de l'horloge que personne n'avait remontée depuis trois semaines.

Il vend sa vieille Peugeot un samedi matin sur un parking de Dijon : trois semaines plus tard, deux avis de radar arrivent dans sa boîte aux lettres

Il vend sa vieille Peugeot un samedi matin sur un parking de Dijon : trois semaines plus tard, deux avis de radar arrivent dans sa boîte aux lettres

Le samedi matin, à neuf heures, le parking du supermarché de Chenôve sentait encore la pluie de la nuit. Bernard, 67 ans, passait la main sur le capot de sa Peugeot 206 grise, comme on caresse un vieux chien. Un jeune homme approchait, une enveloppe kraft à la main. Le moteur tournait au ralenti, avec ce petit claquement que Bernard connaissait depuis quinze ans.