Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il fait poser une pompe à chaleur contre son mur de jardin : le soir, son voisin sort son téléphone pour mesurer le bruit

Il fait poser une pompe à chaleur contre son mur de jardin : le soir, son voisin sort son téléphone pour mesurer le bruit

Il était un peu plus de vingt-deux heures, ce mardi de novembre, quand Thierry a entendu le portillon grincer. Dans le jardin, sous la lumière jaune du lampadaire de la rue, la pompe à chaleur soufflait son air tiède contre le mur de parpaings. De l'autre côté, Gérard tenait son téléphone à bout de bras, l'écran tourné vers la machine, immobile comme un photographe.

Il ferme sa maison du Morvan après la Toussaint sans couper l'eau : en janvier, l'assureur lit une seule ligne de son contrat

Il ferme sa maison du Morvan après la Toussaint sans couper l’eau : en janvier, l’assureur lit une seule ligne de son contrat

Le volet de la cuisine grinça une dernière fois, puis claqua contre la pierre humide. Il était un peu plus de quatre heures, ce dimanche de Toussaint, et le brouillard montait déjà du lac des Settons. Gérard, 64 ans, fit le tour des pièces, tira les rideaux, posa la clé sous le pot de géranium. L'eau, elle, resta ouverte, comme chaque année.

Il purge tous ses radiateurs un samedi d'octobre à Limoges : le lundi, la chambre du haut reste glacée et la chaudière clignote

Il purge tous ses radiateurs un samedi d’octobre à Limoges : le lundi, la chambre du haut reste glacée et la chaudière clignote

Samedi matin, neuf heures et quart, dans une maison en meulière du quartier des Casseaux, à Limoges. Patrick tient un chiffon dans une main, une petite clé carrée dans l'autre. Accroupi devant le radiateur du salon, il tourne doucement la vis. Un sifflement aigu, puis un crachotement, puis un filet d'eau tiède qui coule dans le gobelet en plastique posé dessous.

Elle arrive dans un salon lyonnais avec deux ans de henné sur la tête : la coiffeuse repose le bol de coloration sans l'ouvrir

Elle arrive dans un salon lyonnais avec deux ans de henné sur la tête : la coiffeuse repose le bol de coloration sans l’ouvrir

Il était neuf heures et quart, un mardi de février, et la porte vitrée du salon de la Croix-Rousse tintait encore derrière elle. Camille, 34 ans, a posé son écharpe sur le portemanteau, senti l'odeur de shampoing à l'amande et de café tiède. Dans le fond, un sèche-cheveux ronronnait. Sur la tablette, Inès venait de verser le mélange de coloration dans un bol noir.

À 34 ans, elle s'inscrit à la salle avec trois séances par semaine : mi-octobre, son badge n'a plus bipé à l'entrée depuis douze jours

À 34 ans, elle s’inscrit à la salle avec trois séances par semaine : mi-octobre, son badge n’a plus bipé à l’entrée depuis douze jours

Il était dix-neuf heures passées, rue Nationale, et la pluie fine de septembre collait aux vitres de la salle. Camille a posé son badge neuf sur le lecteur, qui a émis un petit bip aigu. Derrière elle, les tapis de course ronronnaient sous les néons. Elle a souri à son reflet dans le miroir, en legging encore plié de la boutique.

Elle quitte Brest pour Montpellier avec son shampoing habituel dans la valise : un mois plus tard, sa brosse reste coincée dans des cheveux rêches

Elle quitte Brest pour Montpellier avec son shampoing habituel dans la valise : un mois plus tard, sa brosse reste coincée dans des cheveux rêches

Il est sept heures dix, la salle de bains du petit appartement de Montpellier sent encore le carton neuf. Camille tire sa brosse vers le bas, et la brosse refuse d'avancer. Un craquement sec, quelques cheveux restent accrochés entre les picots. Dans le miroir embué, ses longueurs ressemblent à de la paille, alors qu'elle n'a changé ni de shampoing ni de geste.

Il installe son congélateur dans le garage alsacien pour gagner de la place : en janvier, par moins huit dehors, ses glaces ont fondu

Il installe son congélateur dans le garage alsacien pour gagner de la place : en janvier, par moins huit dehors, ses glaces ont fondu

Dehors, le givre blanchissait la cour, et la porte du garage grinça sur ses rails à sept heures du matin. Thierry, 58 ans, chercha l'interrupteur à tâtons, le souffle fumant devant lui. Il venait prendre un sachet de croissants surgelés pour le petit-déjeuner. En soulevant le couvercle du congélateur, il sentit sous ses doigts un carton mou, tiède, qui coulait sur les sachets de légumes.

Il prend sa retraite près d'Annecy en rêvant de journées à deux : un mois plus tard, sa femme lui tend le programme d'une association

Il prend sa retraite près d’Annecy en rêvant de journées à deux : un mois plus tard, sa femme lui tend le programme d’une association

Il était sept heures et quart, et la bouilloire sifflait dans la cuisine de la maison de Sévrier. Par la baie vitrée, le lac d'Annecy fumait encore sous la brume de septembre. Gérard, 64 ans, posait deux tasses sur la table, pour la première fois sans regarder sa montre. Ce lundi-là, personne ne l'attendait au bureau, et il souriait comme un enfant.

À 74 ans, Gérard offre vingt mille euros à son petit-fils près de Caen : deux ans plus tard, la notaire lui pose une question sur ce chèque

À 74 ans, Gérard offre vingt mille euros à son petit-fils près de Caen : deux ans plus tard, la notaire lui pose une question sur ce chèque

Ce samedi de mars, vers onze heures, la pluie tambourinait sur la véranda de Gérard, à Douvres-la-Délivrande, au nord de Caen. Sur la toile cirée, il y avait un chéquier ouvert, un stylo bille et deux tasses de café refroidi. Théo, dix-huit ans, regardait ses chaussures. Son grand-père a signé lentement, a détaché le chèque, puis l'a glissé sous la soucoupe sans un mot.

À 78 ans, une retraitée de Nancy déclare sa femme de ménage : en septembre, 600 euros des impôts arrivent sur son compte

À 78 ans, une retraitée de Nancy déclare sa femme de ménage : en septembre, 600 euros des impôts arrivent sur son compte

Il était un peu plus de neuf heures, ce mardi de septembre, et la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de la rue Gambetta. Monique, 78 ans, avait posé ses lunettes sur le relevé bancaire arrivé la veille. Elle a suivi les lignes du doigt, comme chaque mois. Puis son doigt s'est arrêté sur une ligne qu'elle ne connaissait pas : DGFIP, virement, 600 euros.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Lille : c'est son propre assureur, pas celui du voisin, qui envoie l'expert

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Lille : c’est son propre assureur, pas celui du voisin, qui envoie l’expert

Il était un peu plus de sept heures, ce mardi de novembre, et la bouilloire commençait à siffler dans la cuisine d'Hélène, rue de Wazemmes, à Lille. Elle a levé les yeux vers le plafond en attrapant sa tasse. Une goutte est tombée sur le carrelage, juste à côté de son pied nu, avec un petit bruit sec. Puis une deuxième, au même endroit.

Elle se remarie à 67 ans dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une ligne disparaît de son relevé bancaire

Elle se remarie à 67 ans dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une ligne disparaît de son relevé bancaire

Ce samedi de juin, à onze heures, le soleil tapait déjà sur les marches de l'hôtel de ville de Perpignan. Monique, 67 ans, serrait un petit bouquet de pivoines dans sa main gauche. Derrière elle, ses petits-enfants faisaient crisser le gravier. Gérard, à son bras, ajustait sa cravate pour la troisième fois en riant doucement.

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur près de Limoges : en janvier, ses radiateurs en fonte restent à peine tièdes toute la journée

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur près de Limoges : en janvier, ses radiateurs en fonte restent à peine tièdes toute la journée

Sept heures du matin, fin janvier, dans une longère en pierre à quelques kilomètres de Limoges. Gérard pose la paume à plat sur le gros radiateur en fonte de la cuisine, comme il le fait depuis trente ans. Le métal est à peine tiède. Dehors, le ventilateur de la pompe à chaleur ronronne contre le mur, régulier, presque rassurant, et pourtant la buée colle encore aux vitres.

Il coupe les branches du cerisier voisin qui débordent sur sa terrasse à Angers : une semaine plus tard, une lettre recommandée arrive dans sa boîte

Il coupe les branches du cerisier voisin qui débordent sur sa terrasse à Angers : une semaine plus tard, une lettre recommandée arrive dans sa boîte

Un samedi de juin, vers dix heures, la scie égoïne crissait contre l'écorce. Sur la terrasse de sa maison d'Angers, Bertrand, 58 ans, tenait la branche d'une main, les cerises noires roulant sous ses sandales. De l'autre côté du grillage, la maison voisine restait silencieuse. Une dernière branche est tombée sur les dalles avec un bruit sourd, et il a souri.

Elle se couche chaque soir les cheveux mouillés pour gagner dix minutes : en novembre, ses longueurs cassent et l'oreiller sent la cave

Elle se couche chaque soir les cheveux mouillés pour gagner dix minutes : en novembre, ses longueurs cassent et l’oreiller sent la cave

Il est vingt-deux heures quarante, rue de Saint-Malo, et la buée colle encore au miroir de la salle de bains. Claire enroule ses longueurs dans une serviette, la dénoue aussitôt, secoue la tête. Dehors, la pluie de novembre tapote contre la fenêtre du deuxième étage. Elle éteint la lumière, se glisse sous la couette, la nuque froide contre l'oreiller.

Elle passe au shampoing solide pour bannir le plastique de sa salle de bains : trois semaines plus tard, ses cheveux collent sous les doigts

Elle passe au shampoing solide pour bannir le plastique de sa salle de bains : trois semaines plus tard, ses cheveux collent sous les doigts

Sept heures dix, rue des Filatiers, à Toulouse. L'eau de la douche cogne contre le carrelage beige, la vapeur brouille le miroir. Camille, 34 ans, frotte entre ses paumes un petit pain rose qui sent la rose et l'argile. Elle sourit en pensant aux trois flacons vides qu'elle a jetés la veille. Sous ses doigts, pourtant, quelque chose accroche déjà.

Il installe son congélateur coffre dans le garage près de Nancy : en janvier, ses haricots du jardin sont mous sans aucune panne

Il installe son congélateur coffre dans le garage près de Nancy : en janvier, ses haricots du jardin sont mous sans aucune panne

Dehors, le givre blanchissait encore la pelouse quand Thierry a poussé la porte du garage, un samedi de janvier vers neuf heures. La lumière du néon a clignoté deux fois avant de s'allumer. Il a soulevé le couvercle du congélateur coffre pour prendre un sachet de haricots verts. Sous ses doigts, le plastique a cédé, tiède et mou, comme un sac d'eau.

Il quitte son bureau d'Annecy en septembre pour profiter enfin de sa femme : en octobre, le couple se dispute pour ranger le lave-vaisselle

Il quitte son bureau d’Annecy en septembre pour profiter enfin de sa femme : en octobre, le couple se dispute pour ranger le lave-vaisselle

Il était sept heures vingt, un mardi d'octobre, et la porte du lave-vaisselle claquait pour la deuxième fois. Dans la cuisine de leur maison de Sevrier, au bord du lac d'Annecy, Martine tenait un bol à la main, immobile. Gérard venait de le déplacer du panier du haut vers celui du bas, sans un mot, comme on corrige une faute.

Il monte au Lioran avec ses pneus M+S comme chaque hiver : au contrôle, les gendarmes lui montrent un petit symbole absent de ses flancs

Il monte au Lioran avec ses pneus M+S comme chaque hiver : au contrôle, les gendarmes lui montrent un petit symbole absent de ses flancs

Il était sept heures dix, et le pare-brise de la Škoda commençait à peine à se désembuer. Sur la banquette arrière, les skis cognaient doucement contre la vitre à chaque virage. Julien tenait le volant à deux mains, la radio en sourdine, quand un gilet jaune a surgi dans la lumière des phares, juste avant Murat, une main levée vers lui.

Elle vire 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : six mois plus tard, le notaire évoque une déclaration jamais faite

Elle vire 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : six mois plus tard, le notaire évoque une déclaration jamais faite

Il était un peu plus de dix heures, ce mardi de mars, et la bouilloire sifflait dans la cuisine de Simone, à Beaune. Sur la toile cirée, un carnet à spirale, ses lunettes et le téléphone posé à plat. Elle a tapé le montant lentement, chiffre après chiffre, puis elle a appuyé sur valider. Vingt mille euros venaient de partir vers Dijon.

Veuve à 68 ans, elle reçoit un refus de sa caisse de retraite : la lettre qu'elle n'avait pas ouverte disait tout autre chose

Veuve à 68 ans, elle reçoit un refus de sa caisse de retraite : la lettre qu’elle n’avait pas ouverte disait tout autre chose

Sept heures et quart, rue de Belfort, à Limoges. La bouilloire siffle, Monique la retire du feu sans y penser, les yeux posés sur l'enveloppe blanche ouverte la veille. Sur la toile cirée, une tasse, deux lunettes, et ce mot qu'elle relit encore : refus. Dehors, le camion des poubelles recule en bipant, et elle a l'impression que c'est elle qu'on recule.

Il achète une longère en Charente et ferme le chemin du fond : le voisin l'emprunte depuis quarante ans et réclame un droit de passage

Il achète une longère en Charente et ferme le chemin du fond : le voisin l’emprunte depuis quarante ans et réclame un droit de passage

Le portail grinçait encore quand Julien a posé la dernière chaîne, un samedi de mars, vers dix heures. Derrière la longère, le chemin de terre s'enfonçait entre deux haies de prunelliers, détrempé par la pluie de la nuit. Il a tiré sur le cadenas, entendu le petit déclic métallique, puis s'est redressé, satisfait. Au fond, un tracteur rouge s'était arrêté net, moteur au ralenti.

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Lyon : l'assureur du voisin du dessus lui répond d'appeler le sien

Elle découvre une auréole brune au plafond de sa cuisine à Lyon : l’assureur du voisin du dessus lui répond d’appeler le sien

Il était sept heures dix, un mardi de novembre, et la bouilloire commençait à siffler dans la petite cuisine de la rue d'Austerlitz. Nadine a levé les yeux pour attraper une tasse sur l'étagère. Une goutte est tombée sur son poignet, tiède, presque douce. Au-dessus d'elle, juste à côté du plafonnier, une auréole brune dessinait une carte qu'elle n'avait jamais vue.

Il sort sa tronçonneuse pour les branches du chêne voisin près de Tours : trois semaines plus tard, une lettre recommandée arrive dans sa boîte

Il sort sa tronçonneuse pour les branches du chêne voisin près de Tours : trois semaines plus tard, une lettre recommandée arrive dans sa boîte

Samedi, neuf heures, un ciel gris posé sur les toits de Joué-lès-Tours. Gérard, 67 ans, tire sur le lanceur de la tronçonneuse, une fois, deux fois, puis le moteur hurle. Au-dessus de lui, les branches du chêne voisin pendent sur sa pelouse, lourdes de feuilles rousses. Dans la gouttière, l'eau de la nuit stagne encore, noire, immobile.